
* LES MONSTRES DE L’HAMMER :
SORCELLERIE & SATANISTES *
Chronique des films du studio Hammer : LES SORCIÈRES, LES VIERGES DE SATAN, UNE FILLE POUR LE DIABLE
Date de sortie de films : de 1966 à 1976.
Genre : Fantastique, horreur, gothique.
Nos dossiers sur les films de la Hammer :
1ère partie : Les films FRANKENSTEIN
2ème partie : Les films de Vampires 1
3ème partie : Les films de Vampires 2
4ème partie : Les films de Momie
5ème partie : Les films de Loup-garou et autres monstres de la pleine-lune
6ème partie : Dr Jekyll & Mr Hyde, double personnalité et autres potions
7ème partie : Le Fantôme de L’Opéra, les Zombies et ceux qui ne veulent pas mourir
8ème partie – Vous êtes ici : Sorcellerie et satanistes
9ème partie : Thrillers psychologiques
10ème partie : Le Yéti et la trilogie Quatermass

Le Logo qui tue…
Sur les dizaines de films d’horreur produits par la Hammer entre la fin des années 50 et le début des années 70, on trouvera de nombreuses figures issues du grand grand bestiaire du fantastique classique, tel qu’il avait été popularisé par le studio Universal dans les années 30 et 40, comme Dracula, Frankenstein, la Momie, le Loup-garou ou encore le Fantôme de l’Opéra, auxquelles s’ajouteront également Dr Jekyll & Mr Hyde ainsi que les zombies !
Une fois n’est pas coutume : cette 7ème partie portera sur trois films d’horreur, tournés sur le domaine de la sorcellerie et de la démonologie..
SOMMAIRE :
Niveaux d’appréciation :
– À goûter
– À déguster
– À savourer


Une grande actrice hollywoodienne à la Hammer ?
1) LES SORCIÈRES – 
(THE WITCHES)
Réalisation : Cyril Frankel
Acteurs : Joan Fontaine, Duncan Lamont, Kay Walsh, Alec McGowen
Scénario : Nigel Kneale
Musique : Richard Rodney Bennett
année : 1966
Durée : 90 minutes
LES SORCIÈRES, anciennement connu chez nous sous le titre PACTE AVEC LE DIABLE, est un film réalisé par Cyril Frankel.
C’est une œuvre un peu à part au sein de la Hammer car il a été initié par l’actrice Joan Fontaine, qui produisit en partie le projet, espérant relancer sa carrière. Le film ne connut pas le succès et fut ainsi le dernier de cette grande actrice hollywoodienne.
Le pitch : Gwen Mayfield est une institutrice au passé trouble, qui a fui l’Afrique où elle avait été victime de la sorcellerie locale. Arrivée en Cornouailles, elle accepte un nouveau poste d’institutrice dans un petit village mais, très vite, elle remarque que certains de ses élèves sont victimes de la pudibonderie de leurs ainés. Et si cette attitude apparemment conservatrice était une illusion, derrière laquelle sa cachait une terrible vérité, à même de réveiller chez notre préceptrice ses douloureux souvenirs ?
Beaucoup plus réaliste, “sérieux” et grave que les habituels récits gothiques ressuscitant sans cesse les grandes figures du genre fantastique tels Dracula et autres Frankenstein, le film de Cyril Frankel semble vouloir suivre les traces du grand Alfred Hitchcock et évoque parfois l’ambiance sourde et lancinante des OISEAUX, tout en annonçant le Fantastique quasiment naturaliste de l’étonnant THE WICKER MAN (traduit un temps par le croquignol DIEU D’OZIER dans l’Hexagone) de Robin Hardy, réalisé en 1973. Mais n’est pas Hitchcock qui veut, et LES SORCIÈRES souffre d’un rythme hiératique et d’une propension à la parlotte qui plombe facilement la moitié du métrage. On pense alors à un autre film de la Hammer datant de 1959 : L’HOMME QUI TROMPAIT LA MORT (on en parle dans la 5° partie de nos articles dédiés à la Hammer), réalisé par Terence Fisher, qui souffrait des mêmes carences de relief et de rythme.

Et si l’horreur se cachait derrière le visage de l’intégrité ?
Au final, LES SORCIÈRES et son Angleterre de l’ombre propice à multiplier les couches de moisissure sociale sous le vernis surnaturel de la sorcellerie et les nuits de Sabbat est un film qui ne manque pas de qualité de fond, mais qui demeure trop bavard et indolent. Il ne mérite toutefois pas sa mauvaise réputation et appelle au contraire à être redécouvert, ne serait-ce que pour cette approche très sérieuse du genre, qui marque une rupture au sein de la production fantastique de son époque.


Tête de bouc et pentagrammes…
2) LES VIERGES DE SATAN –
/
(THE DEVIL RIDES OUT)
Réalisation : Terence Fisher
Acteurs : Christopher Lee Charles Gray, Yvonne Romain
Scénario : Richard Matheson
Musique : James Bernard
année : 1968
Durée : 96 minutes
Réalisé par Terence Fisher, LES VIERGES DE SATAN s’écarte un peu de l’habituel folklore littéraire gothique de la Hammer en explorant une autre forme d’épouvante : La démonologie…
Le pitch : Dans l’Angleterre des années 1920, le jeune Simon Aron est endoctriné dans la secte satanique du démoniaque Mocata. Mais son tuteur, le duc de Richleau, connait bien ce type de rituel. Ainsi commence la lutte du bien contre le mal…
Tout comme la plupart des films d’horreur de son époque, LES VIERGES DE SATAN souffre à présent du poids de l’âge et sa dimension effrayante a disparu au détriment d’une mise en scène très kitsch, parasitée par tous les clichés aujourd’hui surannés de la lutte du bien, symbolisé par le crucifix, contre le mal, ici incarné dans sa forme ultime par un homme à tête de bouc !
Un certain nombre de séquences prêtent désormais à rire davantage qu’à frissonner, notamment lors des manifestations sataniques. Les effets spéciaux ont beau être sobres, ils n’en sont pas moins obsolètes.
Pourtant, le script, écrit par Richard Matheson en personne, est un modèle du genre. Surtout que les films sur le thème de la démonologie de sont pas légions, et encore moins à l’époque.
Le scénario décrit avec un sérieux sans faille cette plongée dans le domaine du mal. Chaque irruption d’un phénomène surnaturel est consciencieusement montrée, expliquée, commentée par les personnages dont on met en scène toutes les répercussions psychologiques. À l’arrivée, le film est peut-être aujourd’hui très kitsch, mais il n’en demeure pas moins superbement écrit.
C’est peut-être là le seul défaut de l’entreprise : Un sérieux constant qui se heurte aujourd’hui à des images peu crédibles…

…ou pentagrammes et tête de bouc…
La mise en scène, très dépouillée, met néanmoins parfaitement en valeur la plastique de cette Angleterre facilement sujette aux superstitions les plus diverses, avec ses forêts décharnées et ses grandes maisons victoriennes. La reconstitution historique, avec ses voitures du début de siècle, est également réalisée avec le plus grand soin, et aucun détail n’est oublié sur la science de la démonologie en matière de folklore !
Il nous appartient donc d’apprendre à remettre le film dans son contexte, afin de dépasser le côté vieillot de sa mise en forme pour mieux en apprécier ses qualités conceptuelles.
Une fois n’est pas coutume, l’acteur Christopher Lee incarne ici le bien, puisqu’il se dresse contre le maléfique Mocata, interprété par Charles Gray, acteur so-british doué d’un charisme à toute épreuve, notamment célèbre pour avoir interprété le terrible Blofeld dans le James Bond LES DIAMANTS SONT ÉTERNELS…


Casting 5 étoiles, mais entente zéro…
3) UNE FILLE POUR LE DIABLE –
/
(TO THE DEVIL A DAUGHTER)
Réalisation : Peter Sykes
Acteurs : Richard Widmark, Christopher Lee, Honnor Blackman, Denholm Elliott, Nastassja Kinski
Scénario : Christopher Vicking
Musique : Paul Glass
année : 1976
Durée : 89 minutes
Le pitch : John Verney (Richard Widmark), est un spécialiste en sciences occultes et en sectes satanistes. C’est la raison pour laquelle un certain Henry Beddows (Denholm Elliott) prend contact avec lui. Il le supplie de veiller sur sa fille, Catherine (Nastassja Kinski), une très jeune religieuse. Celle-ci serait la cible d’un groupe de démonologues, menés par l’odieux Père Michael Rayner (Christopher Lee). Adorateur du démon Astaroth, cet hérétique verrait bien en Catherine sa prochaine incarnation…
UNE FILLE POUR LE DIABLE, réalisé par Peter Sykes, est le dernier film d’horreur de la Hammer – canal historique, qui périclite sérieusement à partir du milieu des années 70 et qui ne s’en remettra jamais vraiment, malgré un timide sursaut au début des années 80 avec deux séries TV et quelques tentatives de come-back par la suite, notamment dans les années 2010 avec LA DAME EN NOIR.
Depuis la fin des années 60, le film d’horreur opère une sérieuse mutation (qui commence grosso-modo avec ROSEMARY’S BABY, de Roman Polanski), ce qui ringardise immédiatement les figures classiques du vampire, de Frankenstein et autres loup-garous, qui faisaient jusque-là l’ordinaire de la Hammer.
UNE FILLE POUR LE DIABLE, dont le pitch est relativement proche de celui de ROSEMARY’S BABY, a connu un développement extrêmement difficile, passant de projet en projet à travers de multiples réécritures. Au départ prévu pour être le premier segment d’une trilogie basée sur les romans de Dennis Wheatley, un écrivain spécialisé dans les thrillers occultes, habités par le satanisme (LES VIERGES DE SATAN était déjà basé sur l’un de ses livres), UNE FILLE POUR LE DIABLE ne connut pas de suites mais réussit néanmoins à voir le jour grâce au succès de L’EXORCISTE, réalisé par William Friedkin en 1973, qui motiva finalement sa mise en chantier dans une période propice aux histoires de démonologie…
Si le casting est extrêmement réjouissant sur le papier, lequel réunit Christopher Lee, Richard Widmark (deuxième grand acteur hollywoodien, après Joan Fontaine, à rejoindre la Hammer), la toute jeune Nastassja Kinski, Denholm Elliott (futur Marcus Brody, le comparse d’Indiana Jones) et Honnor Blackman (première partenaire féminine de John Steed dans CHAPEAU-MELON ET BOTTES DE CUIR et James Bond girl dans GOLDFINGER), le tournage fut chaotique et la plupart des participants regrettèrent leur participation au projet, pour des raisons diverses.

Une vraie descente aux enfers…
Au final, UNE FILLE POUR LE DIABLE n’est ni un navet, ni une franche réussite. Les multiples réécritures et les aléas de sa conception se ressentent sérieusement à la vision du film : Le rythme est bancal, le montage est foutraque, le script part dans tous les sens sans jamais vraiment retomber sur ses pieds, donnant l’impression que le final-cut a été bricolé afin que la Hammer produise elle aussi un film dans le même genre que ROSEMARY’S BABY.
Pour autant, la chose se laisse regarder sans déplaisir. C’est extrêmement lent et brouillon, certes. C’est effectivement racoleur. Mais on ne peut nier que Peter Sykes et son équipe, alors qu’ils renoncent au gothique flamboyant qui avait formé jusque-là l’ADN du studio, ont réussi à créer une ambiance assez malsaine, ponctuée de notes d’un mauvais goût assumé qui laisse une sensation persistante une fois le film terminé.
Les acteurs forment évidemment la colonne vertébrale du film, car ils sont tous excellents, quand bien même Richard Widmark assure le minimum syndical. Mention spéciale à Christopher Lee, impérial en prêtre hérétique, à la fois sadique et mielleux.
Reste une œuvre mineure, aussi bien au sein de la Hammer que dans le genre horreur et dans celui des films sur la démonologie.

Nastassja Kinski : Une jeune nonne qui crève l’écran.
Nos dossiers sur les films de la Hammer :
1ère partie : Les films FRANKENSTEIN
2ème partie : Les films de Vampires 1
3ème partie : Les films de Vampires 2
4ème partie : Les films de Momie
5ème partie : Les films de Loup-garou et autres monstres de la pleine-lune
6ème partie : Dr Jekyll & Mr Hyde, double personnalité et autres potions
7ème partie : Le Fantôme de L’Opéra, les Zombies et ceux qui ne veulent pas mourir
8ème partie – Vous êtes ici : Sorcellerie et satanistes
9ème partie : Thrillers psychologiques
10ème partie : Le Yéti et la trilogie Quatermass
See you soon !!!
