
* LE POUVOIR DE CHANGER… *
Contenu de l’article :
Chronique de la mini-série MARVEL POWERLESS (SPIDER-MAN WOLVERINE : LE POUVOIR DES RÊVES en VF)
Rubrique : LES PETITES PERLES OUBLIÉES DE MARVEL COMICS
Auteurs : Matt Cherniss, Peter Johnson (scénario), Michael Gaydos (dessin).
134 pages. 6 épisodes.
Publié initialement en 2004
Genre : Super-héros
Éditeur VO : Marvel Comics
Éditeur VF : Panini Comics

Une édition en VF (chez Panini) racoleuse et complètement à côté de la plaque…
Cet article est inscrit dans la rubrique dédiée aux histoires de l’éditeur Marvel Comics que nous appelons LES PETITES PERLES OUBLIÉES DE MARVEL COMICS. L’idée est de décrypter certaines histoires ou mini-séries autonomes, qui peuvent se lire sans être connectées à d’autres récits, et qui ont surtout besoin d’être remise en lumière tant elles sont de qualité.
L’article du jour est consacré à la mini-série en six épisodes MARVEL POWERLESS, publiée initialement en 2004 et réalisée par les scénaristes Matt Cherniss & Peter Johnson, le dessinateur Michael Gaydos et le coloriste Lee Loughridge.

Alors ça, c’est juste en rêve…
Le pitch : Un psychanalyste sort du coma. Il a des visions : Celles d’un monde où ses patients font des choses incroyables, ont une force surhumaine et volent dans le ciel. Ils arborent des costumes d’araignée ou de diable rouge. Ils font tout ce que les vrais gens ne peuvent pas faire.
Si ce ne sont que des visions, le Dr Watts se dit que certains de ses patients, comme Peter Parker, James Howlett (Logan) ou encore Matt Murdock, auraient bien besoin de ces “dons” pour se sortir de leurs problèmes…

Peter Parker est… “Monsieur tout le monde” !
Mais quelle est donc cette minisérie ? Une relecture ? Un “What if” ? Un “Elseworld” ? En réalité, elle est tout cela à la fois. Mais surtout, MARVEL POWERLESS (“MARVEL SANS POUVOIR” !) est bien plus encore.
Pour le coup, les éditions Panini ont pêché par excès d’opportunisme en estampillant cette aventure comme du “Spiderman/Wolverine”, soit les deux stars les plus commerciales de cet univers, alors qu’en fait, c’est tout le Marvelverse qui est ici revisité. Quelque part entre MARVEL 1985 de Mark Millar, dont cette minisérie est également proche d’un point de vue graphique, et certaines créations du label MAX, de la même époque.
Depuis, cette réinterprétation de l’univers Marvel à la sauce naturaliste est entrée au panthéon des mondes parallèles de l’univers Marvel puisqu’elle a été répertoriée en tant que “Earth 40081”. Quand on sait que la Terre officielle de cet univers partagé est “Earth 616”, on peut se dire que cette mini-série datant de 2004 a été relayée dans les fond de tiroir. C’est le cas et c’est bien dommage, car c’est une pure merveille !

Matt Murdock est… “Monsieur tout le monde” !
Imaginez l’univers Marvel avec les mêmes personnages, mais sans aucun superpouvoir. Tel est le point de départ de cette histoire. Si ce postulat est finalement assez simple et même plutôt convenu, à charge des scénaristes d’en faire quelque chose de valable. Et c’est le cas : Matt Cherniss & Peter Johnson font concorder le destin de tous ces personnages en respectant celui de leurs homologues super-héroïques tout en bouleversant les règles, en changeant les choses et en créant pour cette nouvelle logique une identité propre.
Le lecteur (pour qui une légère connaissance de l’univers Marvel habituel est tout de même conseillée), se retrouve alors face à une série d’événements qui ne sont plus dictés par la continuité habituelle de ces personnages. Tout peut ainsi arriver et de ce fait, le suspense fonctionne à plein régime, car la mort d’un personnage important peut arriver au coin de la page… Et puis il y a un détail génial : Le personnage de Wilson Fisk (le Caïd) est dessiné de sorte qu’il ressemble trait pour trait au personnage de Marlon Brando dans le film APOCALYPSE NOW !

James Howlett est… “Monsieur tout le monde” !
Cette histoire parle en définitive de courage, de destin, de choix et de tragédie. Mais plus que tout, elle parle de schizophrénie et de contexte social, tout en essayant d’apporter une solution au problème. Une merveilleuse toile de fond, qui éclaire le concept du super-héros sous un jour nouveau et qui fait réellement sens, transformant la dimension fantastique des comics super-héroïques en dimension psychologique. On assiste alors à une métaphore de nos sociétés urbaines contemporaines, où les gens perdant leurs idéaux peuvent se réfugier dans un monde factice et onirique.

Charles Xavier est… mort ?
L’ambiance générale de ce MARVEL POWERLESS est relativement dépressive et sied parfaitement au décorum réaliste et dramatique d’une relecture à destination des adultes, dont l’idée première est d’évacuer la féérie de jadis, afin de transposer cet univers dans un quotidien morne et désabusé. Les auteurs ont mené quelque chose de très solide, à la fois du point de vue de la cohérence et de l’émotion.
On se retrouve avec six épisodes purs et irréprochables, sans une once de mauvais goût, de vulgarité ou de provocation. Et si le concept de départ est plutôt simple, le premier degré sincère de l’entreprise, le sérieux, la générosité et le classicisme de la mise en forme tirent l’ensemble vers le haut, le lecteur se trouvant à l’arrivée face à une interprétation adulte, mature, intelligente et originale des héros de son enfance.

Quand Bruce Banner se prend pour Hulk…
Il y a toutefois quelque chose de paradoxal dans cette minisérie : Elle semble en effet s’adresser à un public relativement éloigné des comics mainstream de héros en slip, alors que, pourtant, elle fonctionne d’autant mieux lorsque l’on connaît (un peu) la continuité de l’univers Marvel pour en apprécier toutes les subtilités (au moins celle de ses “héros urbains”, en tout cas).
On peut très bien comprendre pourquoi cette histoire est rapidement tombée dans l’oubli au lieu de devenir un classique, dès lors que l’on se dit que le lecteur Marvel moyen ne pouvait pas y trouver ce qu’il vient chercher habituellement dans un comic book de super-héros Marvel.
Cette mini-série s’adresse peut-être alors seulement au lecteur lassé du mainstream ongoing (les séries classiques de l’univers Marvel qui durent depuis des décennies et qui souffrent à la fois de leurs origines très enfantines, en tout cas extrêmement kitsch et naïves, et à la fois de leur continuité à rallonge foutraque). Peut-être qu’elle ne s’adresse effectivement qu’à une poignée de lecteurs, qui souhaitent désormais lire des choses différentes et originales, plus matures et profondes que par le passé, tout en continuant à lire du Marvel. Et peut-être alors est-ce pour cette raison qu’elle m’a tellement plu…

Wilson Fisk est… le méchant !!!
That’s all, folks !!!
