
* SUPER VILAINS ! *
Contenu de l’article :
Chronique de la série SPIDER-MAN’S TANGLED WEB
Rubrique : LES PETITES PERLES OUBLIÉES DE MARVEL COMICS
Auteurs : divers
22 épisodes.
Publié initialement entre 2001 et 2003
Genre : Super-héros
Éditeur VO : Marvel Comics
Éditeur VF : Panini Comics

L’intégrale en omnibus : Uniquement en VO.
Cet article est inscrit dans la rubrique dédiée aux histoires de l’éditeur Marvel Comics que nous appelons LES PETITES PERLES OUBLIÉES DE MARVEL COMICS. L’idée est de décrypter certaines histoires ou mini-séries autonomes, qui peuvent se lire sans être connectées à d’autres récits, et qui ont surtout besoin d’être remise en lumière tant elles sont de qualité.
L’article du jour portera sur la série SPIDER-MAN’S TANGLED WEB.
Il y a eu 22 épisodes en tout. Mais en VF, la série a été publiée de manière éparpillée et incomplète chez Panini Comics (les épisodes #10, 18, 19, 21 et 22 demeurent inédits).
Certains épisodes ont été placés en tant que bouche-trous dans le magazine SPIDER-MAN (Marvel France – 2° série N°40, 41, 42 et 50). Mais une bonne moitié a été publiée de manière distincte dans le magazine SPIDER-MAN HORS-SÉRIE (Marvel France – 1° série N°8 à 11). Le détail complet ICI.
Je vous propose néanmoins un petit topo de l’intégralité de la série, en avançant dans l’ordre par arc narratif.
Niveaux d’appréciation :
– À goûter
– À déguster
– À savourer

Priorité aux vilains !
Introduction : En 2001, Marvel Comics lance une petite série dédiée à l’univers de Spider-man en marge des deux séries principales de l’époque (AMAZING SPIDER-MAN et PETER PARKER : SPIDER-MAN). Nommée SPIDER-MAN’S TANGLED WEB, cette série propose à des auteurs de comics renommés, qui n’ont pas l’habitude d’écrire sur le personnage, de raconter ce qu’ils ont envie sur l’univers du Tisseur de toiles, avec tout de même une consigne particulière : Mettre l’accent sur la caractérisation des super-vilains davantage que Spider-man lui-même, puisqu’il existe déjà deux autres séries qui développent le personnage.
Ils mettent ainsi en scène un ou plusieurs personnages côtoyant de près ou de loin l’univers de Spider-man. Certains sont connus, d’autres pas. Certains sont bel et bien des vilains, mais d’autres sont de simples petites gens.
Plusieurs scénaristes de premier plan vont donc se succéder, offrant de petites histoires se déroulant sur un, deux ou trois épisodes maximum. Le résultat est tout simplement jouissif, tant les auteurs en question sont libres de nous livrer des récits inédits, introspectifs et plus matures que d’ordinaire.
Le début de la série est assurément le plus réussi car il regroupe les meilleurs auteurs, soit respectivement des histoires signées Garth Ennis, Greg Rucka et Peter Milligan !


Aïe aïe aïe ! Garth Ennis débarque chez Spiderman !
– THE COMING OF THE THOUSAND (SPIDER-MAN’S TANGLED WEB #1 à 3) – 
Garth Ennis, qui ne fait jamais rien de ce qu’on lui demande, commence très fort en inventant un super-vilain inconnu au bataillon ! Il imagine que dans le passé de Peter Parker, un horrible lycéen qui le martyrisait a été témoin de sa transformation et connait son secret depuis toujours. Alors qu’il végète depuis des années en pensant que Peter, en devenant Spider-man, lui a volé son destin parce qu’il le méritait davantage, il envisage de mettre sa vengeance à exécution…

Mais qu’est-ce qu’il est méchant avec les super-héros ce Garth Ennis !!!
Garth Ennis donne dans le glauque et l’horrifique, n’hésitant pas à malmener un super-héros qu’il n’aime pas beaucoup (Ennis déteste les super-héros) et à faire mourir moult personnes dans d’atroces souffrances. Un récit très divertissant, mais qui, à force de s’éloigner de la mythologie interne du personnage, apparaît plus comme une sorte de “What if” que comme une véritable histoire liée au monde de Spider-man. Le dessin de John McCrea (un collaborateur habituel de notre scénariste), une fois n’est pas coutume, est plutôt bon, grandement amélioré, il est vrai, par l’encrage et la mise en couleur de ses collaborateurs.
Il paraitrait que Garth Ennis ait accepté de lancer, à l’époque, SPIDER-MAN’S TANGLED WEB et la mini-série HULK SMASH uniquement pour faire plaisir à John McCrea, qui rêvait de mettre en scène ces personnages (en vérité les deux bonshommes sont des amis d’enfance, ce qui explique beaucoup de choses !)…


Chef d’œuvre !
– SEVERANCE PACKAGE (SPIDER-MAN’S TANGLED WEB #4) – 
Tom Cochrane est un homme de main à la solde de Wilson Fisk (le Caïd). Un soir, alors qu’il est convoqué par son patron, la télévision diffuse un reportage sur un coup fumeux à plusieurs millions de dollars ayant pris l’eau à cause de Spider-man. Une bérézina dont Tom est jugé comme le principal responsable…
Greg Rucka nous livre ici un one-shot exceptionnel, sur fond de polar tendu sur le fil du rasoir, tel qu’il en a le secret. Spider-man est aux abonnés absents dans cette histoire (même si son ombre plane sur les personnages tout du long), tandis que l’on nous montre ce qui arrive aux hommes du Caïd lorsqu’ils ratent leur coup après que l’Homme-araignée ait fait échouer un trafic d’armes ! Greg Rucka construit son conte chez les gangsters de manière magistrale avec une précision inouïe : Enlevez une seule vignette et le récit ne fonctionne plus. Ajoutez-en une et l’histoire n’est plus la même. Le dessinateur Eduardo Risso, transfuge de la série 100 BULLETS, est ici comme chez lui.

Ambiance au NOIR.
Un petit chef d’œuvre de narration séquentielle, immanquable, inoubliable. Tout ce que j’aime. Ce récit a d’ailleurs été nominé pour l’Eisner Award 2002 de la meilleure histoire en un seul numéro (Best Single Issue).


Pour lecteurs cultivés…
– FLOWERS FOR RHINO (SPIDER-MAN’S TANGLED WEB #5 et 6) – 
Le Rhino tombe amoureux de la fille d’un caïd du syndicat du crime (elle s’appelle Stella, comme dans UN TRAMWAY NOMMÉ DÉSIR). Mais celle-ci, rebutée, le renvoie à sa bêtise et à sa suffisance. Désespéré, le vilain pachyderme demande au créateur de sa carapace de l’opérer afin d’augmenter son intelligence…
Peter Milligan donne la vedette de ces deux épisodes au Rhino, l’un des ennemis récurrents de Spider-man, mais aussi l’un des moins intéressants, puisqu’il n’a jamais vraiment eu l’occasion de bénéficier d’un récit lui donnant un peu plus d’épaisseur que le simple fait de défoncer des murs.

Et si… le Rhino était intelligent ?
C’est à présent chose faite, car Peter Milligan lui a concocté une histoire aux petits oignons, à la fois simple et profonde, anti-manichéenne au possible, dans laquelle le colosse aux pieds d’argile se révèle bouleversant (il faut le voir crier “Stellllaaaaaa !!!”, comme dans… UN TRAMWAY NOMMÉ DÉSIR !). Une petite merveille, pleine d’esprit et d’humour, tout en finesse (c’est plutôt rare avec les séries Marvel !), de ces histoires sans prétention qui font exister leurs personnages. Au dessin : Un Duncan Fegredo impeccable !
Il parait que cette histoire est un hommage à un livre de science-fiction : DES FLEURS POUR ALGERNON, écrit par Daniel Keyes en 1966.


Y’a-t-il un… homme-araignée, dans cette histoire d’homme-araignée???
– GENTLEMEN’S AGREEMENT (SPIDER-MAN’S TANGLED WEB #7 à 9) – 
Charlie Clemmens est chauffeur de taxi mais sa vie est une tragédie. Séparé de sa femme, il ne peut voir son fils qu’en cachette et, pour couronner le tout, il est atteint d’un cancer. Si sa tumeur peut être opérée, elle nécessite une intervention réservée aux millionnaires…
Ce récit est écrit par le scénariste Bruce Jones et mis en image par le dessinateur Lee Weeks. Il se focalise donc un simple chauffeur de taxi qui, depuis une certaine nuit, connait l’identité de Spider-man. Ses problèmes l’obligent à trouver une très importante somme d’argent dans un délai très court. Il suffirait pour Charlie de vendre l’identité de l’Homme-araignée à n’importe quel truand pour en tirer la somme nécessaire à ses projets. Mais Mr Clemmens est un homme d’honneur…

Ambiance polar…
Disons le d’entrée, Spider-man est quasi-absent de ces trois épisodes. Il n’y a aucun super-vilain, juste un homme ordinaire avec une tragédie humaine. Les amateurs de comics à base de super-héros en slip et de bastons tous azimuts doivent donc passer leur chemin. Pour les autres, bienvenue dans ce qui se fait de mieux en matière de narration séquentielle.
QUESTION D’HONNEUR (titre de la VF) est une histoire poignante, construite de manière à laisser planer le suspense jusqu’au bout, et profonde quant à la caractérisation de son personnage principal. Charlie doit-il ruiner la vie de Peter Parker pour sauver la sienne, ainsi que sa cellule familiale, complètement disloquée ? Bruce Jones mènera le parcours de son antihéros au bout d’une logique sans faille, non sans gratifier le lecteur d’une pirouette scénaristique assez dense, de celles que l’on appelle un “twist”.

Appelez-le Charlie…
Du comicbook comme je les aime, construit de manière conceptuelle. La simplicité de l’histoire et le manque de clarté dans son dénouement l’empêche d’être inoubliable, mais c’est tout de même du très bon travail d’écriture. Le dessin de Lee Weeks, un habitué du personnage de Spider-man, très classique, est parfait.
Ces premiers épisodes sont des bijoux. Il faut dire que les auteurs convoqués au bal sont parmi les plus prestigieux du moment et qu’ils bénéficient d’une liberté créative totale ! Malheureusement, la suite va se révéler plus irrégulière que cette première moitié de la série, précisément à cause du choix des auteurs. Le niveau artistique va ainsi aller en décroissant, puisque certains des scénaristes suivants font davantage partie des artisans mineurs de l’industrie du comic-book. C’est aussi l’un des derniers arcs narratifs en plusieurs épisodes. Tous les suivants seront des one-shot, à une exception près.


Spiderman en pleine action sans bouger de chez soi !
– RAY OF LIGHT (SPIDER-MAN’S TANGLED WEB #10) – 
Casey, un préadolescent accro aux jeux vidéo, cherche à échapper à son quotidien morne, empesé par une mère dépressive et un frère aîné protecteur mais déjà trop grand pour partager ses lubies de petit garçon. Il voue un véritable culte à Spider-Man, mais il est loin de se douter que, lorsqu’il fera sa rencontre, celle-ci se déroulera dans des conditions bien éloignées de ses fantasmes…
Ce 10ème épisode est un très court récit entièrement réalisé par Kaare Andrews. L’action se déroule dans un lieu unique, soit l’appartement à l’intérieur duquel les deux jeunes frères regardent la télévision et se disputent à propos des super-héros, avant que Spider-man et Electro, en plein combat, ne traversent le mur et achèvent leur rixe à l’intérieur de l’immeuble !

Une esthétique qui tranche avec le reste de la série…
Kaare Andrews est un artiste polymorphe et il nous a habitué à changer régulièrement d’ambiance et de style, la plupart du temps avec une aisance assez remarquable. Il opte cette fois pour une approche infographique et photoréaliste. Le résultat, figé comme le sont tous les romans-photos, pâtit de surcroit d’une absence de décors qui échoue sur un résultat un poil trop dépouillé. Le résultat est tout de même rehaussé par des cadrages audacieux qui donnent l’impression au lecteur d’être au cœur de l’action et de percevoir le combat entre les surhommes comme quelque chose d’unique et d’effrayant.

Au cœur de l’action !
Une petite histoire sans prétention dans le texte, fraîche, divertissante et totalement dévolue à l’émotion, qui tire son épingle du jeu en nous immergeant dans l’action comme si on y était. Si tous les comics étaient comme ça, on serait vite guettés par la nausée. Mais une fois en passant, ça passe tout seul.


Rétro et cartoon : Le style Cooke !
– OPEN ALL NIGHT (SPIDER-MAN’S TANGLED WEB #11) – 
Ce N°11 est un épisode one-shot un peu plus long que la normale (38 pages) entièrement conçu par Darwyn Cooke. L’auteur au style “cartoon” nous conte les déboires de toute la rédaction du Daily Bugle, le journal dans lequel travaille Peter Parker, au soir de la St Valentin.
Spider-man combat le Vautour pendant que deux jolies journalistes attendent un rendez-vous avec… Peter !
La poisse continue de coller à la peau de notre héros qui, non seulement à rendez-vous avec deux prétendantes le même soir, mais qui, en plus, à maille à partir avec l’un de ses pires ennemis !
Pendant ce temps là, tout ce beau monde se télescope entre les locaux du “Bugle” et le Coffee Bean, petit troquet où il est coutume de prendre une pause.

Sont-y pas mignons ?
Voilà un récit très rafraichissant, plein d’humour et d’imagination. Darwyn Cooke donne dans le style “cartoony” encore plus que d’habitude, rappelant un peu la période Steve Ditko tout en mettant l’accent sur le volet soap et surtout sur le potentiel de la série en termes de comédie. En bref, c’est très léger et très fun !


Mort de rire !!!
I WAS A TEENAGE FROG-MAN (SPIDER-MAN’S TANGLED WEB #12) – 
Le scénariste Zeb Wells fait son entrée chez Marvel avec ce one-shot irrésistible autour de la figure de Frogman, sans doute le super-vilain le plus grotesque du déjà fantastique bestiaire qui compose le rang des ennemis de Spider-man déguisés en animaux ! Zeb Wells focalise sur cette figure improbable de l’univers Marvel mais parvient à contourner tous les éléments qui auraient pu faire basculer son récit dans le ridicule en s’intéressant avant tout au fils du vilain, et à toutes les répercussions que peut engendrer les agissements d’un criminel sur sa descendance !

Être le fils d’un vilain de quinzième zone comme Frog-man…
Pour autant, cet épisode ne manque pas d’esprit, d’humour et de sensibilité et l’on s’attache immédiatement à ces personnages de l’ombre. Excellent !
Au dessin, Duncan Fegredo assure avec son style réaliste et expressif.
À noter que le titre est un hommage aux vieux films d’horreur un peu désuets des années 50, qui s’amusaient à rajeunir les vieilles figures du fantastique (I WAS A TEENAGE WEREWOLF et I WAS A TEENAGE FRANKENSTEIN en tête !). Normal, étant donné que Zeb Wells s’était fait connaitre en tant que cinéaste pour ses court-métrages qui parodiaient les super-héros, avant d’être repéré par Marvel…


Un bar pour les vilains…
DOUBLE SHOTS (SPIDER-MAN’S TANGLED WEB #13) – 
Le No-Name Bar accueille tous les super-vilains de new-York. Ils vont s’y détendre entre deux mauvais coups et picolent en costume de vilain… Ce soir, quelques membres des Sinister Six se retrouvent autour d’une table et commandent double-whisky sur double-whisky (d’où le titre) ! Chacun raconte aux autres ses échauffourées de la semaine. Car ils ont tous eu maille à faire avec un certain… Spider-man !

Un bar pour picoler en panoplie de super-vilain !!!
Ce one-shot est un peu en-dessous des autres du point de vue de l’intrigue. Le scénariste Ron Zimmerman opte pour l’humour et le second degré et décrit les vilains avec une “cool-attitude” qui les rend relativement attachants. “Badass” on appelle ça ! Sympathique, mais pas inoubliable.

Sean Phillips chez les super-héros !
En revanche, cet épisode nous donne l’occasion de voir le dessinateur Sean Phillips, un habitué des polars sombres et réalistes avec le scénariste Ed Brubaker (CRIMINAL, FATALE, etc.), dessiner du super-héros maison ! Il s’amuse comme un petit fou et, s’il croque un Spider-man consensuel, il nous offre un Vautour exceptionnel et une Torche Humaine splendide !


Retour sur un personnage dont on avait encore jamais exploré le potentiel : Crusher Hogan.
– THE LAST SHOOT (SPIDER-MAN’S TANGLED WEB #14) – 
Le scénariste Brian Azzarello suit les traces de Greg Rucka et écrit un one-shot dans lequel Spider-man n’intervient pas. Il imagine l’envers du décor d’un événement remontant aux origines de la série : Le premier combat de Peter Parker après que ce dernier ait obtenu ses superpouvoirs, c’est-à-dire sur le ring d’une salle de catch, contre le lutteur Crusher Hogan ! Brian Azzarello pénètre de plein pied dans l’existence de Hogan et s’intéresse au quotidien de ce personnage de l’ombre, doté d’une belle épaisseur et d’un sens de l’honneur à toute épreuve.

Crusher, le premier adversaire historique de Spider-man !
Bref, un petit récit très bien écrit, qui éclaire un moment de la série sous un jour complètement neuf dans un style âpre et réaliste, qui évoque parfois les films noirs hollywoodiens des années 50 et notamment, bien sûr, les films de boxe. On pense par exemple à des perles comme NOUS AVONS GAGNÉ CE SOIR de Robert Wise.
Le final est surprenant et aussi pessimiste que lyrique, qui voit une illustration en demi-page boucler le récit avec l’entrée en scène d’un Spider-man en civil, avec son collant sur la tête au moment de son arrivée dans le récit tel que nous le connaissons ! Au dessin, Giuseppe Camuncoli débarque chez Marvel et assure le spectacle dans un style aussi épuré qu’efficace.

Enter Spider-man !
On revient ici à un épisode d’un très haut niveau, grâce évidemment à un auteur au-dessus de la moyenne. Cette première moitié des années 2000 est tout de même le vivier d’une exceptionnelle génération de scénariste, à qui on laisse les coudée franches, à l’occasion de cette série en tout cas !


Paul Pope aux commandes…
THE COLLABORATOR (SPIDER-MAN’S TANGLED WEB #15) – 
Ce quinzième numéro est un peu décevant dans la mesure où il est entièrement réalisé par Paul Pope, un auteur ayant le vent en poupe… (je ne suis pas fan du tout).
Une jeune lycéenne, elle, est une fan extrême de notre Spider-man (le titre de l’épisode en VF est d’ailleurs LA GROUPIE). Mais sans le savoir, elle est également la fille d’un nouveau super-vilain : Le Scarabée volant !

La groupie !
Lorsqu’elle entend à la radio que ce vilain tout frais fait des siennes à quelques pâtés de maison de son appartement, la demoiselle file assister à la scène… Paul Pope ne se révèle pas très à l’aise dans l’exercice du one-shot. Le récit ne décolle jamais et retombe platement. Dommage, car le pitch de départ était très prometteur…


Appelez-moi… Tombstone.
HEARTBREAKER (SPIDER-MAN’S TANGLED WEB #16 & 17) – 
Le vilain Tombstone a été arrêté à cause (ou grâce) au fait qu’il a été victime d’une crise cardiaque en plein milieu d’un larcin. Il est enfermé dans un pénitencier spécialisé à l’intérieur duquel pullulent plusieurs ennemis mineurs de Spider-man, comme le kangourou, la Tache ou Roller Skater. Il fomente bien entendu une évasion mais ne cesse de se heurter à ses problèmes vasculaires…
Si la première partie de la série voyait bel et bien les meilleurs scénaristes et dessinateurs du moment se succéder, la seconde donne davantage l’impression de devenir un test d’emploi pour nouveau auteurs en herbe. On sait aujourd’hui que Daniel Way ne fera guère de miracle durant sa période Marvel. C’est un scénariste mineur, de même que Leandro Fernández (au dessin) est un artiste mainstream dont le style caricatural trouve rapidement ses limites.

Tombstone en prison (contre le Kangourou).
Totalement inféodé au genre du récit carcéral, ce double épisode se laisse lire sans déplaisir et assure le volet divertissement. L’équilibre entre la noirceur du décorum et l’humour accentué par le style de Leandro Fernández est assez bien maitrisé. Reste que nous sommes là dans du comic book de base (on retrouvera le même état d’esprit lorsque Daniel Way reprendra la série DEADPOOL), anecdotique, plutôt graisseux, voire vulgaire et surtout loin de ce que nous proposait la série dans sa première partie.
Spider-man est ici totalement absent (ce qui n’est pas un reproche) et le récit ne marquera pas les mémoires. Qui plus-est, en VO, ces deux épisodes ne sont pas aisés à lire tant ils sont truffés de tournures argotiques (tout se passe en prison, ne l’oublions pas…) !


Des vilains, pas beaux mais lettrés…
ALPHABET CITY (SPIDER-MAN’S TANGLED WEB #18) – 
Le Typographe (Typeface en VO), un justicier de quinzième zone, obsédé par la grammaire et l’orthographe qui lance des lettres en bois à la figure de ses ennemis (!!!), est de retour. Il est accosté par un nouveau-venu nommé Spellcheck, un autre costumé (de cinquante-cinquième zone) qui souhaite devenir son sidekick, car il possède quant à lui une maîtrise absolue de la langue et de la ponctuation !
Hélas pour le Typographe, Spellcheck ne cesse de le corriger sur l’orthographe en plein combat, permettant à ses ennemis de s’échapper. Las, le Typographe finit par livrer Spellcheck à Spider-man, lequel était loin de s’attendre à ce que le bonhomme lui fasse remarquer que le tiret qui sépare “Spider” et “Man” est complètement inutile !

Drôle de justicier !
C’est cette fois Ted McKeever qui réalise entièrement l’épisode (scénario et dessins). Le volet comédie qui s’est peu à peu installé sur la série arrive ici à son paroxysme : ALPHABET CITY est une pure comédie nonsensique et déjantée, qui met en scène un duo de comiques dans un style graphique qui semble sortir des pages du magazine Fluide Glacial !
L’ensemble est très drôle, voir plein d’esprit. On reste néanmoins dans la moyenne de la production en matière de comics mainstream et le lecteur ne gardera certainement pas cet épisode dans son panthéon lorsqu’il faudra établir un palmarès…
C’est fun. On passe à la suite…

Après les vilains, voici les boulets…


En quête de réinsertion…
CALL OF THE WILD (SPIDER-MAN’S TANGLED WEB #19) – 
Le Rhino et le Grizzly, deux ennemis habituels de Spider-man, tentent de se racheter après leur sortie de prison et de vivre une vie normale parmi les petites gens de leur quartier. Ils sont voisins et ne cessent de se disputer. Réussiront-ils à rester sur le droit chemin ?
Robbie Morrison est un scénariste de comics écossais et il est assez rare de le voir travailler dans le mainstream en général et chez les super-héros Marvel en particulier. Le dessinateur Jim Mahfood est quant à lui un artiste polymorphe et multimédia, généralement cantonné à l’underground. Leur association sur un épisode de notre série constitue donc une exception et un mini-événement. Le résultat ressemble effectivement davantage à du comic book underground, donnant un peu la sensation d’un mélange entre Marvel comics et les Simpsons !

Des voisins de palier embarrassants, surtout l’un pour l’autre !
Les deux auteurs posent un regard empli de tendresse sur leurs deux vilains. Ils les rendent très attachants, notamment en leur offrant un caractère bien trempé de lourdauds au grand cœur, plus bêtes que méchants mais incapables de s’adapter aux normes sociales. Condamnés à demeurer en marge de la société, nos deux colosses tissent l’allégorie aigre-douce de tous ces citadins laissés pour compte qui, faute d’attention et de chance, n’ont jamais réussi à se sortir de leur condition de délinquant.
On pourrait dire qu’il s’agit-là d’un épisode humoristique de plus mais c’est justement cette approche pleine de tendresse qui vient faire la différence : En faisant basculer des vilains jadis ridicule par leur premier degré dans la sphère de la parodie et en les transformant en has-been plutôt inoffensifs, comme des victimes de la société (selon l’univers Marvel) plutôt que comme des criminels dangereux, nos auteurs en font des personnages qui s’adaptent à leur époque par la distanciation et le second degré, sans pour autant renoncer à raconter une bonne histoire de super-héros Marvel. Et puis, une fois n’est pas coutume, on a même droit à la participation de Spider-man !
Un épisode très sympathique, auquel il ne manque qu’un petit quelque chose dans le dernier quart, un peu trop léger pour marquer les mémoires.


Les déboires d’un rédacteur en chef pas comme les autres…
BEHIND THE MUSTACHE (SPIDER-MAN’S TANGLED WEB #20) – 
Zeb Wells aime décidément l’univers de Spider-man ! Il revient donc rapidement nous offrir une seconde petite perle sans doute encore plus jouissive que la précédente ! J. Jonah Jameson s’est tellement mis en colère ce matin, qu’il a fait une crise cardiaque ! Car c’en était trop : Tout le monde s’était lié contre lui en essayant de défendre Spider-man, pauvre super-héros que Jonah assassine dans ses éditos depuis sa première apparition ! La compagnie d’assurance du Daily Buggle lui impose alors une psychothérapie. Et le médecin s’empresse de questionner son patient sur les origines de sa haine à l’encontre de ce pauvre homme-araignée ! Mais fichtre, Jonah ne sera pas un patient docile !

J. Jonah Jameson’s chez le psy : Bon courage à lui (le psy) !
Zeb Wells nous fait un beau cadeau en installant le despotique rédacteur en chef du Buggle sur le divan du psy (le titre VO “Derrière la Moustache” ! est tout de même bien plus pénétrant que sa traduction VF : SÉANCE CHEZ LE PSY…). Nous suivons ainsi le moustachu (qui se croit hypnotisé alors que son hyperactivité le rend insensible à toute forme de suggestion !) dans ses souvenirs et son enfance, sa jeunesse et donc, ses origines !
Le récit est très inspiré et Zeb Wells réussit un parallèle étonnant entre la psychanalyse au sens médical et la mythologie des super-héros. Le tout est emballé d’un humour irrésistible et d’une verve dévastatrice ! Le dessin, caricatural, est affreux. Mais on passe quand même un super moment, tant il était évident que ce personnage de rédacteur en chef irascible avait les épaules pour tenir le devant de la scène !

J. Jonah Jameson’s secrets origins !


Le retour de Darwyn Cooke.
T’WAS THE FIGHT BEFORE CHRISTMAS (SPIDER-MAN’S TANGLED WEB #21) – 
C’est Noël. Peter Parker doit trouver un cadeau pou Mme Jameson (la femme de son patron) dans un Manhattan soumis à la pire tempête de neige de la décennie. Alors que tout un tas de personnes reste bloqué dans les locaux du Daily Bugle, et que la Femme Invisible fait des emplètes avec ses amies chez Macy’s (dans le même quartier), le Penseur Fou débarque pour dévaliser la boutique en hypnotisant tous ceux qui se dressent contre lui ! Vivement l’intervention des 4 Fantastiques !
Darwyn Cooke est de retour (aidé de Jay Bone à l’encrage et Matt Hollingsworth à la couleur)) et nous refait un numéro spécial (35 pages, comme le précédent), sous la forme d’un récit-choral autour du Daily Bugle, cette fois pour fêter Noël !

Panic at Macy’s !!!
Franchement, on est en droit de ne pas supporter cette mode passagère qu’il y a eu, à un moment donné, de transposer tous ces personnages en version “kawaï” à coup de X-MEN BABIES et autres hypertrophies fétichistes infantiles à la Skottie Young ou Humberto Ramos. Heureusement, le regretté Darwyn Cooke est d’une toute autre stature et son talent se manifeste dans le moindre recoin, la moindre bribe de dialogue et l’ensemble nous fait très vite oublier le style cartoon de surface tant il est universel.
Un délice de fraicheur et de bonne humeur. La classe absolue. Un classique instantané et intemporel. En bref : un amour d’épisode !

L’épisode idéal pour les fêtes de Noël !


Et voici le tout dernier épisode…
THE SYSTEM (SPIDER-MAN’S TANGLED WEB #22) – 
Deux policiers effectuent leur ronde dans un quartier de Manhattan tandis qu’un larcin se déroule à proximité (le braquage d’une supérette par deux malfrats). Ils ne tardent pas à retrouver les deux suspects ligotés par Spider-man. C’est à partir de là que commence le vrai travail, car lorsque des bandits sont arrêtés par des justiciers masqués, la loi ne s’applique pas et les suspects peuvent très bien passer à travers les mailles de la justice…
Retour au noir avec ce dernier épisode qui ne verse pas du tout dans la comédie mais renoue au contraire avec certains des premiers épisodes de la série lorsque l’on suivait les déboires des gens dits “normaux” autour de l’univers de Spider-man.

Changement d’ambiance…
Le scénariste Brian Patrick Walsh et le dessinateur Alberto Dose optent pour une approche réaliste le temps de soulever des questions que le lecteur habituel des super-héros urbains Marvel n’avait pas pensé à se poser : C’est bien beau d’être un justicier plein de pouvoirs avec une panoplie flashy, mais qu’en pense la justice ? Spider-man peut passer son temps à attacher des malfrats avec sa toile pour que la police les trouve, mais qu’est-ce que ça vaut au regard de la loi ? Car en vérité ça ne vaut rien ! Si tout cela se passait dans notre monde, et c’est justement cet angle qu’ont choisi les auteurs de ce dernier épisode, les malfrats seraient libérés dès l’arrivée d’un avocat, lequel aurait vite fait de relever la totale absence de crédibilité d’un justicier masqué au regard de notre système démocratique (d’où le titre).
Dit comme ça, ça ne fait guère rêver et j’en entends d’ici me crier que les comics de super-héros, ce n’est pas fait pour être réaliste, mais pour vendre du rêve. C’est vrai. Mais n’empêche que lire, de temps en temps je veux dire, un épisode comme celui-ci, relativement déconnecté des habituels épisodes de l’Homme-Araignée et de son combat du mois, c’est tout à l’honneur du médium comic book, qui nous démontre ainsi l’étendue de son registre, de son potentiel et de celui de ses auteurs. En d’autres termes, voilà un épisode qui vient clore de manière parfaite l’une des séries dérivées les plus originales et les plus riches de l’histoire éditoriale de notre tisseur de toile préféré…

Et voilà. SPIDER-MAN’S TANGLED WEB, c’est fini. C’est terriblement frustrant de constater que, dès qu’une série consacrée à Spider-man sort des sentiers battus, elle ne fait pas long feu. En 1999, Marvel lançait la série WEBSPINNERS : TALES OF SPIDER-MAN, dans laquelle d’excellents auteurs proposaient une relecture des anciennes aventures du Monte en l’air. Au bout de 18 épisodes, la série était stoppée faute de succès. Car le gras du lectorat préfère manifestement se cantonner au mainstream le plus commun. Raison de plus pour ne pas passer à côté de ces épisodes précieux… Fortement recommandés pour tout amateur de comics bien fichus !
Rappelons que cette première moitié des années 2000 est concomitante des séries estampillées MARVEL KNIGHTS, un label qui promettait d’offrir aux lecteurs Marvel des créations autonomes et totalement déconnectées, mettant en scène leurs personnages préférés. Des créations qui n’existaient que par elles-mêmes et laissaient non seulement aux auteurs une très grande liberté artistique, mais qui en plus destinaient ces lectures à des adultes, en leur offrant un haut niveau de qualité artistique. Une époque révolue hélas, sans aucun doute la meilleure de l’histoire éditoriale de la Maison des idées.
That’s all, folks !!!

Merci pour ce passage en revue !
Assez d’accord sur les débuts avec Ennis, très anecdotiques, alors que Severance Package est probablement la carte de visite du titre et son épisode le plus connu.
Des fleurs pour le Rhino : c’est amusant de voir le contrepied de l’histoire originelle. Le désespoir du protagoniste de l’histoire de Keyes vient de l’inexorable perte de sa nouvelle intelligence, celui du Rhino a une origine toute différente.
Je n’avais pas forcément beaucoup aimé Gentlemen’s agreement à l’époque, probablement parce que le graphisme de Lee Weeks m’avait laissé confus : j’avais l’impression que son personnage principal ressemblait beaucoup à Parker.
Pour le récit de Kaare Andrews, il m’avait un peu trop rappelé une histoire très proche, DAREDEVIL CAUCHEMAR, par Brian M. Bendis et David Mack.
Petit coup de cœur pour l’histoire de Crusher (même si, chieur de la continuité comme je suis, ça n’était pas forcément raccord avec une apparition du catcheur durant l’ère DeFalco/Frenz)
Je trouve que Tangled Web est en quelque sorte la suite spirituelle du run de Paul Jenkins sur Spider-Man : focus sur des personnages de seconde zone, histoires avec peu voir pas de Spidey, plusieurs récits par Zeb Wells dont une avec Jim Mahfood !
Totalement d’accord.
voilà une série que j’aimerais revoir en volume pour la reprendre intégralement et quand je vois que Panini va proposer MARVEL FANFARE je ne désespères pas.
c’est anthologique et pour ceux qui n’aime pas la continuité, rien de mieux que les petites histoires qui sont souvent réussies ou émotionnelles ou décalée.
C’était totalement une autre époque mais j’avais adoré l’histoire où DD cherchait un chien d’aveugle pour un gamin qui l’avait perdu avant de le retrouver trop tard à la fourrière. c’était un coup de poing et la preuve que le super héros ça pouvait parler de pleins de choses entre deux combats dans l’espace ou à la banque.
J’ai beaucoup ri à DOUBLE SHOTS