
* AUX DENTS DE LA MORT, JE SUIS ACCROC *
– 4° PARTIE –
Chronique des films de crocodiles géants – 4ème partie
Date de sortie de films : de 2011 à 2015.
Genre : Fantastique, horreur.
Nos dossiers sur les films de crocos géants :
1ère partie : les années 70
2ème partie : les années 80/90
3ème partie : les années 2000
4ème partie : les années 2010 – vous êtes ici

Cet article vous propose un tour d’horizon sur un sous-genre du cinéma horrifique et animalier un peu particulier : le film de crocodile géant !
Si le genre de l’animal tueur est véritablement né avec l’emblématique LES DENTS DE LA MER réalisé par Steven Spielberg en 1976, un sous-genre à lui tout seul est rapidement apparu dans son sillon, mettant en scène des sauriens à la taille fantastique.
Nous vous proposons un focus en plusieurs parties sur les principaux films, afin de brosser le tableau depuis l’apparition du genre jusqu’à aujourd’hui.
Nous ne serons pas exhaustifs. Pour cela, allez taper “liste de films de crocodiles” sur Google, et vous verrez que certains sites en recensent près d’une centaine rien que dans le genre Horreur.
Nous n’écumerons pas en entier la liste des récents films jouant à fond la carte du faux/vrai nanar bourré de mauvais goût cyniquement assumé comme SUPERGATOR (joli patronyme au demeurant), DINOCROC VS. SUPERGATOR et tutti quanti (on ne choisira que les moins pires)…
Enfin, nous ne parlerons pas non plus des films naturalistes avec animaux normaux, comme BLACK WATER (2007), ou des séries B comme CRAWL d’Alexandre Aja (2019), où les bestioles ne sont pas géantes, quand bien même ils sont intéressants, et peut-être plus stressants encore que leurs cousins ouvertement horrifiques.
Nous nous contenterons donc d’un large panorama de films emblématiques couvrant près de cinquante ans de dents de la mort géantes prêtes à croquer les écrans…
Avant de commencer, précisons tout de même que les films de crocodile ont le droit, ne vous en déplaise, de mettre aussi en scène des alligators, voire même des caïmans (mais pas des gavials, faut pas déconner)…
Au programme :
- MEGA SHARK Vs. CROCOSAURUS
- MEGA PYTHON Vs. GATOROID
- MILLION DOLLAR CROCODILE
- LAKE PLACID Vs. ANACONDA
Niveau d’appréciation :
– À recycler –
– À goûter
– À déguster
– À savourer


Non ? Un tel film existe vraiment ?
1) MEGA SHARK Vs. CROCOSAURUS – 
Réalisateur : Christopher Douglas-Olen Ray
Acteurs : Jaleel White, Gary Stretch, Robert Picardo
Scénario : Micho Rutare, Naomi Selfman
Musique : Chris Ridenhour
année : 2010
Durée : 90 minutes
MEGA SHARK Vs. CROCOSAURUS est un film direct-to-video américain réalisé par Christopher Ray et produit par la firme Asylum. C’est la suite de MEGA SHARK Vs. GIANT OCTOPUS. Il y aura encore deux autres MEGA SHARK dans les années 2010, mais sans crocos.
Le pitch : Tandis que le mégalodon du film précédent est de retour, un crocodile préhistorique géant est libéré d’une caverne en Afrique par des chercheurs de diamants sans scrupules. Les deux monstres commencent par faire beaucoup de dégats et de morts mais, grâce à la participation de quelques aventuriers intrépides, ils finiront par se rencontrer et s’affronter.
Mal fait, poussif, bâti sur un script bête comme ses pieds, ce machin indigeste n’est sauvé du total naufrage que grâce à quelques idées surréalistes qui vous provoqueront une esquisse de sourire (notamment lorsque le requin avale un sous-marin nucléaire et qu’il devient donc à son tour… un requin nucléaire !) et une poignée d’acteurs tout à fait sympathiques, parmi lesquels on reconnait Robert Picardo, qui interprétait notamment le loup-garou Eddie dans HURLEMENTS, le personnage du Cowboy dans L’AVENTURE INTÉRIEURE et moult autres films d’entertainment que l’on a adoré à l’époque, comme EXPLORERS, FLIC OU ZOMBIE, GREMLINS 2 ou TOTAL RECALL.
Nous avions achevé l’article précédent par un film du même acabit (SUPERCROC), nous n’entamons donc pas notre quatrième partie sous les meilleurs auspices mais, hélas, cela ne fait que commencer…
Rappelons que la firme Asylum s’est fait une spécialité de produire des séries Z à très petit budget tout en copiant les blockbusters et que l’on a surnommé leurs films des “mockbusters”, afin de souligner la supercherie !
C’est une période du “tout numérique” qui fait très mal aux yeux et tous les passages mettant en scène les monstres sont de l’ordre du foirage nauséeux. Rappelez-vous des années 70 avec des films du genre LA RÉVOLTE DE KONG (A*P*E – 1976) ou même le premier ALLIGATOR (1977), où tout était en carton, en plastique et en mousse. Et bien là c’est pareil, mais en numérique.
Franchement, mieux vaut éviter. On va tout de suite passer au film suivant parce que c’est également tout pareil mais en pire…


JURASSIK PARK ?
2) MEGA PYTHON Vs. GATOROID – 
Réalisation : Mary Lambert
Acteurs : Debbie Gibson, Tiffany Darwish, Micky Dolenz
Scénario : Naomi Selfman
Musique : Chris Ridenhour
année : 2011
Durée : 90 minutes
MEGA PYTHON Vs. GATOROID est un téléfilm américain qui a eu l’honneur (allez savoir comment) d’une diffusion au cinéma. Il est réalisé par Mary Lambert et c’est évidemment une autre production Asylum.
Le pitch : Heu… En fait je n’y ai rien compris !
Alors je crois que c’est une histoire de scientifiques qui font des expériences sur des pythons qui, une fois lâchés dans la nature (dans les Everglades), bouffent des alligators.
Ensuite il y a une histoire de rivalité entre deux dindes (une blonde et une fausse rousse à forte poitrine). Et comme la première est responsable de la catastrophe, la seconde donne à manger des poulets mutants aux alligators pour les rendre géants afin qu’ils bouffent les pythons.
Et puis les pythons mangent les œufs des alligators géants et deviennent géants aussi, et alors ils se font copains avec les alligators pour attaquer tous les humains. Et puis les dindes se font copines pour détruire les animaux mutants géants…
Ne ratez pas le passage où le serpent géant avale un train !
Bien que Mary Lambert ait offert au cinéma horrifique un film marquant (si on le remet dans le contexte de son époque) avec SIMETIERRE (d’après Stephen King), ainsi qu’un épisode sympathique de la série TV LES CONTES DE LA CRYPTE (le 6ème et dernier épisode le la saison 1), on ne peut pas dire qu’il y ait quoique ce soit à sauver de cette bouse qui se donne des airs de nanar, mais qui n’a même pas le bon goût d’en être un, puisque le mauvais goût et la bêtise sont ici cyniquement assumés et volontaires.
On se retrouve dès lors face à une curieuse manière d’envisager le cinéma : Faire de mauvais films pour flatter un public ayant pris goût au nanar, alors qu’on lui fabrique un produit factice, puisque l’on tourne le dos au concept même du nanar (le côté “involontaire” (si vous n’avez pas encore compris : nanar volontaire = faux nanar, puisque vrai nanar = vraiment involontaire)).

Des serpents, des crocodiles, et des dindes…
Bon, et bien que dire d’autre sinon que c’est mal filmé, mal joué, mal écrit (c’est un euphémisme) et surtout extrêmement mal fait tant les effets spéciaux en CGI sont aussi nuls que moches : Pensez aux premiers jeux-vidéo en 3D virtuelle, et vous aurez une idée de la chose.
À quelqu’un comme moi, VRAI fan de VRAIS nanars, on ne la fait pas : J’ai mon diplôme d’Ed Wood et j’ai potassé mes NIGHT OF THE GHOULS, SUPERMAN CONTRE LES FEMMES-VAMPIRES et autres DESTINATION PLANETE HYDRA plus de fois que de raison. Alors ma bonne dame (Mary Lambert), vous êtes priée de remballer votre téléfilm à la noix et d’aller voir ailleurs s’il y a du bon, du dur, du bon vieux croco des familles. Oui parce que l’art du nanar ça ne s’invente pas comme ça : c’est réservé aux fins connaisseurs. Aux esthètes de la dégustation sophistiquée sur pellicule. Et pas à ce truc vulgaire et factice. Non mais j’vous jure…


Hé ! C’est même pas Dracula hé !
3) MILLION DOLLAR CROCODILE –
/
Réalisation et scénario : Lisheng Lin
Acteurs : Xiyuan Xu, Barbie Xu, Tao Guo
Musique : Dong Dongdong (!!!!!)
année : 2012
Durée : 95 minutes
MILLION DOLLAR CROCODILE est un film chinois réalisé par un certain Lisheng Lin.
Le pitch : Un éleveur de crocodiles marins est obligé de vendre ses animaux à un restaurateur spécialisé dans les plats raffinés à base de viande de saurien. Dans le lot, son spécimen le plus remarquable est une femelle d’une dizaine de mètres nommée Amao. Alors que les crocodiles arrivent à l’abattoir, Amao parvient à briser sa cage et à s’enfuir. Sur le chemin du lac régional, elle croise la route d’une jeune femme de retour d’Italie et avale son sac à main dans lequel se trouvent toutes ses économies amassées depuis huit ans (soit la modique somme de 100 000 euros). De fil en aiguille, la rumeur qu’un crocodile géant ayant avalé un gros paquet de fric se répand, semant ainsi la panique et attisant l’avidité des restaurateurs. S’ensuit la plus folle des chasses à la bête…
Dans la lignée de LAKE PLACID, MILLION DOLLAR CROCODILE est autant un film de crocos qu’une comédie de mœurs, le monstre assurant le spectacle autant qu’il permet d’exacerber les relations humaines, qui s’émoussent rapidement face à la menace terrifiante qui hante les fonds de l’eau noire…
Le problème est qu’ici le volet comédie est un peu lourdingue et que tous les personnages sont tellement hystériques qu’ils deviennent agaçants au bout de trois minutes. Ça m’avait fait la même chose avec THE HOST (un film de monstre mutant coréen réalisé en 2006) qui, malgré son très grand succès critique, souffrait de cette même hystérie collective portée par des personnages survoltés et insupportables. On espère ainsi que le croco géant dévore tout le monde, à commencer par la belle jeune fille au sac à main (Barbie Xu : mais faites la taire, quelqu’un !). Hélas, l’animal est au final clairement livré à la vindicte populaire, tel le premier monstre de Frankenstein venu. Et ce sera lui la victime principale de cette histoire…

Mais qu’il la bouffe cette connasse !
Cet équilibre entre tous les éléments comiques, le film de monstre et la fable sociologique repose en définitive sur une bien étrange alchimie, et le film est un ovni assez saugrenu (et puis le compositeur de la BO possède quand même le nom le plus hallucinant de l’histoire du cinéma : Dong Dongdong !!!).
C’est dommage car, parallèlement, Amao est de loin l’un des plus beaux crocodiles de tous les films de crocos géants et la qualité des effets visuels assène une claque monumentale à tous ses concurrents. On ne voit guère que CRAWL d’Alexandre Aja qui le surpassera sur ce terrain-là.
À l’arrivée, MILLION DOLLAR CROCODILE est un film un peu frustrant car, s’il donne envie de revoir son animal géant, il donne également envie de partir en courant plutôt que de supporter une seconde fois cette bande de personnages tous plus têtes à claques les uns que les autres…


L’année du crocodile.
4) LAKE PLACID Vs. ANACONDA – 
Réalisation : A.B. Stone
Acteurs : Corin Nemec, Yancy Butler, Robert Englund
Scénario : Berkeley Anderson
Musique : Claude Foisy
année : 2015
Durée : 92 minutes
LAKE PLACID Vs. ANACONDA est un film américain réalisé par un certain A. B. Stone.
Bon, ne perdons pas de temps : Ce film est une daube. Voilà, fin de la chronique, c’est bouclé.
…
…
Hein ? Il faut que j’en dise davantage, c’est ça ?
Bon alors, commençons par rappeler qu’il y a au départ deux séries de films bien distinctes : À ma gauche LAKE PLACID, accusant six films à l’heure actuelle, et à ma droite ANACONDA, accusant quatre films tournés entre 1997 et 2009.
Dans les deux cas, tout a commencé par un film sympa et divertissant, avant que ça ne barre en couilles avec des suites ineptes et répétitives, mal fichues comme c’est pas possible (au point que ça en devienne nauséeux), et sans les acteurs du début (chouette casting dans les deux cas si l’on excepte ce nigaud de Ice Cube dans ANACONDA, LE PRÉDATEUR).
Et puis, un beau jour, quelqu’un a eu l’idée de ce crossover, qui reprenait le même scénario que tous les LAKE PLACID et tous les ANACONDAS précédents, avec des effets spéciaux toujours aussi moches, des acteurs toujours aussi nuls (quand bien même il y a ce bon vieux FREDDY de Robert Englund), des scènes d’action toujours aussi pourries, et des images toujours aussi laides…

Kessifoula Freddy ?
Contrairement à MEGA SHARK Vs. CROCOSAURUS et MEGA PYTHON Vs. GATOROID, LAKE PLACID Vs. ANACONDA ne cherche pas à prétendre à un statut de nanar, ni même à un film sérieux. C’est une pure série Z décomplexée, qui y va à fond dans le concept (des crocos énormes qui se fightent avec des serpents encore plus énormes et qui bouffent des ados un peu dénudés au passage). Sauf que, ben… tout ce beau monde (producteur, scénariste et réalisateur) n’a juste pas les moyens de ses ambitions (préférez largement, dans un genre assez proche, le PIRANHA 3-D d’Alexandre Aja réalisé en 2010 !). Alors c’est simplement très mauvais. Et surtout très mal fait. Et si la bande-annonce vous donne l’impression que ça envoie du bois, je vous recommanderais de vous méfier, car il y a de fortes chances qu’ils aient mis la plupart des meilleures images dedans. Essayez ainsi d’imaginer qu’il ne se passe rien de palpitant durant les 90 minutes restantes, et vous aurez une idée de la débâcle…
Notre dossier touche à sa fin. Le moins que l’on puisse dire en guise de conclusion, est que ce sous-genre du cinéma horrifique que constitue le film de crocodile géant n’a pas toujours été bien représenté depuis son apparition sur les écrans dans les années 70. J’ai donc essayé de vous brosser le tableau, afin que vous puissiez y voir plus clair et constater que, s’il y a à boire et à manger dans cette liste de films, il y a largement de quoi se divertir. Pour peu que l’on aime ce type de cinéma…


Le fantastique Sarcosuchus imperator, au museum de Paris.
Epilogue :
Mais au fait : Pourquoi le “film de crocodile géant” ? Certains vous répondront de manière laconique “et pourquoi pas ?”. Mais moi je ne suis pas comme ça. Et comme j’aime les dinosaures par-dessus tout, je dirais que cette bête-là est un peu devenue, dans l’inconscient collectif, le dernier des dinosaures encore en activité à notre époque (avec le varan), ce qui est d’amblée assez fascinant pour peu que l’on trouve que la chose l’est.
Il faut dire que le crocodile est effectivement l’un des derniers animaux géants qui côtoyaient les dinos (il a sévi en même temps qu’eux entre 115 et 65 millions d’années environ avant J.C.). Songez que le Deinosuchus (au crétacé) mesurait 12 m et pesait peut-être 8,5 tonnes ou plus, et qu’il était donc plus gros que le T-Rex !
M’enfin quand même, on raconte que le crocodile marin actuel peut atteindre les 7 mètres (on a longtemps parlé de 10 mètres), ce qui en fait un dinosaure contemporain à même de faire pâlir n’importe quel quidam dans sa chaumière !

Le Deinosuchus, encore plus gros !
Philosophiquement parlant (parce que nous ne sommes pas là QUE pour déconner), nous côtoyons donc un fossile vivant de l’ancien temps. Un reliquat de la terre lorsqu’elle était peuplée de dragons, comme si cette bonne vieille planète tenait à nous rappeler que nous ne sommes que des petits êtres fragiles qui avançons sous le soleil. Et qu’il n’en faudrait pas beaucoup pour que l’on se retrouve balayés de sa surface, pour peu que Dame Nature veuille reprendre ses droits, avec des mâchoires pleines de dents acérées s’il le faut.
C’est ainsi que cette image du monstre apocalyptique s’insinue dans notre esprit, via la gueule du crocodile, hantant nos cauchemars les plus horribles.
De là à en faire des films d’horreur, il n’y avait donc qu’un pas…

Le crocodile marin, dinosaure contemporain…
1ère partie : les années 70
2ème partie : les années 80
3ème partie : les années 2000
4ème partie : les années 2010 – Vous êtes ici
That’s all, folks !!!
