
* TRANCHES DE VIE *
Contenu de l’article :
Chronique du segment LE PONT (SPIDER-MAN : THE BRIDGE en VO), 3 épisodes issus de la série WEBSPINNERS : TALES OF SPIDER-MAN
Rubrique : LES PETITES PERLES OUBLIÉES DE MARVEL COMICS
Auteurs : Joe Kelly (scénario), Bart Sears (dessin), Andy Smith (encrage), Mark Pennington (couleurs)
Publié initialement en 1999
Genre : Super-héros
Éditeur VO : Marvel Comics
Éditeur VF : Marvel France (Panini Comics), dans la revue SPIDER-MAN EXTRA N°21 (88 pages)

La série anthologique WEBSPINNERS : TALES OF SPIDER-MAN
Cet article est inscrit dans la rubrique dédiée aux histoires de l’éditeur Marvel Comics que nous appelons LES PETITES PERLES OUBLIÉES DE MARVEL COMICS. L’idée est de décrypter certaines histoires ou mini-séries autonomes, qui peuvent se lire sans être connectées à d’autres récits, et qui ont surtout besoin d’être remise en lumière tant elles sont de qualité.
L’article du jour est consacré aux trois épisodes formant l’arc narratif LE PONT (sur la même formule qu’une mini-série), issu de la série anthologique WEBSPINNERS : TALES OF SPIDER-MAN.
Régulièrement, l’éditeur Marvel Comics a essayé d’ajouter des petites séries connexes dédiées au personnage de Spider-man, histoire de profiter de son succès auprès du lectorat (voir notre article sur la série SPIDER-MAN’S TANGLED WEB). Elles ont rarement duré bien longtemps, surtout lorsqu’elles étaient déconnectées des autres séries ongoing (les principales séries à suivre) comme la série historique principale AMAZING SPIDER-MAN ou sa petite sœur SPECTACULAR SPIDER-MAN.
La plupart des épisodes de la série WEBSPINNERS : TALES OF SPIDER-MAN possèdent un point commun : Celui de revenir dans le passé de Spider-man, afin de raconter des aventures inédites du personnage ayant eu lieu entre certains épisodes classiques des années 60 et 70, voire même des années 80…

En VF, ces trois épisodes ont été publiés dans le magazine SPIDER-MAN EXTRA N°21.
1999 est une année qui marque un tournant pour l’univers Marvel, moment charnière où la politique éditoriale de la Maison des Idées inaugure une période aspirant à publier des versions matures et plus artistiques de ses héros. Cette démarche culminera avec le label Marvel Knights, une signature garante de récits autonomes, nés de la plume d’auteurs confirmés ayant les coudés franches. Peut-être la meilleure période historique de l’histoire de la Marvel. Un idéal de comics super-héroïque intelligent, exigeant, intègre. Un âge d’or aujourd’hui révolu.
Dans cette optique, la série WEBSPINNERS : TALES OF SPIDER-MAN fait figure de prologue. Il s’agit d’effectuer une relecture des premières années du héros, sous la forme d’une série de petits récits auto-contenus (n’excédant pas trois épisodes), réalisés à chaque fois par une équipe artistique distincte sur le principe de l’anthologie (des histoires autonomes, avec un début et une fin, sans liens les unes avec les autres).
Après un premier arc narratif (épisodes #1-3) réalisé par J. Dematteis & Michael Zulli et un second (épisodes 4-6) réalisé par Eric Stephenson et Keith Giffen, nous trouvons ici notre récit intitulé LE PONT (épisodes #7-9), écrit par Joe Kelly et dessiné par Bart Sears & Andy Smith.

C’est fun, c’est sympa, mais ce n’est pas pas forcément très élégant !
Comme la plupart des arc narratifs de la série WEBSPINNERS : TALES OF SPIDER-MAN, celui-ci s’intercale entre certains épisodes classiques (précisément les épisodes #27 et 28 de 1965, période Stan Lee/Steve Ditko).
En septembre 1965, la série AMAZING SPIDER-MAN s’apprête à franchir un cap : Ses personnages principaux vont quitter le lycée pour entrer à l’université. Une mutation importante pour le héros et ses camarades, qui entreprennent soudain le chemin vers l’âge de la maturité, avant que le dessinateur Steve Ditko ne passe le relai à John Romita Sr, pour une ère effectivement moins tournée vers l’enfance, et davantage vers les préoccupations de ces jeunes adultes en devenir, qui évoluent peu à peu vers un univers feuilletonesque un poil plus “mature”, où les combats entre les héros et les vilains seront parfois éclipsés par les atermoiements de nos jeunes new-yorkais…
C’est dans cette logique que le scénariste Joe Kelly va opérer une sorte de métaphore avec cette histoire de 1999, intitulée justement LE PONT, comme s’il s’agissait de franchir un cap, voire toute une époque…

L’homme-sable : un vilain très moche !
Le pitch : Peter Parker est dans une situation désespérée : Ses tentatives de jeune prodige de la science pour obtenir une bourse à l’entrée à l’université sont menacées par l’invention d’un jeune camarade fortuné qui profite de sa situation privilégiée. Parallèlement, Peter s’est empêtré dans un imbroglio insurmontable puisqu’il a promis d’accompagner au bal de fin d’année rien de moins que trois cavalières, à savoir Betty Brant, Mary Jane Watson et Liz Allen ! Qui plus-est, cette dernière est la petite amie de Flash Thompson, le pire ennemi de Peter dans le campus, et bien évidemment cette brute épaisse de Flash s’est mis en tête de se venger ! Il défie alors Peter de le rejoindre sur “le Pont” le soir du bal, afin de se livrer à un rite de courage pour mériter le titre de “cavalier de Liz Allen”.
Comme si tout ceci ne suffisait pas, Peter a combattu récemment l’Homme-sable en tant que Spider-man et lui a causé bien des ennuis en lui envoyant à la figure le produit chimique qu’il préparait pour obtenir sa bourse d’étude. Devenu une monstruosité déchaînée, l’Homme-sable met alors le quartier à sac afin de retrouver son ennemi…
Comment Peter va-t-il réussir à se sortir de tous ces ennuis ? Serait-ce autant d’épreuves que le destin acharné aurait semées sur son passage ?

Bouh ! qu’y sont pas beaux ces dessins !
Les premières planches de ces trois épisodes ne sont pas très engageantes : Joe Kelly est alors un scénariste mainstream connu pour son travail sur la série DEADPOOL et pour son engouement pour le “fun” (comprenez des histoires rigolotes et divertissantes où on se prend pas la tête). Ainsi, il convient d’avouer que le début du récit est plutôt irritant pour un lecteur n’ayant pas développé un goût particulier pour ce genre de comics “fun” : L’humour est un peu à la ramasse et l’écriture de l’ensemble n’est pas très élégante. Qui plus-est, les dessins sont particulièrement affreux et le découpage des planches n’est pas toujours d’une limpidité exemplaire !
Pour autant, le fond de l’histoire mérite vraiment le détour !

Tanches de vie dans Central Park.
En trois épisodes seulement, Joe Kelly réussit à écrire une véritable tranche de vie dans une période (Stan Lee/Steve Ditko) où tout semblait avoir déjà été raconté. Le scénariste nous livre ainsi une version longue des épisodes d’alors où Stan Lee commençait à développer certaines séries Marvel comme une sorte de “soap-opéra” au pays des super-héros urbains. Et surtout, il parvient à nous livrer une histoire réellement inédite, qui ne procure pas au lecteur le sentiment d’avoir déjà lu cela à maintes reprises.
Soyons clairs : Malgré un ou deux combats laconiques avec l’Homme-sable, LE PONT n’est pas une histoire de super-héros et de supervilains qui se bastonnent dans le bac à sable. C’est une histoire humaine sur une bande d’adolescents qui s’apprêtent à entrer dans l’âge adulte, d’où cette métaphore du “pont”, qui symbolise évidemment le passage entre les deux âges de la vie.

Le dur passage à l’âge adulte…
Tout au long de son récit, Joe Kelly s’applique à donner beaucoup d’épaisseur à ses personnages. Que ce soit Liz, Betty, Flash, et bien évidemment Peter (Mary Jane demeure pour le moment hors-champ car Peter ne l’a pas encore rencontrée), ils bénéficient tous d’un vibrant éclairage, débarrassé du moindre manichéisme primaire (même l’Homme-sable est au-dessus du bien et du mal). Liz s’impose comme une jeune femme aux velléités d’émancipation bridées par son dévouement pour un Flash plus fragile qu’on ne le croirait, obligé de s’imposer par la brutalité afin de combler les ambitions malsaines d’un père policier, lui-même brutal et alcoolique. Betty se révèle la plus touchante, obligée de renoncer elle-aussi à la frivolité de la jeunesse afin de préserver son poste au bureau du Daily Bugle, sous l’égide du tyrannique J.J.Jameson. Quant à Peter, il fait une fois de plus les frais de son détachement face à ses responsabilités, détachement qui le conduit systématiquement aux pires catastrophes.

Très bel équilibre entre les fondamentaux naïfs de la série et une approche mature et intelligente.
À l’arrivée, LE PONT, derrière ses airs de récit un peu fun et inoffensif, est un récit profond, où tous les personnages franchissent une même étape à leur manière, avec chacun ses priorités et ses obligations.
Enfin une belle histoire de super-héros, où le décorum divertissant n’est que le vernis derrière lequel s’étend une toile de fond qui résonne comme une réflexion universelle sur la nécessité de changement et de renoncement aux plaisirs fugaces lorsqu’il s’agit de rentrer de plein pied dans la difficile réalité de la vie.
Comme évoqué plus haut, l’ensemble souffre d’une mise en image particulièrement laide, d’un découpage bâclé et d’une écriture un peu grossière. Un choix assez calamiteux au niveau de l’équipe artistique, pour un scénario et une toile de fond qui auraient mérité mieux en termes de mise en forme.
Voilà qui est dommage, notamment dans l’approche esthétique qui va rebuter plus d’un client potentiel, car nombre de lecteurs attirés par l’univers des super-héros marchent avant tout aux images, et beaucoup referment le bouquin au premier coup d’œil si l’ensemble n’est pas joli à regarder…
LE PONT demeure pourtant un récit incontournable pour tout amateur du personnage de Spider-man (et de sa mythologie interne), car si vous avez envie de lire une bonne histoire (relativement courte) du “Tisseur” avec un début, un milieu et une fin, vous aller en trouver une ici…

That’s all, folks !!!
