
* HALLOWEEN MANIFESTO – 1° PARTIE *
Chronique des trois premiers récits dédiés à Batman par Jeph Loeb & Tim Sale : BATMAN HALLOWEEN SPECIAL : FEAR, MADNESS et GHOSTS
Date de publication : 1993, 1994 et 1995
Auteurs : Jeph Loeb (scénario), Tim Sale (dessin)
Genre : Super-héros. Thriller
Éditeur VO : DC Comics. Éditeur VF : Urban Comics (anciennement Semic)
Le dossier en 5 parties sur les récits de Jeph Loeb & Tim Sale dédiés à l’univers de Batman :
1. BATMAN HALLOWEEN SPECIAL (vous êtes ici)
2. BATMAN : UN LONG HALLOWEEN
3. BATMAN : AMÈRE VICTOIRE
4. CATWOMAN À ROME
5. BATMAN : LE DERNIER HALLOWEEN

Et une… Et deux… Et trois perles !
Cet article est le premier d’une série qui portera sur toutes les œuvres réalisées par le tandem Jeph Loeb (scénario) et Tim Sale (dessin) autour de l’univers de Batman. Ce duo d’auteurs a aussi bien officié chez DC Comics que chez Marvel, pour un certain nombre de mini-séries particulièrement réussies et iconiques, transcendées par un style inimitable.
Nous nous intéresserons ici à la figure du justicier en costume de chauve-souris. Car, dans l’univers DC, les deux compères ont également livré une magnifique histoire de Superman, chroniquée dans un article distinct…

Les planches déjà inventives et majestueuses de Tim Sale.
Dans les années 90, l’éditeur DC Comics propose à des auteurs de premier ordre de revenir sur la passé de Batman, lorsqu’il était encore solitaire et mystérieux. Ainsi naît la superbe série LEGENDS OF THE DARK KNIGHT. Le scénariste Jeph Loeb, emporté par son ambition alors qu’on lui demande de développer une histoire sur trois épisodes censée se dérouler lors de la nuit d’Halloween, propose de dépasser la ligne éditoriale en inaugurant un ANNUAL LEGENDS OF THE DARK KNIGHT HALLOWEEN SPECIAL de 80 pages !
Avec l’aide de son comparse le dessinateur Tim Sale (depuis leur association sur une mini-série intitulée CHALLENGERS OF THE UNKNOWN réalisée en 1991), Loeb imagine alors le premier segment d’une trilogie sur le thème d’Halloween…

Mais un style de dessin encore un peu hésitant…
(bon sang mais c’est bien sûr : Batman ressemble à une gargouille !)
– Le premier récit (FEAR – BATMAN HALLOWEEN SPECIAL) est un conte gothique dans lequel “l’Homme chauve-souris” se voit confronté à l’Épouvantail, l’un de ses pires ennemis, en pleine nuit d’Halloween. Et lorsque le vilain lui inocule un gaz pouvant exacerber la peur chez ses victimes, alors commence la véritable nuit de la peur…
– Le suivant (MADNESS – BATMAN HALLOWEEN SPECIAL) oppose notre héros au Chapelier Fou et s’inspire, en toute logique, du conte ALICE AU PAYS DES MERVEILLES de Lewis Carroll. Avec un thème central : La folie…
– Le dernier (GHOSTS – BATMAN HALLOWEEN SPECIAL) est une relecture d’un autre conte tout aussi célèbre de Charles Dickens : UN CHANT DE NOËL. Batman affronte le Pingouin avant de passer une nuit dans son manoir, hanté par trois fantômes qui lui montrent son passé, son présent et son avenir…

Batman affronte le Chapelier Fou.
Ces trois épisodes inaugurent l’arrivée du tandem Jeph Loeb & Tim Sale comme une bénédiction pour le traitement du personnage.
Dans le fond, le scénariste livre un récit d’une profondeur psychologique en osmose avec l’univers gothique de Batman, où sont passés au crible toutes les déclinaisons symboliques liées à la figure du Dark Knight, de son rapport ambivalent à la justice jusqu’à ses problèmes d’intégrité sociale et sa dualité entre la raison et la folie, incarnée par son alias ténébreux et son passif traumatique.
Explorant son passé, son enfance et ses rapports avec ses parents, Jeph Loeb procure un peu d’épaisseur à un personnage trop souvent monolithique. Et c’est tout le talent du scénariste de décliner l’ensemble de ces thématiques adultes sous les atours d’une poignée d’histoires de super-héros divertissantes et iconiques.
Dans le premier récit, Jeph Loeb parvient ainsi à transcender le pitch de départ (Batman parviendra-t-il à surmonter sa peur face à un ennemi qui l’inocule chez ses victimes grâce à une toxine de son invention en pleine “nuit de la peur” ?) en saupoudrant son récit d’une multitude d’éclairages divers sur la mythologie interne de son personnage.

Ici, c’est une histoire de fantômes…
Dans la forme, le scénariste et son dessinateur construisent un enchainement de séquences d’une extrême richesse formelle, dans lesquelles la narration, plutôt que d’assembler les événements de manière linéaire, se développe en alternant les étapes, mêlant le passé et le présent. Un procédé qui permet de préserver le dénouement de l’histoire sur la base de multiples rebondissements, tout en égrainant les diverses subtilités présentes dans le sous-texte.
Le tout est transcendé grâce à un découpage conceptuel brillant, parsemé de soliloques immersifs et de dialogues au cordeau. Du très grand art de narrateur.

Cette fois, le style est bien affirmé !
Au départ, le dessin de Tim Sale ne possède pas encore la beauté épurée de ses futurs travaux. Son encrage n’est pas aussi puissant et expressif et ses planches ne dévoilent pas encore la pureté et l’élégance flamboyante que l’on découvrira bientôt. Puis, peu à peu, il se pare de son style définitif, quelque part entre le réalisme rétro et le cartoon gothique. À la fin de GHOSTS, il est à son apogée…
Ces trois histoires ont été publiées respectivement en 1993, 1994 et 1995. Ce sont les premiers travaux du tandem Jeph Loeb & Tim Sale sur l’univers de Batman. Ils font ainsi office de prémices aux sagas BATMAN : UN LONG HALLOWEEN et BATMAN : AMÈRE VICTOIRE.

See you soon !!!
