
* AUX DENTS DE LA MORT, JE SUIS ACCROC *
– 1° PARTIE –
Chronique des films de crocodiles géants – 1ère partie
Date de sortie des films : de 1977 à 1980.
Genre : Fantastique, horreur.
Nos dossiers sur les films de crocos géants :
1ère partie : les années 70 – vous êtes ici
2ème partie : les années 80/90
3ème partie : les années 2000
4ème partie : les années 2010

Cet article vous propose un tour d’horizon sur un sous-genre du cinéma horrifique et animalier un peu particulier : le film de crocodile géant !
Si le genre de l’animal tueur est véritablement né avec l’emblématique LES DENTS DE LA MER réalisé par Steven Spielberg en 1976, un sous-genre est rapidement apparu dans son sillon, mettant en scène des sauriens à la taille fantastique.
Nous vous proposons un focus en plusieurs parties sur les principaux films, afin de brosser le tableau depuis l’apparition du genre jusqu’à aujourd’hui.
Nous ne serons pas exhaustifs. Pour cela, allez taper “liste de films de crocodiles” sur Google, et vous verrez que certains sites en recensent près d’une centaine rien que dans le genre Horreur.
Nous n’écumerons pas en entier la liste des récents films jouant à fond la carte du faux/vrai nanar bourré de mauvais goût cyniquement assumé comme SUPERGATOR (joli patronyme au demeurant), DINOCROC VS. SUPERGATOR et tutti quanti (on ne choisira que les moins pires)…
Enfin, nous ne parlerons pas non plus des films naturalistes avec animaux normaux, comme BLACK WATER (2007), ou des séries B comme CRAWL d’Alexandre Aja (2019), où les bestioles ne sont pas géantes, quand bien même ils sont intéressants, et peut-être plus stressant encore que leurs cousins ouvertement horrifiques.
Nous nous contenterons donc d’un large panorama de films emblématiques couvrant près de cinquante ans de dents de la mort géantes prêtes à croquer les écrans…
Avant de commencer, précisons tout de même que les films de crocodile ont le droit, ne vous en déplaise, de mettre aussi en scène des alligators, voire même des caïmans (mais pas des gavials, faut pas déconner)…
Au programme :
- LE CROCODILE DE LA MORT
- ALLIGATOR
- L’INCROYABLE ALLIGATOR
Niveau d’appréciation :
– À goûter
– À déguster
– À savourer


Regardez-le bien sur l’affiche parce que dans le film on le voit pas…
1) LE CROCODILE DE LA MORT – 
EASTEN ALIVE, ou DEATH TRAP en VO
Réalisateur : Tobe Hooper
Acteurs : Neville Brand, Marilyn Burns, Robert Englund, Mel Ferrer, William Finley, Stuart Whitman
Scénario : Alvin L. Fast, Mardi Rustam
Musique : Wayne Bell, Tobe Hooper
Année : 1977
Durée : 91 minutes
LE CROCODILE DE LA MORT est un film américain réalisé par Tobe Hooper.
Le pitch : Dans un coin reculé de Louisiane, le gérant d’un motel miteux perché sur les bords d’un étang assassine sa clientèle en la jetant en pâture à un alligator qui attend patiemment ses proies…
Même en remarquant que le titre original ne fait pas autant de caisses à propos du saurien, il faut commencer par préciser que LE CROCODILE DE LA MORT est un vrai-faux film de crocos. Si tel avait été le cas, il aurait été le premier représentant du genre (on en reparle avec le suivant). Il convient ainsi de prévenir les amateurs que ce second film de Tobe Hooper ne montre guère l’animal (en vérité on devine sa présence mais on ne le voit tout simplement pas du tout !), et qu’il s’agit surtout d’un “film de maniaque” dans la lignée de son premier long-métrage, le désormais cultissime MASSACRE A LA TRONÇONNEUSE.
Et puis d’ailleurs, entre le crocodile et l’alligator, le cœur du scénariste semble balancer, puisqu’il nous assène une explication sur les origines de la bête complètement perchée !
Cherchez le croco… Trouvez son nom…
Bien que le film possède sa légion d’admirateurs énamourés, on est objectivement tentés de ne pas partager le même enthousiasme dès lors que l’on ne vient pas avec la même approche. Mauvais film ou film maudit ? (Tobe Hooper aurait quitté la production avant la fin du tournage pour cause de brouille avec le producteur, laissant ce dernier s’occuper des scènes manquantes et assurer le montage sans le final cut dévolu au réalisateur). Toujours est-il que le résultat est extrêmement fluctuant et qu’il souffre d’un manque de rythme et de passages à vides trop importants pour que l’on fasse comme si on ne les voyait pas.!

Le problème n’est pas que ce soit mal filmé, au contraire !
Malgré le fait que la plupart des scènes soient bien filmées (on peut parfois admirer certains plans particulièrement travaillés et éclairés avec soin, dans une bichromie rouge et bleue de très belle tenue), on en ressort avec l’impression que Hooper s’est acharné tout du long dans l’espoir de retrouver l’essence de son MASSACRE A LA TRONÇONNEUSE, sans jamais y parvenir. Le résultat final est donc très bancal, avec une surenchère de plans qui dénotent une volonté d’exhaler un maximum de relents glauques et malsains, mais qui finissent par tomber involontairement dans la farce et le Grand-Guignol, annihilant ainsi l’effet de malaise recherché.
C’est dommage car, au hasard de quelques scènes, on perçoit bien l’idée de départ : à savoir celle de faire du personnage de Judd, ancien combattant du Vietnam reconverti en taulier psychopathe et tueur en série tentant vainement d’expurger ses penchants malsains sous une apparente velléité de rédemption, le véritable monstre à figure humaine de l’histoire. L’alligator n’étant alors que l’outil et le reflet terrifiant du tueur. Hélas, l’ensemble ne convainc pas, la faute à un script mal finalisé, à un montage raté et à des effets horrifiques mal gérés. Reste le privilège de voir un film culte, traînant les oripeaux du grand film d’horreur qu’il rêvait peut-être de devenir…


Il a l’air agile sur l’affiche, le croco !
2) ALLIGATOR – 
IL FIUME DEL GRANDE CAIMANO
Réalisateur : Sergio Martino
Acteurs : Barbara Bach, Mel Ferrer, Richard Johnson
Scénario : Cesare Frugoni, Ernesto Gastaldi, Sergio Martino et Mara Maryl
Musique : Stelvio Cipriani
Année : 1979
Durée : 89 minutes
ALLIGATOR (ou LE DIEU ALLIGATOR, ou encore LE GRAND ALLIGATOR selon les occasions) est un film italien réalisé par Sergio Martino sous le titre original IL FIUME DEL GRANDE CAIMANO (LE FLEUVE DU GRAND CAÏMAN).
Il conclue une trilogie de films d’aventures spaghetti (mâtinés d’horreur et de fantastique) amorcée avec LA MONTAGNE DU DIEU CANNIBALE et poursuivie avec LE CONTINENT DES HOMMES-POISSONS.
Le pitch : Au cœur de l’Afrique, un riche promoteur caresse le rêve de créer un complexe touristique paradisiaque qui attirerait les foules. Il n’hésite pas, pour se faire, à construire un luxueux hôtel sur les terres d’une tribu locale. Lorsqu’un saurien géant surgit du fleuve pour dévorer les touristes, un photographe venu sur les lieux afin de promouvoir un documentaire publicitaire comprend, dès lors, qu’il s’agit d’une sorte de “divinité” invoquée par les indigènes afin de punir les envahisseurs occidentaux…
Tout est dans le titre !
Imaginez la situation :
– Le producteur du film qui dit : “Hé les mecs ! les meeecs ! Et si on mélangeait le script des films de monstres ayant remporté le plus de succès dans les années 70 ?”.
– Le scénariste qui répond : “Ah ouaaais ! Et si, donc, on mélangeait le KING KONG de 1976 avec LES DENTS DE LA MER ?”.
– Le copain des effets spéciaux qui s’y met : “Et si, à la place d’un gorille géant et d’un grand requin blanc, on mettait un crocodile ?”.
– Le scénariste qui renchérit : “Et si, pour le coup, on mettait un crocodile géant qui serait en vérité un caïman en Afrique que les distributeurs français renommerait un alligator (mais quand même géant) ?”.
– Tout le monde qui répond en cœur : “Ah ouais ! Trop bien comme idée !”.
C’est ansi que naquit, apparemment, le concept du film…

Wow ! Quels plans, mes aïeux !
Ainsi, des pans entier du KING KONG de John Guillermin (une tribu indigène vénère un Dieu sous la forme d’un animal géant et kidnappe la belle femme blanche afin de l’offrir en offrande au monstre) et du JAWS de Steven Spielberg (un promoteur véreux tient absolument à taire les rumeur d’un danger animal pour ne pas voir fuir les touristes avec leur argent) sont repris allègrement tout au long de cette série B assez fauchée, qui nous lâche enfin la bête dans le dernier quart du film, laquelle est un superbe spécimen en carton d’une dizaine de mètres, dont la mobilité et la capacité à se mouvoir dans les eaux se situent entre celle d’un playmobil et d’une bouteille en plastique…
Malheureusement, à aucun moment on ne nous expliquera l’origine réelle de la taille anormale de l’animal, et encore moins le pourquoi du comment ce n’est manifestement pas un crocodile africain, mais au contraire un alligator (ou un caïman, vu le titre italien originel) importé des Amériques dans une version king-size. Décidément, après le film de Tobe Hooper, les représentants de notre sous-genre cinématographique semblent mettre un point d’honneur à ne jamais mettre le bon animal dans le bon continent…

“Viens voir mon sous-marin jaune”, qu’il lui a dit, l’aut’…
Pour le reste, les acteurs font le job (le promoteur véreux est tout de même interprété par le vétéran hollywoodien Mel Ferrer, qui jouait déjà dans LE CROCODILE DE LA MORT !), le script est généreux en scènes d’action de tout poil (bagarres à l’italienne comprises), le réalisateur soigne les dialogues et les scènes d’exposition, additionne les plans à suspense sous les eaux en caméra subjective, assure une belle note d’érotisme estival ; le tout culminant lors d’un climax survolté où les attaques de la bête sont menées en parallèle au massacre des touristes par les indigènes furax, dans un déluge sanglant de hurlements et de panique tous azimuts.
À l’arrivée, ALLIGATOR, premier véritable représentant d’un genre en devenir (le film de croco géant, donc), est une série B à l’ancienne, aussi kitsch que possible, mais tout à fait divertissante dès lors qu’on prend la chose avec la légèreté qu’il convient de lui accorder. À noter la présence de Barbara Bach dans le rôle de la belle, très présente sur les écrans à l’époque (Sergio Martino lui avait déjà donné la vedette dans LE CONTINENT DES HOMMES-POISSONS), puisqu’elle avait fait la James Bond-girl dans L’ESPION QUI M’AIMAIT, avant de jouer dans L’HOMME DES CAVERNES où elle rencontrera Ringo Starr, qui deviendra son époux pour le meilleur et pour le pire…


The classical one.
3) L’INCROYABLE ALLIGATOR – 
ALLIGATOR
Réalisateur : Lewis Teague
Acteurs : Robert Forster, Dean Jagger, Sydney Lassick, Henry Silva
Scénario : John Sayles
Musique : Craig Hundley
Année : 1980
Durée : 89 minutes
L’INCROYABLE ALLIGATOR (le titre en VO est ALLIGATOR mais (comme c’est ballot) ces nigauds de traducteurs français avaient déjà renommé le film de Sergio Martino comme ça l’année précédente (raison pour laquelle, d’ailleurs, ce dernier n’a cessé de changer de titre au hasard des éditions vidéo…) est un film américain réalisé par Lewis Teague.
Le pitch : Près de Chicago, vers la fin des années 60, une petite fille ramène un bébé alligator acheté dans une ferme animalière. Rapidement, son père s’empresse de jeter l’animal aux toilettes, prétextant sa mort alors que la fillette est à l’école.
Douze ans plus tard, des fragments de cadavres déchiquetés sont découverts dans le vaste réseau d’égouts qui sillonne la ville. Au fil de ses recherches, le policier David Madison découvre que le tueur est un gigantesque alligator de près de douze mètres. Il s’agit en réalité (vous l’aurez sans doute deviné tout seul) du bébé jeté jadis dans les latrines. Ce dernier se serait nourri des cadavres de chiens balancés dans les égouts, des chiens ayant subi diverses expériences dans un laboratoire illicite où des scientifiques s’échinent à inventer un sérum permettant de décupler la taille des animaux (afin de soi-disant palier au problème de la faim dans le monde). Le souci c’est que le sérum, en plus de faire grandir le saurien, aurait rendu son appétit si insatiable, qu’il va devoir bientôt sortir des égouts afin de rechercher de la chair fraîche, humaine de préférence…
C’est aujourd’hui notoire : la présence de crocodiles (voire d’alligators ou autres caïmans) dans les égouts des grandes villes américaines a fini par devenir un mythe urbain. L’origine de cette légende ayant d’ailleurs abouti sur la spéculation que l’on ait évacué des bébés sauriens depuis les toilettes ! Le film de Lewis Teague fait donc figure de témoin d’une époque, où l’on fantasmait en tremblant sur la possible présence de terribles dragons enfouis au plus profond de nos sous-sols domestiques…
Dans notre domaine du film de croco, L’INCROYABLE ALLIGATOR tient désormais le rôle de grand classique en même temps qu’il se place en lice pour figurer au rang des plus beaux nanars hollywoodiens de son époque. Je ne sais pas si c’est à cause de mon manque d’objectivité, étant donné qu’il s’agit du premier film que je suis allé voir au cinéma avec un copain lors de sa sortie (et donc la première fois que j’effectuais une vraie sortie sans mes parents), mais je trouve sa mauvaise réputation injuste.
Alors certes, c’est parfois très kitsch, mais comment ne pas le défendre ? Je dirais dès lors que le film est très chouette jusqu’à son dernier quart d’heure (il dure 89 mn), que son script est certes énorme mais solide, qu’il est porté par une bande d’acteurs “à gueule” qui force la sympathie (Robert Forster, Dean Jagger, Sydney Lassick, Henry Silva), et que ses effets spéciaux sont carrément réussis pour l’époque, avec une excellente gestion sur les plans du monstre, qui alternent parfaitement ceux de la marionnette et ceux d’un animal réel, superbe de surcroît.

Ça c’est de la bestiole !
Alors bien sûr, le dénouement est d’un Grand-Guignol extraordinaire, où l’on voit la bête débarquer en plein milieu d’une soirée mondaine où se trouvent, comme par hasard, tous les vilains corrompus qui ont contribué à laisser la catastrophe se répandre. Lesquels vilains s’empressent d’ailleurs, un par un, de se jeter dans la gueule de notre super alligator afin de contenter le spectateur avide de punition gore ! Mais pour le reste, le film n’a pas à rougir de la comparaison avec la plupart des films fantastiques de son époque, et notamment du précédent…
Ajoutons à cela une patine estampillée « 70’s » aujourd’hui hélas disparue qui faisait exister les personnages par l’intermédiaire de dialogues et de situations triviales joliment développées (il faut voir David Madison, le héros, s’inquiéter tout du long de sa calvitie naissante alimentant la plupart des discussions), et nous tenons ici davantage un classique un peu kitsch mais encore très divertissant et spectaculaire qu’un honteux nanar miteux…

Une affiche US moins racoleuse mais plus glauque…
En seulement un faux et deux vrais films de crocos, le genre se serait-il d’amblée nanardisé ? C’est ce que semble nous dire la suite des événements puisque, durant près de vingt ans, il ne va écumer que les films de série Z (direct-to-video), voire le petit écran.
Nous en parlerons dans la deuxième partie de l’article…
1ère partie : les années 70 – Vous êtes ici
2ème partie : les années 80
3ème partie : les années 2000
4ème partie : les années 2010
See you soon !!!

Bravo je suis fan des crocodiles 🐊
Et moi donc ! 🐊🐊🐊