
* VAMPIRE SOUS LES SUNLIGHTS présente *
* MORT DE RIRE *
Chronique du film LE BAL DES VAMPIRES
Rubrique VAMPIRE SOUS LES SUNLIGHTS
Date de sortie : 1967
Durée : 108 minutes
Réalisation : Roman Polanski
Acteurs : Jack McGowran, Sharon Tate, Roman Polanski, Alfie Bass, Ferdy Mayne
Scénario : Gérard Brach, Roman Polanski
Musique : Krzysztof Komeda
Genre : Fantastique, horreur, comédie.

Cet article est inscrit dans le cycle dédié aux films de vampires que nous appelons VAMPIRE SOUS LES SUNLIGHTS. Soit un sous-genre à part entière du cinéma fantastique et horrifique qui contient en son sein un panel assez conséquent de films importants.
Nous reviendrons de temps en temps vous présenter d’autres films de la rubrique. Mais une seule chose à la fois…
Aujourd’hui, nous faisons le voyage en 1967 afin de remettre, sous le feu des projecteurs, un autre film culte.
Une bande annonce qui en fait des pataquès en forçant les gags à coups de hurlements que l’on n’entend pas dans le film !
Le pitch : Le professeur Abronsius (Jack McGowran), flanqué de son assistant Alfred (Roman Polanski), arrive dans une région reculée et inhospitalière de la Transylvanie et s’installe dans une auberge isolée au cœur des montagnes. C’est là que ses recherches l’ont amené. Car il s’est lancé dans une quête : Devenir un chasseur de vampires, pour combattre un mal qui se répand sur le monde, comme il le pense, alors que tous ses confrères scientifiques le prennent pour un illuminé.
Tandis qu’Alfred tombe amoureux de Sarah (Sharon Tate), la fille de l’aubergiste, un bossu hideux répandant la terreur autour de lui remarque la jeune fille, que ses parents s’évertuent à cacher. Peu après, Sarah est enlevée par un vampire, qui n’est autre que le comte Von Krolock, le seigneur du château qui domine la région depuis des siècles. Le professeur et Alfred vont tenter de libérer la jeune fille en se rendant au château, et découvrir que le comte y prépare le bal annuel des vampires, dont Sarah constituera le repas principal…

L’affiche originale, dessinée par le mythique Frank Frazetta !
Roman Polanski est né juif polonais. Cinéaste visionnaire, il a une seconde passion en dehors du 7ème art : Le ski. Et voilà, quatre clés de compréhension (juif + Pologne + cinéma + ski) pour analyser notre film. L’article serait-il terminé ? Pas tout à fait…
LE BAL DES VAMPIRES a été au départ imaginé par Polanski afin de se moquer -gentiment, mais sûrement- des productions de la Hammer, firme britannique spécialisée dans les films d’horreur gothiques, et notamment dans les films de vampires. On voit d’ailleurs très bien, si l’on connait ses classiques, que le film parodie tout spécialement LE BAISER DU VAMPIRE (KISS OF THE VAMPIRE), réalisé par Don Sharp quatre ans plus tôt. Car oui, l’intelligentsia de l’époque, dont Polanski représentait, avec l’avènement du Nouvel Hollywood, l’un des principaux étendards, trouvait ces films d’horreur très kitsch.

LE BAL DES VAMPIRES au milieu des films dont il se moque !
Notre réalisateur se mettait à dos, à l’époque, une partie du grand public amateur de séries B horrifiques en se moquant, plus ou moins avec dédain dans ses diverses interviews, de ces films prétendument terrifiants. Il le répétait d’ailleurs à qui mieux-mieux : Chaque fois qu’une scène d’un DRACULA ou autre FRANKENSTEIN devait foutre la frousse au public, lui et ses amis, dont Gérard Brach, futur coscénariste (avec Polanski) du BAL DES VAMPIRES, éclataient de rire et se marraient comme des baleines !
Pourtant, en s’attaquant au mythe du vampire et en ayant le projet d’en rire pour montrer ce qu’il ressentait en sortant d’une séance de cinéma projetant toutes ces kitscheries, le cinéaste ne s’est pas contenté d’une simple parodie. Il a été extrêmement élégant !

Les extraordinaires décors naturels du BAL DES VAMPIRES.
En cette année 1967, Polanski et son chef opérateur Wilfred Shingleton allaient créer les tableaux les plus beaux et les plus marquants de toute l’imagerie transylvanienne (dont une auberge typique de la Pologne juive !). Ainsi, LE BAL DES VAMPIRES nous gratifie de décors, d’idées de mise en scène et de cadrages d’une extrême minutie (ce zoom arrière dément qui introduit le film en partant d’un cratère lunaire pour nous faire atterrir sur les lieus de l’action !), travaillés jusqu’à la maniaquerie. Et le château du conte Von Krolock, aussi bien vu de l’extérieur que de l’intérieur, est probablement le plus beau château de vampires de l’histoire du cinéma !
Chaque scène ménage des idées et des trouvailles inédites, emballées dans un écrin d’une exquise imagerie baroque et pittoresque, raffinée sans être prétentieuse, gothique sans être surannée, horrifique sans être choquante, glauque sans être malsaine (les costumes et maquillages, qui enlaidissent la plupart des personnages, sont d’un niveau de détail qui frôle le naturalisme tout en demeurant dans le genre fantastique, tandis que la bande-son totalement atypique de Krzysztof Komeda, compositeur polonais, semble sortir d’un tombeau transylvanien d’une autre culture et d’un autre âge !). Un pur numéro d’équilibriste virtuose.

Mais d’où sortent de pareils personnages ?!!!
Le résultat est un cas d’école de la part d’un réalisateur qui se moque d’un genre tout en le sublimant, parce qu’il est avant tout un artiste, et qu’il aime ce qu’il fait. Il demeurera d’ailleurs fidèle au genre fantastique, livrant régulièrement des films de genre, souvent devenus des mètres-étalons, comme ROSEMARY’S BABY et LE LOCATAIRE (deux chefs d’œuvre) et LA NEUVIÈME PORTE (film souvent décrié, et pourtant franchement envoûtant).
Dans LE BAL DES VAMPIRES, l’histoire, bien que simple et classique, n’est jamais sous-traitée. Les personnages principaux sont quasiment tous des archétypes du genre mais, même pointés du doigt (le savant lunaire et arrogant avec sa tête “à la Einstein” , le vampire aristocrate décadent et son costume du dimanche, le bossu hideux gardien de la crypte…), ils sont tous extrêmement réussis et particulièrement bien écrits et caractérisés (et très drôles), tout en étant soigneusement secondés par une poignée de protagonistes inédits pour l’époque (ce vampire juif qui n’a pas peur des crucifix ! ou cet autre vampire homosexuel qui ne vampirise que les beaux jeunes hommes !).

Des vampires d’un nouveau genre !
Le scénario, malgré sa totale simplicité, est également 1000 fois plus intéressant que tous ceux de la Hammer réunis, car il est écrit avec un sens du détail truculent (par Roman Polanski et Gérard Brach, donc) et ne suit aucun schéma établi. Du coup, on avance de surprise en surprise. Et, cerise sur le gâteau, avec sa discrète touche de détails glauques, notamment cristallisés par le rôle du cerbère bossu et quelques détails graveleux, il s’avère bien plus mystérieux, bien plus inquiétant et même plus effrayant (il fait peur ce bossu !) que les modèles qu’il tourne en dérision. Et pourtant, il s’agit d’une comédie !
Notons enfin ces quelques détournements poétiques du genre, lorsque dans la scène de vampirisme, alors que Von Krolock est venu enlever la belle Sarah dans sa baignoire, le brouillard est remplacé par la vapeur de l’eau bouillante, laquelle gicle sur le mur en guise de sang, tandis que la neige qui s’insinue dans la petite salle de bain depuis la lucarne par laquelle est entré le comte (telle une chauve-souris vêtue de noir et de rouge), rappelle au spectateur qu’il est temps d’être glacé d’effroi…
Un peu plus tard, du vin rouge s’échappera d’un tonneau dans lequel Alfred plantera un pieu par erreur, mais toujours aucune trace de sang ! Et le cinéphile, connaissant son petit dictionnaire de la Hammer sur le bout des doigts, de se rappeler que Terence Fisher, le metteur en scène principal de la firme britannique spécialisée dans le gothique, maniait la métaphore de la même manière…
De la moquerie à l’hommage il n’y a donc qu’un pas ! Mouahaha !!!

Des canines, des cercueils, des pieux : On est bon.
La recette est finalement des plus simples : En prenant le parti de rire de tous les moments traditionnellement angoissants, en forçant le trait, en prolongeant les scènes des films de la Hammer, poussant le curseur plus loin que ce qui n’était jusqu’ici que de l’humour involontaire, le script du BAL DES VAMPIRES échoue sur des séquences surréalistes et encore inexplorées. Ainsi ces dialogues burlesques et farfelus (notamment ceux qui concernent les habituels attributs liés au vampirisme, telles les gousses d’ail et autres chauves-souris), ces scènes de poursuites iconoclastes (où un cercueil se transforme en luge et où –sans doute la meilleure de toutes-, le pleutre Alfred s’enfuit sur une coursive carrée pour se retrouver dans les bras de l’entreprenant vampire homo qu’il tentait de semer…) ; des quiproquos inhabituels (aucun des personnages ne se comporte finalement comme il le devrait), sans compter la grande scène de bal finale (devenue un classique absolu), où le suspense et l’angoisse se mêlent à la comédie pure.
La recette, jusque-là jamais vue dans l’histoire du cinéma, est encore une fois des plus logiques : En aimant le cinéma plus que tout, en filmant avec art et passion, on peut bien se moquer de ce que l’on veut, il en sortira forcément quelque chose de beau…

Effrayant, n’est-il pas ?
Avec LE LOCATAIRE, où il interprète le premier rôle, LE BAL DES VAMPIRES est l’un des seuls films où Polanski se met lui-même directement en scène dans un rôle important (et où il ne se crédite pas au générique !). Sharon Tate, dans la vraie vie, sera bientôt assassinée par les disciples de Charles Manson mais, pour l’heure, LE BAL DES VAMPIRES marque son entrée dans le monde du cinéma (elle n’a jusque-là interprété que des rôles de figurantes, au mieux des petits-rôles non crédités). Polanski, qui ne voulait pas d’elle au départ, finit par faire comme son personnage dans le film : Il tombe amoureux et la courtise assidument. Ils se marieront l’année suivante.
À l’arrivée, LE BAL DES VAMPIRES est un des meilleurs films de vampires et la plus belle parodie de films d’horreurs de toute l’histoire du cinéma, avec FRANKENSTEIN JUNIOR.
Avec sa nostalgie du folklore juif polonais, son amour du ski, sa vision iconoclaste et son soi-disant mépris pour le cinéma de Terence Fisher, Roman Polanski nous livrait-là, malgré tout, un grand classique du genre consacré. Et si, jadis, certains afficionados de la Hammer et des séries B horrifiques jouaient les esprits chagrins et les vierges effarouchées, constituant des poupées vaudou à l’effigie de Polanski, les actuels amoureux du cinéma fantastique (qui aiment également la Hammer, d’ailleurs, et pas qu’un peu !) se sont tous mis d’accord pour ranger LE BAL DES VAMPIRES au rayon des grands standards, des films cultes et des ultimes chefs d’œuvre du cinéma vampirique…

C’est bien le bal des vampires…
See you soon !!!
