
– UNIVERSAL MONSTERS 5 –
* LES PLUS GRANDS MONSTRES DE L’UNIVERS ! *
Chronique des films de monstres du studio Universal
5ème partie : Les suites de LA MOMIE et de L’HOMME INVISIBLE !
Date de sortie des films : Années 1940.
Genre : Fantastique, horreur, gothique.
Nos dossiers sur les films UNIVERSAL MONSTERS :
1ère partie : L’histoire des Universal Monsters + les trois premiers films
2ème partie : LA MOMIE, L’HOMME INVISIBLE, les suites de FRANKENSTEIN et de DRACULA, LE LOUP-GAROU et LE FANTÔME DE L’OPÉRA
3ème partie : Les crossovers !
4ème partie : Les Outsiders !
5ème partie – Vous êtes ici : Les suites de LA MOMIE et de L’HOMME INVISIBLE
6ème partie : Les Deux Nigauds et L’ÉTRANGE CRÉATURE DU LAC NOIR
SOMMAIRE :
- LE RETOUR DE L’HOMME INVISIBLE
- LA MAIN DE LA MOMIE
- LA FEMME INVISIBLE
- LA TOMBE DE LA MOMIE
- L’AGENT INVISIBLE
- LE FANTÔME DE LA MOMIE
- LA REVANCHE DE L’HOMME INVISIBLE
- LA MALÉDICTION DE LA MOMIE
Niveaux d’appréciation :
– À goûter
– À déguster
– À savourer
Voici la cinquième partie de notre dossier sur les films de monstres produits par le studio Universal du début des années 30 au milieu des années 50, plus communément nommés les Universal Monsters.
Après vous avoir chroniqué pas moins de vingt-neuf films emblématiques de la série, je vous en propose encore huit ! Cette fois-ci, nous allons décrypter toutes les suites dédiées à la figure de LA MOMIE et à celle de L’HOMME INVISIBLE, à l’exception des films avec les Deux Nigauds Abbott & Costello, que nous égrainerons dans le prochain et dernier article de notre chronique (en compagnie d’une certaine créature d’un certain lac noir)…


Il revient, et il n’est pas content…
1) LE RETOUR DE L’HOMME INVISIBLE – 
(THE INVISIBLE MAN RETURNS)
Réalisateur : Joe May
Acteurs : Vincent Price, Cedric Hardwicke, Nan Grey
Scénario : Lester Cole et Curt Siodmak
Musique : Hans J. Salter, Frank Skinner
Année : 1940
Durée : 81 minutes
Le pitch : Neuf ans après les événements survenus dans le film L’HOMME INVISIBLE de 1933, le frère de ce dernier tente à son tour de maitriser le sérum d’invisibilité. Il va l’utiliser afin de permettre à un condamné à mort, Geoffrey Radcliffe (Vincent Price), de s’échapper de sa cellule. Radcliffe, emprisonné pour le meurtre de son frère qu’il n’a pas commis, va immédiatement se mettre à la recherche du véritable meurtrier…
L’HOMME INVISIBLE de James Whale connaitra cinq séquelles : LE RETOUR DE L’HOMME INVISIBLE ici-présent, LA FEMME INVISIBLE (sorti dans la foulée, en 1940), L’AGENT INVISIBLE CONTRE LA GESTAPO (1942), LA VENGANCE DE L’HOMME INVISIBLE (1944) et DEUX NIGAUDS CONTRE L’HOMME INVISIBLE (1951). De toute cette “série”, seul notre RETOUR DE L’HOMME INVISIBLE est une véritable suite. Tous les autres n’auront aucun lien entre eux, sinon les films 4 et 5 renouant avec le nom de la famille Griffin, comme dans les deux premiers films.

Le drame !
LE RETOUR DE L’HOMME INVISIBLE est le premier film dans lequel le grand Vincent Price tient le rôle principal (même si Sir Cedric Hardwicke est inscrit en premier sur l’affiche originelle). C’est tout à fait ironique quand on y pense : Celui qui deviendra la star absolue du cinéma fantastique (alors qu’il n‘y tenait absolument pas, se destinant au départ aux grands rôles romantiques), connu avant tout pour sa voix inimitable (souvenez-vous du THRILLER de Michael Jackson !), s’est révélé au public dans un rôle invisible, misant tout sur sa voix !
Il faut dire que l’acteur y fait des merveilles. Il écrase le reste du casting (et même Cedric Hardwicke, pourtant très respecté à l’époque) et fait preuve d’un charisme exceptionnel en jouant sur sa présence physique lorsqu’il apparait sous les bandelettes, et donc surtout sur sa voix lorsqu’il est invisible… Le script, solide, avec en toile de fond les luttes des classes entre les riches capitalistes et les pauvres ouvriers, est l’œuvre d’un excellent duo de scénaristes composé de Curt Siodmack et Lester Cole. La réalisation est confiée à Joe May, réalisateur allemand ayant fait ses armes à Hollywood auprès de Fritz Lang.
À l’arrivée, LE RETOUR DE L’HOMME INVISIBLE est une bonne séquelle, qui bénéficie d’une avalanche d’effets spéciaux remarquables (pour l’époque, évidemment), qu’on ne se lasse pas d’admirer (le tout magnifié par la restauration du film en HD). Mais il reste surtout gravé dans les esprits comme l’acte de naissance d’un acteur hors-norme à la voix magique, qui fera bientôt les beaux jours du cinéma fantastique, notamment auprès du réalisateur Roger Corman avec lequel il nous offrira tant et tant de films cultes.


Elle revient, et elle n’est pas contente…
2) LA MAIN DE LA MOMIE – 
(THE MUMMY’S HAND)
Réalisateur : Christy Cabanne
Acteurs : Dick Foran, Peggy Moran, Wallace Ford
Scénario : Griffin Jay et Maxwell Shane
Musique : Hans J. Salter, Frank Skinner
année : 1940
Durée : 67 minutes
Le pitch : Dans les années 1920, un prêtre égyptien hérite de la mission de veiller sur le tombeau secret de la princesse Ananka. Si jamais le secret devait être menacé par des étrangers, il pourrait alors lever sur eux la malédiction de Kharis, la momie vivante. Pour se faire, il lui suffirait de faire absorber au monstre un breuvage préparé à base de neuf feuilles de Tana, et pas une de plus.
Au même moment, une expédition d’archéologues américains se met en route, à la recherche du tombeau en question…
LA MAIN DE LA MOMIE est diffusé dans les salles huit ans après LA MOMIE de Karl Freund (avec Boris Karloff). Il ne s’agit nullement d’une suite, mais plutôt d’une sorte de “reboot”.
Avec un esprit nettement plus porté sur le film d’aventure et sur la comédie que le premier film de 1932, LA MAIN DE LA MOMIE inaugure néanmoins une nouvelle série dédiée à la figure du monstre en bandelettes (nommé Kharis, pour les intimes).
Quasiment conçus comme les épisodes d’un serial (chaque film dure entre 60 et 66 minutes), les autres films se suivront tous, faisant revivre la créature à chaque fois.

Retour en Egypte, pays des momies…
Ce premier segment de la quadrilogie dédiée à la momie des années 40 est réservé aux aficionados. Cette décennie marque le début de l’orientation des monstres de la Universal vers le domaine de la série B, où sont sans cesse recyclés les clichés inhérents au genre consacré.
Si jadis la malédiction des pharaons ne prêtait pas à rire, il est donc désormais anodin d’injecter au récit une bonne dose de comédie, notamment en introduisant un personnage de comique troupier (interprété ici par Wallace Ford), annonçant ainsi le dernier virage effectué par le studio Universal qui se débarrassera de ses figures horrifiques en les jetant dans les pattes d’Abbott & Costello dans les années 50 (nous avons déjà noté ce basculement vers le domaine de la comédie dans la 4ème partie de notre dossier). Et notre momie n’échappera pas à son destin puisqu’elle finira sa carrière dans le rigolo DEUX NIGAUDS ET LA MOMIE, comme nous le verrons dans le prochain article…
Il s’agit donc d’un petit film de série B à l’ancienne, à la limite de la parodie, au scénario prévisible et factice, qui reprend la formule à la lettre et qui s’achève sur un final laissant au film suivant le soin de tout reprendre à zéro…
En toute connaissance de cause, le spectateur peut néanmoins se laisser bercer par le spectacle, soigné, parfaitement calibré et l’on peut même dire “racé”, pour un joli voyage au pays des classiques du cinéma fantastique (et puis c’est le seul film de la série sensé se dérouler entièrement en Égypte !). Une époque aujourd’hui révolue, où la naïveté et l’innocence du propos, associées à une imagerie extrêmement élégante, véhiculaient une certaine poésie gothique, dans un délicieux noir et blanc de carton-pâte…
Le rôle de la momie est pour l’instant endossé par Tom Tyler, un acteur modeste habitué à jouer les cowboys, qui interprètera tout de même le CAPTAIN MARVEL dans le serial du même nom (12 épisodes) l’année suivante !


Je trouve qu’ils ont l’air de bien se marrer sur cette affiche…
3) LA FEMME INVISIBLE – 
(INVISIBLE WOMAN)
Réalisateur : A. Edward Sutherland
Acteurs : Virginia Bruce, John Barrymore, Oscar Homolka
Scénario : Curt Siodmak
année : 1940
Durée : 72 minutes
Le pitch : Inventeur d’une machine qui rend invisible, le Professeur Gibbs (John Barrymore) recherche un cobaye humain afin de tester sa trouvaille. La jeune Kitty Carroll (Virginia Bruce), une jolie “mannequin” exploitée par son patron, persuadée que la perspective de devenir invisible lui permettra de réussir sa vie, accepte de tenter l’expérience.
Si l’expérience est une réussite totale et qu’elle permet effectivement à Kitty de contourner les obstacles du quotidien, elle soulève également l’intérêt d’une bande de voyous, qui y voient l’occasion de faire fortune. C’est sans compter sur la femme invisible, laquelle ne va pas lâcher facilement l’affaire…
Cette fausse suite des deux premiers segments est en vérité un film totalement autonome et indépendant, qui ne possède aucun lien avec le reste de la “série”, bien qu’il ait encore été écrit par le décidément brillant Curt Siodmak.
Si l’on a relevé ci-dessus que les films estampillés Universal Monsters basculaient à présent volontiers dans la comédie, on peut assurément dire que LA FEMME INVISIBLE entérine complètement le postulat ! le film d’Edward Sutherland (jusque-là spécialiste du burlesque avec les films de W.C. Fields ou de Laurel & Hardy) est une pure comédie assumée (voir l’affiche où tous les personnages ont l’air de se bidonner !) et la figure de l’homme invisible est ici totalement débarrassée de son élément horrifique (l’héroïne ne sera d’ailleurs jamais prisonnière de son invisibilité, comme c’était précédemment le cas) !

La femme invisible : un coup j’te vois / un coup j’te vois pas…
Le film n’en est pas moins très bien troussé et rythmé, quand bien même son humour, proche du sceau d’eau et de la tarte à la crème, parait désormais extrêmement daté. Si aujourd’hui les féministes de tout bord se déchainent et cherchent les œuvres de notre patrimoine qui pourraient apporter de l’eau à leur moulin, ils ou elles peuvent sans hésiter se jeter sur ce film dont le propos est d’une éclatante modernité, dans le sujet et dans le ton (on n’y compte d’ailleurs plus les sous-entendus coquins, au gré de toutes ces séquences où la femme invisible est bien entendu censée se balader dans son plus simple appareil) !
Avouons que cette histoire de jeune femme en quête d’autonomie et de réussite, obligée de devenir invisible pour contourner toutes les entraves, tous les clichés et autres stéréotypes qui pourraient se mettre en travers de son chemin de jeune et jolie personne féminine en quête d’émancipation, d’indépendance et de réussite à l’orée des années 40, prend avec le recul une dimension allégorique assez imparable !
Au final, ce troisième film de la “série” de L’HOMME INVISIBLE est une petite parenthèse, une sorte de récréation en forme de comédie fantastique à la fois datée et rafraichissante, qui pourra être réévaluée quant à son sous-texte détonnant, qui démontre bien la valeur des grands thème du genre fantastique !


The mummy has risen from the grave !
4) LA TOMBE DE LA MOMIE – 
(THE MUMMY’S TOMB)
Réalisateur : Harold Young
Acteurs : Dick Foran, Lon Chaney Jr, Turhan Bey, Wallace Ford
Scénario : Neil P. Varnick
Musique : Hans J. Salter, Frank Skinner
année : 1940
Durée : 60 minutes
Le film commence 30 ans après le précédent et nous montre le héros de LA MAIN DE LA MOMIE, à présent un vieil homme, racontant à son fils comment, dans sa jeunesse, il s’était aventuré dans la tombe de la princesse Ananka. Là, il avait réveillé la momie Kharis et avait déchainé sa malédiction. Mais il était parvenu à en venir à bout. C’est en tout cas ce qu’il pensait puisque, en secret, le prêtre Mehemet Bey avait fait le voyage aux États-Unis en compagnie d’un Kharis “fraichement” rétabli. La malédiction n’est donc pas terminée, et s’apprête désormais à poursuivre les profanateurs et leurs descendants sur leur propre pays…
Chaque épisode étant la suite du précédent, la série de la MOMIE met donc un point d’honneur à faire revivre la créature à chaque fois… Ou plutôt à nous révéler que celle-ci, contrairement à ce que l’on pensait, n’est pas morte en vérité !
Ce second opus est particulier puisque les onze premières minutes du long métrage sont consacrées au long flashback destiné à résumer l’épisode précédent (et donc constitué des images de LA MAIN DE LA MOMIE). Il ne reste donc plus qu’une quarantaine de minutes pour faire exister le film par lui-même !

Lon Chaney Jr : Monstrueux !
Le casting, composé de seconds couteaux emblématiques de l’âge d’or hollywoodien, se distingue surtout par la présence de Thuran Bey dans le rôle du prêtre égyptien venu lancer sur les États-Unis la malédiction de la momie. Acteur d’origine turque légendaire à la carrière laconique (il cessera soudainement de tourner dans les années 50), il domine le film de sa présence et de son charisme suave et juvénile.
Mais on ne peut pas faire comme si la momie n’était pas interprétée par Lon Chaney Jr ! Certes, l’acteur ne transparait guère à travers les bandelettes, mais il ajoute ici un monstre à son palmarès (après le loup-garou, le monstre de Frankenstein et le fils de Dracula !). Il gardera le costume ce notre momie préférée (Kharis, donc) sur les deux films suivants. Pour ce qui est du film en lui-même, le déplacement de l’action depuis le cadre de l’Égypte mythique vers celui de l’Amérique contemporaine s’avère beaucoup plus envoûtant que prévu, tant les artisans du spectacle, le chef opérateur en tête, parviennent à apposer la marque gothique et expressionniste de la Universal dans les moindres recoins de chaque plan.
Bref : Encore un petit film de série B, bien sympathique…


5) L’AGENT INVISIBLE – 
(INVISIBLE AGENT)
Réalisateur : Edwin L. Marin
Acteurs : John Hall, Ilona Massey, Cedric Hardwicke, Peter Lorre
Scénario : Curt Siodmak
année : 1942
Durée : 81 minutes
Le pitch : À l’époque contemporaine (en 1942), Frank Raymond (John Hall) vit tranquillement à New-York lorsqu’il est soudain pris à parti par deux hommes qui menacent de le torturer. Ce sont en réalité des ennemis de l’Amérique (un allemand, joué par Cedric Hardwicke et un japonais interprété par Peter Lorre), qui ont deviné que Frank est en réalité le descendant de la famille Griffin, qui possède le secret de l’invisibilité.
En parvenant à échapper à ses tortionnaires, Frank prend conscience que sa formule d’invisibilité peut faire de lui un agent secret de premier ordre. Il part bientôt pour Berlin, où il rejoint un réseau d’espions américains infiltrés auprès des nazis…
Si la série des Momies s’enlise dans la routine et ne propose guère de variations au fil de ses suites, on ne peut pas en dire autant de celle de l’Homme Invisible, qui change de paradigme sur chacun de ses films, ce qui fait qu’ils appartiennent quasiment tous à un sous-genre différent : Après le film d’horreur, le thriller et la comédie, la figure de l’Homme Invisible est cette fois transposée dans le film d’espionnage, et dans le film de propagande antinazi de surcroit !
Effectivement, après les événements de Pearl Harbor, les États-Unis prennent part au conflit mondial et utilisent à leur tour le cinéma comme étendard de la propagande. L’AGENT INVISIBLE (rebaptisé ultérieurement L’AGENT INVISIBLE CONTRE LA GESTAPO !) se positionne ainsi au sein de cette période où Hollywood prend part à l’effort de guerre et à la lutte contre le nazisme. Au même moment, on pouvait voir des sérials et des comics mettant en scène des super-héros (comme Batman ou Captain America, par exemple) s’en allant botter les fesses de l’envahisseur teuton (ou asiatique), exactement à la manière de notre agent invisible !

Quelle horreur : une histoire de gestapo !!!
Ce quatrième film de la “série” a bien mieux vieilli que la plupart des autres objets de propagande issus de la culture populaire et ceci pour deux raisons en particulier. La première tient au fait que la “série” de L’HOMME INVISIBLE demeure du début à la fin le sommet de la collection des Universal Monsters, de par son ambition et les moyens alloués (notons que l’on y trouve à chaque fois un casting de premier ordre et des effets spéciaux particulièrement brillants, signés John P. Fulton), qui surpassent clairement le côté carton-pâte des autres films fantastiques du studio. La seconde est due à la présence récurrente du talentueux Curt Siodmak, garant d’une écriture fine et racée, doublée d’un sous-texte toujours pertinent. On perçoit aisément, par exemple, que les personnages du film échappent souvent à la caricature manichéenne de ce genre de production, ce qui permet au film de rester encore aujourd’hui parfaitement regardable, quand bien même sa trame narrative demeure sans réelle surprise.
En bref, un excellent divertissement, certes prévisible et inoffensif, mais pas aussi naïf qu’on pourrait le croire.


6) LE FANTÔME DE LA MOMIE – 
(THE MUMMY’S GHOST)
Réalisateur : Reginald Le Borg
Acteurs : John Carradine, Lon Chaney Jr, George Zucco
Scénario : Griffin Jay
Musique : Frank Skinner
année : 1943
Durée : 61 minutes
La routine s’est désormais installée au sein de la série : Un nouveau prêtre égyptien (puisque chaque prêtre meurt à la fin de chaque film, désolé pour le spoiler…) est convoqué par le grand maître (celui-là, par contre, ne veut décidément pas mourir !) pour aller porter la malédiction sur les descendants de la profanation du tombeau d’Ananka. Il faut donc de nouveau réveiller Kharis avec les neuf feuilles de Tana, et de nouveau le lancer à la poursuite meurtrière des profanateurs et de leur progéniture…
Si ce troisième opus se distingue, c’est en particulier sur son final, qui tourne cette fois le dos au happy-end des films précédents en choisissant au contraire une conclusion nihiliste qui verra le nouveau bellâtre de service repartir la queue entre les jambes… Au-delà de ce constat primaire, on remarquera que chaque film s’évertue à décimer tous les protagonistes qui étaient sortis du premier film (LA MAIN DE LA MOMIE) la fleur au fusil. Le happy-end initial était donc un leurre, puisqu’ils se sont tous fait massacrer en bonne et due forme au fil de la série. Vous apprécierez rétrospectivement l’horreur de la chose…

Mummy zombie…
Si Lon Chaney Jr rempile sous les bandelettes (le pauvre), il est cette fois secondé par John Carradine, celui-là même qui reprenait à l’époque le rôle de Dracula à la suite de Béla Lugosi (lequel le reprendra in-extremis dans le grand final dont nous avons parlé dans la troisième partie de notre dossier). C’est Carradine qui interprète cette fois le prêtre égyptien qui va re-réveiller Kharis en lui re-redonnant les neuf feuilles de Tana et en le re-relançant à la poursuite des profanateurs (aujourd’hui tous morts, mais il reste encore quelques descendants…) !
Bref. Une routine bien huilée, où chaque film est une variation sur le même thème, avec la même architecture narrative et les mêmes éléments attendus. Notons que celui-ci est réalisé par Reginald LeBorg, solide artisan qui nous aura offert plusieurs films de genre, comme CALLING Dr DEATH (1943), JUNGLE WOMAN (1944), LES MONSTRES SE RÉVOLTENT (1956), ou encore VOODOO ISLAND (1957).


Encore ce chat noir…
7) LA REVANCHE DE L’HOMME INVISIBLE – 
(INVISIBLE MAN’S REVENGE)
Réalisateur : Ford Beebe
Acteurs : John Hall, Evelyn Ankers, John Carradine, Alan Curtis
Scénario : Bertram Millhauser
année : 1944
Durée : 78 minutes
Le pitch : Robert Griffin, un prétendu assassin fou-dangereux, parvient à s’échapper de l’hôpital psychiatrique où il était enfermé. De retour en Angleterre, il retrouve le couple Irene & Jasper Herrick, qui l’avait laissé pour mort au fin-fond de l’Afrique, alors qu’ils avaient, ensemble, mis la main sur une mine de diamants. Griffin les somme de payer leur dette, mais les époux Herrick on vite fait de le droguer et de le jeter dans les marais !
Griffin, qui ne songe plus alors qu’à la vengeance, rencontre un scientifique, le Dr Drury, qui cherche à tester sa formule d’invisibilité…
On le voit bien : Si le personnage principal se nomme encore Griffin (et s’il est encore interprété par John Hall, comme dans le film précédent), ce dernier opus de la “série” de L’HOMME INVISIBLE n’entretient strictement aucun rapport avec les précédents, de même qu’il change une fois encore de paradigme, mais cette fois pour refermer la boucle, en opérant un retour au genre horreur, comme au temps du premier film de 1933 (on retrouve d’ailleurs le même costume, avec lunettes et bandage sur la tête).

Le retour de la revanche…
Effectivement, comme c’était le cas dans le film de James Whale avec Claude Rains dans le rôle initial, le spectateur assiste à l’inexorable chute du personnage principal, lequel sombre un peu plus dans la folie et le meurtre au fil de sa quête et de sa soif de vengeance, qui le mènera cette fois à la limite du vampirisme !
Curt Siodmak n’est plus de la partie et l’écriture de Bertram Millhauser n’est certes pas aussi subtile. Les scènes d’humour sont par exemple moins diffuses que dans les films précédents et tranchent avec la noirceur du propos (on se souviendra de la séquence des fléchettes, très drôle, mais en total décalage avec la toile de fond désespérée du récit). On reste toutefois dans le haut du panier des Universal Monsters, avec une toile de fond riche en sous-texte mettant en scène la lutte des classes sociales et surtout avec l’étude des caractères. Car dans LA REVANCHE DE L’HOMME INVISIBLE, aucun personnage n’est traité naïvement et chaque protagoniste possède sa part sombre et ses propres failles, loin de tout héroïsme de pacotille.
Le générique aligne une fois de plus un réjouissant panel d’artistes, à commencer par John Carradine dans le rôle du savant fou. Il est ici excellent et bien plus crédible qu’en Dracula (je n’ai jamais compris comment certains cinéphiles ont pu le considérer comme la meilleure incarnation du comte des Carpates !). On retrouve également Evelyn Ankers, en quelque sorte la star féminine du studio, puisqu’on l’avait déjà vue dans LE LOUP-GAROU, LE SPECTRE DE FRANKENSTEIN, SHERLOCK HOLMES ET LA VOIX DE LA TERREUR et LE FILS DE DRACULA, entre autres. Le film est enfin réalisé par Ford Beebe, un vétéran ayant à son actif une centaine de films et surtout connu pour avoir dirigé les plus fameux sérials des années 30, comme FLASH GORDON, JUNGLE JIM ou BUCK ROGERS !
En revanche, ce dernier film ne profite pas de l’expérience de l’immense John P. Fulton (chef opérateur habituel d’Hitchcock, entre autres) aux effets spéciaux, comme c’était le cas pour les précédents. Qu’importe, LA REVANCHE DE L’HOMME INVISIBLE vient tout de même clore une série de très grande qualité, sans conteste la meilleure, sur la durée, parmi toutes celles des Universal Monsters.


And… for the last time !
8) LA MALÉDICTION DE LA MOMIE –
/
(THE MUMMY’S CURSE)
Réalisateur : Leslie Goodwins
Acteurs : Lon Chaney Jr, Virginia Christine, Peter Coe, Kay Harding
Scénario : Bernard Schubert
Musique : William Lava, Paul Sawtell
année : 1944
Durée : 62 minutes
Et nous arrivons également à la fin de la série des momies, où Lon Chaney Jr endosse une dernière fois la panoplie (il n’en pouvait plus des trois heures quotidiennes de maquillage que lui imposait le spécialiste Jack Pierce, sans compter les trois heures de démaquillage ! (ben oui, ça fait six, quoi…)).
Pour ce petit-grand final (le film ne dure qu’une petite heure), les scénaristes nous délocalisent l’action en Louisiane (sans aucune forme d’explication) et ce sont les méchants entrepreneurs qui détruisent les marécages pour les assainir (et ainsi produire de l’immobilier) qui réveillent Ananka et Kharis une nouvelle fois ! Ou lorsque le sous-texte tente de dénoncer les affres du capitalisme !
Évidemment, des prêtres égyptiens trainent dans le coin et vont illico en profiter pour déchaîner la malédiction !

Qui est-il ? Et surtout, que veut-il…
C’était l’époque où l’on développait ce sous-genre parfaitement américain de la littérature et du cinéma que l’on nommera rétrospectivement le Southern Gothic, où l’action se déroule au sein des bayous brumeux du sud des USA, du golfe du Mexique et des îles d’Amérique latine (pensez notamment, au rayon du cinéma fantastique, à VAUDOU de Jacques Tourneur, et plus récemment à ENTRETIEN AVEC UN VAMPIRE et LA PORTE DES SECRETS). La série se termine donc ici. Le final nous offre un beau décor gothique avec cette église surplombant la colline brumeuse et ses escaliers qui rappellent le décor égyptien du premier film, le tout emballé dans le toujours aussi magnifique noir et blanc expressionniste. On reste cependant un peu sur notre faim, puisque cette fois les prêtres sont des acteurs inconnus et que le tout est quand même, sinon torché, en tout cas rapidement expédié.
Nous reverrons notre monstre bandé une dernière fois presque dix ans plus tard, cette fois avec les Deux Nigauds de service…
Je vous donne à présent rendez-vous dans la sixième et dernière partie de notre article pour vous parler des derniers films de monstres…
Nos dossiers sur les films UNIVERSAL MONSTERS :
1ère partie : L’histoire des Universal Monsters + les trois premiers films
2ème partie : LA MOMIE, L’HOMME INVISIBLE, les suites de FRANKENSTEIN et de DRACULA, LE LOUP-GAROU et LE FANTÔME DE L’OPÉRA
3ème partie : Les crossovers !
4ème partie : Les Outsiders !
5ème partie – Vous êtes ici : Les suites de LA MOMIE et de L’HOMME INVISIBLE
6ème partie : Les Deux Nigauds et L’ÉTRANGE CRÉATURE DU LAC NOIR
See you soon !!!
