
* LES MONSTRES DE L’HAMMER :
LE FANTÔME DE L’OPÉRA, LES ZOMBIES
ET CEUX QUI NE VEULENT PAS MOURIR… *
Chronique des films du studio Hammer : L’HOMME QUI TROMPAIT LA MORT, LES DEUX VISAGES DU Dr JEKYLL, Dr JEKYLL & Sr HYDEet LA FILLE DE JACK L’ÉVENTREUR
Date de sortie de films : de 1959 à 1971.
Genre : Fantastique, horreur, gothique.
Nos dossiers sur les films de la Hammer :
1ère partie : Les films FRANKENSTEIN
2ème partie : Les films de Vampires 1
3ème partie : Les films de Vampires 2
4ème partie : Les films de Momie
5ème partie : Les films de Loup-garou et autres monstres de la pleine-lune
6ème partie : Dr Jekyll & Mr Hyde, double personnalité et autres potions
7ème partie – Vous êtes ici : Le Fantôme de L’Opéra, les Zombies et ceux qui ne veulent pas mourir
8ème partie : Sorcellerie et satanistes
9ème partie : Thrillers psychologiques
10ème partie : Le Yéti et la trilogie Quatermass

Le Logo qui tue…
Sur les dizaines de films d’horreur produits par la Hammer entre la fin des années 50 et le début des années 70, on trouvera de nombreuses figures issues du grand grand bestiaire du fantastique classique, tel qu’il avait été popularisé par le studio Universal dans les années 30 et 40, comme Dracula, Frankenstein, la Momie, le Loup-garou ou encore le Fantôme de l’Opéra, auxquelles s’ajouteront également Dr Jekyll & Mr Hyde ainsi que les zombies !
Cette 7ème partie portera sur trois films d’horreur, dédiés à ceux qui se dressent contre la mort…
SOMMAIRE :
- 1) LE FANTÔME DE L’OPÉRA – 1962
- 2) L’INVASION DES MORTS-VIVANTS – 1966
- 3) RASPOUTINE LE MOINE FOU – 1966
Niveaux d’appréciation :
– À goûter
– À déguster
– À savourer


Et pour quelques mythes de plus…
1) LE FANTÔME DE L’OPÉRA –
/
(THE PHANTOM OF THE OPERA)
Réalisation : Terence Fisher
Acteurs : Herbert Lom, Michael Gough, Thorley Walters
Scenario : John Elder (Anthony Hinds)
Musique : Edwin Astley
année : 1962
Durée : 84 minutes
Terence Fisher, après le monstre de Frankenstein, Dracula, La momie et le loup-garou, s’attaque à une autre grande figure du fantastique et réalise cette troisième adaptation majeure du roman originel de Gaston Leroux après le chef d’œuvre de Ruppert Julian réalisé en 1925 (avec Lon Chaney) et la version Universal Monsters (avec Claude Rains).
Terence Fisher et son scénariste John Elder transposent le roman de Gaston Leroux dans le Londres Victorien et, les restrictions budgétaires les y obligeant, renoncent à la magie de l’Opéra Garnier, choisissant ainsi de développer leur adaptation dans un décor moins onéreux. Pour autant, l’ambiance à la Charles Dickens qui se dégage du film ne manque pas de charme et, au final, participe d’une itération qui se démarque des autres.
Le script est très intéressant car il s’éloigne également de la chronologie habituelle afin de privilégier le mystère. L’histoire commence lors du premier meurtre commis par le “fantôme”. Mais l’événement est vite apparenté à un suicide, l’existence du “fantôme” demeurant encore de l’ordre de la légende. Ce n’est que petit à petit que le film se recentre sur la figure centrale du “monstre”, revenant sur ses origines par le biais d’un flashback introduit lors de la dernière partie, peu avant le dénouement. C’est cette construction savante qui fait tout le sel de cette adaptation, qui s’impose parmi les plus réussies, malgré un final précipité qui la prive au dernier moment de sa perfection. D’autant que le film ne s’attarde pas beaucoup sur les passages musicaux à l’opéra, encore moins sur le FAUST de Gounod, ce qui pourra décevoir les puristes de l’œuvre de Gaston Leroux…
La bande annonce vinage dans les bonus DVD.
C’est l’époque où, malheureusement, la Hammer commence à rencontrer les échecs commerciaux, auxquels participe malencontreusement notre FANTÔME DE L’OPÉRA. On notera par ailleurs un final qui, bien que tragique, est moins pessimiste qu’à l’accoutumée puisque les amoureux ne périssent pas dans d’atroces souffrances, comme c’était le cas dans la quasi-totalité des films du studio jusqu’ici ! Pour l’essentiel, le film joue principalement sur l’horreur psychologique en développant l’idée que le monstre n’est pas celui que l’on croit au départ. Ainsi, le “fantôme”, anciennement le professeur Petrie (interprété par Herbert Lom), est avant tout la victime de l’odieux Ambrose d’Arcy (Michael Gough), le propriétaire de l’Opéra de Londres, sur lequel il canalise son désir de vengeance. Le film met l’accent sur la cruauté du personnage interprété par Michael Gough, ce dernier n’hésitant pas à voler l’œuvre du pauvre professeur afin de ménager sa propre réussite, qui lui permettra de régner sur son opéra où il pourra abuser des jeunes cantatrices, soumises à son harcèlement libidineux. Un postulat dont se souviendra Brian De Palma au moment de l’écriture de son PHANTOM OF PARADISE…

Comme souvent dans le genre, le monstre n’est pas celui que l’on croit…
Bourré de qualités formelles, doté d’une atmosphère gothique envoûtante culminant dans le décor magique des égouts de Londres, le film profite également de la qualité de son interprétation. Si les habituels Peter Cushing & Christopher Lee ne répondent pas présents, les excellents Herbert Lom (le truculent commissaire Dreyfus de la série des PANTHÈRE ROSE) et Michael Gough (un habitué du registre fantastique qui terminera sa carrière auprès de Tim Burton en incarnant Alfred Pennyworth, le majordome de BATMAN), composent un duo d’antagonistes à la hauteur du sujet, volant ainsi la vedette aux jeunes tourtereaux interprétés par des acteurs nettement moins charismatiques. En bref, une excellente illustration du mythe, qui ne mérite pas son insuccès, à l’image de l’immense Terence Fisher, mis temporairement à la porte du studio…


Zombie time !
2) L’INVASION DES MORTS-VIVANTS –
/
(THE PLAGUE OF THE ZOMBIES)
Réalisation : John Gilling
Acteurs : Andre Morell, Diane Clare
Scenario : Peter Bryan
Musique : James Bernard
année : 1966
Durée : 86 minutes
C’est John Gilling qui réalise L’INVASION DES MORTS-VIVANTS. Il forme, avec LA FEMME REPTILE et DANS LES GRIFFES DE LA MOMIE, une sorte de trilogie thématique associant l’horreur gothique avec le folklore exotique, sous la houlette du même réalisateur, à laquelle on pourra également ajouter GORGONE, DÉESSE DE LA TERREUR de Terence Fisher, puisque John Gilling en écrivait le scénario, illustrant déjà le même thème.
Le pitch : Au XIX° siècle, dans un petit village de Cornouailles, des gens meurent dans d’étranges circonstances. Le professeur Forbes se rend sur les lieux afin de venir en aide à son ancien élève, qui tente de percer le mystère. Très vite, ses soupçons l’orientent vers le châtelain du coin, dont l’attitude méprisable attire son attention au moins autant que son passé trouble sur l’archipel d’Haïti, où plane le culte du vaudou. Lorsque certains habitants jurent avoir vu leurs proches revenir d’outre-tombe sous la forme de morts-vivants, les soupçons ne font que s’accentuer…
Après avoir éclusé le terrain des grandes figures du bestiaire de la Universal, le studio Hammer élargit ses références avec le mythe du zombie, autrefois mis en scène dans WHITE ZOMBIE en 1932 (avec Béla Lugosi) ou dans VAUDOU (I WALKED WITH A ZOMBIE), le chef d’œuvre de Jaques Tourneur réalisé en 1943. L’INVASION DES MORTS-VIVANTS reprend d’ailleurs le thème du vaudou tel que dans les premiers films du genre, à la différence que le culte est ici déplacé vers la vieille Europe, dans un cadre gothique à même de réinterpréter le genre. Trois ans plus tard, le réalisateur George A. Romero s’emparera du mythe et le débarrassera complètement de ses oripeaux vaudous à l’occasion de LA NUIT DES MORTS-VIVANTS, initiant toute une série de films personnels sur le sujet, tout en le transposant dans sa version moderne, en forme de cadavre ambulant autonome, apocalyptique et anthropophage…

Du Vaudou dans les Cornouailles et l’image de la roue comme symbole de l’éternel recommencement de la vie… après la mort !
Comme c’était le cas dans GORGONE, DÉESSE DE LA TERREUR et comme ce le sera également dans les deux autres films de John Gilling, le script de L’INVASION DES MORTS-VIVANTS opère une savoureuse métaphore en déplaçant les mythes exotiques vers l’Empire britannique. Où quand le colonialisme donne lieu à un sévère retour de bâton ! Ainsi, les habitants de cette région reculée de l’Angleterre doivent subir ces retombées lorsque le mal, venu d’un pays lointain, sonne comme une malédiction causée par cette volonté impérialiste de coloniser le monde. Mais à cette première toile de fond va également venir s’en substituer une seconde : Fidèle aux thèmes de prédilection de la Hammer, John Gilling n’oublie pas que le “monstre” incarne, dès que c’est possible, le riche aristocrate exerçant l’ascendance de son pouvoir sur le pauvre peuple. Le film s’inscrit donc parfaitement dans cette dernière thématique lorsque l’on découvre que les zombies sont en réalité d’anciens mineurs ayant déserté leur épouvantable chantier, que le châtelain leur impose désormais de retrouver après la mort ! Le peuple, zombifié, obéit désormais à son maitre, l’aristocrate impitoyable, qui n’hésite pas à faire fonctionner son industrie sur la mort de ses pauvres ouailles (de Cornouailles)…

L’art de réaliser une scène culte…
Pour le reste, la réalisation est impeccable et le film bénéficie de quelques séquences-choc encore impressionnantes aujourd’hui, comme le superbe passage onirique du vieux cimetière, où l’on voit une poignée de zombies sortir de terre. Une scène culte, qui influencera autant le cinéma de George Romero que celui de John Landis, qui réalisera le clip THRILLER pour Michael Jackson. Certains effets sont désormais très kitsch (notamment ces plans de nuit filmés en plein jour !) mais, au détour de quelques images, il convient d’avouer que le maquillage d’un zombie sur deux est saisissant et que le décor gothique des Cornouailles à de la gueule. D’ailleurs, John Gilling et son équipe reviendront la même année sur le tournage de LA FEMME REPTILE avec exactement la même toile de fond, les mêmes décors et quasiment le même casting…

Ils sont beaux, ils sont frais mes zombies !


La bête humaine…
RASPOUTINE LE MOINE FOU – 
(RASPUTIN THE MAD MONK)
Réalisation : Don Sharp
Acteurs : Christopher Lee, Barbara Shelley
John Elder (Anthony Hinds)
Musique : Don Banks
année : 1966
Durée : 91 minutes
C’est Don Sharp, qu’on avait déjà remarqué avec LE BAISER DU VAMPIRE pour la Hammer en 1963, qui réalise RASPOUTINE LE MOINE FOU. Produit dans la foulée de DRACULA, PRINCE DES TÉNÈBRES, le studio décida, afin de réduire les coûts, d’en reprendre le casting (soit les quatre acteurs principaux, à savoir Christopher Lee, Barbara Shelley, Francis Matthews et Suzan Farmer), ainsi que les décors.
Le pitch : Grigori Raspoutine, un moine en complet burn-out, semble décidé à jouir des plaisirs de la vie, en particulier en goûtant aux femmes et à l’alcool. Il use pour cela de ses dons magnétiques, qui lui permettent de guérir par apposition des mains et d’hypnotiser qui bon lui semble, afin de parvenir à ses objectifs. Bientôt, il envisage de se faire connaitre à la cour du Tsar de Russie, espérant ainsi gravir les échelons du pouvoir…
Si vous êtes venu chercher un film historique, vous avez fait fausse route car le script ne s’embarrasse d’aucune velléité de retranscrire la vie réelle du sieur Raspoutine ni de l’histoire de la Russie. Il s’agit donc avant tout d’une fiction aux accents gothiques (Hammer oblige), dont l’idée première consiste à faire de la figure mythique du “moine fou” une sorte de démon à forme humaine, pimentant ainsi le film d’un soupçon d’horreur et de fantastique en l’affublant d’un pouvoir et d’une résistance physique quasi-surnaturels (il ne veut pas mourir, donc…).
L’idée principale du film est de confier le rôle-titre à Christopher Lee qui fait preuve d’un charisme assez impressionnant en géant hirsute, mettant le monde à genou grâce à une énergie effervescente et un insondable regard de braise. Après avoir tenu un rôle complètement mutique sur DRACULA, PRINCE DES TÉNÈBRES, il surprend ainsi le public en cabotinant dans un rôle à contre-emploi, affirmant une fois de plus l’étendue de son jeu.

Raspoutine : Il guérit, il festoie et il trousse…
Si le film est assez réussi dans sa première moitié, portée par le charisme malveillant du personnage et le charme de l’ambiance made in Hammer, il souffre d’une seconde partie qui s’étire à force de ne plus savoir quoi nous raconter, tout ayant été dit auparavant, jusqu’à la sentence finale, le démon humain devant trouver la mort après moult méfaits infâmes et choquants.
Dans la même logique, la réalisation souffre de son manque de moyens car, si le début se déroule dans un village et des forêts pouvant créer l’illusion d’une Russie d’époque, il n’en va pas de même lors des scènes sensées se passer à St Petersburg où, faute de ne pouvoir filmer la ville, le réalisateur Don Sharp doit se contenter de maigres décors d’intérieur recyclés depuis le château de Dracula (ou de Frankenstein) sur les autres films du studio ! Reste un film atypique au sein de la Hammer, où l’on peut apprécier une réelle volonté de varier les sujets sur le thème de l’horreur gothique, en même temps qu’une belle tentative d’imaginer une histoire entièrement basée sur une figure de méchant qui, même s’il flirte avec le surnaturel, demeure irrémédiablement… humain.

Raspoutine : Plus vous essayez de le tuer, et plus il vit…
Nos dossiers sur les films de la Hammer :
1ère partie : Les films FRANKENSTEIN
2ème partie : Les films de Vampires 1
3ème partie : Les films de Vampires 2
4ème partie : Les films de Momie
5ème partie : Les films de Loup-garou et autres monstres de la pleine-lune
6ème partie : Dr Jekyll & Mr Hyde, double personnalité et autres potions
7ème partie – Vous êtes ici : Le Fantôme de L’Opéra, les Zombies et ceux qui ne veulent pas mourir
8ème partie : Sorcellerie et satanistes
9ème partie : Thrillers psychologiques
10ème partie : Le Yéti et la trilogie Quatermass
See you soon !!!
