
* THE REVOLUTION IS O’CLOCK ! *
Chronique de la série : WATCHMEN, par Alan Moore & Dave Gibbons
Date de publication originelle : 1987
Auteurs : Alan Moore (scénario), Dave Gibbons (dessin), John Higgins (couleurs).
Genre : Science-fiction, Super-héros, Uchronie.
Éditeur VF : Urban Comics (anciennes version chez Zenda, Delcourt et Panini).
Éditeur VO : DC Comics

La version Delcourt : l’édition VF ultime parfaite.
Cet article porte sur la maxi-série WATCHMEN, initialement imaginée par Alan Moore pour l’éditeur DC Comics et mise en image par le dessinateur Dave Gibbons et le coloriste John Higgins entre septembre 1986 et octobre 1987.
Soit douze épisodes, finalement conçus pour constituer au final un format de type graphic Novel, c’est-à-dire une histoire totalement auto-contenue, avec un début et une fin, sans aucun lien avec quoique ce soit d’autre.
Suivant cette logique, l’article se focalisera uniquement sur le récit originel écrit par Alan Moore, sans faire référence aux autres histoires qui ont ensuite été réalisées sous la houlette des éditions DC Comics, ni des adaptations au cinéma ou à la TV, auxquels nous pourrons consacrer indépendamment d’autres articles.
Vous trouverez deux articles dédiés à WATCHMEN sur C.A.P : Le premier, ici-même, est un article sérieux, qui décrit la genèse, les qualités, l’originalité de l’œuvre et le travail exceptionnel de ses auteurs. Le second est un article décalé, qui parle de l’œuvre de manière… différente (vous trouverez le lien en fin d’article).

La première publication en VF, avec 6 tomes regroupant chacun deux épisodes (il y aura ensuite une intégrale Zenda en 2 tomes, devenue assez rare).
Le pitch
Nous sommes en 1985, dans une uchronie où les USA assurent leur domination sur le monde grâce au Dr Manhattan, un surhomme de la science aux pouvoirs incommensurables. Grâce à lui, les États-Unis ont gagné la guerre du Vietnam et imposent le respect à l’URSS dans une atmosphère délétère. Il suffirait que le Dr Manhattan disparaisse pour que la planète tombe dans le conflit nucléaire et le chaos le plus total.
Il fut un temps où le Dr Manhattan faisait partie des Gardiens (the Watchmen), une équipe de super-héros américaine faisant régner la justice dans le pays. Finalement, la loi a estimé que ce phénomène n’était pas officiel et a fini par interdire les justiciers masqués.
C’est au moment où débute le récit, alors que la situation internationale est au paroxysme de la guerre froide et que le président Nixon entame son énième mandat, que le Comédien, un ancien membre des Gardiens, est retrouvé mystérieusement assassiné dans son appartement.
Aussitôt, Rorschach, le seul ancien membre des Gardiens continuant à exercer son activité de justicier de manière illégale, décide de mener son enquête. Il découvre que quelqu’un s’en prend aux anciens super-héros. S’il s’avérait que le Dr Manhattan venait à disparaître, le monde sombrerait immédiatement dans le conflit nucléaire.
Depuis la Maison Blanche, le président a décidé d’avancer l’Horloge de l’apocalypse à “Minuit moins-cinq”, symbole du chaos imminent…

La première page. Tout est déjà là : Le personnage-pivot, le MacGuffin, le cercle jaune (ici un smiley, plus tard une horloge), la tâche de sang et même le logo de Pyramid Deliveries sur le toit du camion, en bas…
La genèse
Alors, ce n’est pas ce qu’il y a de plus passionnant pour le simple lecteur, mais voilà comment est née l’idée de cette création super-héroïque particulière :
En 1985, quelques années avant sa disparition, l’éditeur Charlton Comics revend la plupart de ses licences de comics de super-héros à DC Comics, l’éditeur de BATMAN et SUPERMAN, entre autres. Alan Moore, qui vient de reprendre le personnage de MIRACLEMAN (une vieille figure super-héroïque britannique), a d’emblée l’envie de faire la même chose avec ces personnages de Charlton Comics tombés dans l’oubli et la désuétude : Les réinventer à sa sauce, dans une version moderne, adulte et résolument sombre, qu’on appellera bientôt le Dark Age des comics de super-héros (il avait également travaillé dans ce sens en reprenant SWAMP THING, également chez DC Comics).
Mais le directeur éditorial de DC refuse le projet, car il souhaite que les personnages de Charlton soient directement intégrés dans la continuité du DCverse. Il propose alors à Moore de garder son idée en créant de nouveaux personnages. Ce dernier va finalement développer son récit en changeant juste le nom des protagonistes, tous les personnages de Charlton qu’il souhaitait utiliser étant au final très légèrement transformés. Blue Beetle, par exemple, devient le Hibou. Peacemaker devient le Comédien, The Question devient Rorschach, Nightshade devient le Spectre Soyeux et Thunderbolt devient Ozymandias. Quant à Captain Atom, le seul être véritablement doté de pouvoirs dans ce qui va devenir WATCHMEN, ce sera le tout puissant Dr Manhattan.

Les Watchmen, au complet.
Déconstruction et reconstruction
Telle est la technique narrative d’Alan Moore lorsqu’il écrit sur une histoire de super-héros : Déconstruire, puis reconstruire le mythe à sa façon.
Avec MIRACLEMAN, le scénariste avait commencé par présenter son personnage avec toutes ses naïvetés et ses archétypes. Il avait pointé du doigt à quel point rien de tout cela ne fonctionnait, en avait relevé toutes les incohérences, toutes les absurdités, tous les anachronismes. Une déconstruction et une démythification totale du (super) héros.
Et puis dans sa phase de reconstruction, Alan Moore avait déversé une avalanche d’idées toutes plus géniales les unes que les autres afin de justifier toutes ces incohérences en les transposant dans un tout nouveau contexte, un nouveau système de pensée, une autre époque et un nouveau point de vue (imaginant par exemple que les gentils extraterrestres qui avaient conféré à Miracleman ses pouvoirs en le choisissant comme champion de l’humanité – idée parfaitement datée et infantile – étaient en réalité une invention implantée dans son esprit par une conspiration gouvernementale, visant à le manipuler !).
Dans WATCHMEN, Moore ne se répète pas par rapport à MIRACLEMAN ou à SWAMP THING. Il continue d’innover, de décliner, de déconstruire et de reconstruire la place du super-héros dans une époque où il peut être lu par des adultes, avec une certaine forme de réalisme ou, à tout le moins, de maturité.
Ainsi, le super-héros, dans WATCHMEN, est tout simplement… obsolète ! Inutile, voire inconséquent, passablement égoïste, immature, incontrôlable voire dangereux (puisqu’il peut générer toute sorte de dommages collatéraux), les autorités ont finalement décidé de l’interdire ! Les deux seuls protagonistes encore officiellement en activité sont le Dr Manhattan, dont les pouvoirs réels (et incommensurables) l’ont rendu indispensable à la puissance américaine qui le garde sous son contrôle (un peu comme un remède médicamenteux dont on ne pourrait plus se passer), et le Comédien, un psychopathe que les forces spéciales continuent d’utiliser en tant que mercenaire, son sens moral (ou son absence de moralité) étant tout à fait propice à toute sorte de mission “spéciale” (s’il fallait assassiner Kennedy ou camoufler les événement du Watergate, par exemple…).

Le Comédien et le Dr Manhattan : Ils “travaillent” pour l’Amérique…
Si, au lendemain du meurtre du Comédien, certains anciens membres de l’équipe des Watchmen vont se reformer plus ou moins involontairement, ce n’est pas du tout pour sauver le monde, mais pour essayer de se sauver eux-mêmes d’une possible conspiration visant à les assassiner.
Ainsi, dans sa phase de déconstruction, Moore choisit cette fois de faire du super-héros un loser, un has-been pathétique lié à une époque révolue où l’on croyait naïvement à cette pantalonnade d’hommes et de femmes déguisés en panoplie flashy ridicule. Ces fameux surhommes sont, à une exception près (le Dr Manhattan, qui par sa supériorité écrasante met d’autant plus en valeur l’obsolescence de ses anciens acolytes), des hommes et des femmes banals, souvent vieillissants et bedonnants, parfois alcooliques, dépressifs et instables. On notera tout de même quelques exceptions avec Ozymandias, un “yes-man” égocentrique qui exploite son image pour créer un empire d’ordre libéral et, à l’opposé, Rorshach, un sociopathe continuant d’exercer son activité de justicier de manière illégale avec une obsession fanatique.
La phase de reconstruction opère ainsi une logique implacable qui va remettre le super-héros à la place qui doit être la sienne dans un monde réaliste, à travers une lecture adulte : celle d’un simple être humain face à ses limites. C’est dès lors une réalité moderne qui élimine méthodiquement une de ses anciennes mythologies pour construire un monde nouveau dans lequel elle n’a plus lieu d’être.
Le Dr Manhattan quitte ainsi la Terre. Il n’en fait plus partie. Certains anciens héros tombent de leur piédestal en commettant des crimes et perdent leur ancien statut (une autre manière de disparaitre à leur tour). D’autres sont assassinés sans aucune forme d’héroïsme (disparition itou). Au final, personne ne sauve le monde ni ne permet d’éviter la catastrophe. Les seuls gagnants parmi les anciens membres des Watchmen sont ceux qui ont trouvé l’amour (telle une forme de rédemption) et surtout l’acceptation de redevenir de simples civils sans fards et sans masques. Ou quand la notion de renoncement devient la nouvelle forme d’héroïsme (c’était toute la toile de fond du SEIGNEUR DES ANNEAUX quand on y pense)…

Quand Rorshach mène l’enquête…
Une histoire qui a du style
WATCHMEN, c’est l’histoire du médium super-héroïque qui passe d’une époque à une autre. C’est une tentative de traiter la figure du super-héros de la manière la plus mature possible, en imaginant qu’elle puisse réellement exister et en traitant les personnages comme pourraient se comporter d’authentiques êtres humains dans pareille situation.
Dans sa phase de déconstruction, Alan Moore explique comment on passe d’un monde (celui où existent des super-héros au sens classique du terme) à un autre (celui où ils ne peuvent plus exister puisque le sujet, traité de manière adulte, est un non-sens).
Dans sa phase de reconstruction, le scénariste opère un changement de paradigme qui réinvente la figure du super-héros en le faisant chuter de son piédestal. C’est donc forcément sombre, désenchanté, glauque et malsain dans son humanité palpable et assumée. On tourne résolument le dos au volet “enchanteur” qui constitue habituellement l’apanage du genre.
C’est une nouvelle manière de traiter le sujet en l’analysant de l’intérieur, en le doublant d’un discours sur lui-même sans pour autant renoncer à son volet divertissant. C’est ce que l’on va désormais nommer le Dark Âge des super-héros.
Puisque le récit est noir, autant le raconter à la manière d’un polar. C’est ainsi que nous suivons le journal de Rorshach comme nous avons pu suivre les soliloques de Philip Marlowe ou de Sam Spade sous la plume de Raymond Chandler ou de Dashiell Hammett. WATCHMEN emprunte les codes du polar avec ses enquêtes tordues et ses personnages troubles.
Puisqu’il s’agit d’une enquête, le récit est ponctué de coupures de presse, d’extraits de journal de bord, de publicités et de témoignages (un procédé que le scénariste réemploiera souvent par la suite). Ces encarts “documentaires”, qui viennent systématiquement conclure un épisode, enrichissent considérablement le récit, le monde dans lequel vivent les personnages ainsi que l’histoire des protagonistes eux-mêmes et leur situation au sein de cet univers de fiction.
Puisque le récit se double d’une toile de fond philosophique sur le sens de la vie, il est entrecoupé d’une bande-dessinée dans la bande-dessinée (une histoire de pirates : Les Contes du Bateau Noir), effectuant une mise en abime sur la perception du réel, la fuite en avant et l’absurdité de la condition humaine. Une manière également de refaire l’histoire du comic book et de rappeler qu’avant que les super-héros n’envahissent le médium, il y avait d’autres genres à succès, qui pourraient donc encore durer si les super-héros n’existaient plus…

Sous le Masque : Le journal de Hollis Mason, ancienne incarnation du Hibou !

Les contes du Bateau Noir : Une BD dans la BD.
Une construction rigoureuse
Le titre étant à double sens (le mot “Watch”, en anglais, signifie “surveiller”, “garder”, autant qu’il désigne une montre ou une horloge), WATCHMEN est découpé selon une construction rigoureuse qui impressionne encore aujourd’hui. À ce stade, Alan Moore est devenu un maitre de la construction narrative et il expérimente sous nos yeux un grand nombre de figures de style. Certains épisodes, pour ne pas dire la totalité du récit, sont construits quasiment à la manière d’un palindrome. On ne peut pas lire la chose dans les deux sens, certes, mais on a souvent le cas d’un final faisant écho au début, où l’on retrouve les mêmes vignettes en sens inverse (la dernière vignette faisant écho à la première et l’avant-dernière à la seconde, par exemple). Le cinquième épisode, intitulé TERRIBLE SYMÉTRIE, s’impose quant à lui un découpage dans lequel la première planche a son image-miroir dans la dernière, la seconde dans l’avant-dernière et ainsi de suite, chaque page possédant le même découpage que celle qui lui est associée, jusqu’à ce que la double page centrale soit construite elle-même sur une disposition symétrique.
Ce dispositif rigoureux n’est pas gratuit mais impose au contraire aux auteurs une extrême maitrise de la narration, où tout finit par se recouper. C’est la démonstration autant que la promesse d’un récit où tout est à sa place, où rien n’est là par hasard, où tout est prévu dès le départ et où l’improvisation n’a pas lieu d’être si elle n’est pas en harmonie avec un tout cohérent. C’est l’inverse de ces séries à rallonge où les auteurs partent sur les chapeaux de roues sans savoir où ça va les mener (et le lecteur avec).

La première et la dernière page de l’épisode #5.

La double-page centrale de l’épisode #5

La page 4 de l’épisode #5 et sa page-miroir, la page 25.

Idem avec les pages 9 et 20.
Le résultat est très impressionnant en ce qu’il procure au lecteur la sensation de lire une œuvre tautologique, sans défaut et sans fausse note. C’est également l’assurance de pouvoir relire la chose indéfiniment pour en décrypter toute la richesse et tous les détails fédérateurs qui nourrissent le propos. Des détails sans cesse repris (le motif du smiley, par exemple, celui de la goutte de sang ou celui du logo au triangle), qui opèrent une sensation de “déjà-vu” et qui viennent épaissir l’intrigue en faisant du lecteur un enquêteur actif plutôt qu’un simple spectateur passif. Un lecteur qui parvient ainsi à recoller toutes les pièces du puzzle de manière fluide et ludique, sans non plus tomber dans le registre du récit abscons et amphigourique.
En fin de compte, WATCHMEN est autant un récit foisonnant, passionnant et divertissant qu’il est un pur cours de bande-dessinée, une leçon sur le découpage, la narration et la manière d’empiler diverses couches de sous-texte. C’est sans conteste le chef d’œuvre du genre et, dans son genre, il ne connait par ailleurs aucune concurrence : Il n’y a jamais eu, et il n’y aura jamais après lui une telle réunion d’éléments constitutifs à ce point maitrisés sur le même genre (nous n’avons d’ailleurs fait qu’effleurer tous ces éléments ici, ne serait-ce que ceux liés à l’histoire du comic book). De toute manière, pourquoi les auteurs de comics de super-héros tenteraient-ils à leur tour de traiter le genre de manière réaliste, si le réalisme est par essence incompatible avec le genre en question ?
Au niveau de la construction de l’intrigue, Alan Moore va également développer une technique narrative qui traumatisera apparemment toute la profession puisqu’elle sera reprise ensuite dans un nombre considérable de bandes dessinées. Il s’agit des bons dans le temps et notamment des flashbacks, lesquels viennent à leur tour enrichir la trame de l’histoire, le développement des personnages et les fils de l’intrigue. Ici encore, le scénariste se montre brillant dans le découpage en associant des vignettes qui se font écho, le même dessin étant repris de l’une à l’autre, avec juste quelques changements de détails pour informer le lecteur qu’il est revenu dans le passé, par exemple.
Régulièrement, le chapitre démarre au temps présent puis, au détour d’une vignette, emmène le lecteur dans un autre espace-temps pour reconstituer le puzzle narratif d’une intrigue à tiroirs. Ici encore le lecteur, en position active, est invité à recoller les morceaux d’une immense toile répartie sur douze chapitres liés entre eux par un entrelacs de fils solides. C’est sans conteste cette construction narrative magistrale qui constitue l’essentiel de la richesse et du plaisir de lecture de cette œuvre de référence.

Un flash et un flashback…

Idem.
Une œuvre qui a de la gueule
Toute la série est découpée selon un gaufrier de neuf vignettes de même taille sur chaque planche, modulables sur la largeur et sur la hauteur (deux ou trois, voire six vignettes peuvent fusionner pour n’en former qu’une, plus grande). Ce procédé faussement simpliste est en réalité d’une grande lisibilité mais aussi d’une grande richesse, comme on l’a vu avec l’idée du découpage selon la figure du palindrome. Ici encore, la rigueur côtoie la créativité, les auteurs jouant sans cesse avec les codes de l’art séquentiel dès qu’il faut se mettre au service du récit et de la manière de le raconter, en utilisant, comme au cinéma, des procédés d’enchainement, de fondus, d’échelles de plans, de champ/contre-champ, etc. Et ce qui était au départ très académique en termes de découpage, finit par être bourré de classe et de personnalité.
On n’en a pas l’impression au premier coup d’œil : Le dessin de Dave Gibbons a l’air figé, sommaire, rigide. C’est justement cette recherche d’épure qui donne sa force à WATCHMEN. Le dessinateur a savamment enlevé tout ce qui était inutile, ne gardant que l’essentiel en faisant bien attention que chaque détail compte. C’est ce que faisait Hergé avec TINTIN et, dans un cas comme dans l’autre, le lecteur a l’impression que tout est presque trop simple, alors que bien sûr c’est tout l’inverse. Henry Matisse l’avait expérimenté en peinture puis était passé au collage de feuilles de couleur, ne gardant plus que quelques silhouettes sur un fond blanc. Les créateurs de logos font la même chose (il y a d’ailleurs un logo dans WATCHMEN, celui de Pyramid Deliveries, l’entreprise liée au principal antagoniste) : Ils retravaillent inlassablement une forme conceptuelle et enlèvent petit à petit tout ce qui ne sert à rien, traits, formes, couleurs, pour ne garder qu’une épure qui frappera l’esprit du regardeur. Un travail de longue haleine, qui aboutit à quelque chose d’incroyablement simple, qu’il est, paradoxalement, incroyablement difficile d’obtenir !


L’art de jouer avec le gaufrier.
À l’heure de l’essor des intelligences artificielles, il est important de se rappeler des œuvres comme TINTIN ou comme WATCHMEN : Il n’y aurait rien de plus facile aujourd’hui que de demander à une IA de générer un dessin épuré, en enlevant tout ce qui ne sert à rien pour ne garder plus qu’une “ligne claire”. Sauf qu’il lui manquerait l’essentiel, à savoir la sensibilité humaine et ses aspérités naturelles. C’était ce que possédait Hergé et c’est ce que possèdent Alan Moore et Dave Gibbons, dont les petites maladresses infimes et les petits “tics” de personnalités transparaissent dans le résultat final. Un résultat grandement rehaussé par la palette flashy et pop’art de John Higgins, qui achève de former le trio entièrement britannique (avec sa sensibilité propre, donc) qui forme l’âme de notre masterpiece.

Le cercle jaune, comme un motif subliminal…
That’s all, folks !!!

Article très impressionant.
Si tu n’étais pas déjà dans l’équipe, je t’embaucherais à l’instant.
Ton iconographie aux petits oignons me fait remarquer que le grapin de Rorschach dessine à son tour une aiguille.
Un vrai plaisir de découvrir cet article et de replonger dans Watchmen.
Merci les amis. J’ai très longtemps hésité de peur de n’avoir rien à dire qui n’ait déjà été dit. Et puis l’article s’est tout de même écrit peu à peu…