
* VAMPIRE SOUS LES SUNLIGHTS présente *
* YELLOW HOTEL *
Chronique du film BYZANTIUM
Rubrique VAMPIRE SOUS LES SUNLIGHTS
Date de sortie du film : 2013
Durée : 118 minutes
Réalisation : Neil Jordan
Scénario : Moira Buffini, d’après sa pièce A VAMPIRE STORY
Musique : Javier Navarrete
Genre : Fantastique, horreur, gothique.

Cet article est inscrit dans le cycle dédié aux films de vampires que nous appelons VAMPIRE SOUS LES SUNLIGHTS. Soit un sous-genre à part entière du cinéma fantastique et horrifique qui contient en son sein un panel assez conséquent de films importants.
Nous reviendrons de temps en temps vous présenter d’autres films de la rubrique. Mais une seule chose à la fois… Aujourd’hui, nous faisons le voyage en 2013 afin de remettre, sous le feu des projecteurs, un film bien injustement méconnu sur les créatures de la nuit…
Pour vous mettre dans l’ambiance, vous pouvez aussi écouter le score du film, en même temps que vous lisez l’article…
Le réalisateur Neil Jordan nous a offert une somptueuse trilogie de films fantastico-horrifiques avec LA COMPAGNIE DES LOUPS, consacré à la figure du loup-garou et réalisé en 1984, ENTRETIEN AVEC UN VAMPIRE réalisé en 1994 et BYZANTIUM en 2012. Voici donc un cinéaste qui filme peu, mais qui le fait bien.
Le pitch : C’est l’histoire de deux femmes vampires, Eleanor (interprétée par Saoirse Ronan) et Clara (Gemma Arterton), qui tentent de survivre dans le monde moderne après deux siècles d’existence…

Portrait de femmes…
Est-il encore possible de raconter une histoire de vampires qui n’ait pas déjà été racontée à maintes reprises ? Peut-on seulement envisager qu’un récit, dans le genre plus que rabattu des “suceurs de sang”, puisse aujourd’hui encore échapper à tous les clichés qui lui collent à la peau depuis toutes ces années passées à hanter les romans, les bandes-dessinées et les écrans de cinéma du monde entier ?
Depuis la déferlante TWILIGHT, au tournant des années 2010, le monde semble d’ailleurs se diviser en trois clans à priori irréconciliables : Ceux qui aiment les vampires romantiques pour bluettes adolescentes, ceux qui conchient les précédents en ne jurant que par les monstres sanguinaires pas romantiques pour un sou (genre le “VAMPIRES” de John Carpenter), et ceux qui ne supportent même plus l’idée de regarder un film de vampires, tant le genre est devenu le terrain d’un amoncellement de clichés obsolètes pour ados attardés en mal de sensations d’un autre âge…
Royal, Neil Jordan, qui avait déjà bien dynamité le genre en adaptant le premier roman d’Anne Rice, décide d’ignorer ces trois clans distincts et met en scène une histoire de femmes…

Les deux images de la survie au féminin. Leur dénominateur commun : le rouge… sang !
Le film est très lent, plutôt bavard et parfois contemplatif. Les amateurs de films d’action et d’effets sanguinolents doivent passer leur chemin, mais les autres, pour qui la figure du vampire ne demande qu’à sortir des sentiers rabattus, trouveront dans cette nouvelle itération une jolie forme de poésie noire, pour une histoire d’immortels buveurs de sang qui ne nous avait pas encore été contée de cette manière. Précisons que la lenteur du film est un parti-pris, non un défaut, et qu’on le mentionne uniquement pour montrer que ce genre de parti-pris devient plutôt rare dans le cinéma d’entertainment.
En déplaçant le mythe du vampire afin d’illustrer le destin de deux personnages féminins liés de la façon la plus étroite qui soit (je vous laisse découvrir par vous-même la nature de ces liens), le réalisateur Neil Jordan et la scénariste Moira Buffini (qui adapte sa propre pièce de théâtre, comme Anne Rice adaptait elle-même son propre roman avec ENTRETIEN AVEC UN VAMPIRE) trouvent matière à lui offrir un éclairage inédit, particulièrement riche, propice à explorer la place de la femme dans le monde et, par extension, dans les sociétés phallocrates.
Car c’est bien l’image de la femme et sa condition, mises en parallèle à travers les âges, qui deviennent les thèmes principaux de cette histoire. Avec ce constat que, quelles que soient les époques, la place de la femme dans un monde dominé par la force des hommes est affaire de lutte perpétuelle…
La leçon de piano.
Le film est porté par l’interprétation de ses deux actrices principales, lesquelles composent deux personnages à fleur de peau qui rivalisent de charisme tout en affichant respectivement des personnalités aux antipodes l’une de l’autre.
Si Saoirse Ronan est touchante en éternelle adolescente discrètement rebelle, en quête d’un avenir mort-né, Gemma Arterton interprète un personnage tout aussi troublant et complexe, dont les atours cyniques (elle survit en vendant son corps, sa plastique somptueuse étant tout bonnement sacrifiée comme de la chair à offrir au premier venu) cachent en réalité un instinct de survie, un sens du sacrifice et un amour inconditionnel hors du commun pour sa “protégée”.

Survivre dans le monde des hommes.
Quant au titre, on est en droit d’être surpris lorsque l’on découvre que c’est le nom d’un hôtel, que Clara ne tarde pas à transformer en bordel dans lequel elle héberge les jeunes filles de joie, jusque-là laissées à la merci des macros. Soit une vision acerbe de notre monde dans lequel le luxe ne serait acquit par les femmes qu’au prix du sacrifice de leur corps pour le plaisir des hommes…
La métaphore se poursuit lorsque l’on comprend que nos deux héroïnes, poursuivies depuis deux siècles par une mystérieuse confrérie, sont des hors-la-loi dans le monde des vampires. Car là aussi, un code stipule que ce monde immortel et exclusif n’est réservé qu’aux seuls hommes. En bref, dans un monde comme dans l’autre, il n’y a pas de place pour les femmes libres…
Un beau film fantastique, découpé à la manière d’un comic book avec de nombreux flashbacks qui nous plongent au XIX° siècle dans une Angleterre aussi froide que mystérieuse. S’il peut paraitre parfois un peu timoré, il est très bien construit et superbement interprété, notamment par son binôme d’actrices qui crève l’écran. Son aspect au départ un peu cheap – voire naturaliste – est savamment calculé, car au fur et à mesure que le récit avance à coup de flashbacks, le spectateur se retrouve plongé dans un monde parallèle. Certains plans sont d’une beauté folle, notamment au XIX° siècle. Quant aux scènes d’action, elles sont rares mais fulgurantes. À l’arrivée, BYZANTIUM constitue un spectacle original et envoûtant, qui ravira à coup sûr les amateurs du genre vampirique les plus blasés.

La survie par le sang !
Pour finir, notons des auteurs très inspirés, qui contournent soigneusement la plupart des clichés liés au mythe et illustrent leur point de vue avec une belle liberté de ton et une poésie diffuse qui trouve son envol lors de quelques tableaux saisissants, qu’ils soient brossés dans l’époque contemporaine comme au siècle romantique, transcendés par la magie du cinéma, qui seule permet une telle illustration des sens.
Même s’il ne figure pas au rang des grosses productions hollywoodiennes, contrairement aux deux autres films de Neil Jordan cités plus haut (il a d’ailleurs rencontré, hélas, un véritable échec commercial), BYZANTIUM est probablement destiné à tenir une place de choix dans le panthéon du film de vampires, à plus ou moins long terme…
La bande-annonce VF. Attention aux spoilers pas beaux !
See you soon !!!
