
* HEROIC CHRISTIANITY *
Chronique du film : LE DRAGON DU LAC DE FEU
Date de sortie : 1981
Durée : 110 minutes
Réalisation : Matthew Robbins
Genre : Fantasy, Médiéval fantastique

Le pitch : Gallen, un apprenti-sorcier dont l’apprentissage est loin d’être terminé, hérite de la lourde tâche de combattre le vieux et terrible dragon Vermithrax, qui terrorise le royaume d’Urland. Là, le roi Casiodorus livre régulièrement à la bête des jeunes vierges tirées au sort, parmi le peuple, à travers une immonde loterie…

Les derniers magiciens…
Bien qu’il faille sans conteste le placer dans le domaine de l’Heroic Fantasy, LE DRAGON DU LAC DE FEU a longtemps erré dans celui, moins iconoclaste, de “Médiéval fantastique”. Effectivement, le concept du film semble sans cesse hésiter entre le naturalisme plus ou moins palpable (un haut moyen-âge accueillant la venue du christianisme) et la féérie la plus pure (moult tours de magie et un dragon qui ne fait pas semblant de l’être). Les personnages connaissent ainsi le latin et le grec, se tournent volontiers vers la religion du Christ, et renoncent sans hésiter à ce monde de magie qu’ils préfèrent ignorer au bénéfice de leur simple vie de cultivateurs.

Une ambiance qui semble hésiter entre l’heroic fantasy et le naturalisme médiéval…
En réalité, ce postulat est très habile puisqu’il dissimule la toile de fond sur laquelle s’articule tout le concept du film : Cette histoire de dernier magicien combattant le dernier dragon de la terre témoigne du passage entre une époque obscure et mythologique à celle, plus moderne, marquée par l’histoire et la religion. Et finalement, cette fable à cheval entre le fantastique et le réalisme moyenâgeux symbolise, tel le célèbre tableau SAINT GEORGES ET LE DRAGON de Paolo Uccello (dont le film reprend d’ailleurs toute l’iconographie, avec la grotte, la lance, la princesse et le cheval blanc), la fin d’une époque obscure pour celle, un peu plus lumineuse, d’une modernité monothéiste. Soit exactement la même thématique abordée la même année par le réalisateur John Boorman dans son film EXCALIBUR (la lance que se voit offrir Gallen, le héros, se nomme d’ailleurs en VO Dragonslayer. C’est le titre original du DRAGON DU LAC DE FEU et c’est assurément une référence à l’épée Excalibur !)…
Cette toile de fond est pourtant doublée d’une vision sans cesse critique et jamais, tout au long du film, la venue de la religion n’est célébrée béatement. C’est même tout l’inverse, car si à la fin toute magie a disparu de la terre, l’homme demeure aussi cupide et pathétique, et nul prince n’épouse de princesse dans aucun final édulcoré. Les hommes finissent au contraire livrés à eux-mêmes, esseulés face à ce nouveau monde dans lequel il va falloir choisir sa voie…

Un peu d’histoire de l’art : SAINT GEORGES ET LE DRAGON, par Paolo Uccello (1470)
C’était une autre époque. Je parle à présent des années 80 et de ces films où le cahier des charges n’imposait pas encore aux réalisateurs et aux scénaristes de boursoufler leurs films d’archétypes prédigérés, de héros forts et musclés, de comiques troupiers, de bimbos siliconées et de happy end factices.
Avec le recul, LE DRAGON DU LAC DE FEU bénéficie ainsi de l’un des plus beaux scripts de son époque en matière de film de Fantasy. Certains ont regretté son manque d’imagerie féérique (le moindre film actuel du genre donnant dans la surenchère avec des décors délirants baignés de lumière multicolore), son manque de combats homériques (en dehors de celui où le héros affronte le dragon, qui est extraordinaire) et ses effets spéciaux datés (et pourtant splendides), passant en définitive complètement à côté du sujet principal initié par Matthew Robbins et son scénariste Hal Barwood (au départ un duo de scénaristes, notamment à la base de SUGARLAND EXPRESS, le premier film de Steven Spielberg).

En haut : Peter McNichol, avant qu’il ne devienne le copain d’Aly Mc Beal !
En bas : Un film où il ne fait pas bon d’être vierge…
Il faut également rappeler que notre film profitait du talent incomparable de Phil Tippett, un des grands génies des effets spéciaux de l’histoire du cinéma qui, de la première trilogie STAR WARS à STARSHIP TROOPERS en passant par JURASSIC PARK, a offert au grand écran la plus belle galerie de créatures fantastiques de son époque. Rêvant depuis toujours d’animer un dragon en entier, son Vermithrax allait devenir le modèle définitif de dragon ailé pour tous les films ultérieurs.
Dans l’ensemble, le film bénéficie d’excellents effets spéciaux, assurés en grande partie par les studios Disney alors composés de très bons artisans en la matière. Sont ainsi combinés des plans rapprochés mettant en scène une marionnette grandeur nature du Dragon, les effets spéciaux animés image par image par Phil Tippett (qui rendait ainsi hommage au grand Ray Harryhausen, lequel tirait sa révérence au même moment avec LE CHOC DES TITANS, son dernier film), et enfin quelques plans utilisant les toutes nouvelles technologies d’effets spéciaux assistés par ordinateur, que l’on appellera bientôt animatroniques. C’est cette fois John Dykstra, un autre artisan à l’œuvre sur les premiers STAR WARS, qui en détient la paternité.
À noter également, si tout cela ne parvient pas à vous convaincre de l’excellence de ce petit classique coproduit à l’époque par Walt Disney et Paramount Pictures, à la mise en scène irréprochable, à l’écriture précise et raffinée, anti-manichéenne et aux dialogues millimétrés, la nomination à l’Oscar de la meilleure musique de film (Alex North). Et l’on n’oubliera pas évidemment son casting (premier film de Peter MacNicol avant sa florissante carrière dans les séries TV) dominé par le grand Ralph Richardson, qui incarne ici, avec un charisme sans faille, le dernier magicien de son histoire…

Attention à ne pas se foutre de la gueule de Vermithrax…
Sans vouloir trop charger la mule sur le sujet du “C’était mieux aaavant !”, il est quand même édifiant de songer que Walt Disney pouvait produire ce genre de film au début des années 80, alors que le studio est devenu aujourd’hui l’étendard d’un cinéma populaire sclérosé par le cahier des charges commercial, l’empêchant presque systématiquement de livrer des œuvres d’art intègres au pays du 7° art.
D’ailleurs, et comme le dirait bien Caliméro, “c’est vraiment trop injuste” : LE DRAGON DU LAC DE FEU a été un cuisant échec commercial à sa sortie en 1981. Et heureusement qu’il bénéficia d’une seconde vie dans les vidéo-clubs, au point de devenir un film culte pour toute une génération de cinéphiles attirés par la fantasy. LE DRAGON DU LAC DE FEU avait tout de même vu le jour entre EXCALIBUR, sorti la même année, et le CONAN LE BARBARE de John Milius sorti en 1982 ! Deux énormes succès publics et critiques, au milieu desquels le film de Matthew Robbins est donc injustement resté dans l’ombre…

Waouh ! Youhouhouuu !!!
Pour ma part j’ai eu la chance de voir le film au cinéma lors de sa sortie. J’étais un petit gamin et c’était une des premières fois que je sortais au cinéma avec un copain, sans mes parents.
Le film distillait, en tout cas chez un enfant de l’époque, sa dose d’effroi et de fascination, avec du sang, des tripes à l’air et une cruauté moyenâgeuse assez authentique. C’était le “dark age” de l’histoire de Disney, qui alignait à l’époque une série de film très sombres avec LE TROU NOIR (1979), LES YEUX DE LA FORÊT (1980), LA FOIRE DES TÉNÈBRES (1983), TARAM ET LE CHAUDRON MAGIQUE et OZ, UN MONDE EXTRAORDINAIRE (1985).
LE DRAGON DU LAC DE FEU atterrira donc rapidement dans les rayons des vidéoclubs. Je l’avais dupliqué et j’avais même fait faire une photocopie couleur de la jaquette, que je garde encore aujourd’hui, avec celle des premiers STAR WARS, entre autres…

Jaquette collector !
N’empêche que c’était une époque faste pour les long-métrages Disney en prises de vues réelles. Et à côté des films cités au-dessus, on pouvait en voir aussi un paquet beaucoup plus légers et, pour un gamin de l’époque, il y avait largement de quoi se mettre sous la dent avec la série des COCCINELLES (quatre films entre 1968 et 1980, qui étaient régulièrement rediffusés au cinéma), LE DERNIER VOL DE L’ARCHE DE NOÉ et POPEYE (1980), CONDORMAN (1981), TRON (1982), ou encore BABY : LE SECRET DE LA LÉGENDE OUBLIÉE (1985).
Du côté de l’heroic fantasy, les années 80 auront également été généreuses avec EXCALIBUR et LE DRAGON DU LAC DE FEU (1981), DARK CRYSTAL, L’ÉPÉE SAUVAGE, DAR L’INVINCIBLE et CONAN LE BARBARE (1982), KRULL et TYGRA, LA GLACE ET LE FEU (1983), NAUSICAÄ DE LA VALLÉE DU VENT, LADYHAWKE : LA FEMME DE LA NUIT, L’ÉPÉE DU VAILLANT et CONAN LE DESTRUCTEUR (1984), TARAM ET LE CHAUDRON MAGIQUE, KALIDOR et LEGEND (1985) et finalement WILLOW (1988), sans oublier une armada de “sous-Conan italiens”, soit autant de navets qui auront pullulé entre 1982 avec ATOR de Joe D’amato et 1987 avec LES BARBARIANS de Ruggero Deodato…

Parce qu’il le vaut bien…
THAT’S ALL, FOLKS !!!
