
* L’ÉTRANGE DERNIÈRE SÉANCE DE Mr JACK *
– LE MÉTÉORE DE LA NUIT – 1953
– L’ÉTRANGE CRÉATURE DU LAC NOIR (1 & 2) – 1954 – 1955
– TARENTULA ! – 1955
– LES SURVIVANTS DE L’INFINI – 1955
– L’HOMME QUI RÉTRÉCIT – 1957
– LE MONSTRE DES ABÎMES – 1958
– LES ENFANTS DE L’ESPACE – 1958
Chronique des films de science-fiction réalisés par Jack Arnold dans les années 50
Date de sortie de films : De 1953 à 1958
Genre : Science-fiction, Horreur, Fantastique.

L’exception francophone : Distribuer les mêmes films, avec des titres complètement différents !
Cet article est consacré aux films de science-fiction réalisés par Jack Arnold. Car dans les années 50, ce petit maître du cinéma fantastique nous aura offert plusieurs films du genre science-fiction dont certains sont devenus de grands classiques de l’histoire du cinéma.
AU PROGRAMME :
- 1. LE MÉTÉORE DE LA NUIT
- 2. L’ÉTRANGE CRÉATURE DU LAC NOIR (1 & 2)
- 3. TARENTULA !
- 4. LES SURVIVANTS DE L’INFINI
- 5. L’HOMME QUI RÉTRÉCIT
- 6. LE MONSTRE DES ABÎMES
- 7. LES ENFANTS DE L’ESPACE
Niveaux d’appréciation :
– À goûter
– À déguster
– À savourer
19 janvier 1982…
Il fut un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaitre. En ce temps là, principalement dans les années 80, nous regardions la DERNIÈRE SÉANCE. Dans cette émission du mardi soir sur FR3, Eddy Mitchell ne chantait pas. Il était le présentateur d’un véritable cinéma de quartier reconstitué. Le programme était divisé en deux parties, chacune diffusant un film distinct (entre autres cartoons, numéros de cirque, publicités et actualités d’époque). Ces films étaient déjà vieux dans les années 80, mais ils enchantaient nos mardis soirs puisque le lendemain il n’y avait pas école et qu’on pouvait donc regarder la télé tard. On y découvrait des films qui sortaient de l’ordinaire. Des films familiaux, mais dans des tas de registres différents, allant du traditionnel western aux films de cape et d’épée, en passant par le fantastique, la science-fiction, l’épouvante et la fantasy. En bref, du cinéma de genre ! (l’émission était en réalité dirigée par Patrick Brion, le créateur du CINÉMA DE MINUIT).
Beaucoup de cinéphiles attirés par la culture populaire ont vu naitre leur passion à ce moment là, alors qu’ils se lançaient dans des discussions enflammées avec les copains d’école le jeudi suivant, non sans avoir enregistré religieusement ces films sur cassettes VHS, qu’ils se repassaient jusqu’à l’usure de la bande magnétique, revoyant en boucle LE CHIEN DES BASKERVILLE de la HAMMER, LE 7° VOYAGE DE SINBAD et autre JACK LE TUEUR DE GÉANTS et leurs créatures féériques, mais aussi et surtout des films de SF comme DES MONSTRES ATTAQUENT LA VILLE et ses fourmis géantes, ou encore LE JOUR OÙ LA TERRE S’ARRÊTA et son robot invincible…

Quand La Dernière Séance nous faisait rêver !
Grâce à la Dernière Séance, les années 80 seront généreuses en grands classiques du genre science-fiction, la plupart du temps programmés en deuxième partie de soirée et en version originale sous-titrée. La Dernière Séance diffuse LE JOUR OÙ LA TERRE S’ARRÊTA le 19 février 1982, L’ÉTRANGE CRÉATURE DU LAC NOIR le 19 octobre, LES SURVIVANTS DE L’INFINI le 18 janvier 1983, LE VILLAGE DES DAMNÉS le 4 octobre, DES MONSTRES ATTAQUENT LA VILLE le 3 avril 1984, L’INVASION DES PROFANATEURS DE SÉPULTURES le 18 juin 1985, L’HOMME QUI RÉTRÉCIT le 24 décembre, TARENTULA ! le 6 mai 1986. On peut remarquer d’emblée que cette liste propose quatre films signés Jack Arnold ! Ou plus exactement trois et demi : LES SURVIVANTS DE L’INFINI est un film réalisé par Joseph Newman mais Jack Arnold, non crédité au générique, y aurait tourné quelques séquences additionnelles parmi les plus spectaculaires et, quoiqu’il en soit, l’occasion était trop belle de le placer dans l’article !
Dans cet extrait : La présentation de la soirée et des anecdotes sur les films. Les actualités et les “réclames” projetées en même temps que les films de l’époque. Et pour finir, une attraction de magicien !
Au rayon du cinéma fantastique & science-fiction, les années 30 et 40 avaient été dominées, à Hollywood, par le genre horreur et par les divers monstres du répertoire gothique (Dracula, Frankenstein, Dr Jekyll & Mr Hyde, le loup-garou et autres bestioles du même acabit). Le studio Universal, sur ce registre, s’était taillé la part du lion avec sa série de films estampillés Universal Monsters, dont nous avons consacré plusieurs articles, ici sur C.A.P.
Les années 50 vont changer de paradigme et se tourner vers la science-fiction pure, avec de nouveaux thèmes comme ceux des extraterrestres, des terreurs venues du ciel et des voyages dans l’espace.
C’est une époque dominée part la guerre froide et la menace d’un conflit nucléaire. Dans la réalité, les occidentaux ont alors une peur bleue de voir surgir un jour au-dessus de leurs têtes des missiles atomiques venus de l’URSS et de son étendard rouge vif. Les écrivains du genre science-fiction vont se saisir derechef de cette angoisse généralisée pour tisser des métaphores à travers lesquelles les extraterrestres et notamment les martiens (la planète rouge, vous suivez ?) vont se substituer à la menace terrienne bien réelle et symboliser la terreur venue par le ciel depuis la Russie écarlate…
Le cinéma, toujours prompt à utiliser le vivier littéraire, va donc s’aligner sur ces nouveaux sujets et les films de science-fiction vont commencer à pleuvoir dès le début des années 50, avec par exemple LE JOUR OÙ LA TERRE S’ARRÊTA, LA CHOSE D’UN AUTRE MONDE, LE CHOC DES MONDES ou LES ENVAHISSEURS DE LA PLANÊTE ROUGE…
Le studio Universal, jusqu’ici chef de file du genre fantastique, commence à prendre un train de retard, notamment face à la Paramount et aux films produits par George Pal (DESTINATION LUNE, LE CHOC DES MONDES, LA GUERRE DES MONDES et LA CONQUÊTE DE L’ESPACE). Mais heureusement, ils ont Jack Arnold.
Arnold va donc réaliser les principaux films de science-fiction du studio Universal dans les années 50, lesquels vont se démarquer par une utilisation majeure et persistante du noir et blanc et un tout nouveau procédé destiné à ramener les foules devant le grand écran : le film en relief !


1) LE MÉTÉORE DE LA NUIT –
/
(IT CAME FROM OUTER SPACE)
Acteurs : Richard Carlson, Barbara Rush, Charles Drake
Scénario : Harry Essex, d’après le roman de Ray Bradbury
Musique :Henry Mancini, Irving Gertz, Herman Stein
année : 1953
Durée : 81 minutes
Le pitch : John Putnam est un astronome amateur. Une nuit, il est le témoin de la chute d’une grosse météorite dans le désert de l’Arizona, près de la petite ville de Sand Rock. Succombant à la curiosité, il se précipite à l’intérieur du cratère. À peine a t-il le temps d’apercevoir ce qui ressemble vaguement à une structure géométrique venue de l’espace, qu’un éboulement recouvre complètement l’étrange construction.
John tente de convaincre son entourage qu’il a découvert la preuve d’une vie extraterrestre mais personne ne le croit. Des phénomènes étranges commencent pourtant à circuler dans la région, car les “êtres” qui sont arrivés à bord de la “météorite” sont capables de prendre l’apparence des habitants de Sand Rock…
Jack Arnold et son scénariste Harry Essex adaptent ici un roman de Ray Bradbury, ce qui est déjà un gage de qualité quand on connait l’œuvre de l’écrivain, devenu avec le temps un maître du genre.
D’emblée, ce premier film de SF de Jack Arnold avance à contre-courant puisqu’il ne fait pas de ses aliens des ennemis belliqueux comme une métaphore de la peur de l’envahisseur (russe, comme on l’a vu), mais au contraire des êtres pacifiques échoués sur terre par accident, qui amorcent une course contre la montre pour réussir à réparer leur vaisseau afin de repartir avant que les terriens, effrayés par leur aspect si étrange, tentent de les occire. Car il est admis que les êtres humains, lorsqu’ils sont confrontés à quelque chose qu’ils ne comprennent pas ou qui les effraie, se contentent de tout détruire…
Le plaidoyer sur le droit à la différence est évident dès la première vision du film et l’on note cette scène aussi simple qu’efficace, où le scientifique demande au policier ce qu’il pense de l’aspect de l’araignée qui avance sous ses pieds, avant que ce représentant de l’ordre terrien ne l’écrase séance tenante, effrayé par l’étrangeté repoussante de l’arachnide, qui fait ainsi écho à celle des aliens.
Pour son entrée dans le cinéma de science-fiction, Jack Arnold s’impose immédiatement comme un cinéaste à la fois solide techniquement et très à l’aise lorsqu’il s’agit de créer du sous-texte et de développer des thèmes humanistes, pacifistes et écologiques.

Un météore pas comme les autres…
Tandis que le cinéma de SF se met majoritairement à la couleur avec l’emploi du technicolor flamboyant, les films du studio Universal tranchent par la persistance de ce qui a fait jusqu’ici leur grandeur : le noir et blanc.
Depuis quelques mois, on a vu naitre un tout nouveau procédé destiné à impressionner le public et à le ramener dans les cinémas (car il est en train de lui préférer l’essor de la télévision !) : Le relief ! Deux films ont déjà été tournés avec des effets de 3D : BWANA DEVIL et L’HOMME AU MASQUE DE CIRE. LE MÉTÉORE DE LA NUIT sera donc le troisième mais, surtout, il sera le premier à en proposer une utilisation aussi spectaculaire et cohérente.
Le spectateur qui découvre aujourd’hui le film en 2D ne peut pas se rendre compte de l’effet qu’à pu produire un tel spectacle à l’époque de sa diffusion originelle. Au début des années 50, LE MÉTÉORE DE LA NUIT était non seulement l’un des tout premiers films de science-fiction à montrer des aliens, mais il utilisait à merveille la technique du relief pour souligner les scènes les plus spectaculaires. Ainsi celle du générique, qui balance littéralement le météorite à la figure des spectateurs puisqu’il se dirige droit sur la caméra. Ainsi celle des aliens, que l’on aperçoit furtivement mais dont le cadrage en gros plan, les formes globuleuses et l’aspect diaphane sont pensés pour “sortir” de la surface de l’écran. Et ainsi toutes ces vues subjectives donnant au spectateur l’impression qu’il voit à travers les yeux des aliens, comme si les éléments du film et le regard du spectateur lui-même s’interpénétraient ! Sans oublier la scène de l’éboulement dans le cratère, où les tonnes de rochers devaient sembler s’abattre sur les badauds. Nul doute que ces effets spéciaux, révolutionnaires pour l’époque, ont dû fortement impressionner les spectateurs n’ayant jamais vu un tel spectacle auparavant, dans le fond comme dans la forme.

Si vous voyez l’alien, c’est qu’il vous voit !
Pour son premier film dans le domaine de la SF (il réalisera également des westerns, des policiers et des comédies), Jack Arnold s’impose comme le cinéaste idéal, capable de tirer le meilleur parti de chaque élément mis à sa disposition, sachant trouver le meilleur équilibre possible entre le spectaculaire, le merveilleux, le suspense, le volet horrifique et le sous-texte philosophique.
Évidemment, les nouvelles générations qui découvriraient ce genre de film sans jamais en avoir vu auparavant auront du mal à passer la barrière de l’âge. Car ces images jadis si impressionnantes ont perdu leur puissance à l’ère du numérique et de l’intelligence artificielle. Le film souffre par ailleurs de ces longues et ennuyeuses scènes de dialogue qui ampoulaient tous les films de SF de la même époque, avec ses personnages superficiels et ses amourettes tout aussi factices.
Reste un joli film de SF vintage, devenu désuet avec le temps, mais qui préserve encore tout son charme et toute sa valeur dès lors que l’on sait remettre les choses dans leur contexte. Notons au passage la très envoûtante bande-son qui égraine les mystérieuses apparitions extraterrestres au son du thérémine, l’un des premiers instruments électroniques de l’histoire, que l’on avait déjà entendu sur LE JOUR OÙ LA TERRE S’ARRÊTA et qui marquera le genre science-fiction des 50’s au point de devenir sa marque de fabrique (on le réentendra dans le MARS ATTACKS ! de Tim Burton pour ces raisons-là).


2) L’ÉTRANGE CRÉATURE DU LAC NOIR –
/
+ LA REVANCHE DE LA CRÉATURE –
/
(CREATURE FROM THE BLACK LAGOON + REVENGE OF THE CREATURE)
1 – L’ÉTRANGE CRÉATURE DU LAC NOIR
Acteurs : Richard Carlson, Julia Adams, Richard Denning
Scénario : Harry Essex et Arthur A. Ross 2 – William Alland, Martin Berkeley
Musique : Henry Mancini, Herman Stein, Hans J. Salter
Année : 1954
Durée : 79 minutes
2 – LA REVANCHE DE LA CRÉATURE
Acteurs : John Agar, Lori Nelson
Scénario : William Alland, Martin Berkeley
Musique : William Lava, Herman Stein
Année : 1955
Durée : 82 minutes
Nous avons déjà chroniqué, dans notre généreux dossier consacré aux films de monstres de la Universal, L’ÉTRANGE CRÉATURE DU LAC NOIR et sa suite LA REVANCHE DE LA CRÉATURE. Car il s’agit objectivement moins d’un diptyque de SF que d’une série de films de monstres (il y en aura aussi un troisième – LA CRÉATURE EST PARMI NOUS, mais qui sera réalisé par John Sherwood, le premier assistant de Jack Arnold). Il est toutefois incontournable de les citer à propos du parcours de Jack Arnold dans le domaine du cinéma fantastique, comme il est également important de les resituer dans le paysage cinématographique de l’époque.
Nous allons donc parler de ces films différemment au sein de cet article, en revenant surtout sur la question de la 3D. Car ces deux films, qu’Arnold réalise coup sur coup, sortent dans une période où le film en relief connait un succès retentissant dans les salles de cinéma et dans les drive-in, où les adolescents de l’époque sont très attirés par les films de série-B dans le genre horreur, ce qui est totalement le statut de notre diptyque.
En 1982, il faut préparer les jeunes télespectateurs à la diffusion d’un film en relief !
La principale particularité de ce diptyque, en dehors de sa créature humanoïde en tout point fascinante (elle connaitra une descendance considérable dans le genre du cinéma d’horreur), sorte de mélange entre l’homme et le poisson (comme chez l’écrivain H.P. Lovecraft avec les “profonds” de sa nouvelle fondatrice LE CAUCHEMAR D’INNSMOUTH), est que le film se passe en partie sous l’eau. Il s’agit du premier long métrage de l’histoire du cinéma filmé à moitié sous les eaux et du premier film aquatique en 3D. Le procédé du film en relief est donc ici encore particulièrement novateur, spectaculaire et pour le coup totalement immersif, le spectateur ayant l’impression d’être lui-même sous les eaux en train de vivre les mêmes aventures que les personnages du film.
Jack Arnold est encore une fois le garant de deux films très bien réalisés et très bien rythmés, bien que le premier soit franchement meilleur que le second. En effet, c’est le scénariste Arthur Ross qui était à l’origine du projet et il avait apporté beaucoup d’épaisseur au script du premier film, comme une sorte de relecture de la BELLE ET LA BÊTE, avec là encore un solide plaidoyer pour le droit à la différence et le respect des choses et de la nature qui nous entoure. Le second film a manifestement été tourné à la va-vite, sans la participation d’Arthur Ross et il souffre immédiatement de son côté superficiel, s’appuyant uniquement sur la fluidité de la mise en scène et sur le procédé de la 3D auquel le film n’apporte rien par rapport au précédent.

C’était 4 francs chez le marchand de journaux. C’était annoncé en grandes pompes depuis des semaines. Et c’était incontournable !
Le mardi 19 octobre 1982, l’émission mensuelle de La dernière Séance en est à sa onzième soirée. Ce soir-là est tout de même très spécial, car le premier film qui nous est proposé aux alentours de 20h30, L’ÉTRANGE CRÉATURE DU LAC NOIR, en plus d’être présenté par Eddy Mitchell et Bertrand Tavernier, sera diffusé en relief ! Une première pour les téléspectateurs de l’époque, notamment les enfants (comme votre serviteur) qui n’avaient jamais entendu parler de ce procédé.
Depuis plusieurs semaines, diverses publicités nous ont préparé à l’événement, qui ne pourra être consacré que si l’on est arrivé à se munir des fameuses “lunettes 3D vidéo”, qui vont être mises en vente chez notre marchand de journaux, avec un poster en relief pour tester le matériel !

Le poster 3D : Mettez vos lunettes pour voir la créature s’avancer vers vous !
C’est un souvenir marquant pour le jeune cinéphile de l’époque, qui goûtait un peu de cet événementiel qui avait dû tellement fasciner les spectateurs des années 50 qui découvraient la chose dans les salles de cinéma ou dans les drive-in. Tout le monde en parlait à l’école plusieurs jours, si ce n’est plusieurs semaines à l’avance, et tout le monde s’était rué chez le marchand de journaux pour avoir sa paire de lunettes avant rupture de stock, ou presque. Car je me souviens que tout un tas de petits malins s’étaient fabriqué eux-mêmes les lunettes grâce à quelques morceaux de carton et des protège-cahiers transparents rouges, bleus ou verts ! Dire qu’on était tous prêts devant notre télé des familles à l’heure précise est un euphémisme. C’était un véritable phénomène de société !

Petit cours de 3D…
Hélas, comme cela arrive souvent, l’attente était tellement grande que la majorité des téléspectateurs furent déçu par le résultat. Les scènes en relief n’étaient pas si nombreuses (dans mon souvenir, c’était surtout actif au moment des scènes sous-marines) et, sur un petit écran de télé comme ceux que l’on avait à l’époque, ce n’était pas très impressionnant.
Face à cette déception généralisée, les producteurs de La Dernière Séance décidèrent de ne pas retenter l’expérience et, avec le recul, c’est bien dommage de ne pas avoir vu LE MÉTÉORE DE LA NUIT en relief lui aussi…


3) TARENTULA ! –
Acteurs : John Agar, Leo G. Carroll, Mara Corday
Scénario : Robert M. Fresco, Martin Berkeley, Jack Arnold
Musique : Henry Mancini, Herman Stein
année : 1955
Durée : 76 minutes
Le pitch : Dans un coin de désert du sud des USA, le Professeur Deemer a mis au point une formule destinée à faire grandir les animaux afin de pouvoir nourrir, un jour, une population sans cesse grandissante et d’enrayer la faim dans le monde.
Mais à cause de ses assistants, l’expérience dérape et une tarentule, sur laquelle le professeur avait testé la formule de gigantisme, réussit à s’échapper. Dès lors, elle ne cesse de grandir en chassant les animaux et les êtres humains…
L’ère des insectes (et des arachnides) géants !
Au rayon de la science-fiction, si les années 50 furent principalement celles des soucoupes volantes et des invasions extraterrestres, elles furent également celles des insectes géants !
Puisque le public ne craignait plus les monstres gothiques de la littérature horrifique (Dracula et autres Frankenstein), il fallait lui proposer des monstres d’un nouveau genre. Et quoi de mieux que de jouer sur la phobie des insectes, sachant qu’une bonne partie de la population y est volontiers sujette, en les faisant muter jusqu’au gigantisme ?
Ainsi pullulèrent, à partir de 1954, les fourmis, les araignées, les mantes-religieuses, les scorpions, les mouches, les guêpes, les chenilles, les sauterelles et autres mites, tous géants bien entendu !
Tout commença en 1954 avec DES MONSTRES ATTAQUENT LA VILLE (THEM !) et ses fourmis géantes, un film de Gordon Douglas. Et le phénomène se poursuivi l’année suivante avec notre TARENTULA ! de Jack Arnold, qui fut donc le deuxième film de ce nouveau sous-genre du cinéma de science-fiction.
La Dernière Séance diffusa le premier le mardi 3 avril 1984, et le second le mardi 6 mai 1986. Et votre serviteur d’enregistrer tout sur VHS, jadis, pour se les repasser en boucle…

Le Pr Deemer (Leo G. Carroll) : Le résultat de ses expériences sur une tarentule, puis sur lui-même…
Jack Arnold avait au départ épousé une carrière d’acteur, principalement au théâtre. Mais le virus de la mise en scène l’avait rattrapé et forcé d’accomplir son destin. Il commença sa seconde carrière avec des documentaires (sous la direction de Robert J. Flaherty, le plus grand documentariste de l’époque), se faisant la main avant d’embrasser le cinéma de fiction en général, et celui de la science-fiction en particulier. Ce processus explique très certainement le volet extrêmement réaliste, voire en partie naturaliste de ses films.
Effectivement, dans le cinéma de Jack Arnold, le fantastique et la science-fiction interviennent toujours dans un cadre domestique, la plupart du temps situé dans un environnement unique, au cœur de l’Amérique profonde (et souvent désertique). Auparavant, les films d’horreur convoquaient un décorum gothique franchement baroque, avec des manoirs embrumés, des landes immémoriales et des villages d’un autre temps. Rien de tout cela avec notre réalisateur, qui situe le fantastique dans un cadre moderne et prosaïque, où les éléments surnaturels surgissent depuis le quotidien le plus naturel.
Dans cette optique, TARENTULA ! illustre parfaitement ce paradigme : Une petite ville isolée en plein désert (probablement l’Arizona ou le Nouveau-Mexique), des habitants qui se connaissent tous, une existence paisible et monotone. Puis c’est le moment où tout bascule avec l’arrivée d’un événement surnaturel qui va obliger tout ce petit monde à reconsidérer ses certitudes et à agir contre ses habitudes. C’est la méthode avec laquelle notre cinéaste vient toujours glisser quelques couches de sous-texte, tissant cette philosophie limpide qui met en garde l’homme et ses errements face à la nature, aux éléments, à la science et à la conscience. Un équilibre fragile, s’il en est !
Un authentique auteur au sein de la série-B, dont l’œuvre aura certainement des répercutions sur celle de Stephen King. Quelque chose de l’ordre de l’héritage et de la filiation naturelle…

Le retour de Clint Eastwood !
Aujourd’hui encore, ce type de film souffre du poids de l’âge et l’on retrouve tous les clichés avec ses personnages redondants (le scientifique beau gosse sans peur et sans reproche, la belle scientifique qui n’hésite pas à pousser des hurlements de détresse, le vieux scientifique victime des dangers de la science – et oui, ça fait beaucoup de scientifiques), ses scènes de dialogue à rallonge et sa morale un brin surannée tandis que les tourtereaux peuvent s’en aller et avoir beaucoup d’enfants à la fin…
Pour le reste, ça se laisse carrément regarder et surtout, ça échappe complètement à la nanardise tant c’est bien fait, bien joué et bien pensé. Et les effets spéciaux tiennent encore largement la route !
Dans le rôle principal du jeune scientifique aventureux, John Agar arbore des traits indiscutablement familiers. Effectivement, le cinéphile aura souvent vu passer l’acteur dans des seconds rôles auprès de John Wayne, par exemple (six films en commun, sous la houlette de John Ford ou Andrew V. McLaglen), puis dans une palanquée de séries-B fantastiques du même calibre que TARENTULA !, comme LA REVANCHE DE LA CRÉATURE du même Jack Arnold citée plus haut, LE PEUPLE DE L’ENFER, LE CERVEAU DE LA PLANÈTE AROUS et tant d’autres. En bref, un acteur fétiche du cinéma populaire !
Et enfin (et surtout ! diront certains), voilà que les plus fins observateurs auront reconnu le tout jeune Clint Eastwood sous le casque et derrière le masque du pilote de l’avion de chasse (et oui, avouons qu’il faut être sacrément fin observateur !). Après LA REVANCHE DE LA CRÉATURE (encore !), c’est la seconde fois que l’acteur apparaissait furtivement dans un film de Jack Arnold, et la seconde fois qu’il apparaissait dans un long métrage de cinéma tout court…


Hé ho ! De là-haut !
4) LES SURVIVANTS DE L’INFINI –
(THIS ISLAND EARTH)
Acteurs : Jeff Morrow, Faith Domergue, Rex Reason
Scénario : Franklin Coen, Edward G. O’Callaghan
Musique : Joseph Gershenson
année : 1955
Durée : 87 minutes
Le pitch : Le Dr. Meacham est un savant réputé et un aventurier audacieux. Il reçoit un jour un étrange appareil destiné à l’attirer vers un complexe technologique spécialisé dans la recherche. Le lieu est en réalité conçu par des extraterrestres en quête d’uranium et de scientifiques terriens capables de travailler la matière dont ils ont besoin sur leur planète, laquelle est constamment attaquée par leurs ennemis d’une planète voisine.
Après une tentative d’évasion, Meacham et le Dr. Adams, une collègue et ancienne amourette, sont capturés par les extraterrestres et amenés, à bord d’une soucoupe volante, sur la planète Métaluna en plein conflit intergalactique…
Et donc LES SURVIVANTS DE L’INFINI est un film réalisé par Joseph Newman, un cinéaste sans envergure qui aura préféré la quantité à la qualité en réalisant beaucoup de longs métrages et dont notre film de science-fiction est le seul vraiment connu.
Lors de sa sortie, LES SURVIVANTS DE L’INFINI avait créé un véritable choc car on n’avait jamais vu un tel spectacle dans toute l’histoire du cinéma. Tourné en technicolor trichrome d’une flamboyance totale, le film imposait des effets visuels révolutionnaires qui donnaient le tournis aux spectateurs (et tout autant aux critiques de cinéma), littéralement impressionnés par ce que l’on peut considérer aujourd’hui comme le premier essai d’un sous-genre de la science fiction appelé à connaitre ses heures de gloire : le space-opera.
Le film, tout aussi charmant soit-il, est aujourd’hui très kitsch et l’on est en droit de s’amuser, voire de s’ennuyer de sa première partie d’une naïveté à toute épreuve, où les dialogues ampoulés et autres amourettes de l’époque ne passent plus très bien la barrière du temps. La seconde partie est un morceau de bravoure qui a lui aussi vieilli et qui nous démontre que rien ne vieillit davantage qu’un film à effets spéciaux, entendu que les progrès en la matière, sans cesse croissants, viennent systématiquement ringardiser les précédentes trouvailles.
Nonobstant, le véritable cinéphile, capable de remettre les choses dans leur contexte, ne peut que s’émerveiller devant la beauté d’un tel spectacle qui, comme c’est le cas avec les films de Ray Harryhausen par exemple, réussit encore à nous éblouir non plus par la prouesse des effets visuels, mais avant tout par leur beauté pure, comme l’on peut trouver une œuvre du moyen-âge magnifique, quand bien même ses constituants ne sont plus utilisés aujourd’hui que l’on en a inventé de nouveaux beaucoup plus performants.

Une soucoupe volante, ça s’appelle…
Dans la sélection de notre article, LES SURVIVANTS DE L’INFINI est à la fois le seul film en couleur et le seul qui n’ait pas été réalisé par Jack Arnold. Si ce dernier n’apparait pas au générique, il a toujours été question de sa présence à la réalisation de certaines scènes, notamment celles de Metaluna, les plus impressionnantes. Il faut savoir que le tournage extrêmement complexe du film a duré deux ans, et que le navire prenait l’eau au moment de finaliser les scènes alors démentes se déroulant sur la planète lointaine en plein guerre intergalactique. La production du studio Universal aurait donc fait appel à Jack Arnold, leur meilleur réalisateur de films de SF, pour finaliser les séquences les plus baroques. Ce sont des rumeurs parfois contestées, mais cohérentes dans tous les cas (on dira la même chose de quelques autres films de la même période au sein du studio Universal, comme L’OASIS DES TEMPÊTES ou LA CITÉ PÉTRIFIÉE). Voilà en tout cas ce qu’en a dit l’intéressé (un extrait que j’ai trouvé dans un N° du magazine Mad Movies) : “Après un premier montage, j’ai dû retourner la moitié du film, particulièrement toutes les séquences qui se déroulent sur la planète agonisante de Metaluna, celle de l’attaque du mutant et encore des tubes de verre. J’aurais fait tout autre chose si on m’avait confié la responsabilité des SURVIVANTS DE L’INFINI dès le départ. Le premier réalisateur n’était intéressé que par les gadgets et l’attirail futuriste. Ça ne suffit pas à porter un film”.
Dans le même ordre d’idées, la présence de l’alien au cerveau hypertrophié à la fin du film aurait également été imposé par le studio en cours de production, afin que le film ajoute un côté horrifique alors en vogue dans le cinéma de science-fiction. L’alien en question, tout comme la créature du lac noir, connaîtra lui aussi une descendance considérable dans l’histoire du cinéma et on le reconnaitra partiellement, par exemple, à travers les méchants petits extraterrestres teigneux du MARS ATTACKS ! de Tim Burton.

La vie (et la mort) sur Mettaluna…
Que ce film de science-fiction majeur des années 50 et du studio Universal soit avec le temps associé à Jack Arnold alors qu’il n’apparait pas au générique, témoigne en tout cas du rayonnement exercé par le cinéaste au sein de son studio, de son époque et de son genre de prédilection. C’est donc tout à fait logique et mérité.


5) L’HOMME QUI RÉTRÉCIT – 
THE INCREDIBLE SHRINKING MAN
Acteurs : Grant Williams, Randy Stuart, Paul Langton
Scénario : Richard Matheson, d’après son roman
Musique : Irving Gertz, Earl E. Lawrence, Hans J. Salter et Herman Stein
année : 1957
Durée : 81 minutes
Le pitch : Alors qu’il passe ses vacances sur un bateau avec son épouse, Scott Carey est soudain le témoin d’un étrange nuage qui avance sur les eaux. Le bateau traverse le nuage et Scott se retrouve recouvert de particules scintillantes.
Plusieurs mois plus tard, chez lui, Scott s’aperçoit que se habits sont devenus trop grands. Ce n’est que le début d’une descente aux enfers, car Scott commence alors à rétrécir de jour en jour…
Après avoir réalisé une poignée de films fantastiques dotés d’une vraie personnalité, il fallait un chef d’œuvre afin que la filmographie de Jack Arnold puisse réellement accéder à une certaine forme de postérité. Ce sera chose faite avec L’HOMME QUI RÉTRÉCIT, un film qui donne enfin au cinéaste des moyens à la hauteur de ses ambitions.
On se souvient que pour son premier film de science-fiction, Jack Arnold avait collaboré avec Ray Bradbury. Il s’associe cette fois à Richard Matheson (anciennement chauffeur de… Ray Bradbury !), qui signe le scénario en adaptant son propre roman. Un nouvelle preuve du goût sûr de notre réalisateur en matière de sujet et de source littéraire. Bientôt, Richard Matheson enchantera les fans de cinéma de genre, notamment en signant le scénario de la moitié des adaptations d’Edgar Alan Poe par Roger Corman. Avant cela, il livrera évidemment une série de romans et de nouvelles majeurs dans le genre fantastique et science-fiction, avec notamment JE SUIS UNE LÉGENDE, son œuvre la plus connue.
Mais la force de L’HOMME QUI RÉTRÉCIT, le film, tient incontestablement à la réalisation de Jack Arnold, qui joue mieux que jamais avec cette irruption du fantastique dans le quotidien le plus banal, thème dont il se révèle le maître incontesté. Le script est d’une linéarité implacable, qui commence dans une scène de la vie des plus communes (un couple en vacances se repose sur un bateau en discutant de tout et de rien). Puis il enchaine sur le quotidien des personnages, dans leur maison où on les voit s’habiller, s’installer à une table ou sur un canapé. C’est là qu’intervient l’élément surnaturel et science-fictionnel, dans cet environnement totalement neutre et factuellement opposé à ce type de manifestation !
Le film va dès lors enchainer les scènes dans lequel cet élément va dévorer peu à peu le réel de ce quotidien le plus banal, jusqu’à le faire disparaitre, le final ressemblant davantage à un conte de fantasy dans lequel un héros pourfend le dragon, ici incarné par une araignée géante (géante pour l’Homme qui rétrécit), par ailleurs interprétée par la même “actrice” que le TARENTULA ! du même réalisateur !

Une fois encore, voilà que le fantastique arrive dans le quotidien le plus simple…
Pour L’HOMME QUI RÉTRÉCIT, l’équipe du film fait ce que plus personne ne fait aujourd’hui : Ils construisent des décors à échelle réelle, et donc des décors géants pour l’homme qui rétrécit ! Les bobines de fil, la tapette à souris et autres canapés trop grands pour le héros sont donc des décors construits en dur, donnant une parfaite illusion de rapport d’échelle inversé. Il n’y a que pour les intéractions avec les êtres vivants que l’on utilise des effets spéciaux.
Une fois encore, cette mise en scène classique, quasiment théâtrale, joue en faveur du film et de son histoire, tant le réalisateur excelle à trouver l’équilibre parfait entre tous ces éléments à priori opposés du réel et du surnaturel.
Le résultat pend la forme d’un film à la portée intemporelle, toujours aussi puissant plusieurs décennies après sa sortie, qui exerce encore aujourd’hui le même effet sur le spectateur, qui ressort du film secoué et traumatisé, dans le bon sens du terme malgré l’angoisse réelle que diffuse le sujet par procuration.

La descente aux enfers du pauvre Scott !
L’HOMME QUI RÉTRÉCIT est également célèbre pour son monologue final, un poil grandiloquent mais extrêmement bien écrit, qui procure au film et à son sujet une portée philosophique et métaphysique d’une force qui fait souvent défaut au genre, tant les clichés habituels échouent la plupart du temps sur des fins de films consensuelles et interchangeables, où le héros repart avec sa belle pour vivre heureux et avoir beaucoup d’enfants…
Rien de tel avec L’HOMME QUI RÉTRÉCIT, dont le final ne contredit en rien l’implacable déroulement de l’engrenage science-fictionnel.
Tout comme les précédents films de Jack Arnold, celui-ci connaitra une descendance considérable au cinéma et dans les autres médiums et, pour le coup, ça mériterait un sujet à part entière…
Dans le rôle principal, on s’étonne de savoir que l’acteur Grant Williams tient-là le seul rôle de sa carrière dans un film notable, tant il y est touchant et convaincant (on le retrouvera néamoins dans LA CITÉ PÉTRIFIÉE, un autre film de série-B dont Jack Arnold aurait tourné certaines scènes sans être crédité au générique). Il faut dire qu’il avait débuté au théâtre sous la houlette de Lee Strasberg, le fondateur de la méthode Actors Studio ! Il décèdera hélas très tôt, à l’age de 53 ans.


6) LE MONSTRE DES ABÎMES –
/
MONSTER OF THE CAMPUS
Acteurs : Arthur Franz, Joanna Moore
Scénario : David Duncan
année : 1958
Durée : 77 minutes
Le pitch : Un spécimen de coelacanthe transforme tous ceux qui le touchent en les faisant régresser aux stades les plus reculés de l’évolution. C’est d’abord le cas d’un chien, puis du Pr Donald Blake, qui dirige l’université de la petite ville où se déroulent les événements…
Après avoir parlé du chef d’œuvre, nous arrivons ici au film le plus faible de notre sélection. On y retrouve pourtant la plupart des thèmes que Jack Arnold a développé dans les autres films de science-fiction de sa filmographie. Ainsi le coelacanthe qui évoque une nature qui nous rappelle d’où l’on vient et qui peut reprendre ses droits, l’insecte géant (ici une libellule) qui symbolise les dangers d’une science exercée sans conscience, et enfin la monstruosité qui débarque soudain dans le quotidien d’une bourgade, nous rappelant là aussi la fragilité de notre existence face aux forces qui se déchainent lorsque l’on s’amuse à jouer à Dieu.

Toutes les peurs des années 50…
Malgré tous ces thèmes déjà développés en amont, on est surpris du manque d’ampleur et d’ambition de ce nouveau film, notamment lorsqu’on le compare aux précédents. Tout y est repris avec moins d’intensité et surtout moins d’originalité, le spectateur ayant l’impression d’avoir déjà vu la même chose à maintes reprises et en beaucoup mieux.
Et puis le titre original (MONSTER OF THE CAMPUS) ne trompe pas : Le film fonctionne à une telle économie de moyens que tout se déroule sur un même et unique lieu, banal et domestique (à part la fin, qui déplace l’action vers la campagne). Le spectateur aurait ainsi presque l’impression de voir jouer une énième pièce de théâtre sur le thème rabattu du Dr Jekyll & de Mr Hyde.
Jack Arnold expliquera que ce projet n’était pas franchement désiré : “J’ai accepté de le réaliser par amitié pour Joseph Gershenson, patron du développement musique d’Universal. LE MONSTRE DES ABÎMES est d’ailleurs le seul film qu’il ait produit. Je n’ai pas eu d’autre choix que de prendre le scénario tel quel. J’ai fait de mon mieux, mais le résultat ne m’enchante guère…”

Et quand tu regardes dans l’abîme…
On notera le maquillage de Bud Westmore, le spécialiste du studio Universal dans les années 50. Son maquillage du monstre est ici calqué sur celui qu’il avait réalisé quelques années plus tôt pour le film DEUX NIGAUDS CONTRE Dr JEKYLL & MR HYDE, qui n’était déjà pas extraordinaire. Son travail fait de toute manière pâle figure face à celui du grand Jack Pierce, lequel avait réalisé le maquillage des grands monstres de la Universal dans les années 30 et 40, avant de se faire renvoyer au profit de ce tâcheron. Heureusement qu’il y aura Milicent Patrick, animatrice, maquilleuse et designer d’effets spéciaux à qui l’on devra le design absolument génial de l’Étrange créature du lac noir ainsi que celui de l’alien mutant des SURVIVANTS DE L’INFINI. Et heureusement que le travail de la dame sera réhabilité après sa mort, puisque du temps de son vivant, Bud Westmore avait tout fait afin qu’elle n’apparaisse pas au générique, gardant pour lui-seul le mérite des autres…


LES ENFANTS DE L’ESPACE –
/
THE SPACE CHILDREN
Acteurs : Michel Ray, Adam Williams, Peggy Webber, Jackie Coogan
Scénario : Bernard C. Schoenfeld et Tom Filer
Musique : Van Cleave
année : 1958
Durée : 69 minutes
Le pitch : Un site de lancement de satellites et de fusées spatiales accueille les familles des chercheurs et des militaires qui y travaillent, lesquels vivent ensemble sur ce qui ressemble à une station balnéaire. Alors qu’ils s’apprêtent à lancer une fusée dotée d’une bombe à hydrogène, destinée à conférer aux États-Unis leur supériorité sur l’URSS en pleine guerre froide, une intelligence extraterrestre arrive sur la station. Sous la forme d’un cerveau lumineux grandissant peu à peu, l’être venu de l’espace entre en contact avec tous les enfants qui sont sur le site, les poussant à faire échouer le lancement de la fusée…

Ici encore, nous nous retrouvons avec un film franchement anecdotique, aussi bien dans la filmographie de Jack Arnold que dans le paysage science-fictionnel du cinéma des années 50, alors foisonnant.
Notre réalisateur vient de quitter le studio Universal et il est engagé à la Paramount, qui a produit certains des plus flamboyants films de SF de la décennie. Pour son premier film au sein de son nouveau studio, il hérite pourtant d’un scénario et d’un budget assez faibles, essayant néanmoins de faire de son mieux, avec cette efficacité et ce savoir faire qui ont toujours été sa marque de fabrique.
On retrouve ainsi ses thèmes habituels, où le fantastique vient soudain faire irruption dans le quotidien, où tout se passe sur un même lieu ordinaire, et où les êtres venus d’ailleurs ne symbolisent pas le mal et la menace venue du ciel, mais au contraire une intelligence supérieure bienveillante, mettant en exergue une humanité faillible, imparfaite et belliqueuse.
Petite production aux moyens modestes, LES ENFANTS DE L’ESPACE aligne un casting également très anecdotique, d’où se détache peut-être Jackie Coogan, jadis enfant star auprès de Charles Chaplin dans THE KID…

C’est le début de la fin pour notre cinéaste : Ici s’arrête sa contribution aux genres du fantastique et de la science-fiction et, bientôt, il cessera également de tourner des longs métrages de cinéma après un baroud d’honneur avec LA SOURIS QUI RUGISSAIT, une comédie qu’il réalise en 1959 (et qui lancera la carrière de l’acteur Peter Sellers), et une poignée de films ensuite qui ne marqueront pas leur époque. Il poursuivra sa carrière à la télévision en réalisant des épisodes de séries TV et verra sa santé décliner. L’essentiel de son œuvre n’aura en définitive duré que l’espace de six ans, collant parfaitement à l’âge d’or des films de science-fiction à Hollywood…
Ainsi s’achève notre article, pour un tour d’horizon sur une époque et un genre de l’histoire du cinéma populaire. Nous avons suivi le parcours d’un faiseur de films qui aura principalement œuvré pour la série B, tout en marquant l’histoire de son talent et de sa singularité, laissant aux générations suivantes un vaste héritage. Il est donc important de le rappeler une dernière fois : S’il a marqué d’une pierre blanche le genre Science-fiction, Jack Arnold a aussi réalisé des westerns, des polars et des comédies, avec peut-être moins d’originalité, mais toujours avec beaucoup de talent. Ce pourrait d’ailleurs être, pourquoi pas, l’objet d’une autre article…


Collection personnelle de l’auteur de l’article.
THAT’S ALL, FOLKS !!!
