LE TROU NOIR DE L’OUBLI
Chronique de la série STAR TREK : TOS saison 3
Date de diffusion : 1966 – 1969
Genre : Science-fiction, mystère, aventure
Réalisateurs : Gene Roddenberry et autres
1ère partie : Présentation de la série + saison 1
2ème partie : saison 2
3ème partie : vous êtes ici – saison 3 et conclusion
Niveaux d’appréciation :
– À recycler
– À goûter
– À déguster
– À savourer
Nous revoici pour un article consacré à la troisième et dernière saison de la série STAR TREK : THE ORIGINAL SERIES.
SOMMAIRE DES ÉPISODES CHRONIQUÉS
- EP 02. ELAAN OF TROYIUS
- EP 04. THE ENTERPRISE INCIDENT
- EP 06. SPOCK’S BRAIN
- EP 07. IS THERE IN TRUTH NO BEAUTY ?
- EP 09. THE THOLIAN WEB
- EP 11. DAY OF THE DOVE
- EP 13. WINK OF AN EYE
- EP 19. CLOUD MINDERS
- EP 23. ALL OUR YESTERDAYS
- EP 24. THE TURNABOUT INTRUDER
LA SAISON 3
La saison 3 est célèbre pour ne pas être au niveau des deux premières et avoir condamné la série STAR TREK à s’arrêter. En effet celle-ci était initialement prévue en 5 saisons comme l’indique le monologue du générique de début (« The Enterrpise 5 years mission : to explore strange new worlds…« ) La série d’animation sortie en 1973 est d’ailleurs considérée comme la 4ème année, et il existe même un comics publié chez IDW en 2019 appelé STAR TREK : YEAR FIVE qui se place chronologiquement après tout ça.

La série (partiellement) animée de 1973 (dans la veine des vieilles séries animées Marvel, davantage du comics parlant) et la continuation en comics
Mais pourquoi donc une telle baisse de qualité ? C’est difficile à décortiquer et on ne sait pas qui croire, mais il semblerait qu’il y ait eu des désaccords entre Gene Roddenberry et les producteurs qui l’auraient écarté du processus créatif et fait dériver la série en une parodie d’elle-même avec pas mal d’épisodes ennuyeux ou nanardesques. Mais le plus grave ne sont pas les épisodes couillons (qui ont au moins le mérite de faire marrer), mais ceux qui semblent aller à l’encontre même du message progressiste que véhiculait STAR TREK jusque là. Et attention, je tiens à préciser que malgré ma remarque en partie 1 de ce dossier à propos des tenues affriolantes des personnages féminins de la série, celles-ci ne seraient apparemment pas à mettre sur le compte d’une objectification machiste de la femme. On était entre 1966 et 1969, c’était la révolution sexuelle et il semble bien que certaines actrices voulaient montrer leurs jambes et s’écarter d’un certain puritanisme. Ce qui aujourd’hui serait à nouveau perçu comme sexiste aurait été complètement validé par les actrices. De quoi retourner le cerveau, tout ça !

Béh oui, tout ça c’était dans l’air du temps et pas mal vécu par les actrices. Ce qui l’était par contre, c’était le harcèlement sexuel qu’a subi l’actrice Grace Lee Whitney qui jouait dans la saison 1…mais c’est une autre histoire.
Concernant cette saison 3, soyons tout de même honnêtes : il reste tout à fait possible de vous recommander un top de bons épisodes. Tout n’est pas à jeter. Seulement, beaucoup sont ennuyeux, n’ont rien à raconter à part une idée basique étalée sur 50min, voire même ressortent les mêmes recettes vues dans d’autres épisodes, quand ils ne tombent pas carrément dans le nanar voire le navet. Je vous propose donc à nouveau une liste des meilleurs épisodes, mais aussi quelques-uns des plus ratés, tantôt pour se marrer, tantôt pour comprendre l’arrêt de cette série culte.
EPISODE 2 (13ème diffusé) : ELAAN OF TROYIUS 
L’Enterprise est en mission diplomatique pour empêcher une guerre entre deux planètes rivales via un mariage arrangé entre les deux souverains. Pour cela, les Troyens ont envoyé à bord le courtois ambassadeur Petri, et les élasiens, rien de moins que leur Dohlman (souverain), la reine Elaan, extrêmement grossière et arrogante, qui doit épouser le roi de Troyius. Petri souligne que le voyage jusqu’à Troyius doit être lent, le temps qu’il puisse enseigner les bonnes manières à la reine récalcitrante. Elaan commence par insulter les cadeaux de mariage royaux avant de poignarder l’ambassadeur, ce qui oblige Kirk à prendre sa place. Comme si cela ne suffisait pas, un vaisseau de guerre klingon est découvert, traquant l’Enterprise à distance. De son côté, Elaan recourt à l’arme biochimique ultime des femmes élasiennes : un philtre d’amour suprême contenu dans leurs larmes, qui asservit tout homme qui les touche. Sa cible imprudente : le capitaine Kirk.

Son insupportable sainteté veut-elle bien se tenir à carreau ?
Bon…cet épisode est spécial. Il aurait pu échapper à la catégorie nanar (surtout que malgré son titre, ce n’est pas une transposition maladroite de l’histoire d’Hélène de Troie), il y a un certain humour volontaire mais aussi des trucs très limites qui le rendent à la fois scabreux et saugrenu. Tout tourne autour de cette reine agaçante pourrie gâtée qu’il est impossible de satisfaire. Rien n’est assez bien pour elle. Alors oui, d’un côté quand Kirk propose de lui résister plutôt que d’essayer de lui plaire, ça fait sens. Tout comme un gosse à qui il faut savoir tenir tête au lieu de céder à tous ses caprices. Cela se tient. Sauf que…sur la forme, on a un homme (Kirk) qui va aller jusqu’à menacer de foutre une bonne fessée à une reine et la secouer un peu, ce qui va la faire réellement tomber amoureuse de lui (si si !) Je pensais à la base qu’Elaan jouait la comédie face à un Kirk qu’elle avait sous-estimé, mais non, elle réclame la fessée la coquine ! Et c’est là le problème. C’est tout de suite assimilé à un jeu sexuel, ou à la domination. Donc ça fait rire, tout en étant assez rétrograde (le fameux « traite une reine comme une putain… »)

« Bon alors Kirk, si vous m’expliquiez en quoi consiste cette fessée ? » (vrai dialogue)
On peut se dire que « ça passe » parce qu’il s’agit d’une reine orgueilleuse et puérile qui a besoin de descendre de son piédestal, mais non seulement c’est maladroit mais on oublie pourquoi Elaan est insupportable à la base : elle ne veut pas de ce mariage arrangé et n’a donc aucune envie de faire un effort. Certes la Fédération n’est pas censé interférer dans le mariage, mais disons qu’au lieu de creuser le personnage d’Elaan en profondeur, on enchaine les situations assez lunaires à base de fessée et de philtre d’amour ! Le reste de l’intrigue à base de sabotage du vaisseau est ok, mais l’épisode reste surtout mémorable pour des raisons…discutables.
EPISODE 4 (2ème diffusé) : THE ENTERPRISE INCIDENT 
Lorsque le capitaine Kirk conduit l’Enterprise dans l’espace romulien normalement interdit à la Fédération, Spock et lui sont invités à bord du vaisseau amiral romulien pour expliquer leur manœuvre pouvant relever d’un acte de guerre. Dans le cadre d’un plan élaboré pour voler un dispositif de camouflage romulien, Kirk se fait passer pour fou et Spock, assumant le commandement, distrait la commandante romulienne en lui présentant des excuses pour le comportement de son capitaine.

Espionnage, jeu de manipulation sur fond de respect (romance ?) entre adversaires
Kirk, en réalité loin d’être dingue va être transformé chirurgicalement en romulien (de manière temporaire), afin de s’éclipser pour voler la technologie d’invisibilité. Pendant ce temps, la commandante romulienne commence à éprouver des sentiments pour Spock et tente de le persuader de rejoindre les romuliens plutôt que de rester auprès des humains (la race romulienne étant cousine de la race vulcaine).
Les Romuliens sont devenus l’un des antagonistes les plus intéressants de STAR TREK (et ils continueront longtemps dans les séries suivantes), alors qu’ils n’apparaissent que dans 2 épisodes de la série originale. Spock s’en tient à son plan, mais il ne peut s’empêcher d’éprouver une forme d’admiration pour la commandante romulienne.

Spock tiraillé
Il est agréable de voir une femme occuper un rang aussi élevé au sein de la hiérarchie romulienne, même si elle se laisse rapidement charmer par Spock. Il est un peu frustrant qu’on ne lui attribue jamais de nom, mais cette commandante reste un personnage très développé, et voir Spock tiraillé entre son devoir et un respect qu’il éprouve pour son adversaire constitue un arc narratif qui change un peu pour notre bon vulcain d’ordinaire si stoïque. Quant au complot autour du vol d’un dispositif de camouflage, il fait s’orienter l’épisode vers un récit d’espionnage divertissant.
EPISODE 6 (1er diffusé) : SPOCK’S BRAIN 
Une nana sexy se téléporte dans l’Enterprise et touche la tête de Spock, suite à quoi ce dernier devient…décérébré. Mais euh…pas mort. Selon McCoy, les neurones ne sont plus connectés mais Spock est en vie. Bon, admettons. Kékilé devenu le cerveau de Spock ? Bah il a été volé par la nana sexy qui l’a placé dans un ordinateur sur sa planète…peuplée de femmes (enfin il y a des hommes des cavernes aussi). Mais apparemment trop bêtes pour maintenir la cohésion de leur société donc il leur faut le cerveau d’un vulcain. Pendant ce temps, McCoy va trouver un moyen de commander à Spock de se mouvoir…avec une télécommande.

Oh punaise attendez, c’est pas possible ce scénar, y’a de quoi défaillir.
Bon, cet épisode cumule les idées débiles mais de manière tellement brillante que même en étant insultant envers les personnages, les femmes…et le public, il est assez poilant. Pourquoi cet enlèvement de cerveau ? Pourquoi ne pas juste capturer Spock ? Cela résulte en des situations grotesques de Spock (rappelons le, un des personnages les plus intéressants) commandé comme un jouet téléguidé. De plus, le jeu d’acteur est assez inoubliable, comme si le cast entier savait que ce scénario était naze mais qu’ils faisaient leur possible pour sortir des répliques débiles sur un ton solennel.

Bon ça suffit les gonzesses là, il est où l’homme de la maison ?
Et pour couronner le tout, des remarques sur les femmes trop idiotes pour être au pouvoir pleuvent. Ok, ça passe un peu mieux par le fait qu’elles aient besoin d’un vulcain aux facultés d’analyse plus brillantes qu’un humain, mais c’est malgré tout bien maladroit. La recette globale fait de cet épisode un sacré nanar auquel on rajoute le kitsch habituel de la série. Clairement un mauvais épisode mais qui a le mérite d’être divertissant dans sa nullité.
EPISODE 7 (5ème diffusé) : IS THERE IN TRUTH NO BEAUTY ? 
L’Enterprise reçoit à bord un ambassadeur Médusien du nom de Kollos, accompagné d’une humaine, Miranda. Les Médusiens sont connus pour être une forme de vie étrange ne communiquant que par la pensée, à l’apparence si perturbante qu’elle peut rendre fou un humain qui pose les yeux sur leur « laideur », mais dont la beauté de leur esprit serait sans égal. Encore faudrait-il pouvoir entrer en communication télépathique avec eux. C’est le rôle de Miranda qui accompagne Kollos, lui-même enfermé dans une boite pour préserver la santé mentale des humains à bord du vaisseau.

Kollos, créature confinée tant elle est au delà de ce que la perception humaine peut accepter
Spock, le moins sujet à perdre la raison, mais malgré tout équipé de lunettes de protection, va être autorisé à voir Kollos. Et une sorte de rivalité va naitre entre Miranda et lui. L’attitude de Miranda semblera étrange jusqu’à ce que l’équipage découvre qu’elle est aveugle, mais équipée de senseurs lui permettant de donner le change. Cela explique sa facilité à être en présence de Kollos, mais aussi sa frustration lorsque Spock est désigné pour entrer en communion avec l’ambassadeur pour sortir l’Enterprise d’une singularité spatiale qui bloque leur vaisseau et dont seul le savoir de Kollos peut les tirer d’affaire. Après tout, Miranda étant aveugle, elle ne peut piloter un vaisseau.
Il s’agit là d’un bel épisode centré sur la rencontre entre deux espèces très différentes, et les incompréhensions qui peuvent en découler. A travers un personnage soi disant hideux et une aveugle, on a aussi droit à une réflexion autour du fameux proverbe anglais « Beauty lies in the eye of the beholder » (la beauté est dans l’œil de celui qui regarde). Miranda n’a que peu d’intérêt pour les humains qu’elle ne peut voir (au grand dam de Kirk qui essaie toujours de draguer…) mais aime communiquer par l’esprit avec un être lui apportant de la beauté par la pensée.

« Je confirme, Jim, elle est aveugle. Vous pouvez arrêter de faire votre sourire de charmeur »
C’est pourquoi la communion totale qui lui est refusée à cause de son handicap (Kollos investit un bref instant le corps de Spock pour piloter) crée des tensions entre elle et son rival qu’elle jalouse. Le scénario trouvera une belle pirouette pour réconcilier tout le monde et faire connaitre à Miranda ce qu’elle a raté. L’épisode est parsemé de beaux moments et de réflexions intéressantes, comme lorsque Kollos, un être habituellement connecté à ses pairs par la pensée, ressent une terrible solitude en habitant le corps d’un humanoïde incapable de comprendre et ressentir ses semblables.
EPISODE 9 (9ème diffusé) : THE THOLIAN WEB 
Un groupe de l’Enterprise se téléporte sur l’USS Defiant, vaisseau de la Fédération retrouvé dérivant dans l’espace, afin de comprendre pourquoi son équipage est devenu fou et s’est apparemment entretué. Lorsque le Defiant commence à se dissoudre et entrer dans un autre plan de l’existence à cause d’une singularité dimensionnelle, le groupe retourne précipitamment à l’Enterprise, à l’exception de Kirk, qui reste bloqué sur le Defiant.

Expédition de sauvetage ratée
Spock prévoit de récupérer le capitaine quand le Defiant réapparaitra. Il calcule en effet que la singularité est cyclique et fera revenir le Defiant et son passager dans leur plan d’existence, mais pour cela il faut attendre. Or, la situation se complique lorsque des vaisseaux Tholiens interviennent et ordonnent à Spock de quitter la zone, qu’ils revendiquent comme la leur. Spock sera obligé de faire feu sur les Tholiens pour ne pas abandonner Kirk, et ceux-ci mettront alors en place un piège (une toile énergétique) pour empêcher toute manœuvre de l’Enterprise.
Que ce soit avec les théories inter dimensionnelles de Spock, la toile énergétique des Tholiens ou les recherches médicales de McCoy pour enrayer la folie ayant migré du Defiant vers l’Enterprise, cet épisode illustre parfaitement la manière dont STAR TREK manie les intrigues technologiques complexes avec inventivité et suspense. Même si les règles du phénomène dimensionnel semblent parfois s’adapter aux besoins du scénario, elles demeurent globalement crédibles.

Le piège des Tholiens
Cependant, la véritable force de l’épisode réside dans la dynamique entre Spock et McCoy : leur collaboration, leurs oppositions et les doutes que McCoy exprime face au plan risqué de Spock pour sauver le capitaine, au péril du vaisseau. Au final, c’est un message précédemment enregistré par Kirk (à écouter en cas d’urgence) qui rappelle à quel point Spock et McCoy dépendent l’un de l’autre pour avancer, soulignant la solidité des liens unissant le trio principal. En bref, un bon épisode plein de suspense et de développement de personnages.
EPISODE 11 (7ème diffusé) : DAY OF THE DOVE 
L’Enterprise reçoit un signal de détresse provenant d’une planète apparemment colonisée par les humains. En même temps, un vaisseau Klingon (race avec laquelle les humains ont des relations très tendues et dont la paix ne tient qu’à un fil) reçoit le même genre de signal de détresse mais censé provenir de leur propre peuple. Immédiatement, la rencontre entre les races rivales a lieu et chacune soupçonne l’autre d’avoir attenté à la vie de leurs hommes. Kirk tente d’abord une approche pacifique en faisant prisonniers les Klingons à bord de l’Enterprise alors que ces derniers étaient sur le point de les torturer.

Deux peuples rivaux apparemment rassemblés par un manipulateur inconnu
Les tensions vont monter, la haine raciale va reprendre le dessus tandis que curieusement, tout est fait pour que le même nombre de Klingons et de membre de la Fédération soient conscients et libres de déambuler à bord du vaisseau. Quelque chose qui s’est introduit sur le vaisseau semble organiser ce conflit, transmuter les armes mortelles en armes plus rudimentaires et se nourrir de ce conflit. Pour éviter l’hécatombe, l’équipage de l’Enterprise va devoir dépasser sa haine pour se rendre compte qu’il est manipulé puis faire entendre raison à un peuple Klingon déjà beaucoup plus enclin à la violence.
Je n’ai quasiment pas abordé d’épisode dans cette série traitant des Klingons. En effet, même s’ils sont devenus par la suite beaucoup plus développés dans les films ou la série NEXT GENERATION, dans la série originale ils sont peu présents et même leur look varie d’un épisode à l’autre (souvent moustachus et bien poilus des sourcils, parfois blancs, parfois peinturlurés en black face).

Kang le klingon
C’est un peuple qui n’apprécie ni les humains ni la Fédération, techniquement en paix mais dont les principes guerriers ne peuvent se marier avec l’idéal de paix de la Fédération. Les Klingons sont souvent utilisés non pas comme méchants sans pitié (bien que cela arrive, ils font aussi preuve d’honneur) mais comme une manière de mettre à l’épreuve les humains finalement confrontés à ce qu’ils étaient auparavant, une civilisation plus violente et conquérante. Et tout l’intérêt de l’épisode réside dans le chemin diplomatique qu’il va falloir trouver pour faire entendre raison à des peuples qui ne s’aiment pas à cause de querelles lointaines. L’entité alien inconnue qui alimente ce conflit incarne finalement l’aveuglement et la haine héritée dont on a même oublié l’origine.
EPISODE 13 (11ème diffusé) : WINK OF AN EYE 
Répondant à un appel de détresse des Scalosiens, une équipe de l’Enterprise se téléporte sur une planète pour trouver…rien du tout. Ou du moins en apparence. Lorsqu’un des hommes de Kirk disparaît sous les yeux de McCoy, l’enquête sur les disparitions devient le nouveau point central de la mission. De retour à bord du vaisseau, Kirk et Spock soupçonnent qu’ils ont été suivi dans le téléporteur par une présence invisible, ou indétectable aux yeux humains. Après avoir avalé une substance glissée dans son café, Kirk va alors se retrouver propulsé dans un autre espace temps, celui des Scalosiens dans lequel ils évoluent à un rythme effréné, dépassant la perception humaine. Deela, leader des Scalosiens mourants, a besoin de Kirk et de son équipage pour repeupler un monde.

Un appel à l’aide qui vire au traquenard
WINK OF AN EYE présente un concept de SF captivant, qui met en scène une race vivant dans cet état accéléré. L’équipage de l’Enterprise semble presque figé de leur point de vue tant ils bougent extrêmement lentement. Malheureusement, cet épisode souffre d’un défaut de logique : l’action de deux rythmes temporels extrêmement différents se déroule parallèlement, au même rythme (ou du moins semble-t-il), dans le récit. Spock parvient à découvrir ce qui s’est passé et à se projeter dans le temps des Scalosiens…mais compte tenu du temps qu’il lui a fallu pour percer le mystère, on se dit que le plan de Deela aurait largement eu le temps d’être exécuté dans son espace temps accéléré. Alors oui, il est vrai que les Scalosiens mettent en place un appareil dans l’Enterprise qui semble long à paramétrer, et on ne nous révèle pas vraiment combien de temps s’écoule dans leur espace temps (sans doute plusieurs jours, durant lesquels Kirk a aussi le temps d’endormir la méfiance de Deela qui s’intéresse à lui).

L’espace temps des Scalosiens (en haut) est filmé en biais par rapport à l’espace temps des humains (en bas)
Donc ça peut fonctionner si on se dit qu’à peine 1h s’écoule pour l’équipage de l’Enterprise et peut être une semaine pour les Scalosiens. En gros, ça manque cruellement de repères temporels, quoi ! Sans doute vaut-il mieux ne pas trop y penser. WINK OF AN EYE fonctionne mieux si vous vous laissez porter par l’originalité de l’idée qui aurait certes pu être un peu mieux traitée, mais reste divertissante. La scène où Spock comprend que le bourdonnement qu’il entend correspond à des voix très accélérées est d’ailleurs bien mise en scène, sans dialogue d’exposition mais avec des tests effectués sur les enregistrements audio. Les idées visuelles, aussi limitées par le budget soient-elles, fonctionnent d’ailleurs plutôt bien (les personnages figés, l’espace temps filmé en biais, etc.)
EPISODE 19 (21ème diffusé) : CLOUD MINDERS 
Afin de se procurer du zénite pour guérir une épidémie mortelle, l’Enterprise fait escale sur la planète Ardana, divisée en deux groupes sociaux : les habitants de Stratos, artistes et érudits vivant dans une cité flottante dans les nuages, et les troglytes, qui effectuent les travaux pénibles dans les mines en surface. Malheureusement, les troubles politiques compliquent l’obtention du zénite pour Kirk et Spock. Kirk va s’insurger lorsque Plasus, l’arrogant chef de Stratos, décide de recourir à la torture sur une dissidente troglyte nommée Vanna pour tenter de lui soutirer l’emplacement du zénite.

Ceux qui vivent en haut, et ceux en bas
CLOUD MINDERS est un bel exemple d’une idée classique de TOS, où l’humanisme inébranlable de Kirk le conduit à intervenir dans les opérations gouvernementales d’un peuple, qu’il le souhaite ou non. Violation de la Prime Directive de non-ingérence ? Non, pas vraiment, puisque cette directive s’applique aux planètes inconnues. Or, Ardana est clairement identifiée comme membre de la Fédération (et par conséquent ne devrait pas recourir à toute forme d’esclavage). Plasus apparait comme un fonctionnaire corrompu dissimulant à la Fédération les problèmes sociaux de la planète. Son argumentation est cependant soutenue par de véritables tests scientifiques confirmées par McCoy : les troglytes sont plus enclin à la violence et moins développés intellectuellement. Seulement McCoy découvre que non seulement ça n’a pas toujours été le cas mais que c’est également réversible. L’explication réside dans l’exposition au gaz libéré par le zénite non raffiné extrait des mines. En gros, avec des masques à gaz adaptés, les troglytes retrouveraient leurs capacités intellectuelles. A Kirk à présent d’essayer de faire entendre raison à Plasus et Vanna pour que leurs deux peuples acceptent leurs similitudes.

Une intrigue rythmée et des personnages retors
Au delà du sujet de la lutte des classes, l’aspect le plus intéressant de cet épisode est probablement la complexité politique de la société d’Ardana. Non seulement la Fédération ignore les disparités sociales, mais pense également que la population a aboli toute forme de violence, alors que ce n’est clairement pas le cas. On y trouve des armes et des instruments de torture. On y évoque même des exécutions. Cette subversion politique impliquant qu’Ardana aurait finalement trompé la Fédération pour devenir membre, ainsi que la présence réelle d’un peuple « supérieur » et « inférieur » intellectuellement (mais pour cause de maladie !) rend le conflit politique moins simpliste qu’il n’y parait. On a aussi droit à des personnages intéressants (dont Plasus et Vanna), têtus, qui trompent constamment Kirk et ne se laissent pas facilement convaincre, ce qui donne quelque chose qui manque cruellement à beaucoup d’épisodes de cette saison 3 : des rebondissements, et un rythme soutenu !
EPISODE 23 (23ème diffusé) : ALL OUR YESTERDAYS 
Les habitants d’une planète dont le soleil va bientôt exploser en supernova échappent à leur destin en se projetant dans leur propre passé. Le point de passage temporel prend la forme d’une « bibliothèque » mystérieuse, dirigée par l’étrange M. Atoz, dont l’urgence à faire partir tout le monde est à la fois logique mais amusante par son caractère excentrique. Kirk finit par être accidentellement propulsé dans une sorte de passé moyen-ageux, où ses tentatives pour regagner le présent le conduisent en prison, accusé de sorcellerie. En cherchant à le rejoindre, Spock et McCoy se retrouvent pour leur part projetés dans l’ère glaciaire de la planète. Spock y subit alors une transformation émotionnelle : ce brusque retour dans un passé lointain réveille en lui le tempérament ancestral impulsif des Vulcains. Cette situation lui offre l’occasion rare de tomber amoureux de Zarabeth, une femme bannie dans le temps, tout en révélant la part sombre que les Vulcains dissimulent sous la logique, l’intellect et la maîtrise de soi.

La partie avec Kirk dans une sorte de moyen-âge un peu trop « terrestre » fait quand même pâle figure par rapport au destin des deux autres acolytes dans l’ère glaciaire.
Dans cet épisode, Spock se retrouve dans une situation similaire à celle de Kirk dans CITY ON THE EDGE OF FOREVER. Il est amoureux d’une personne du passé, mais doit la sacrifier pour retourner dans le futur. À un moment donné, il tente d’envoyer McCoy seul, mais cela ne fonctionnera que s’ils traversent le portail ensemble. Pour sauver son ami, il doit abandonner la femme qu’il aime. Mariette Hartley s’en sort honorablement dans le rôle de Zarabeth. Le problème, c’est qu’elle doit débiter de longs monologues pour expliquer ce qui s’est passé sur la planète Sarpeidon. Cela manque de naturel. En revanche, la relation entre Spock et McCoy est le point fort de l’épisode. Leurs interactions ont toujours été empreint d’une ironie mordante, et ici, c’est McCoy qui pour une fois confronte Spock à son comportement. Que Spock soit prêt à tout abandonner pour rester dans le passé est difficile à croire, mais McCoy parvient à créer un contraste saisissant face à ce soudain changement de comportement de son collègue.

L’amour ou l’amitié
Leonard Nimoy et DeForrest Kelley livrent peut-être ici leur meilleure prestation de la série. Malgré quelques incohérences scénaristiques toujours liées au voyage temporel, cet épisode est réussi. L’histoire, mêlant science-fiction, romance et amitié, est bien menée. Le jeu des acteurs est convaincant et l’épisode m’a davantage captivé que beaucoup d’autres de cette dernière saison.
EPISODE 24 (24ème diffusé) : THE TURNABOUT INTRUDER 
À leur arrivée sur Camus II, Kirk, Spock et McCoy découvrent que Janice Lester, ancienne compagne de Kirk, est gravement affaiblie par des radiations qui ont décimé toute son équipe de recherche. Seuls elle et le médecin de la mission, le docteur Coleman, ont survécu. Tandis que Coleman conduit Spock et McCoy pour leur faire visiter les installations, Lester agresse Kirk et l’oblige à utiliser un dispositif capable d’inverser leurs consciences. Elle se retrouve ainsi dans le corps de Kirk, réalisant enfin son rêve d’obtenir le commandement d’un vaisseau spatial.
Incapable d’éliminer Kirk – désormais piégé dans son corps à elle – avant le retour des autres, Lester, sous l’apparence de Kirk, ordonne à Coleman d’isoler la patiente et de mettre cap sur la colonie de Benecia, où elle compte abandonner définitivement Kirk emprisonné dans ce corps. Mais le comportement instable du « capitaine » et ses accès de colère de plus en plus inexplicables éveillent les soupçons de McCoy.

ça, c’est de la scène de ménage
Ok, laissez moi vous expliquer la note ! Non, je ne le classe pas dans les nanars. Parce que ce n’en est pas un. C’est « juste » un épisode super sexiste assez honteux pour une série relativement progressiste pour l’époque. Après, au niveau du rythme, des rebondissements, on a vu bien pire dans cette saison. Même niveau scénar. Imaginons par exemple que l’échange de corps se fasse entre 2 hommes, Kirk et un rival cinglé, qu’on oublie les répliques sexistes et qu’il s’agisse simplement d’une réflexion sur le fait que nous sommes plus que notre savoir et nos pensées, et ça pouvait être cool. Au lieu de ça, les scénaristes en font une guerre des sexes et « prouvent » que la femme est hystérique et reste incompétente même en volant le corps et le savoir d’un homme. De même, ç’aurait surement pu mieux passer s’il n’y avait pas régulièrement des répliques généralisant le cas de cette femme hystérique, comme quoi ce n’est pas uniquement elle le problème, mais les femmes, toutes incapables de commander (on comprend d’ailleurs qu’en ce temps là, la fédération n’accepte pas les femmes comme capitaines). Dans cet épisode, Lester ne suscite aucune sympathie, à aucun niveau. On découvre très tôt qu’elle a en fait assassiné son propre équipage uniquement pour s’emparer du corps de Kirk. Et Shatner interprète Lester avec des gestes féminins, lissant ses cheveux et caressant sa cuisse d’une manière qui serait poilante si le contexte moqueur n’était pas si évident et le ton de l’épisode si sérieux. Spock et McCoy comprennent presque immédiatement que ce Kirk complexé par son physique et colérique n’est pas leur capitaine.

« Je suis censée me faire passer pour Kirk mais je suis une femme donc impossible de m’empêcher de me faire les ongles, même devant McCoy. »
Enfin, la réplique finale nous achève avec un Kirk qui sort « Her life could have been as rich as any woman’s. If only… if only… » Si seulement quoi ? Si elle était restée à sa place comme « toutes ces femmes » mentionnées ? Punaise ça fait mal pour un final de saison ! Pas étonnant que la série se soit arrêtée là. Nous sommes dans la même série qui, dans la saison 1, normalisait la présence de femmes officiers face à des soldats du XXe siècle très étonnés. Il n’y a clairement plus les mêmes scénaristes/producteurs derrière. Et la position des femmes dans la Fédération semble changer au gré des scénarios. Donc ce n’est pas bon, et ce n’est même pas drôle. Ce n’est pas si mal rythmé, mais ça laisse un goût amer dans la bouche.

D’autres épisodes potables malgré leur rythme lénifiant
Parmi les épisodes sympas malgré un rythme lent, on pourra tout de même citer SPECTRE OF THE GUN et FOR THE WORLD IS HOLLOW AND I HAVE TOUCHED THE SKY. Mais la série a un énorme ventre mou (si vous la suivez comme moi par ordre de production) avec les épisodes 14 à 18 d’un ennui mortel. WHOM GODS DESTROY est d’une insoutenable nullité : Kirk et Spock prisonniers d’un asile de fous avec des acteurs qui…jouent mal (ou comme on jouait les fous en 1969), se crêpent le chignon et élaborent des plans nuls, et Kirk et Spock, tout comme le spectateur, ont l’impression de voir une pièce de théâtre d’enfants de primaire. On touche le fond avec l’épisode 20 : THE WAY TO EDEN dans lequel une bande de hippies prend le contrôle de L’Enterprise et…font des trucs de hippies pendant que les personnages, tout comme le spectateur, ont l’impression d’assister à une pièce de théâtre d’enfants de primaire. Ah, une impression de déjà vu ?

Non vraiment ces épisodes là c’est pas possible !
On peut apprécier LET THAT BE YOUR LAST BATTLEFIELD, sympa avec sa parabole raciale (des aliens au visage scindés en une partie noire et blanche, mais pas du même côté, qui ridiculise encore plus le concept du racisme) mais on a vu mieux et plus subtil ailleurs. C’est l’épisode 19 : CLOUD MINDERS comme nous l’avons vu, qui vient nous sortir de la torpeur dans cette partie de la saison. Celle-ci se réveille à la fin avec un très sympa ALL OUR YESTERDAYS, mais aussi avec le très douteux épisode sexiste final. En gros la première partie de la saison (toujours dans l’ordre de production) est meilleure (même les épisodes nanars sont rigolos) et ça se gâte par la suite.

Longue vie et prospérité !
CONCLUSION
C’est donc sur cette impression mitigée que s’achève une série qui, malgré tout, aura gagné un statut culte, et sera ressuscitée au travers des films (dont le premier est chroniqué ici) puis des séries telle que STAR TREK LA NOUVELLE GENERATION en 1987 (qui aura un problème similaire mais à l’envers : la première saison est naze, avec des scripts hyper datés). C’était en tous cas une série originale, osée pour l’époque, qui a su créer un univers et soulever des thématiques de SF intéressantes malgré son manque de moyens. Donc oui, STAR TREK : TOS c’est fatalement kitsch et daté, et il faut se lancer dans le visionnage avec un peu d’indulgence et un amour pour le charme suranné de ce genre de production. Au delà de la forme désuète, il y a pas mal de bonnes idées et de personnages intéressants à découvrir.

Affiche hommage

Merci pour cette rétrospective. Une saison laborieuse ! Bon, WHOM GODS DESTROY a l’avantage d’avoir Batgirl dans son casting, mais que c’est long ! Turnabout Intruder a principalement l’avantage de montrer la désobéissance de l’équipage face à des ordres absurdes (encore heureux, Lester/Kirk est loin d’être le seul Capitaine ou amiral dément de Starfleet). Une bonne idée quelque peu atténuée par The Enterprise Incident, où Kirk donnait des ordres dangereux sans raison apparente… De Cloud Minders, je ne me rappelle que d’un long, très long monologue intérieur de Spock.
Tholian Web aura, de mémoire, une « suite » dans la série Enterprise, et pas mal d’autres auront une postérité sinon en live, au moins en livres (ah, la collection Fleuve Noir…). Je crois ainsi me rappeler d’un univers alternatif où Spock forme un couple avec la commandante romulienne, et l’on y croise aussi le fruit de son aventure avec Zarabeth.
Hello
« WHOM GODS DESTROY a l’avantage d’avoir Batgirl dans son casting »
Oui la nana verte qui danse, mais même là on sent le remplissage avec cette histoire de la folle sexy qui séduit n’importe qui…
Un long monologue de Spock dans CLOUD MINDERS ? ça ne me dit rien. Ouais ils essaient vaguement de tisser une romance inutile avec la fille de Plasus mais j’ai pas le souvenir que ça prenne trop de temps dans l’intrigue.
Merci de ton retour. Je ne connais pas les suites plus ou moins canon en livres, je ne suis pas aussi connaisseur.