
* LE SEL DE LA VIE *
Chronique du premier album de la série CORTO MALTESE : LA BALLADE DE LA MER SALÉE, par Hugo Pratt
Date de publication : 1967-1969 (sous forme de feuilleton). Publié en album en 1975.
Genre : Aventures
Éditeur VF : Casterman
Bonus : L’adaptation animée réalisée en 2003

Différentes éditions, en noir et blanc ou en couleur. Il existe même une adaptation en long métrage d’animation !
Cet article est consacré au premier album mettant en scène le héros Corto Maltese, créé par l’italien Hugo Pratt en 1967 : LA BALLADE DE LA MER SALÉE. L’ensemble a d’abord été publié sous forme de feuilleton dans un magazine italien intitulé Sgt KIRK de 1967 à 1969, puis en France dans France Soir de 1973 à 1974, avant d’être réédité en album chez Casterman en 1975.
Le succès est immédiat puisque LA BALLADE DE LA MER SALÉE reçoit le prix de la meilleure bande-dessinée étrangère au festival d’Angoulême de 1976.
La suite, on la connait : Corto Maltese deviendra l’un des personnages emblématiques du 9° art, ses aventures seront pré-publiées dans le magazine Pif Gadget (assurant à ce dernier ses lettres de noblesse en tant que lecture pour tous les âges) et ouvriront la voie qui mènera à la diffusion des magazines anthologiques, notamment À SUIVRE, le légendaire périodique de Casterman.

Première rencontre, pour le lecteur, avec Corto et Raspoutine…
Le Pitch : 1913. La Mélanésie. La 1° guerre mondiale se profile et diverses factions (anglais, australiens, allemands, japonais) se disputent les ressources de cette partie du monde. C’est ici que règne le Moine, un mystérieux chef pirate qui tient d’une main de fer le trafic reliant toutes les îles de l’archipel. Il a à sa solde plusieurs tribus d’aborigènes et, surtout, les pirates Raspoutine et Corto Maltese.
Le récit commence alors que Raspoutine recueille deux adolescents victimes d’un naufrage : le très aristocratique Caïn Groovesnore et sa cousine Pandora. Tenté par l’idée de tirer une rançon de cette rencontre fortuite, Raspoutine va rapidement s’embourber dans les multiples péripéties qui vont s’accumuler, d’autant que Corto Maltese, qui s’est immédiatement attaché aux adolescents, ne va cesser de lui mettre des bâtons dans les roues…
Durant près de deux années, nous suivons ce petit groupe d’aventuriers d’île en île, au bout du monde, alors que le conflit mondial commence à gagner les quatre coins de la planète…
Lire ou relire aujourd’hui cette antique et vénérable bande dessinée, roman graphique adulte et réaliste de l’aube, est une expérience historique assez étonnante. L’impression initiale n’est guère positive puisque les premières planches souffrent d’un style qui se cherche et d’un auteur en pleine expérimentation de son art en devenir.
Les personnages sont ainsi mal définis, Corto Maltese ne ressemble pas encore à Corto Maltese et l’on ne compte plus les vignettes au graphisme approximatif, aux fautes techniques et au découpage laborieux. Les scènes d’action souffrent d’une véritable carence en la matière tant Hugo Pratt se révèle incapable de dessiner le mouvement sans malmener l’anatomie et le réalisme des personnages qui apparaissent comme des pantins rigides sans aucune articulation, aux membres démesurés et filiformes comme des piliers de bois.
L’ensemble est par ailleurs très statique, ce qui peut paraître paradoxal pour une histoire d’aventures et de piraterie. Plus tard, Hugo Pratt fera évoluer cette caractéristique en conférant à ses récits une patine onirique en totale harmonie avec le ton erratique et contemplatif de son écriture.

Le décor de la mer salée.
Pour l’heure, la narration de LA BALLADE LA MER SALÉE est la plupart du temps plombée par des planches et des planches de parlotte sur lesquelles une tête surnage au milieu d’une tonne de phylactères, ce qui dénote un degré assez pauvre de conception séquentielle.
La construction du récit, écrit de longue haleine sous la forme d’un feuilleton fleuve (ce qui est un comble pour une histoire de mer…) de plus de cent-soixante pages, met souvent à rude épreuve l’attention du lecteur, qui risque de s’endormir en tentant de lire la chose d’une traite.
Qui plus-est, Hugo Pratt alourdit son récit de tout un tas d’allusions techniques sur les métiers de la mer, comme il intègre aussi de multiples détails sur les populations autochtones et leur culture, obligeant le lecteur à franchir la barrière entre le divertissement passif et le véritable effort de lecture.
Pour finir, il y a ce dessin extrêmement dépouillé et esquissé, jamais fait pour séduire, dont les quelques traits et tâches confinent souvent aux limites de la figuration, certaines vignettes étant tout simplement abstraites, littéralement. Il va sans dire que les amoureux des jolis dessins léchés et peaufinés, précis et rigoureux, ne vont pas être à la fête ici. Car les planches d’Hugo Pratt sont à la bande-dessinée ce que les encres de corrida de Picasso sont à la peinture, c’est-à-dire des petits amas noirâtres au milieu desquels il faut tenter de reconnaître une figure, une forme vague, voire tout simplement une idée.

Le Moine, personnage énigmatique dont vous ne verrez jamais le visage…
Alors vous allez me dire que jusqu’ici je ne vous vends pas vraiment du rêve. Et c’est donc le moment que je vous explique pourquoi, malgré tout ce que je viens d’écrire, la lecture de LA BALLADE LA MER SALÉE, c’est trop bien !
On l’a lu et entendu à maintes reprises : CORTO MALTESE est à la bande-dessinée ce que la littérature est aux livres sans images. Hugo Pratt confère à ses récits une densité littéraire ébouriffante, parsemée de références aux grands auteurs ayant écrits sur la mer (Stevenson, Melville, Conrad, Defoe, mais aussi Henry De Ver Stacpoole, un écrivain irlandais ayant particulièrement marqué Pratt dans sa jeunesse), ainsi qu’aux classiques hollywoodiens ayant embrassé le même thème (LES REVOLTÉS DU BOUNTY, LE RÉVEIL DE LA SORCIÈRE ROUGE, entre autres), jusqu’à la mythologie grecque avec l’épopée de JASON ET LES ARGONAUTES.
Contrairement aux autres maitres de la BD classique (je pense notamment à Hergé ou à Edgar P. Jacobs), Hugo Pratt était un véritable globe-trotter et nourrissait de ses voyages chacun de ses récits. Alors que Jacobs imaginait son Égypte romanesque dans le MYSTÈRE DE LA GRANDE PYRAMIDE tel le Douanier Rousseau, c’est-à-dire sans mettre un pied hors de chez lui, Pratt passait l’essentiel de son existence à voyager et à vivre ailleurs. Ce n’était pas un touriste qui visitait les pays de manière superficielle, mais un homme qui restait longuement sur place, s’intégrait aux populations et nouait des liens profonds avec les autochtones. Depuis cette vie de bohème, l’auteur italien allait faire fructifier son goût conjugué pour la lecture et le dessin en une œuvre foisonnante respirant à fond le parfum des grands voyages, emmenant par procuration le lecteur avec lui.
Cette connaissance empirique des métiers de la mer, des cultures et des décors exotiques traverse chaque planche de la série CORTO MALTESE (mais des autres séries signées Hugo Pratt aussi). Le résultat est extraordinairement palpable, ce qui fait que le lecteur perçoit les aventures du héros comme si Pratt rédigeait minutieusement la biographie d’un être ayant réellement existé, un homme dont la destinée aurait participé à certains hauts faits de l’histoire du XXème siècle dans plusieurs parties du globe. Qui plus-est, Pratt développe consciencieusement, au fur et à mesure des aventures de Corto Maltese, une cartographie biographique et géographique d’une précision ultime, un peu à la manière de George Lucas et ses collaborateurs lorsqu’ils imaginaient la jeunesse d’Indiana Jones dans la série TV des années 90.

Corto Maltese, l’éternel romantique…
Le résultat est donc profondément dépaysant puisque le lecteur ne se contente pas d’assister passivement à une série de carte postales comme des fenêtres ouvertes sur un exotisme de pacotille, mais participe au contraire au voyage de manière presque viscérale, un peu “comme s’il y était”. Et ce n’est pas la moindre des choses que ce premier élément sur l’échelle de ceux qui font l’apanage de cette série hors du commun.
Le romantisme et la personnalité truculente des personnages en sont un autre. Si Corto est un pirate volontiers cynique, c’est avant tout un aventurier au grand cœur soumis à un code moral aussi personnel que rigoureux. Avec un cœur si grand qu’il parvient d’ailleurs à bonifier celui de ses acolytes. Depuis le Moine jusqu’au terrible Raspoutine, en passant par la belle Pandora et l’orgueilleux Caïn, le héros à la belle casquette de marin semble laver l’âme de ceux qui l’entourent, qui s’humanisent à son contact, comme s’ils profitaient de son rayonnement et s’en abreuvaient à la source. Dans la suite de la série, Corto retrouvera Raspoutine à maintes reprises et les deux personnages noueront peu à peu une amitié exclusive, parmi les plus iconoclastes de l’histoire de la littérature. Le russe ombrageux, capable de tuer n’importe qui sur une saute d’humeur, tirera pourtant le meilleur de sa relation privilégiée avec Corto Maltese, devenant peu à peu un meilleur homme, comme si son âme avait été “contaminée” par celle de son alter-égo.
Hugo Pratt possède par ailleurs un talent rare dès qu’il s’agit d’habiter ses personnages en leur conférant immédiatement une épaisseur remarquable, élaborée grâce à un sens du détail qui leur donne une couleur unique et distinctive, sans manichéisme primaire.

Dans la série Corto Maltese, tout le monde lit, même le redoutable Raspoutine…
Le troisième élément fédérateur de la série réside dans le style narratif bien particulier choisi par son auteur. Même si cette composante est pour l’instant à l’état d’ébauche, les habitués de l’œuvre d’Hugo Pratt peuvent la déceler en substance à travers le comportement incongru de certains personnages. Lorsque le Moine s’adresse aux autres protagonistes et en particulier à Corto, ou lorsque ce dernier se retrouve soudain projeté dans l’eau à la merci d’une pieuvre belliqueuse, il se dégage déjà une petite note surréaliste qui, bientôt, transformera l’univers de la série en une mythologie onirique et poétique, où le fantastique, les cités disparues et les créatures des mondes parallèles se laisseront volontiers inviter dans le cœur du récit. Pour l’heure, nous voguons encore sur une mer au goût de sel quasiment réaliste, voire presque naturaliste, mais les germes d’un ailleurs sont déjà là, à peine perceptibles.
Hugo Pratt imprègne également sa narration d’une tonalité contemplative qui deviendra sa marque de fabrique. Il est ainsi fréquent de voir les personnages s’adonner longuement à des monologues exaltés, transformant une simple histoire d’aventures en un pamphlet sur le sens de la vie, ce qui est, là encore, parfaitement dépaysant puisqu’ils parlent tous avec un point de vue qui dénote immédiatement leur origine ethnique ou leur appartenance à une culture, un lieu ou un point éloigné de ce monde. Plus d’un protagoniste océanien fait ainsi référence à ses croyances particulières, citant ou chantant les divinités aborigènes. Les personnages évoquent enfin les lieux mythiques de leurs régions ainsi que les créatures qu’ils hissent au rang d’esprit (comme… le requin !).
Nous achèverons évidemment notre tour d’horizon sur les qualités de cette bande-dessinée en nous attardant sur la partie graphique qui, à elle seule, porte la signature bien particulière de son auteur.

Un dessinateur qui cherche encore son style, entre épure et réalisme (ici avec deux exemples contrastés).
Alors qu’il était un aquarelliste doué et magnifique, Hugo Pratt préférait aller à l’essentiel en laissant, la plupart du temps, ses planches de bande-dessinée en noir et blanc. Il transformera ce parti-pris en un exercice de style assez extrême, recherchant toujours un peu plus le trait unique, l’aplat de noir plutôt que le détail, le clair-obscur pour laisser la place à l’imagination, et le blanc pour la lumière.
S’il est mal à l’aise avec les scènes d’action et le mouvement, il parviendra peu à peu, même si LA BALLADE DE LA MER SALÉE est encore le laboratoire de toutes ces recherches graphiques, à contrebalancer cette carence par une certaine poésie, un certain humour propre, qui viendra apporter de la distance et fera passer ces maladresses pour des petites incongruités exquises.
Pour l’heure, le lecteur peut assister, en 160 pages de bande-dessinée, à une véritable recherche de style, une expérimentation en une seule première aventure d’un héros en devenir, qui lui-même se transforme peu à peu au fil du récit, trouvant ses traits définitifs au terme de ce premier voyage, dont il est, après tout, un personnage presque secondaire.

Aussi à l’aise avec la couleur que sans…
Vous aurez sans doute remarqué qu’une planche en couleur s’est invitée plus haut dans l’article. En réalité toutes les planches de LA BALLADE DE LA MER SALÉE sont en noir et blanc, et la quasi-totalité des albums de la série ont été publiés de cette manière. Mais il se trouve que tous les albums ont ensuite été réédités dans des versions colorisées.
Effectivement, autour des années 2000, on a vu apparaitre en librairie de fort belles éditions en couleur avec un gros travail rédactionnel présentant chaque aventure en les agrémentant de cartes et d’aquarelles choisies parmi la collection privée de l’auteur. Les puristes hurleront à l’assassin en condamnant l’entreprise mais on peut éventuellement apprécier la chose pour ce qu’elle apporte en perceptions immédiates de lecture. En effet, la colorisation a été soignée et elle respecte bien, à la fois le style d’Hugo Pratt en privilégiant les teintes délavées, et à la fois la tonalité exotique de la série, dont les couleurs viennent agrémenter la sensation de voyage.
Comprenons-nous bien : Il ne s’agit pas de préférer une version à l’autre, et surtout pas de remplacer la première en renonçant à cette puissance graphique en noir et blanc qui fait le sel (sic !) du “style Pratt”, mais seulement de proposer l’opportunité de lire les deux versions, sachant que la version couleur peut également s’imposer comme une bonne porte d’entrée afin de commencer en douceur la découverte de cet univers. Et j’ai d’ailleurs toujours voulu, en vrai fan de la série, posséder les deux versions pour pouvoir les lire en alternance, selon l’humeur et la volonté de regarder plus ou moins les dessins.

La première planche, dans ses deux versions.
La série en bande dessinée connaitra une magnifique destinée et s’achèvera au terme d’une douzaine d’aventures aux quatre coins du monde, non sans revenir dans le passé afin de développer la jeunesse du héros (ce qui permet encore une fois de tirer la comparaison avec INDIANA JONES). Elle sera ensuite reprise par d’autres auteurs après la mort d’Hugo Pratt, mais nous ne nous y intéresserons pas ici.
C’est ainsi que s’achève notre article. Pour terminer, et parce que j’ai souvent constaté que bon nombre de mes amis amateurs de bandes-dessinées boudaient ce chef d’œuvre, je dirais qu’ils passent tout de même à côté d’un monument et que la chose mérite que l’on fasse l’effort d’aller vers elle, pour peu que l’on trouve qu’elle ne vienne pas facilement à soi.
je vous donne à présent rendez-vous pour la suite de la série selon Hugo Pratt, sur laquelle nous allons revenir par ordre chronologique de parution…


Version long métrage, en DVD.
Bonus : L’adaptation animée :
Telle une arlésienne, il sera à maintes reprises question de l’adapter au cinéma et il faudra pour le moment se contenter d’une série d’animation franco-italienne réalisée en 2002 par Pascal Morelli, Richard Danto et Liam Saury, avec les voix respectives de Richard Berry (Corto Maltese), Patrick Bouchitey (Raspoutine) et Marie Trintignant (Bouche Dorée). Tout avait néanmoins commencé avec un long métrage : CORTO MALTESE – LA COUR SECRÈTE DES ARCANES (en réalité une adaptation de l’album CORTO MALTESE EN SIBÉRIE produite par la même équipe), avant que le projet soit décliné en série télévisée de 22 épisodes de 20 minutes chacun.
Bien que cette série animée n’adapte pas tous les albums d’Hugo Pratt, LA BALLADE DE LA MER SALÉE a eu droit à sa version. On peut tantôt la regarder dans la série, où elle couvre les quatre premiers épisodes, ou tantôt sous la forme d’un long métrage dans certaines éditions DVD.
Voici la liste complète des 22 épisodes de 20 minutes, dont certains sont donc réunis en quatre long métrages d’1h20 (*) :
LA BALLADE DE LA MER SALÉE (qui regroupe) :
1 – LE GRAND PACIFIQUE
2 – LA ESCONDIDA
3 – AO TEA ROA
4 – L’HONNEUR DE SUTTLER
SOUS LE SIGNE DU CAPRICORNE (qui regroupe) :
5 – LE SECRET DE TRISTAN BANTAM
6 – RENDEZ-VOUS À BAHIA
7 – SAMBA AVEC TIR FIXE
8 – … ET NOUS REPARLERONS DES GENTILSHOMMES DE FORTUNE
LES CELTIQUES (qui regroupe) :
9 – L’ANGE À LA FENÊTRE D’ORIENT
10 – SOUS LE DRAPEAU DE L’ARGENT
11 – SONGE D’UN MATIN D’HIVER
12 – CÔTES DE NUIT ET ROSES DE PICARDIE
LA MAISON DORÉE DE SAMARKAND (qui regroupe) :
13 – CASSANDRA
14 – MARIANNA
15 – VENEXIANA
16 – SEVAN
ÉPISODES SUPPLÉMENTAIRES :
17 – TÊTES ET CHAMPIGNONS
18 – LA CONGA DES BANANES
19 – CONCERTO EN O MINEUR POUR HARPE ET NITROGLYCÉRINE
20 – LE COUP DE GRÂCE
21 – D’AUTRES ROMEO ET D’AUTRES JULIETTE
22 – LES HOMMES LÉOPARDS
(*) : L’ordre des épisodes a parfois changé d’une diffusion à une autre.
L’adaptation animée de LA BALLADE DE LA MER SALÉE
Dans l’ensemble, la série en général (et l’adaptation de LA BALLADE DE LA MER SALÉE en particulier) opte pour un style narratif qui restitue assez bien la tonalité contemplative et onirique propre à l’écriture d’Hugo Pratt. Certains passage de la BD ont bien entendu été écourtés ou supprimés, mais l’ensemble est tout de même d’une extrême fidélité.
Ces adaptations ont été sévèrement critiquées par les puristes mais n’en demeurent pas moins une entreprise sincère et intègre.
On notera tout particulièrement une atmosphère envoûtante et des dialogues finement repris et interprétés depuis le texte originel imaginé par Hugo Pratt, le tout sublimé par la musique enivrante de Franco Piersanti.

Inimitable.
See you soon !!!
