
* QU’IMPORTE LE FLACON,
POURVU QU’ON AIT L’IVRESSE *
Contenu de l’article :
Chronique du film TINTIN ET LE MYSTÈRE DE LA TOISON D’OR
Réalisateur : Jean-Jacques Vierne
Acteurs : Jean-pierre Talbot, Georges Wilson, Georges Loriot, Dario Moreno, Charles Vanel
Scénario : André Barret, Remo Forlani (et la collaboration de René Goscinny)
Musique : André Popp
Date de sortie du film : 1961
Durée : 102 minutes
Genre : Aventures, Comédie

Sorti en même temps que le film : Une novélisation façon roman-photo. Le recyclage ultime !
© Casterman
Cet article portera sur le film TINTIN ET LE MYSTÈRE DE LA TOISON D’OR réalisé en 1961. Il s’agit de la première transposition au cinéma des AVENTURES DE TINTIN, laquelle ne s’inspire d’aucun album en particulier (le film est conçu à partir d’un scénario original) et est interprétée par des acteurs en prise de vues réelles.
Auparavant, il n’y avait eu, en termes d’adaptation, qu’un petit film avec des poupées de chiffon en 1947 (une interprétation de l’album LE CRABE AUX PINCES D’OR) et deux adaptations animées en noir et blanc en 1957 (respectivement basées sur les albums LE SCEPTRE D’OTTOKAR et L’OREILLE CASSÉE). Des premiers essais qui ne marqueront pas les mémoires.
Mais TINTIN ET LE MYSTÈRE DE LA TOISON D’OR parait au même moment que la série d’animation télévisée (en couleur, cette fois-ci) produite par le studio Belvision (que les enfants des années 80 ont tout le temps vue à la télé), et ces deux créations vont, quant à elles, remporter un certain succès.
La bande annonce vintage !
Le Pitch : Au château de Moulinsart, le capitaine Haddock reçoit un télégramme l’informant du décès de son vieil ami Thémistocle Paparanic. Ce dernier lui a légué son navire, la Toison d’Or. En compagnie de Tintin (et Milou), le capitaine Haddock se rend alors à Istanbul, où est amarré le bateau, pour finalement découvrir qu’il s’agit d’un vieux cargo délabré ! Mais lorsqu’un mystérieux homme d’affaire nommé Anton Karabine insiste pour lui racheter le navire, offrant des sommes de plus en plus colossales en comparaison de sa valeur, nos amis commencent à se méfier.
En faisant quelques recherches sur le passé du capitaine Paparanic, ils découvrent que celui-ci avait monté un coup d’état dans un petit pays d’Amérique latine, avant de s’enfuir avec tout l’or de la banque nationale.
Peu après, Tintin et le capitaine Haddock découvrent, de manière fortuite en observant une bouteille d’alcool, que le dos de l’étiquette indique le lieu où serait immergé un coffre au trésor…

Au oui ! C’est bien eux (enfin presque…)
TINTIN ET LE MYSTÈRE DE LA TOISON D’OR est un film franco-belge composé d’une bande de professionnels du cinéma aujourd’hui complètement tombés dans l’oubli ! Si l’on excepte quelques acteurs comme Dario Moreno et Charles Vanel, ainsi que Georges Wilson (le père de Lambert !) bien sûr, qui interprète le Capitaine Haddock, tous les noms qui défilent au générique de cette première adaptation des AVENTURES DE TINTIN en chair et en os sont de parfaits inconnus au royaume des cinéphiles !
Au rayon TV, le scénariste Rémo Forlani parlera éventuellement à ceux qui regardaient la chaîne de télé RTL (qui deviendra ensuite RTL9), car il faisait partie de l’équipe créatrice et présentait une émission sur les actualités cinéma.
Quant à la participation au scénario de René Goscinny en tant que “consultant”, difficile de mesurer l’implication de ce dernier qui ne s’en est jamais vanté !
Les premières images du film enfoncent le clou : Il s’agit assurément d’une vieillerie obsolète telle qu’on en fait plus ! Du cinéma à la papy daté et périmé ! Car, si la musique et le jeu des acteurs sont d’un kitsch instantané, on dira pour être gentil que, dans TINTIN ET LE MYSTÈRE DE LA TOISON D’OR, tout sonne extrêmement “vieillot” !
Et pourtant… Dès que Jean-Pierre Talbot (l’acteur qui joue Tintin) fait son entrée, lequel se détache d’une réplique très fidèle du château de Moulinsart en arrière plan, toute la sincérité de cette adaptation s’impose dans notre inconscient : l’univers d’Hergé est là, authentique, vibrant et pur.
Notons enfin que, depuis que le film (tout comme sa suite LES ORANGES BLEUES) a été restauré en HD, il bénéficie de surcroit d’une magnifique image aux couleurs flamboyantes, qui lui redonne franchement du panache !

Admirez la magnifique barbe postiche de notre Capitaine Haddock bien aimé !
Nous nous laissons alors emporter par cette aventure surannée qui, en un instant, nous offre une visite guidée dans le vieil Istanbul des années 60, puis à Athènes, et jusque dans le monastère d’une délicieuse île grecque. Et puis, sans que l’on s’en aperçoive, nous regardons le générique de fin, en regrettant de quitter ces personnages si familiers. Il n’y a pas autre chose à dire, TINTIN ET LE MYSTÈRE DE LA TOISON D’OR est un film charmant, naïf et désuet, comme les souvenirs de notre enfance…
Durant près d’une heure et quarante minutes, on a beau relever tous les détails les plus kitsch, de l’interprétation de Jean-Pierre Talbot (qui joue comme une patate mais qui s’en sort miraculeusement grâce à son physique bondissant et une belle maitrise de la “savate” !) à la barbe postiche ridicule du Capitaine Haddock (qui commence au-dessus des narines !) en passant par les aboiements de Milou (enregistrés et samplés en boucle !), tout est authentiquement Tintin !
Et bien qu’il y manque toute la toile de fond de l’œuvre d’Hergé (c’est-à-dire son humanisme croissant et la création de récits comme des miroirs de leur temps – oui parce que regarder Tintin jeter ses emballages dans les rues d’Athènes, question humanisme… on repassera ! (1) ), l’esprit de l’aventure sortie du coin de chez nous est bien présent.

Avec Dario Moreno, Georges Wilson et Charles Vanel, TINTIN ET LE MYSTÈRE DE LA TOISON D’OR se payait quand même quelques acteurs célèbres de l’époque.
Quand on y pense, il se dégage une certaine poésie de cette volonté de produire un film aux moyens modestes en ayant pourtant l’ambition d’adapter les aventures du personnage le plus célèbre de la BD mondiale ! On songe alors à ces nanars qui attirent régulièrement notre sympathie de cinéphile, bien que les moyens alloués à cette première adaptation tintinesque, même s’ils sont limités, sont tout de même bien supérieurs à la moyenne du nanar !
Et puis, à bien y réfléchir, comment imaginer un personnage qui hurle des quolibets comme “Bachi-bouzouk” ou “Moule à gaufre”, si ce n’est enrobé d’une patine naïvement imagée ? Hergé avait beau crier sur tous les toits qu’il concevait ses histoires “comme au cinéma”, son univers était tellement inféodé à sa planéité de papier (où c’est au lecteur qu’il appartient d’imaginer la voix et le ton des personnages, qui sonnent forcément “juste” dans son esprit, puisqu’ils sont filtrés par sa subjectivité de lecteur) qu’il fallait faire des choix en termes d’adaptation ! Un cinéma aujourd’hui impossible à concevoir. Sincère et décomplexé. Naïf et pur comme… une bande-dessinée.
À la même époque, Philippe de Broca réalisait deux adaptations officieuses des aventures de Tintin avec L’HOMME DE RIO et LES TRIBULATIONS D’UN CHINOIS EN CHINE (2). Deux films qui bénéficient aujourd’hui de la reconnaissance de l’intelligentsia cinéphile. Pendant ce temps, et bien que j’adore les deux films de Philippe de Broca qui sont évidemment à des niveaux objectivement supérieurs (notamment en termes d’interprétation), je constate que TINTIN ET LE MYSTÈRE DE LA TOISON D’OR suscite rires et condescendance dès que son titre est prononcé. Et c’est quand même dommage qu’au-delà de son aspect kitsch et suranné, l’intelligentsia qui boude la culture populaire ne sache pas y voir l’essentiel : cette capacité à nous faire replonger dans l’enfance avec innocence et sincérité…

Naïveté, candeur, joie et bon humeur !
Je vous donne à présent rendez-vous pour l’article suivant, qui sera bien sûr dédié à la seconde adaptation “live” des aventures du petit reporter à houppette : TINTIN ET LES ORANGES BLEUES !
(1) : Une scène aujourd’hui inconcevable : Tintin et le Capitaine Haddock ressortent d’une échoppe turque, enlèvent l’emballage des potiches qu’ils viennent d’acheter en souvenir, puis le jettent sans vergogne au milieu d’une rue toute propre ! Deux sales touristes n’entretenant aucun rapport avec l’humanisme d’Hergé !!!
(2) : Il est aujourd’hui de notoriété publique que ces deux films avec Jean-Paul Belmondo témoignent d’une volonté, de la part de Philippe de Broca, d’adapter les Aventures de Tintin de manière officieuse, puisqu’il avait essuyé les échecs dans ses multiples tentatives de le faire de manière officielle !
SEE YOU SOON !!!
