
* À LA RECHERCHE DU TEMPS PERDU *
(PIF GADGET N°488)
Contenu du dossier :
Recueils de souvenirs et d’anecdotes sur le magazine PIF GADGET dans les années 70.
Date de publication choisie : 1978-1979 pour la publication originelle du magazine Pif Gadget aux éditions ©Vaillant.
2° partie – À LA RECHERCHE DU TEMPS PERDU : PIF GADGET N°488
Genre : Presse et Bande dessinée jeunesse
Le dossier en 3 parties :
1. LES ANNÉES PIF (BANDES DESSINÉES, GADGETS ET FIGURINES)
2. À LA RECHERCHE DU TEMPS PERDU : PIF GADGET N°488 (vous êtes ici)
3. RETOUR VERS LE PASSÉ (DE TIGER KHAN À RAHAN)

Alors, qui les avait ces gadgets ? Moi M’sieur !!!
©Vaillant
Cette série d’articles est consacrée au magazine Pif Gadget, mais pas que.
L’idée est de remonter le temps et, telle le Madeleine de Proust, de faire revivre les sensations que les jeunes de vingt ans ne peuvent pas connaître…
Je vous propose de remonter le temps avec moi jusqu’à la fin des années 1970, plus précisément entre 1978 et 1979, afin de nous replonger dans les pages du magazine culte tel qu’il était à l’époque…

La page de présentation du gadget du N°488.
(ça commence fort)
©Vaillant
Une fois n’est pas coutume : parlons à la première personne, afin que je continue de me faire le témoin de cette enfance que j’ai pleinement vécue. Comme le fit Marcel Proust (toutes proportions de talent littéraire gardées), je vais tâcher de faire revivre toutes ces sensations d’alors, en utilisant au mieux les cinq sens…
Dans cette deuxième partie de notre dossier, je vais me concentrer tout particulièrement sur mon principal souvenir, à savoir le Pif Gadget N°488 (voir couverture ci-dessus). Un numéro paru en août 1978 lorsque j’étais encore un tout petit garçon.
Je l’avais tellement lu que je me souviens avoir fini par le jeter à l’état de lambeaux ! Un geste que j’allais regretter, pendant bien longtemps…
Car ce magazine allait hanter mes souvenirs pendant trois décennies !

Aout 1978, dans Pif Gadget N°488, page 2 : La rédaction du magazine Pif Gadget est partie en vacances !!!
Les souvenirs, c’est compliqué : Une ou deux images se greffent dans notre esprit et s’y diluent progressivement sous la forme d’un sentiment de nostalgie diaphane, qui finit souvent par ressembler à autre chose…
Alors on fantasme. On imagine remonter le temps à la recherche du temps perdu et de ce souvenir qui resurgirait telle la Madeleine de Proust magique et parfumée…
Souvent, d’ailleurs, il vaut mieux ne pas retrouver l’objet perdu de ses fantasmes et se contenter de ces images éthérées, emprisonnées profondément dans les limbes de notre esprit. Car le risque d’être déçu est important.
Hélas, hélas, comme certains d’entre nous, je suis un incurable nostalgique, perpétuellement en quête de tout ce qui me ramène dans l’enfance et, en ce qui nous concerne ici, dans les années 70.

Pif Gadget N°488, page 5. Attention : Hercule a changé le scénario ! (suite de la page 2)
©Vaillant
Tout ça pour dire que… il fallait à tout prix que je retrouve ce magazine !
Pourquoi ce numéro m’avait-il tant marqué, d’ailleurs ?
Je me souvenais vaguement que les personnages comiques (Pif, Hercule, Placid & Muzo et toute la clique) interféraient à un moment avec le staff de Pif Gadget (dessinateurs, rédacteurs ou éditeurs). Les personnages de fiction sortaient du cadre de la BD pour interagir directement avec le magazine. Il me semblait qu’ils influençaient le scénario et les dessins, faisant ressembler leurs avatars à des dessins d’enfant maladroit ! Tout cela m’avait vraiment impressionné. Mais était-ce vraiment ce qu’il s’y passait en dehors de mes souvenirs diffus ?

Pif Gadget N°488, page 6 : Et puis il squatte les pages de Supermatou !

Cette histoire de Supermatou est l’intermède entre la page 5 et la 12 (avec la participation de Pif & Hercule, en fil rouge). Une histoire en six page, entièrement réalisée par Jean-Claude Poirier, qui s’achève à la page 11
©Vaillant
Pour l’essentiel, ce Pif Gadget N°488 était spécial, car :
1) C’était un N° 100% comique, sans série réaliste.
2) L’histoire principale de Pif & Hercule, en général disposée au début, se déroulait ponctuellement sur toute la revue et permettait donc des interactions avec les autres séries. De plus, elle était très originale : Les dessinateurs de Pif Gadget étaient censés être en vacances (quoi de plus naturel en aout 1978). Les héros comiques (Pif, Hercule, Pifou, Dicentim, etc.) étaient donc chargés de la rédaction. Mais Hercule avait détruit l’histoire principale de Pif en la remplaçant par une autre ou Pif était un minable et lui un héros !

Pif Gadget N°488, page 12 : Une BD dans la BD entièrement créée par… Hercule bien sûr ! (suite de la page 5)
©Vaillant
Bref, un numéro idéal pour les gamins de l’époque, qui laissait de côté les séries pour les plus grands comme CAPITAINE APACHE, DOC JUSTICE, LOUP NOIR, ou TARANIS FILS DE LA GAULLE (parce que quand même, tout le monde adorait RAHAN…), en donnant la vedette à tous les personnages rigolos, et avant tout à Pif & Hercule. Et puis, en plus, il s’agissait d’un véritable crossover puisque l’on pouvait trouver Pif & Hercule dans une histoire de Supermatou, de Dicentim ou de Léo, avant que tout ce beau monde ne se retrouve à la rédaction des bureaux de Pif Gadget où il brisait le quatrième mur en s’adressant directement au lecteur !

Pif Gadget N°488, page 17 : Hercule, ce héros ! (suite de la page 12)
©Vaillant

Pif Gadget N°488, page 20 : Ça c’est du crossover ! (suite de la page 17)
©Vaillant
On sait bien que le principe du crossover fonctionne à plein régime avec les enfants. Voilà donc pourquoi cette histoire m’avait tellement plu : Elle crossoverisait !
Je me souviens à présent que je me précipitais sur le moindre album de super-héros où il y avait des crossovers, comme SUPERMAN & SPIDERMAN (UNE AVENTURE DE L’ARAIGNÉE #14 publié chez Lug en 1982), LE TOURNOI DES CHAMPIONS (UN RÉCIT COMPLET MARVEL #3, Lug 1984) et bien entendu le GUERRES SECRÈTES (SPIDEY #66 à 77, Lug 1985) et sa monumentale réunion de super-héros en slip, transférés sur une planète pour s’affronter à l’autre bout de l’univers et qui servait de publicité ambulante pour une vente massive de figurines !

Où l’on vous explique ce que voulaient voir les enfants de cette époque…
C’est comme ça quand on est môme : On est persuadé que plus il y a de héros, meilleure sera l’histoire ! En réalité c’est loin d’être le cas puisque les récits Marvel précités, autant que les histoires de Pif et ses copains, ce n’est pas d’un niveau stratosphérique en tant que lecture, surtout pour un adulte ! Mais ce n’est pas ce qui compte ici, où le plus important est de faire fonctionner la fibre de la nostalgie et la puissance des souvenirs d’enfance, véritables machines à remonter le temps, en première classe des cinq sens pour peu qu’on les actionne. Et dans le genre, il faut avouer que cette histoire de crossover chez Pif Gadget sortait nettement du lot et que, pour un gamin, elle avait de la gueule et promettait de rester gravée dans les mémoires.

Pif Gadget N°488, page 30 : Quand Hercule passe d’une BD à l’autre !
©Vaillant
Mais revenons-en à notre sujet principal : À force de ne pas réussir à rassembler mes souvenirs et de ne pas retrouver cette revue de mon enfance, je décidais finalement, au tournant des années 2000, de me transformer en Marcel Proust de la culture populaire et de sauter le précipice du temps perdu !
Au début c’était laborieux : Je naviguais de forum en forum, j’écrivais directement à Vaillant, je posais la question sur les blogs spécialisés. C’était chou blanc à tous les coups. Personne ne connaissait ce fameux numéro de Pif Gadget où les personnages prenaient possession de la rédaction du magazine et interféraient dans le sommaire ! Personne ne voyait de quelle histoire je voulais parler, y compris chez les gardiens du temple de Vaillant ! Rien. Nada. Le drame.

Pif Gadget N°488, page 36 (suite de la page 20)
©Vaillant

Pif Gadget N°488, page 47 (suite de la page 36)
©Vaillant
J’ai alors achevé ma transformation en me dédoublant pour obtenir en moi-même une moitié de Marcel Proust et une autre de Sherlock Holmes !
Voici le détail de mon enquête : Je me souvenais que je lisais ce magazine un peu avant notre déménagement au cours de l’année 1979. Donc, ce n’était pas un numéro publié après cette année là. Je me souvenais que le magazine en question était en papier glacé (je vous avais promis de faire fonctionner les 5 sens). Or, Pif Gadget a commencé à être imprimé sur papier glacé (et en grand format !) à partir du N°416 de mars 1977 (ça, pour le coup, ce fut un renseignement relativement facile à obtenir). Il ne me restait plus qu’à me procurer tous les numéros publiés entre mars 1977 et décembre 1979. Soit précisément cent trente cinq numéros, du 416 au 550 (Pif Gadget était un magazine hebdomadaire, avec quelques hors-série). Et je l’ai fait !

Pif Gadget N°488, page 52 à 55 : Un crossover qui se poursuit chez Dicentim ! (intermède entre la page 47 et la 57)
©Vaillant
Je chinais auprès des bouquinistes, j’écumais les sites internet. J’achetais les magazines par lots au début, puis par numéro unique à la fin, certains avec le gadget encore emballé. Et un jour, au bout d’un an environ, c’est arrivé : J’ai ouvert le colis et, comme d’habitude, j’ai feuilleté délicatement chaque revue (ce jour là, ce devait être un lot de six ou sept). C’est alors que je l’ai reconnu ! Ce magazine qui m’avait tellement manqué, ce numéro fétiche de ma jeunesse ! C’était le Pif Gadget N°488. Il était là, devant mes yeux qui n’y croyaient pas !

Pif Gadget N°488, page 57 : Pif vient de tout comprendre ! (suite de la page 47)
On est d’accord, tout ça, ce n’est que de la nostalgie. Mais, quelque part, Proust avait raison : C’est un véritable voyage, troublant et vertigineux, fait de couleurs, de textures, d’odeurs et de sons surgis d’une autre époque que nous offrent les couloirs du temps ! Pif Gadget était l’un des premiers magazines entièrement en couleur, alors que la plupart alternaient deux planches en couleur et les deux suivantes en noir et blanc. Et lorsque aujourd’hui l’on tourne les pages de ce papier doux et fragile, c’est tout un tas de sensations sonores, tactiles et olfactives qui envahissent nos sens en quête de souvenirs.

Pif Gadget N°488, page 61 : un magazine sens dessus-dessous ! (suite de la page 47)

Pif Gadget N°488, page 62 : Ça y est, Pif Gadget N°488, c’est fini : Les véritables rédacteurs de la revue rentrent de vacances… (suite de la page 61 – et fin de l’histoire)
©Vaillant
En ayant couru après le temps perdu, après avoir recherché minutieusement ce Pif Gadget N°488, je me retrouve avec une collection de Pif Gadget qui s’élève à près de 150 magazines. Je les ressorts parfois lorsque j’éprouve l’envie de replonger en enfance. La sensation est fugace, elle ne dure qu’un instant. Mais elle est très agréable.
Toutes ces revues ont rejoint les Pif Poche, les Hit Parade Comique et Les Rois du Rire Poche que j’ai retrouvés à droite et à gauche, en compagnie du cultissime LA FABULEUSE HISTOIRE DE PIF, un recueil format géant entièrement en noir et blanc qui retrace l’épopée d’Arnal, le créateur du personnage de Pif le chien ! Le livre est en piteux état, je l’ai depuis des décennies !
Ainsi s’achève ce voyage dans le temps. Certaines personnes n’éprouvent aucun intérêt à la chose et, forcément, ne peuvent que mépriser ou au mieux ignorer ces anciennes publications obsolètes.
Je reste convaincu que chaque individu est la somme de ses souvenirs, de ses choix et de son passé, et que la nostalgie nourrit notre existence davantage qu’elle ne provoque de stagnation intellectuelle. Nous représentons tous l’addition de nos années passées, en particulier celles que l’on a aimées. Et ainsi, on a le droit de tenir à nos souvenirs.
Pas de soucis : s’émerveiller de nouveau devant un mannequin en plastique ou un verre à moutarde ne nous fera pas régresser au stade larvaire, mais nous aidera au contraire à nous souvenir d’où nous venons, et ainsi à mieux comprendre ou nous allons…

La bible des fans de Pif !
©Vaillant
Il nous reste encore à nous retrouver dans la 3° et dernière partie de notre dossier, où nous allons redécouvrir une autre histoire de Pif, et voyager une dernière fois dans la fin des années 70..
See you soon !!!
