
* LE PARADIS EST PAVÉ DE MAUVAISES INTENTIONS *
Chronique de la troisième intégrale dédiée à la série HELLBLAZER par le scénariste Garth Ennis
Date de publication : 1993-1998
Dessinateurs : Steve Dillon, William Simpson, Peter Snejbjerg, Glynn Dillon, John Iggins
Genre : Horreur. Fantastique
Éditeur VO : DC Comics. Éditeur VF : Urban Comics
Le dossier en 3 parties sur les intégrales de la série HELLBLAZER par Garth Ennis :
GARTH ENNIS PRÉSENTE HELLBLAZER TOME 1
GARTH ENNIS PRÉSENTE HELLBLAZER TOME 2
GARTH ENNIS PRÉSENTE HELLBLAZER TOME 3 (vous êtes ici)

Garth Ennis poursuit sa escente aux enfers…
Cet article est le troisième et dernier d’une suite consacrée au run du scénariste Garth Ennis sur la série HELLBLAZER.
La troisième intégrale publiée chez Urban Comics (l’éditeur français qui possède les droits de la série) est un énorme recueil de 550 pages qui regroupe l’équivalent de quatre TPBs. Soit les arcs narratifs intitulés à l’origine LES FLAMMES DU CHÂTIMENT (DAMNATION’S FLAMES), GRATTER AUX PORTES DE l’ENFER (RAKE AT THE GATES OF HELL) et LE FILS DE l’HOMME (SON OF MAN), auxquels il faut ajouter quelques épisodes de transition et le one-shot HEARTLAND (60 pages).
Soit les épisodes HELLBLAZER JOHN CONSTANTINE #72 à 83 + HEARTLAND (publiés initialement entre 1993 et 1994) et #129 à 133 (publiés en 1998).
L’ensemble des ces épisodes a été dessiné par Steve Dillon, parfois relayé par William Simpson, Peter Snejbjerg et Glynn Dillon. L’arc narratif LE FILS DE l’HOMME est dessiné par John Iggins.

Ce bon vieux Papa Midnite…
LES FLAMMES DU CHÂTIMENT (DAMNATION’S FLAMES)
John Constantine voyage à New-York. Il se fait piéger par un sorcier surnommé Papa Midnite. Son esprit est alors envoyé dans les limbes, sur une route déserte où il rencontre JFK, avec un trou béant dans la tête. Ils font un petit bout de chemin ensemble…
Cet arc narratif est un peu à part dans le run de Garth Ennis et ne constitue pas une étape importante dans la perspective de sélectionner des épisodes fondateurs.

Les voyages de John Constantine…
En réalité, Garth Ennis utilise de plus en plus cette série pour émettre des critiques sociopolitiques ou théologique, plutôt que pour véritablement raconter des bonnes histoires. Ici, il profite de ce voyage à New-York pour égratigner les USA et rouler dans la poussière la figure emblématique de John F. Kennedy, qu’il décrit depuis sa mort comme un arriviste complètement obsédé par le pouvoir et le sexe. Comme d’habitude, l’ensemble passe bien car il le fait avec son humour caustique habituel et son sens du détail (la manière apprêtée avec laquelle s’exprime l’ancien président vaut son pesant de cacahuètes !).
Le résultat est particulier : Une sorte de pamphlet provocateur et violent (et même gore), un peu surréaliste.

Ce bon vieux JFK !
GRATTER AUX PORTES DE l’ENFER (RAKE AT THE GATES OF HELL)
Le Premier des déchus (Satan, tout simplement) semble enfin avoir trouvé le moyen de se venger de John Constantine. Ce dernier désire venir en aide à une ancienne amie, tombée dans la prostitution et la drogue. Dans le même temps, le quartier dans lequel se déroulent ces événements devient le terrain d’un affrontement entre la police et divers groupes populaires…
Ici encore, Garth Ennis en profite pour exprimer ses idées sur la politique, le racisme, la société et la religion. De tous ces thèmes, c’est le dernier (la religion) qu’il maitrise clairement le moins. Effectivement, notre scénariste possède une rare méconnaissance des constituants de la religion et n’a aucun sens du mysticisme, aucune profondeur théologique et aucune imagination spirituelle métaphysique. Pour lui, Dieu ou le Diable sont des types comme vous et moi, en version prosaïque, qui ont eu le rôle ultime un jour et ne veulent plus le lâcher. Ils pensent comme les humains, ont les mêmes défauts et les mêmes faiblesses, et la même capacité limitée de réflexion (des politiciens, quoi, voire des monarques comme dans les anciennes civilisations) !

Ce bon vieux Satan…
J’avais lu la série PREACHER bien avant de lire le run de Garth Ennis sur HELLBLAZER et, déjà, je m’étais fait la même réflexion quant à ce manque total de spiritualité, de densité et de profondeur quant aux questions religieuses. Et pourtant je suis athée !
Tout comme ce sera le cas avec PREACHER, Garth Ennis ne maitrise pas ces éléments et ne parvient ainsi pas à trouver (de ce point de vue) un dénouement convaincant à son histoire. GRATTER AUX PORTES DE l’ENFER est donc un arc narratif aussi fluctuant que LA PEUR ET LE DÉGOÛT (à lire dans Garth Ennis présente Hellblazer tome 2), avec tout de même un surplus d’intérêt lorsqu’Ennis s’occupe d’autre chose que de la religion.
Avec le recul, c’est vrai que la vision du Paradis et des enfers selon Ennis ne vole pas bien haut, et j’ai vraiment du mal avec cette illustration particulièrement pauvre du concept divin. Je trouve que la série en prend un coup de ce côté là.
Il convient néanmoins de retenir de cet arc narratif une caractérisation du personnage principal soignée et bien développée, ce dernier finissant par se rendre compte qu’il est aussi doué pour combattre les démons que pour détériorer (involontairement) son entourage et mettre en danger mortel toutes les personnes auxquelles il tient.

John et le premier des déchus (qui se paye la tête de Sylvester Stallone !) tapent le bout de gras…
HEARTLAND
Comme dans le tome précédent, nous avons là une nouvelle histoire intitulée HEARTLAND. Comme la précédente, celle-ci se focalise sur la vie de Kit Ryan à Belfast, sans John Constantine.
Kit est donc une nouvelle fois de retour au bercail. Elle retrouve toute sa famille et notamment sa sœur cadette avec laquelle elle ne s’entend pas du tout. Alors que sévit une milice populaire qui s’en prend sans discernement à toute personne suspectée d’être un dealer, Kit se souvient de sa jeunesse, lorsqu’elle vivait avec tous ses frères et sœurs entre une mère aimante et un père violent et alcoolique…
Cette tranche de vie ne manque pas d’intérêt, grâce au sens du détail et au talent de conteur de notre scénariste. Elle n’est toutefois pas d’une importance capitale et l’on reste songeur quand on apprend qu’elle a permis à Garth Ennis de décrocher deux prix pour le scénario. Certes, il était courageux de publier ce type d’histoire naturaliste chez un éditeur comme DC Comics. Mais avouons que ce n’est tout de même pas un chef d’œuvre impérissable…

Tranche de vie chez la famille Ryan.
LE FILS DE l’HOMME (SON OF MAN)
Chas Chandler se rend chez John Constantine pour le supplier de l’aider, car il est recherché par la police pour avoir été mêlé à un règlement de compte entre mafieux. Constantine se souvient alors que lui et Harry Cooper, le caïd de la mafia locale, partagent un lourd passé impliquant un démon…
Garth Ennis revient une dernière fois sur la série après quatre ans d’absence. Entretemps, notre scénariste est définitivement devenu celui que l’on connait aujourd’hui et son style s’est affirmé. On reconnait parfaitement ici le Garth Ennis des séries PUNISHER et PUNISHER MAX, avec ses personnages déviants, ses intrigues mêlant le polar à l’horreur et ses méchants sadiques et indestructibles. Il faut le savoir, pour les fans du scénariste, ce dernier arc narratif mérite à lui-seul l’achat de ce recueil…

Petit pamphlet contre les bébés…
Bien mieux maitrisé que les récits précédents, probablement moins profond quant à son sous-texte, ce dernier récit est tout de même plus abouti dans la forme, plus “jouissif”, et réserve à l’arrivée au lecteur une histoire plus substantielle. C’est moins pamphlétaire que les récits précédents, mais c’est une histoire sacrément meilleure, plus percutante, plus efficace.
Même s’il part moins dans les explorations métatextuelles, Garth Ennis pimente néanmoins son récit d’une bonne dose d’éléments caustiques, Constantine n’hésitant jamais à donner son opinion sur la société, et notamment sur les bébés (que tout le monde trouve mignons alors qu’ils ne sont que le germe d’une humanité perverse) dans une introduction à mourir de rire ! Nullement gratuite, cette entrée en matière trouvera un écho lors d’un final Grand-Guignol proprement cathartique ! Brillant.

Un méchant selon Garth Ennis : Gestapo !
Au niveau du dessin, Steve Dillon remplit les trois-quarts du recueil de son style ultra-limité et ne permet guère au texte de Garth Ennis de prendre de la hauteur, notamment en représentant un Satan sous les traits balourds d’un Sylvester Stallone sur le retour… Peter Snejbjerg se révèle quant à lui brillant sur un seul épisode de transition, nous faisant regretter une plus grande participation à l’ensemble…
LE FILS DE l’HOMME est mis en image par Kyle Higgins. Étonnamment bon sur les décors, ce dernier est plutôt mauvais sur les personnages et notamment les visages, avec un Constantine et un Chas vraiment abominables ! Comme toujours, je regrette qu’un scénariste de la trempe de Garth Ennis ait toujours préféré travailler avec ses potes, quand bien même ils sont laborieux, plutôt que de s’adjoindre les services d’un vrai bon dessinateur…
Le run de Garth Ennis s’achève ici. Pour la suite de la série, l’excellent Paul Jenkins va écrire une cinquantaine d’épisodes en grande partie dessinés par l’excellent Sean Murphy. En revanche, ce sera Warren Ellis qui succèdera à Ennis après l’arc narratif LE FILS DE l’HOMME. Il faudra que je revienne vous en causer…

Les joyeux Hooligans, par Peter Snejbjerg !
That’s all folks !!!
