
* THE DOORS *
Contenu du dossier :
Les publications Warren dans les années 60 et 70
Genre : Fantastique, Horreur, thriller
Éditeur : Delirium (Éditeur VO : Dark Horse)
Le dossier en 5 parties :
1. CREEPY
2. EERIE
3. VAMPIRELLA
4. EERIE & CREEPY PRÉSENTENT Richard Corben (vous êtes ici)
5. CREEPY & EERIE PRÉSENTENT Bernie Wrigthson : Maitre de l’horreur…

La magnifique collection de l’éditeur français Delirium. Des fans de Corben !
Ce dossier en cinq parties portera sur les trois magazines phares de l’éditeur Warren Publishing. Soit CREEPY, EERIE et VAMPIRELLA. Des magazines qui furent publiés entre 1964 et 1983, et qui étaient spécialisés dans la bande-dessinée d’horreur.
De manière plus précise, les articles se focaliseront sur le premier tome de chaque anthologie publiée par l’éditeur VF Delirium, qui nous offre, lentement, une série d’albums splendides.
Notons que Delirium a parallèlement publié des albums dédiés à un artiste en particulier ayant fait les beaux jours des magazines CREEPY et EERIE, comme Richard Corben, Bernie Wrightson ou encore Alex Toth !
Ce quatrième article est donc dédié à la compilation EERIE & CREEPY PRÉSENTENT Richard Corben.

Des débuts en noir et blanc…
Comme on l’a vu dans les premiers articles de notre dossier consacré aux publications Warren, chaque numéro des magazines CREEPY et EERIE regroupait quatre nouvelles graphiques en noir et blanc. Mais le grand Richard Corben allait changer la donne en apportant parfois de la couleur !
Ces deux tomes de la collection EERIE & CREEPY PRÉSENTENT Richard Corben regroupent 40 épisodes dessinés à l’origine par l’artiste entre 1970 à 1978.
Comme toujours avec cette anthologie, la qualité des histoires est fluctuante et varie entre l’essentiel et l’anecdotique, en passant par l’alimentaire et l’exercice de style de type “avant garde”. Dans l’ensemble, tous ces récits sont le reflet de leur époque (les années 70) et incarnent un état d’esprit très connoté “hippie”. En gros, les scénaristes fumaient la moquette et Richard Corben était leur étendard !
Tout au long des quelques 320 pages que composent ces deux volumes, le lecteur est promené entre divers petits récits d’horreur (entre huit et dix pages pour la plupart), souvent parodiques, quelques histoires macabres et malsaines, parfois racontées au premier degré, une poignée d’essais complètement délirants ainsi que plusieurs tentatives d’illustrer une horreur plus “abstraite” et intangible, telle qu’on pouvait la trouver dans certains contes macabres signés H.P. Lovecraft. Mais au beau milieu, quelques histoires de science-fiction annoncent l’ère Métal Hurlant (dont Richard Corben sera l’un des architectes) et exhalent un parfum de délire new-âge sous acide…

… et la suite en couleur
Le scénario est tour à tour effectué par des professionnels old-school tels que Gerry Conway, Greg Potter, Doug Moench, ou d’autres que je ne connaissais pas, comme Jim Stenstrum, Rich Margopoulos ou Steve Skeates, et certains récits sont même signés par Mr Richard Corben en personne !
Mais ce qui fait définitivement la différence, c’est la qualité des planches du maître Corben. Ces recueils sont d’ailleurs très intéressants sur un point précis : Placés dans un ordre parfaitement chronologique, les épisodes offrent un très beau reflet de l’évolution de l’artiste sur une très courte période (sept ans). Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ses progrès sont alors fulgurants ! D’un premier épisode très classique en noir et blanc aux incroyables numéros tout en couleurs bariolées qui se succèdent à partir du dixième épisode, les changements sont vertigineux sans que l’on ne doute jamais un instant qu’il s’agit du même auteur !

Richard Corben aime… Edgar Alan Poe !
Comme c’était le cas avec les quelques planches réalisées par Frank Frazetta dans Anthologie Creepy, Tome 1, Richard Corben se démarque de la concurrence par sa personnalité picturale incomparable. Et c’est avec une facilité déconcertante qu’il parvient systématiquement à transcender le contenu de chaque épisode par une puissance d’évocation hallucinante. Avec son apport, la plus anecdotique des histoires d’horreur devient une expérience quasiment sensorielle, dans laquelle les images sont le vecteur d’une perception que les mots ne pourraient pas véhiculer à eux seuls. C’est-à-dire que Corben réussit l’impossible en magnifiant les récits dans la mesure ou il parvient à donner vie à leur potentiel cauchemardesque, en leur offrant toute la dimension inquiétante, effrayante et dérangeante que les mots seuls ne pourraient exprimer. Et c’est précisément cette faculté expressionniste d’illustrer la perception de l’horreur qui fait toute la différence.

Non mais quelle horreur !
L’art de Richard Corben comme celui d’ouvrir les portes de la perception ?
Il y aurait sans doute de quoi alimenter moult débats en se demandant quelle est sa période la plus forte, parmi la très longue et brillante carrière que l’artiste a réalisée sur pas moins d’un demi-siècle. Pour ma part, c’est dans ces épisodes en couleur des années 70, expérimentaux et décomplexés que je l’admire en particulier. Avant qu’il ne découvre l’usage de l’aérographe et la rondeur systématique des comics à venir. Non que son trait soit parfait, mais les quelques défauts de proportions ne sauraient entacher ce style virtuose composé de cadrages déments et cette colorisation extraordinaire, faite de contrastes saisissants entre les teintes complémentaires.
Ici encore, l’éditeur Delirium nous gâte avec deux splendides recueils, avec des planches remastérisées, le tout agrémenté d’un sommaire détaillé, d’une introduction passionnante et de quelques notes sur la restauration rédigées par José Villarrubia au début de chaque volume. Quant aux couvertures originales, elles sont regroupées dans le tome 2.

Au lavis, c’est pas mal non plus!
Quand nous étions petits ou jeunes ados, dans un autre temps (les années 70, les années 80…), ces anthologies de l’éditeur Delirium n’existaient pas, mais certains épisodes de CREEPY, de EERIE et de VAMPIRELLA étaient publiés dans des revues éparses.
Dans les trois parties précédentes de notre dossier, nous avons vu que des revues CREEPY, EERIE et VAMPIRELLA avaient été publiées en VF aux éditions Publicness au début des années 70 et qu’elles proposaient souvent des épisodes réalisés par Richard Corben, de même que les revues ÈRE COMPRIMÉE et FANTASTIK pendant toute la première moitié des années 80.
Au début des années 80 également, certaines histoires dessinées par Richard Corben ont eu droit à une publication VF sous forme d’album aux éditions Neptune, intitulés par exemple SUEURS FROIDES, UNE FEMME BAFOUÉE, ou encore EDGAR POE. On trouve aussi d’autres albums consacrés à Richard Corben avec quelques épisodes des éditions Warren chez d’autres éditeurs (CARNAVAL DES MONSTRES et PRESQUE HUMAINS chez Futuropolis, BELLES À CROQUER et LA CHUTE DE LA MAISON USHER chez Albin Michel, PROFONDEURS et NUITS BLÊMES chez les Éditions du Triton).
Pour les fans de l’artiste, il faut savoir que l’éditeur Delirium s’est un peu fait le spécialiste de ses créations avec une collection dédiée à la série DEN (quatre tomes), et moult recueils de comics comme ESPRITS DES MORTS, DIMWOOD, RATGOD, MURKY WORLD, GRAVE ou encore BLOODSTAR. Tous sont des albums somptueux, d’une qualité extrême. Avis aux amateurs !

La collection Delirium dédiée à Richard Corben !!!
See You Soon !!!
