
POUR UNE POIGNÉE DE NANARS présente
* MUSTACHE OR NOT MUSTACHE ? *
Chronique des téléfilms CAPTAIN AMERICA, CAPTAIN AMERICA II et DR STRANGE
Date de sortie des films : 1978, 1979
Durée des films : 1h37, 1h28, 1H32
Genre : Super-héros, thriller, fantastique.

Un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaitre…
Cet article est consacré aux téléfilms de la fin des années 70 et du début des années 80 mettant en scène certains super-héros Marvel.
Plus exactement, nous y trouverons trois longs-métrages télévisés : CAPTAIN AMERICA, CAPTAIN AMERICA II et Dr STRANGE.
Ces téléfilms sont concomitants des séries de la même époque : L’INCROYABLE HULK, WONDER WOMAN et AMAZING SPIDER-MAN.
Alors, à votre avis : est-ce que c’est bien, les téléfilms Marvel des 70’s ? ou est-ce que c’est du nanar préhistorique sentant bon le patchouli, le formica et les dessus de lit en moumoute orange ?
Le programme :
Niveaux d’appréciation :
– À jeter
– À recycler !
– À goûter
– À déguster
– À savourer


Attendez de lire l’article avant de commander le DVD…
© Elephant Films
CAPTAIN AMERICA – 
Réalisateur : Rod Holcomb
Acteurs : Reb Brown, Len Birman, Heather Menzies, Steve Forrest
Scénario : Don Ingalls, Chester Krumholz
Musique : Pete Carpenter et Mike Post
Durée : 97 minutes
Date de sortie : 1979
Ce premier film sort en janvier 1979. Il est réalisé par un certain Rod Holcomb et le rôle principal est interprété par un certain Reb Brown.
Dès le générique de début, on sait tout de suite qu’on n’est pas dans STAR WARS (nan mais cette jaquette racoleuse de l’éditeur Elephant Films, quand même…), mais plutôt dans un épisode de K2000 ou de SUPERCOPTER. C’est-à-dire que ce téléfilm a la gueule d’un épisode d’une série de la même époque, en plus long. Et purée c’est carrément trop long. Il faudra notamment attendre les deux-tiers du métrage avant de voir le mec devenir Captain America !
Parlons-en de ce mec : Beau californien musclé et bronzé, grand et blond comme un surfer des familles, il joue comme une patate et déroule le charisme d’un pétoncle en chuchotant d’une voix à peine audible (il n’existe pas de VF pour ce 1er opus) et en fronçant les sourcils pour montrer qu’il joue la comédie DRAMATIQUE.
Le problème avec ce genre de téléfilm naturaliste tourné avec zéro effet de mise en scène, filmé sous le soleil et dans des décors naturels, c’est que les attributs super-héroïques vont tout de suite faire tâche et paraître complètement improbables. Et ça ne rate pas : Le costume et la moto arborant les rutilantes couleurs du drapeau américain sont d’un ridicule et d’un kitsch immédiat. La preuve tout de suite dans le trailer :
Les meilleures scènes du film en 1 minute 30 chrono…
Si vous venez de vous passer le trailer, vous avez surement remarqué que le héros saute en faisant un bond de plusieurs mètres sur un échafaudage. Et bien si vous voulez voir ce film pour ce genre de scène il est inutile de vous infliger les 97 minutes du métrage. Ce trailer suffira car il n’y a pas d’autres scènes comme ça (bon j’exagère il y en a UNE autre…).
Si vous avez bien observé ce trailer, toujours, et que vous avez remarqué le superbe échafaudage, la splendide pièce du laboratoire et le magnifique… désert, alors vous avez vu à peu-près tous les décors du film. Une plage, une route poussiéreuse, un désert, une maison, un hôpital et une usine : Voilà pour le budget alloué aux décors…

La classe américaine…
Quant aux liens entre le scénario et les comics… vous pouvez aussi oublier cet élément. N’allez pas chercher Crâne Rouge ou le Baron Zémo. Ne vous attendez pas à voyager dans le temps en 1940 et à rencontrer des nazis. Pas de Bucky, rien. Ce Captain-là vit en 1979, dans son bled de Californie où il n’y a qu’un désert, une plage et une route et une maison et un hôpital et une usine, et il ne combat que les sbires moustachus (un méchant avec une moustache a l’air toujours plus méchant qu’un méchant sans moustache, si vous ne savez pas ça vous ne savez rien (en vérité je ne me rappelle pas s’ils avaient vraiment une moustache mais on s’en fout, ça ne change rien au fait que j’ai raison sur ce point)) du méchant millionnaire qui menace de lancer une bombe nucléaire sur la Californie si on ne lui donne pas ce qu’il veut (il veut la Californie en fait).

Ah… Ces décors…
Pour le reste qu’avons-nous ? De la parlotte, encore de la parlotte, quatre protagonistes qui parlent dans une pièce de labo, puis parlent, et puis parlent… Une poursuite en moto. Puis une autre (il parait que les motos c’est important pour la genèse de cette adaptation, d’où le casque. Passionnant, non ?). Et puis la grande scène d’action finale avec deux sauts sur des échafaudages et deux ou trois bourre-pif (peut-être plutôt DEUX que trois, d’ailleurs). Et puis ce genre de plan inénarrable où les réalisateurs nous font croire que lorsqu’un héros se fait tirer dessus, il a le temps de bouger pour éviter la balle (ici en brandissant le bouclier de Captain America)… Et puis je crois que c’est à peu-près tout.

Je vois vraiment pas pourquoi vous rigolez…
Je m’étais marré comme une baleine en me refaisant les deux téléfilms SPIDER-MAN de la même époque. Je pensais sincèrement qu’il se passerait la même chose avec ce film-là. J’en ai eu pour mes frais (*) : Je me suis fait chier comme un rat crevé pendant 97 interminables minutes, en m’obligeant à regarder ce machin jusqu’au bout juste pour vous écrire cette bafouille (et un peu pour ma propre culture personnelle, je dois le confesser…). Vous ne direz pas, après ça, que je n’ai pas l’esprit de sacrifice…
(*) : Ah ! Siiiii ! Il y a un plan qui m’a déglingué les zygomatiques : Celui où l’on voit voler le bouclier en gros plan ! Un effet spécial qui aurait fait hurler de rire Ray Harryhausen lui-même durant le tournage des SOUCOUPES VOLANTES ATTAQUENT !

Vas-y, mec. Vends-nous du rêve…
Bref, voilà du nanardouille de première bourre. À une époque où les producteurs filmaient n’importe quel pitch avec 35 centimes de budget et essayaient de distribuer leurs machins dans les salles de cinéma en faisant croire qu’on allait en avoir pour notre argent…
Achetez-vous deux figurines (une de Captain America et une autre d’un mec normal comme dans le film (et dessinez-lui une moustache pour qu’il ait l’air encore plus méchant !)), jouez avec dans votre jardin ou dans la jardinière de votre balcon et vous aurez de meilleurs décors, de meilleurs acteurs et un meilleur scénario que dans ce premier film de 1979…


Le grand spectacle de l’été 1980 ?
CAPTAIN AMERICA II – 
Réalisateur : Ivan Nagy
Acteurs : Reb Brown, Christopher Lee, Connie Sellecca, Katherine Justice
Scénario : Patricia Payne, Wilton Schiller
Musique : Pete Carpenter et Mike Post
Durée : 88 minutes
Date de sortie : 1979
En France, la chose a eu l’honneur d’une sortie au cinéma à l’été 1980 sous le titre très sobre de… CAPTAIN AMERICA (on lui a enlevé le « II » sous prétexte que le précédent n’avait pas été projeté en salles. Moi je trouve ça mesquin). Il existe donc une VF pour celui-là et c’est l’option que j’ai choisie parce que ce certain Reb Brown parle tellement doucement que je n’entendais rien à ce qu’il racontait dans le premier film (aussi bien c’était passionnant et je suis complètement passé à côté…).
Le début du film envoie du lourd avec une scène enfin au niveau des attentes en termes nanardesques lorsque, pour récupérer le sac volé à une mémé par deux voyous (qu’il est loin le temps où les héros combattaient de grandes menaces à l’échelle de l’univers…), notre Captain envoie son bouclier. Je vous laisse mourir de rire en regardant l’extrait ci-dessous :

Ahhhhhhhh ! Ahahahahahah !!! Ahahahahahahahahahahahahahahahahahah !!!!!!!!!!!!!!!!
Maintenant que vous avez vu cet extrait (si vous n’êtes pas mort (de rire)), sachez que, dans le film, le tout est enrobé d’effets sonores à la Steve Austin (aka L’HOMME QUI VALAIT TROIS MILLIARDS) qui accompagnent tous les tours de force du héros. Celui-ci a fort à faire dans ce deuxième film (qui dure neuf minutes de moins que le précédent, c’est déjà ça de gagné) puisque, en plus de sauver le sac de la mémé, il doit contrecarrer les plans du diabolique Miguel, un terroriste qui menace de libérer un virus faisant vieillir la population si on ne lui file pas deux milliards de dollars (bon, cette fois j’ai été attentif et DEUX des mercenaires de Miguel portaient bien une moustache, j’en étais sûr, je vous l’avais bien dit (on les voit pas très bien sur les deux plans un peu flous qui leurs sont consacrés mais c’est pas grave…)). Le diabolique Miguel est quand même interprété par le grand Christopher Lee (qui, si ce n’est pas le cas ici, a déjà porté moustache sur plusieurs films dans lesquels il interprétait le méchant (et paf ! comme je vous ai cloué le bec !)).

La preuve que j’ai toujours raison…
Quant au héros, il se balade en camion et il est capable de sortir de ce camion en moto (avec moult fumée) en 2 secondes-chrono (on ne le voit pas se changer, mais apparemment il met moins de 2 secondes pour le faire). Et dès qu’il enfourche son destrier à moteur, l’action ne s’arrête plus et on peut l’admirer donner des bourre-pif à des types patibulaires (avec ou sans moustache, donc…) et passer à travers des piles de carton, une bonne idée quoiqu’il en soit parce que c’est quand même plus pratique pour les effets spéciaux que de le faire passer à travers des murs en briques… Cela-dit je suis un poil mauvaise langue, parce qu’il y a quand même du lourd côté effets spéciaux. Jugez plutôt :

Un effet très… spécial.
Pour le reste, il y a beaucoup plus de personnages que dans le film précédent autour du même casting principal mais les décors sont toujours aussi… ruraux. Quant au diabolique Miguel, il exerce son méprisable business depuis un… pénitencier abandonné. Donc… pour le budget décors…
En VF le Captain est doublé par Bernard Murat, excellent doubleur (vous l’avez entendu derrière le Fred de SCOOBY-DOO ou derrière Bruce Lee dans LA FUREUR DU DRAGON, OPERATION DRAGON et LE JEU DE LA MORT. Mais il est surtout le doubleur attitré de Woody Allen) qui exprime, avec un timbre de voix nettement plus élevé, beaucoup plus de nuances et de profondeur que ce certain Reb Brown lorsqu’il parle avec sa propre voix.
À noter que c’est avec ce film que le grand public français a découvert le personnage de Captain America, dont la série en comic book n’était publiée, jusque-là dans l’Hexagone, que dans de petites revues où il fallait vraiment être un connaisseur fou-furieux pour les dénicher (concrètement, la série CAPTAIN AMERICA a commencé à être publiée en VF dans Eclipso n° 57 en 1976, un petit format noir & blanc. Et c’est donc en 1979, soit au moment de la sortie des deux téléfilms aux USA, qu’on a vu pour la première fois la série apparaître dans un album en couleur chez l’éditeur Arédit/Artima). Son importance historique capitale est ainsi entérinée et il est donc interdit de se moquer (ce qui n’est d’ailleurs pas mon genre).

Stop ! c’est fini !


On sent tout de suite que c’est pas le même level, là…
Dr STRANGE –
/ 
Réalisateur : Philip DeGuere Jr.
Acteurs : Peter Hooten, Jessica Walter, John Mills, Clyde Kusatsu
Scénario : Philip DeGuere Jr.
Musique : Paul Chihara
Durée : 93 minutes
Date de sortie : 1978
Ce troisième téléfilm, réalisé avant les deux précédent (en 1978, donc) par un certain Philip DeGuere Jr. (à qui l’on doit respectueusement des épisodes de MAGNUM, BARETTA et LES TÊTES BRÛLEES), était censé être le pilote d’une série, tout comme celui de HULK l’année précédente. Il ne remporta hélas pas (ou heureusement, selon le point de vue) le succès escompté malgré son déballage d’effets spéciaux, raison probable pour laquelle les CAPTAIN AMERICA qui ont suivi ont directement été conçu sous forme de téléfilm (avec un budget effets spéciaux et décors nettement revu à la baisse). Le rôle principal est interprété par un certain Peter Hooten, qui n’a pas dû connaitre une grande carrière puisqu’il ne possède même pas de page Wikipedia française (la loose), mais qui tient apparemment un rôle dans ORCA.
La bande-annonce la plus chiante de toute l’histoire du multimédia…
Ce troisième film, avec ses couleurs chamarrées et ses effets psychédéliques généreux, semble avoir été cuisiné avec des condiments, des arômes et des épices là où les deux précédents avaient la saveur d’une semelle cuite à l’eau dans une vieille casserole sous le soleil du désert. Et ça fait du bien de sortir des routes poussiéreuses bordées de cactus et des usines désaffectées pour se retrouver dans les limbes et dans la maison new-yorkaise ouvragée art-déco du Sorcier suprême (quand bien même tout ceci sent bon le carton-pâte).

He’s dangerous…
Le résultat est tout aussi kitsch et ringard que les deux autres films, mais au moins le spectacle est hautement plus orienté vers la magie et le fantastique. Du coup, on y trouve beaucoup plus d’éléments prélevés dans les comics avec la présence, autour de Stephen Strange, du disciple chinois (Wong), d’un Démon des limbes (Balzaroth), de la méchante Morgane LeFay (autre personnage échappé des comics Marvel), et des effets occultes psychédéliques comme on en voyait dans les premières histoires dévolues à la série et dessinées par Steve Ditko.

Le royaume du mal terrifiant…
Il s’agit d’une origin story et le héros est au départ un médecin, comme dans le comic-book.
Ce docteur-là arbore une fort belle moustache (ça n’en fait pas un méchant pour autant, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit (mais par contre ça lui donne un air subtilement pervers et je me demande même si, face à son insuccès, l’acteur n’envisageait pas alors de se reconvertir dans une carrière porno. Allez savoir…)). Il faudra attendre les dernières minutes pour le voir endosser son costume et pratiquer la magie, mais jusque-là, Morgane LeFay et Thomas Lindmer (le précédent Sorcier suprême au charisme de palourde) assurent l’intérim pour ce qui est des affrontements à coup de rayons jaunes qui sortent du doigt et de voyages dans des tourbillons colorés à l’intérieur desquels on tombe dans les limbes en tournoyant en rond comme dans un abîme (lequel regarde en vous, c’est sûr (un peu de philosophie ne peut pas faire de mal…)).

Le bon Docteur lutte contre les démons. Maintenant, une devinette pas fastoche : lequel démon est le plus moche ?
Fort de son charisme et de sa moustache, laquelle semble exercer un irrésistible pouvoir d’attraction sur le sexe faible (de-là à dire que le dit-sexe est attiré par le mal il n’y aurait qu’un pas que je ne franchirai pas…), notre bon docteur tombe les filles comme des mouches. Ça commence avec la vilaine Morgane, qui vit depuis des siècles toute seule dans les limbes. Chaude comme la braise, elle n’hésitera pas à trahir son démon de maitre et à l’envoyer balader juste pour batifoler avec le beau moustachu (noter encore la subtile parabole de la moustache : Morgane + sa libido = le mal (aka l’attrait pour le mâle)…). Et ça continue avec une jeune étudiante que le docteur s’applique à soigner (après qu’elle ait été possédée par la vilaine Morgane). Le film s’achève alors que le héros emballe la belle, juste après que le précédent Sorcier suprême lui ait expliqué que c’était pas possible parce qu’il fallait choisir entre la magie et les filles (manifestement le nouveau est dur d’oreille (ou alors il s’est dit comme ça que, juste un p’tit coup, discretos, ça devrait passer…)).

Moustache = charisme.
J’ai bien fait de garder celui-ci pour la fin. Il est aussi hallucinant, joyeusement barré et ringard que les SPIDER-MAN de la même période. Et si le résultat est complètement pourri, au moins le plaisir nanardesque est inversement proportionnel au niveau édifiant de cette nullité.
Malgré ce que l’on a pu lire plus haut, cette version TV de Dr STRANGE ne fait guère plus d’effort que celle de SPIDER-MAN pour coller à la continuité de la version comics (pas d’accident de la route pour le bon docteur, ni de mains abimées, ni de voyage au Tibet…), mais on reconnait tout de même bien la source. Il parait d’ailleurs que Stan Lee en personne (le co-créateur du personnage) était impliqué dans la production.
Le festival des effets spéciaux !
Cela pourra paraître incompréhensible à certains, mais je préfère dans l’avenir me revoir cette version plutôt que celle relativement plus fidèle, sortie au cinéma en 2016 et son horrible suite pourtant réalisée par le grand Sam Raimi. Car au moins cette version disco me fait bien rigoler (à ranger dans votre filmothèque à côté de DOC SAVAGE ARRIVE) !
Notre article est terminé. Il reste encore tout plein d’adaptations Marvel fauchées à exhumer, comme les productions Corman (un FANTASTIC FOUR et un autre CAPTAIN AMERICA dans les années 90), et même un improbable précurseur venu des Indes nommé CAPTAIN AMERICA & SANTO Vs SPIDERMAN !
À voir si tout cela mérite une autre nanardesque chronique…

Collectionne-les tous !
THAT’S ALL, FOLKS !!!
