
* HORROR FROM THE PAST *
– 1° PARTIE –
Contenu du dossier :
Les publications Warren dans les années 60 et 70
Genre : Fantastique, Horreur, thriller
Éditeur : Delirium (Éditeur VO : Dark Horse)
Le dossier en 5 parties :
1. CREEPY (vous êtes ici)
2. EERIE
3. VAMPIRELLA
4. CREEPY & EERIE PRÉSENTENT Richard Corben
5. CREEPY & EERIE PRÉSENTENT Bernie Wrigthson : Maitre de l’horreur…

La magnifique collection de l’éditeur français Delirium. Hélas très lente !
Ce dossier en cinq parties portera sur les trois magazines phares de l’éditeur Warren Publishing. Soit CREEPY, EERIE et VAMPIRELLA. Des magazines qui furent publiés entre 1964 et 1983, et qui étaient spécialisés dans la bande-dessinée d’horreur.
De manière plus précise, les articles se focaliseront sur le premier tome de chaque anthologie publiée par l’éditeur VF Delirium, qui nous offre, lentement, une série d’albums splendides.
Notons que Delirium a parallèlement publié des albums dédiés à un artiste en particulier ayant fait les beaux jours des magazines CREEPY et EERIE, comme Richard Corben, Bernie Wrightson ou encore Alex Toth !
Ce premier article est donc dédié à l’anthologie CREEPY et se focalisera en particulier sur le premier tome de l’éditeur Delirium.

Avec l’oncle Creepy, la goule des Contes de la Crypte a trouvé son successeur…
Le magazine CREEPY aura duré près de vingt ans (de 1964 à 1983). C’était un dérivé des comic books (avec un format différent qui lui permettait d’échapper à la censure en apparaissant chez le marchand de journaux, non pas aux côtés de Batman ou Spider-man, mais plutôt de Playboy !) qui proposait une anthologie de petites nouvelles horrifiques, en général de sept à huit pages chacune. Chaque numéro de ce magazine regroupait quatre nouvelles graphiques en noir et blanc (bien plus tard, quelques épisodes en couleur apparaitront de manière ponctuelle).
Le premier tome de la collection Delirium regroupe les sept premiers numéros (en tout 29 épisodes) publiés à l’origine de 1964 à 1966.
Le concept du magazine était exactement le même, en ce qui concerne les bandes-dessinées, que celui de TALES FROM THE CRYPT, publié dix ans plus tôt, où l’on voyait un vieux cadavre décrépi (le gardien de la crypte) présenter ses petits contes horrifiques.
Ainsi, le vieil Oncle Creepy (sorte de vieille goule avec chemise à jabot) s’impose comme l’hôte du lecteur, qui lui propose de lui présenter et de lui narrer ses histoires à donner le frisson !

L’oncle Creepy vous présente ses horreurs…
Les thèmes abordés au cours de ces deux premières années de publication lorgnent clairement du côté des grandes figures du fantastique : Loups garous, vampires, momies, monstre de Frankenstein et abominable Homme des neiges sont convoqués au bestiaire !
La formule, encore une fois, reprend celle des publications EC Comics (TALES FROM THE CRYPT, HAUNT OF FEAR, VAULT OF HORROR, SHOCK SUSPENSTORIES, CRIME SUSPENSTORIES, WEIRD SCIENCE, WEIRD FANTASY, TWO-FISTED TALES, PIRACY…) : Aucune forme de manichéisme, mais des fables acerbes et macabres, souvent bouclées sur un twist final cruel et cynique, à l’inverse des happy-end traditionnels.

Archie Goodwin aime… Edgar Alan Poe !
La qualité des histoires est inégale. Certaines accusent le poids de l’âge et paraissent aujourd’hui naïves, puériles et bourrées de clichés. D’autres sont étonnantes, voire encore assez effrayantes. L’épisode LA CHOSE DANS LE PUITS est d’une noirceur abyssale, tandis que plusieurs récits s’inspirent directement des grandes réussites d’Hollywood : LA FILLE DES FÉLINS est ainsi une parfaite déclinaison du film LA FÉLINE (CAT PEOPLE), le chef d’œuvre de Jaques Tourneur et Val Lewton !
Dans l’ensemble, comme cela est évoqué plus haut, les histoires rappellent autant les grands classiques de la littérature fantastique que ceux du cinéma de genre (Universal Monsters et Hammer films réunis).
La plupart des épisodes sont écrits par le scénariste Archie Goodwin, alors rédacteur en chef du magazine jusqu’en 1967. Dans l’ensemble, il fait preuve d’un talent incontestable pour imaginer des récits conceptuels, qui forment une boucle horrifique sur le principe de “l’arroseur arrosé” (la malveillance de certains personnages finissant toujours par se retourner contre eux), ou bien qui jettent de pauvres innocents dans la tourmente d’un destin fatal ! À plusieurs reprises, il adapte des courtes nouvelles d’illustres écrivains dans le genre horrifique (Edgar Poe, ou Bram Stocker).
Le charme de ces petites histoires vient en grande partie du fait qu’elles sont toutes enrobées d’un humour noir grinçant, qui a plutôt bien vieilli et les rend beaucoup moins ampoulées que celles des comics de super-héros de la même époque.

Frazetta forever (?)
La partie graphique est un véritable régal pour les amateurs d’imagerie gothique. De nouveau, il faut faire référence à l’héritage de l’éditeur EC Comics, puisque CREEPY convoque la plupart des dessinateurs ayant illustré les pages de ce dernier. La présente anthologie réunit d’excellents dessinateurs old-school, qui réalisent de superbes planches iconiques, expressionnistes et lugubres, toutes en contraste clair/obscur du plus bel effet. Se bousculent ainsi au générique des artistes comme Joe Orlando, Reed Crandall, Gray Morrow, Angelo Torres, Alex Toth, John Severin, Al Williamson et… Frank Frazetta ! S’il réalise toutes les couvertures de ces premiers numéros, cet immense illustrateur participe également à la mise en image de certaines histoires ! Ces quelques pages nous font immédiatement regretter qu’il n’aie plus officié par la suite en tant que dessinateur de bandes-dessinées (celles-ci étant les dernières de sa carrière), car en une poignée de planches, il écrase toute concurrence. Dans un noir et blanc expressionniste teinté de lavis, il réalise des cadrages et des compositions incroyablement puissantes. Ses personnages et autres créatures sont animées d’une force et d’une tension tout en maniérisme animal d’un lyrisme extrême. Hélas, il réalise une seule histoire de six pages (LE LOUP-GAROU) et deux planches intermédiaires intitulées LES LUGUBRES LÉGENDES DE CREEPY…


Frazetta forever !!!
Toutes ces petites histoires horrifiques sont sans doute trop légères, inoffensives et naïves pour accéder au niveau des chefs d’œuvre du genre. Mais il se dégage de cet ensemble un délicieux parfum suranné d’imagerie gothique, teintée d’horreur et de folklore européen.
Ce premier tome de la série ANTHOLOGIE CREEPY est agrémenté de nombreux bonus, dont une longue préface de Christophe Gans, un article intitulé “L’enterrement prématuré d’Oncle Creepy” par Bernard Joubert et un autre intitulé “La révolution Warren” par Jon B. Cooke, qui reviennent sur la genèse et la diffusion de la série. En fin d’ouvrage, on trouve également les sept couvertures originales signées Frank Frazetta (j’aurais préféré les trouver au début des épisodes, comme à l’époque de leur parution en magazine, mais bon…).
Cette collection Delirium, en grand format et en papier glacé, avec sommaire détaillé et couverture magnifique, est un véritable bonheur pour les amateurs. Espérons qu’elle dure longtemps, afin de pouvoir lire les 145 numéros historiques de la série. Cela semble malheureusement improbable, car le succès n’étant pas au rendez-vous, l’éditeur n’a toujours pas publié de quatrième tome…
Avec le Tome 2 et le Tome 3, nous en sommes pour le moment à 45 numéros publiés dans la collection en VF…

Vous reprendrez bien encore un peu de loup-garou ?
Quand nous étions petits ou jeunes ados, dans un autre temps (les années 70, les années 80…), ces anthologies de l’éditeur Delirium n’existaient pas, mais certains épisodes de CREEPY, tout comme certains épisodes de EERIE et VAMPIRELLA, étaient publiés dans des revues éparses.
De 1969 à 1976, une revue CREEPY a été publiée en France et en VF aux éditions Publicness. Elle regroupait la plupart du temps 4 à 6 récits, dans le désordre (sans respecter l’ordre de publication initial de la VO), en introduisant également, de temps en temps, des récits tirés de l’anthologie EERIE. Il y eut trente numéros en tout.
Une seconde revue CREEPY, regroupant 6 à 8 histoires à chaque fois, toujours dans le désordre, a été publiée en 1978 par les Éditions du Triton. Quatre numéros en tout.
Entre 1979 et 1986, la revue ÈRE COMPRIMÉE a également proposé quelques histoires de l’anthologie CREEPY (mais aussi de EERIE et de VAMPIRELLA), de manière ponctuelle au milieu d’autres récits de comics de genre horreur et fantastique.
Au début des années 80 également, certaines histoires dessinées par Richard Corben ou par Bernie Wrightson ont eu droit à une publication VF sous forme d’album aux éditions Neptune, intitulés par exemple SUEURS FROIDES, UNE FEMME BAFOUÉE, ou encore EDGAR POE. On trouve aussi d’autres albums consacrés à Richard Corben avec quelques épisodes de CREEPY chez d’autres éditeurs (CARNAVAL DES MONSTRES et PRESQUE HUMAINS chez Futuropolis, BELLES À CROQUER et LA CHUTE DE LA MAISON USHER chez Albin Michel, PROFONDEURS et NUITS BLÊMES chez les Éditions du Triton).
Enfin, une dernière revue anthologique, intitulée FANTASTIK, s’était fait la spécialité de l’éditeur Warren Publishing et a été notre principale porte d’entrée à cet univers pendant toute la première moitié des années 80…

Vintage !!!
See You Soon !!!
