
* RETOUR VERS LE PASSÉ *
(DE TIGER KHAN À RAHAN)
Contenu du dossier :
Recueils de souvenirs et d’anecdotes sur le magazine PIF GADGET dans les années 70.
Date de publication choisie : 1978-1979 pour la publication originelle du magazine Pif Gadget aux éditions ©Vaillant.
3° partie – RETOUR VERS LE PASSÉ (DE TIGER KHAN À RAHAN)
Genre : Presse et Bande dessinée jeunesse
Le dossier en 3 parties :
1. LES ANNÉES PIF (BANDES DESSINÉES, GADGETS ET FIGURINES)
2. À LA RECHERCHE DU TEMPS PERDU : PIF GADGET N°488
3. RETOUR VERS LE PASSÉ (DE TIGER KHAN À RAHAN) (vous êtes ici)

Alors, qui les avait ces gadgets ? Moi M’sieur !!!
©Vaillant
Cette série de trois articles est consacrée au magazine Pif Gadget, mais pas que.
L’idée est de remonter le temps et, telle le Madeleine de Proust, de faire revivre les sensations que les jeunes de vingt ans ne peuvent pas connaître…
Je vous propose de remonter le temps avec moi jusqu’à la fin des années 1970, plus précisément entre 1978 et 1979, afin de nous replonger dans les pages du magazine culte tel qu’il était à l’époque…

La page de présentation du gadget du N°433.
©Vaillant
Je vous avais raconté, dans la deuxième partie de notre dossier consacré à Pif Gadget, comment j’avais réussi à retrouver un numéro de mon enfance qui m’avait marqué en collectionnant tous les magazines parus entre mars 1977 et décembre 1979. Soit précisément cent trente cinq numéros, du 416 au 550 (Pif Gadget était un magazine hebdomadaire, avec quelques hors-série) !
Parmi cette multitude de magazines que je m’étais procurés, je pouvais ainsi revivre mes souvenirs d’enfance et voyager à travers le temps. Je retrouvais L’OISEAU PICHEBOUL et TIGER KHAN, deux des histoires de Pif & hercule qui m’avaient le plus marquées dans mon enfance. Je revivais l’émerveillement du parfum des années 70. Je pouvais de nouveau essayer de résoudre les énigmes de Ludo, je dégustais mes retrouvailles avec les planches illustrées de Mordillo d’une poésie totalement burlesque, et je tentais même, lorsque le gadget était encore avec le magazine, de le remonter avec mon fils !

Les enquêtes de Ludo et les délices de Mordillo, c’était aussi dans Pif Gadget !
Je me souviens donc avec délice de L’OISEAU PICHEBOUL. Une petite histoire onirique et malicieuse dans laquelle Pif & Hercule entendent le cri étrange (“Kelperdepec !”) d’un oiseau mythique que les imbéciles ne peuvent pas voir. Durant toute l’histoire, les personnages et leurs lecteurs tenteront d’apercevoir la bête sans succès, jusqu’à ce que le récit se termine sur une note des auteurs qui espèrent que celui qui lit ces lignes ait pu être plus chanceux…
Mais mon histoire préférée de Pif & Hercule, celle qui m’a fait rêver tant et plus, c’est TIGER KHAN (Pif gadget N°433). Un récit fascinant, légèrement effrayant pour un enfant. L’histoire commence alors qu’Hercule s’endort et rêve qu’il est le roi des chats de gouttières. C’est à ce moment qu’arrive Tiger Khan, un gigantesque chat tyrannique venu de la lointaine orient, qui s’empresse de mettre la main sur le territoire, non sans infliger une raclée monumentale à notre matou préféré…
Une merveilleuse petite histoire pour enfants, écrite et dessinée par Motti, qui s’occupait pleinement de Pif & Hercule à l’époque. Un conte qui évoque parfois l’univers de Dickens, dont l’essentiel de l’action se déroule sur les toits de la ville.

Tiger Khan, le roi des chat de goutières venu de la lointaine orient…
©Vaillant






Pour le lecteur privilégié de C.A.P…
©Vaillant
Certes, ces petites BDs sont naïves et gentiment désuètes, sans aucune toile de fond autre que la poésie du récit. Mais pour un enfant de l’époque, c’était aussi beau qu’un dessin animé du mercredi après-midi, sans une once de vulgarité racoleuse.
Cette histoire m’aura tellement fasciné étant gosse que j’ai longtemps voulu en écrire un remake et le réaliser sous forme de BD. Mon idée était de garder la trame générale du récit tout en l’étoffant en y ajoutant une toile de fond sur les relations entre le réel et l’écriture. Hercule & Pif disparaissaient au profit d’un chat détective et d’un chien écrivain, le premier alimentant par ses aventures le contenu des romans du second ! Le monde des toits devenait alors celui de la fiction, tandis que celui du sol demeurait celui de la réalité !
Le personnage de Tiger Khan y apparaissait sous la forme d’un truand monstrueux. Et je durcissais son aspect horrifique.
Tout ça pour dire que l’on peut trouver dans ses souvenirs d’enfant matière à nourrir sa propre créativité.


Mes croquis de l’époque pour un fantasme de remake…
Pif Gadget, on a fait le tour ?
Je sens tout de même que vous êtes nombreux (si, si, je le sens…) à regretter que l’on ait à peine survolé certains sujets et certains contenus, pour ne pas dire certains incontournables du magazine.
Par exemple, dans la première partie du dossier, on a peine évoqué le cas RAHAN.
Il faut quand même toucher deux mots de RAHAN : C’était la série pour les grands que même les petits aimaient, la seule série dite “réaliste” du magazine, avec bien sûr CORTO MALTESE, qui connaitra ensuite la consécration pour elle-même.

L’annonce qui tue !
©Vaillant
Comme toutes les séries du magazine, notamment celles dites “réalistes”, RAHAN était publiée ponctuellement dans les pages de Pif gadget, c’est-à-dire en moyenne tous les cinq numéros. Ainsi, dans notre Pif gadget N°433, il n’y a malheureusement pas d’épisode de RAHAN. Toutefois, le magazine s’achève avec une annonce : Un épisode de RAHAN au prochain numéro ! Et pas des moindres puisque ce sera LE PIÈGE FANTASTIQUE, où le héros affronte un titanesque dinosaure, totalement inventé pour l’occasion !
Cette série n’a jamais prétendu décrire une réalité scientifique et elle proposait au contraire une forme de préhistoire fantasmée, où tout était possible, notamment le fait que certains dinosaures aient pu encore survivre au temps des premiers hommes. Autant dire que nous allions adorer LE PIÈGE FANTASTIQUE !

Le magazine RAHAN (1° série en haut, 2° série en bas), bonus incontournable de Pif Gadget.
©Vaillant
En fait, les gadgets dont je me souviens le plus n’étaient pas dans Pif Gadget, mais justement dans le magazine spécialement dédié à Rahan, qui sortait en parallèle tous les trois mois.
Côté Gadget, RAHAN c’était la panacée avec son coutelas d’ivoire (en plastique) et son collier à dents de tigre. Il y avait aussi la sarbacane, les pointes de lance en silex (des objets en résine aujourd’hui très recherchés), le bracelet à tête de lion, le médaillon et la statuette de Rahan, ainsi que diverses bestioles en caoutchouc (araignée, lézard, chauve-souris) ou bien à l’état de squelette (un tricératops), un lance boulette et une longue-vue. Mais mes préférés étaient les pendentifs en forme de squelette (en vérité des “gadget à 1 franc”), notamment ceux qui s’appelaient la Main mystérieuse et L’Ombre de l’homme, qui me fascinaient et que j’ai partiellement réussi à retrouver depuis…

La magazine dédié à Rahan recopiait lui aussi le principe du gadget bonus…
Ainsi nous adorions tous RAHAN et son voyage dans la préhistoire, malgré ses erreurs scientifiques criantes (et dire qu’il y en a encore aujourd’hui, qui croient, pour avoir lu RAHAN pendant des années, que les dinosaures et les hommes ont cohabité ! (vous savez sans doute que 60 à 65 millions d’années, en réalité, séparent le dernier dinosaure du premier hominidé !))
Du coup, les éditions Vaillant publiaient parallèlement la revue RAHAN avec le même principe du gadget, un rendez-vous trimestriel que beaucoup d’entre nous ne rations pas, quand bien même la plupart des épisodes avaient déjà été publiés dans Pif gadget (rappelons tout de même que cette série a commencé à être publiée dans le tout premier numéro de Pif gadget, et que plusieurs années s’étaient écoulées depuis la publication d’un épisode publié dans Pif gadget avant qu’on ne le retrouve dans la revue RAHAN).
Il s’agissait par ailleurs d’un format davantage orienté “librairie”, avec moins de rédactionnel, et plus de planches de BDs. Une compilation d’épisodes distincts.

Être un peu geek… (collection personnelle de l’auteur)
Un autre souvenir, en termes de gadget, aussi magique que frustrant, est lié aux petites figurines aimantées qui étaient fournies avec les “poches”, ces petits bouquins carrés (100 Jeux/100 gags !) que l’on emmenait toujours en vacances avec nous. Une bonne douzaine de personnages étaient ainsi livrée avec les bouquins (une déclinaison des histoires de Pif, Hercule et compagnie). Je les collectionnais scrupuleusement et amoureusement lorsque j’eu soudain une idée que je pensais lumineuse et qui allait se révéler dramatique et catastrophique : Les aimanter sur le derrière de la 2CV familiale ! J’étais fier comme Artaban en exhibant mes figurines à l’arrière de la bagnole sauf que, dès la première fois que ma mère est venue me chercher à l’école, quelqu’un me les a tout bonnement piqués !
Ce fut le drame… En cherchant partout depuis (boutiques, puces, internet), je n’ai pu en retrouver que trois à un prix abordable…

Les gadgets aimantés, c’était dans la le Poche !
©Vaillant

Il en manque plein…
Qu’y avait-il en plus dans le magazine Pif Gadget dont on a pas encore parlé ? En réalité, la diversité de son contenu était telle qu’il nous reste tout un tas de bandes dessinées à évoquer :
Outre les histoires de nos héros et de celles des héros de nos ainés (les LOUP NOIR, FANFAN LA TULIPE, AMICALEMENT VÔTRE et autres ROBINSONS DE LA TERRE), il y avait aussi tout plein de séries attrayantes, comme le SYLVIO de Luguy (le créateur de PERCEVAN), les désopilants RIGOLUS ET LES TRISTUS de Jean Cézard, le LÉONARD de Turk & De Groot, le CONCOMBRE MASQUÉ de Mandryka, LA JUNGLE EN FOLIE de Mic Delinx ou encore HORACE, LE CHEVAL DE L’OUEST de Jean-Claude Poirier.

Petit florilège des BDs de notre enfance…
©Vaillant
Ainsi s’achève notre dossier consacré aux années Pif Gadget. Une petite récréation sur C.A.P, où l’on se penche généralement sur des créations moins enfantines.
Cet article en trois parties aura été largement dévolu au sentiment de nostalgie, raison pour laquelle j’ai volontiers utilisé l’écriture à la première personne et une certaine légèreté (voire une naïveté clairement assumée !) dans les propos.
Nous sommes ici dans la rubrique Vintage. Et j’espère que ça vous aura plu.
That’s all, folks !!!

Pif Gadget. Que de souvenirs. J’ai eu le même Albator à 5-6 ans en 1981. Je faisais Pif Gadget, Pif Poche, Pif Spécial et quelques années plus tard Super Hercule. J’adorais Dicentim, Placid et Muzo, les Rigolus et les Tristus. Et surtout Pif et Hercule face à Krapulax et son gnome. Le seul Pif pour moi. Celui d’aujourd’hui n’existe pas. Surtout quand on sait qui a les droits. Ça rendrait Cabrero Arnal furieux. Merci pour cette série d’articles qui me rappelle beaucoup de bons souvenirs et la belle période où je pouvais passer un temps infini devant les kiosques du bureau de tabac.
Un grand merci pour ton passage !
C’est marrant, Pif Spécial et Super Hercule ne me disent rien. Je relance par Pif Parade, Les Rois du Rire ou Hit Parade Comique ! 😀
Comme toi le plus beau souvenir n’était pas de lire ces BDs en fait, mais d’en découvrir les couvertures sur les étals des maisons de presse…
… Mama mia le Albator !!
J’aurais adoré avoir ce personnage sous cette forme : les figurines « pliables » me fascinaient littéralement, car je pouvais leur faire faire n’importe quoi, quand ce pauvre Ken, avec ses bras tout raides, me frustrait au possible. J’aimais beaucoup me prendre pour dieu, avec mes jouets gniak gniak gniak… Non, en fait, j’étais un ange bienveillant (sauf quand je les fracassais, par accident et/ou soucis de les « améliorer »…).
J’avais complètement oublié la joliesse du dessin de Sylvio, ou même le professionnalisme de celui de La Jungle En Folie : il ne me reste rien des histoires -passé aux Super-Héros et aux autres Franco-Belges très vite.
Rahan c’était vraiment du beau boulot : la plupart des couvertures postées sont magnifiques ; et merci pour ce souvenir (oublié lui aussi !) du gadget « L’Ombre De L’Homme » : une symbolique dont la poésie m’avait beaucoup ému, à l’époque de ces premiers émois littéraires. « La Main Mystérieuse » n’est pas mal non plus, d’ailleurs.
Complètement zappé que c’était dans ces pages qu’on a découvert Mordillo, aussi. Culture à la portée de tous !
Dis donc, tu te débrouilles pas mal ! J’avais été zieuter tes dessins humoristiques, dans ta rubrique dédiée : c’est quoi qui t’a empêché de creuser le sillon ?!
Merci encore pour ton retour !
Philippe Luguy, le dessinateur de Sylvio, a été pendant un temps mon dessinateur préféré (j’ai une dédicace réalisée quand j’étais encore au lycée, sur le premier album de Percevan).
Pour Mordillo, j’ai par la suite acheté tous les albums cartonnés que je pouvais. Mes enfants en sont fans et se les relisent souvent.
« Dis donc (…) c’est quoi qui t’a empêché de creuser le sillon ?! » :
Poussé par mes parents pour faire des études d’enseignant, j’ai commencé à décrocher du dessin quand j’ai commencé à travailler concrètement, et puis j’ai définitivement arrêté quand j’ai fondé une famille… Être artiste, c’est un boulot à temps plein XXL.
La création ou « La » création (tu mets la majuscule là où tu préfères), c’est des trucs qui mangent tout : c’est balaise d’avoir su prioriser.