
* EROTIC FANTASY *
Contenu du dossier :
Les publications Warren dans les années 60 et 70
Genre : Fantastique, Horreur, thriller
Éditeur : Delirium (Éditeur VO : Dark Horse)
Le dossier en 5 parties :
1. CREEPY
2. EERIE
3. VAMPIRELLA (vous êtes ici)
4. CREEPY & EERIE PRÉSENTENT Richard Corben
5. CREEPY & EERIE PRÉSENTENT Bernie Wrigthson : Maitre de l’horreur…

La magnifique collection de l’éditeur français Delirium. Hélas seulement deux tomes !
Ce dossier en cinq parties portera sur les trois magazines phares de l’éditeur Warren Publishing. Soit CREEPY, EERIE et VAMPIRELLA. Des magazines qui furent publiés entre 1964 et 1983, et qui étaient spécialisés dans la bande-dessinée d’horreur.
De manière plus précise, les articles se focaliseront sur le premier tome de chaque anthologie publiée par l’éditeur VF Delirium, qui nous offre, lentement, une série d’albums splendides.
Notons que Delirium a parallèlement publié des albums dédiés à un artiste en particulier ayant fait les beaux jours des magazines CREEPY et EERIE, comme Richard Corben, Bernie Wrightson ou encore Alex Toth !
Ce troisième article est donc dédié à l’anthologie VAMPIRELLA et se focalisera en particulier sur le premier tome de l’éditeur Delirium.

La belle “Vampi” rejoint la cohorte des éditions Warren, avec notamment l’oncle Creepy (à sa droite) !
Le personnage de Vampirella est créé en 1969 (année érotique) par le scénariste Forrest J Ackerman et les dessinateurs Tom Sutton et Frank Frazetta (c’est ce dernier qui réalise l’illustration conceptuelle que l’on voit plus haut sur la couverture, créant de ce fait l’apparence définitive de l’héroïne).
À cette époque, l’éditeur James Warren, à qui l’on doit l’idée originale du personnage, souffre de problèmes financiers et va tenter un dernier baroud d’honneur en lançant son troisième magazine, qui sera donc VAMPIRELLA. Le succès sera fulgurant et sauvera ainsi le studio de la faillite…

VAMPIRELLA #1 : Archaïque, kitsch et érotique !!!
VAMPIRELLA est à la fois dans la continuité de ses deux aînés, CREEPY et EERIE, et à la fois dans la rupture. Le concept est à peu-près le même puisque chaque magazine regroupe une compilation de petites bande-dessinées horrifiques présentées par un personnage lui-même issu du genre consacré. C’est donc notre belle, sensuelle et vampirique Vampirella (“Vampi”, pour les intimes) qui présente chaque récit publié dans les pages de SON magazine.
À la différence de ses ainés, cette troisième publication va néanmoins pimenter son sommaire d’une toute nouvelle dimension : L’érotisme ! Lire un magazine intitulé VAMPIRELLA, c’est donc la possibilité de contempler de très belles femmes nues, dont les aventures fantastiques vont permettre toutes les poses iconiques les plus photogéniques…
Si au départ cette dimension se révèle un peu frileuse (toute damoiselle restant habillée de manière plus ou moins convenable), elle va se réchauffer au fur et à mesure des numéros, jusqu’à ce que les donzelles finissent par se promener nues du début à la fin de leurs récits, comme si de rien n’était. Arrivé au terme de cette première compilation, le lecteur aura donc pu contempler de fort belles plantes aux formes généreuses, tout en gardant la tête haute car l’érotisme en question ne dépassera jamais le stade de la simple nudité féminine, sans jamais montrer directement un quelconque acte sexuel réprouvable…

Des héroïnes qui n’ont pas froid… Hem… aux yeux !!!
Mais la caractéristique principale qui distingue ce troisième magazine des précédents réside principalement dans le fait que la présentatrice vedette ne se contente pas de faire de la figuration. En effet, Dame “Vampi” participe directement à l’action puisqu’elle est l’héroïne d’une aventure tous les deux numéros en moyenne. De ce fait, le premier magazine VAMPIRELLA débute en grandes pompes par les origines de la belle depuis sa planète natale, Drakulon ! On apprend alors que le peuple de Drakulon n’est composé que de vampires car, là-bas, les rivières ne sont pas faites d’eau mais de sang ! C’est ainsi que les drakuloniens se transforment en chauve-souris afin de s’abreuver à leur substance vitale (ne me demandez-pas pourquoi ils doivent se transformer en chiroptère pour boire à la rivière car je n’en sais foutre rien !). Le premier épisode voit néanmoins les pauvres drakuloniens vivre leurs dernières heures car, telle la planète Krypton, (Dracula + Krypton = Drakulon, c’était pourtant évident !), Drakulon souffre de la proximité de son soleil destructeur (en vérité ils sont deux !), car les rivières de sang sont asséchées ! C’est ainsi que les vampires se meurent de faim et de soif (oui, les deux en même temps, il faut suivre, hein ?). Heureusement pour la belle Vampi, une navette d’astronautes venus de la planète Terre tombe à point pour s’échouer à ses pieds. Il n’en faudra pas moins pour que notre héroïne en maillot de bain-une-pièce et cuissardes à talons aiguilles ne les vident de leur sang avant de s’emparer de leur fusée afin de rejoindre la Terre…

La belle qui tue…
Dès son arrivée sur notre belle planète bleue, la drakulonienne, prise d’un besoin compulsif de se nourrir, n’a d’autre choix que de vampiriser le premier humain venu (car à l’heure où je referme cette première anthologie, la belle n’a pas encore eu l’idée de vampiriser un animal…). Très vite, notre héroïne va être confrontée à un cruel dilemme : Continuer à tuer des humains afin de survivre, ou tenter de trouver un remède à sa condition de buveuse de sang. C’est à ce moment qu’intervient la famille Van Elsing (père & fils), qui a juré de débarrasser le monde de toutes les créatures vampiriques ! Et c’est à ce moment aussi que Vampirella va rencontrer la secte des adorateurs du dieu fou Chaos. En gros, oui, elle va rencontrer tous ses ennemis récurrents à ce moment là…

La belle Vampirella présente… Une histoire réalisée par trois légendes des comics !
On l’aura compris, les aventures de Vampirella sont à ranger dans la catégorie des comics old-school gentiment naïfs. Du pur divertissement vintage, sans aucune velléité de masturbation intellectuelle ou de création conceptuelle de l’ordre de l’art contemporain.
Comme avec CREEPY et EERIE, la qualité de tous ces récits est là encore très inégale. Chaque épisode est d’une pagination toute aussi irrégulière allant d’une seule planche à vingt pages (ce dernier format “prestigieux” étant réservé à l’héroïne) et les aventures de notre chère Vampi sont immergées au beau milieu d’une anthologie encore plus éclectique que celles de l’Oncle Creepy et du Cousin Eerie ! C’est ainsi que des histoires classiques de loups-garous, de démons ou de sorcières, côtoient des légendes égyptiennes (notamment le temps d’une délicieuse relecture des amours de Cléopâtre ou du règne doux-amer du grand Ramsès II !), et que des aventures préhistoriques se bousculent au générique avec de purs récits d’Heroic Fantasy, de Sword & Sorcery et autres Dark Fantasy !
Évidemment, les aventures de miss Vampi composent le plat de résistance de l’ensemble, surtout qu’elles s’apparentent à un véritable “feuilleton à suivre”, avec ses personnages récurrents et sa “continuité” dans l’évolution du personnage principal. C’est une première dans les publications Warren, car chaque épisode dédié à l’héroïne invite le lecteur à lire l’épisode suivant.
Dans le volume 2 édité chez Delirium, on verra que la série va s’axer essentiellement sur les aventures de Vampirella, délaissant complètement le principe des histoires éclectiques et des numéros autonomes.

Les nuits érotiques de Cléopâtre !
Sur le terrain de la qualité artistique de l’ensemble, qui est donc fluctuante, il y a effectivement à boire (du sang ???) et à manger.
Chaque récit autonome (qui ne met pas en scène Vampirella autrement que pour la présentation) est réalisé par un artiste ou une équipe créative distincte. Et il y a vraiment de tout ! Du côté des scénaristes se bousculent des noms “prestigieux” (dans le domaine des comics mainstream) tels Gerry Conway, Dennis O’Neil et Gardner Fox, avec d’autres moins connus comme Forrest J. ACkerman (le créateur de VAMPIRELLA, donc), Don Glut, Steve Skeates et bien d’autres encore.

This is legend : Mr Neal Adams ! (et le tout laissé à l’état de crayonnés !)
Du côté des artistes c’est un peu la même chose. On y trouve des légendes du monde des comics comme Neal Adams, Dave Cockrum, Steve Englehart, Barry Windsor-Smith ou Richard Corben, mais ces derniers ne se taillent pas la part du lion (Richard Corben n’illustre qu’une seule planche et il n’est pas au top de sa forme, tandis que Barry Windsor-Smith met en image un scénario assez tarte concocté par Gardner Fox). En réalité, les stars de cette première anthologie sont moins connus et souvent d’origine espagnole. Les planches de Ken Barr, Billy Graham, Frank Brunner, Luîs Martînez Roca, José Maria Beâ, Esteban Maroto et Luis Garcia sont vraiment superbes.
Enfin, certains vétérans comme Jeff Jones ou Wallace Wood officient en tant qu’auteurs complets pour quelques récits vintage plus ou moins réussis.
De ce côté des auteurs, la palme de la nullité revient pour moi au scénariste Gardner Fox qui nous pond trois histoires tartignolles à souhait, ne me faisant nullement regretter de ne pas avoir lu son intégrale de la JLA…

Le grand Barry W. Smith sur un scénario moisi de Gardner Fox !
Encore une fois, le plat de résistance de ce recueil se situe dans les aventures de l’héroïne-titre. Si les deux premiers épisodes sont réalisés sous l’égide du créateur de la belle, c’est le grand Archie Goodwin qui récupère très vite le beau bébé. Il reprend ainsi le destin de Vamiprella au bout de deux épisodes et va poursuivre le feuilleton jusqu’au neuvième (le seul à ne pas être disponible dans cette première anthologie, à suivre dans la suivante).
Disons-le tout net : Les deux premiers récits concoctés par Forrest J. ACkerman, au-delà de leur charme suranné et de leur aspect historique, sont purement et simplement d’une nullité confondante, la palme revenant au second récit laborieusement illustré par Mike Royer, qui remporte haut la main le prix du pire segment du présent recueil, devant ceux du sieur Fox ! Le niveau remonte avec l’arrivée d’Archie Goodwin. Mais si les épisodes N° #3 à 5, dessinés par Tom Sutton, sont encore un brin fluctuants, les suivants, tous illustrés par le formidable José González, deviennent vraiment addictifs, le feuilleton horrifique vintage ayant trouvé la bonne formule pour s’épanouir.

Le feuilleton Vampirella !
Durant huit épisodes, donc, le lecteur suit le parcours de la belle Vampirella depuis sa planète natale jusque dans les îles des Caraïbes, dans une atmosphère de gothique suranné directement issu des vieux films d’horreur de la même époque. Le choix du noir et blanc et du lavis accentue par ailleurs la filiation avec le cinéma d’antan et le charme est optimal dès lors que l’on se laisse porter par ce voyage dans le temps.
Certes, les récits en eux-mêmes sont d’une naïveté certaine et ne prêtent pas à réfléchir, mais il n’empêche que le talent de narrateur d’Archie Goodwin ne prive jamais le lecteur de quelques notes un peu plus profondes grâce à un sous-texte flirtant ça et là avec des thèmes comme le poids de l’héritage, les limites de la médecine ou encore les affres de la dictature dans les petits états de l’Amérique centrale.
À l’arrivée, on se laisse séduire par ces petites aventures au doux parfum de comics vintages, et l’on s’attache à cette héroïne sexy et redoutable, avec une furieuse envie de poursuivre l’aventure à ses côtés (son costume de super-héroïne, il est quand même pas mal) !
Comme toujours, la collection Delirium nous offre une somptueuse anthologie. Le livre s’ouvre sur un sommaire détaillé et une longue et passionnante introduction rédigée par David A. Roach, l’un des dessinateurs de la série Judge Dredd et de plusieurs magazines publiés chez Warren Publishing. Puis il se referme derrière la galerie de toutes les couvertures des magazines regroupés au sommaire (les quinze premiers), illustrées entre autres par Frank Frazetta ou Boris Vallejo, et publiés initialement entre septembre 1969 et janvier 1972.
Cela semble malheureusement improbable que la collection arrive à son terme, car le succès n’étant pas au rendez-vous (avouons qu’à l’heure des mouvements féministes extrêmes, cette série vintage aux airs de fantasmes SM ambulants n’est pas tellement dans l’air du temps !), l’éditeur n’a toujours pas publié de troisième tome…
Avec le Tome 2, nous en sommes pour le moment à seulement 23 numéros publiés dans la collection en VF, alors que la série a connu, en VO, 112 numéros au total de sa longue vie éditoriale…

Dans le volume 2, il y aura toujours plus de Vampirella !
Quand nous étions petits ou jeunes ados, dans un autre temps (les années 70, les années 80…), ces anthologies de l’éditeur Delirium n’existaient pas, mais certains épisodes de VAMPIRELLA, tout comme certains épisodes de CREEPY et EERIE, étaient publiés dans des revues éparses.
De 1970 à 1976, une revue VAMPIRELLA a été publiée en France et en VF aux éditions Publicness. Elle regroupait la plupart du temps 4 à 6 récits, dans le désordre (sans respecter l’ordre de publication initial de la VO), en introduisant également, de temps en temps, des récits tirés des anthologie CREEPY et EERIE. Il y eut vingt-cinq numéros en tout.
Une seconde revue VAMPIRELLA, regroupant 6 à 8 histoires à chaque fois, toujours dans le désordre, a été publiée entre 1978 et 1980 par les Éditions du Triton. Cinq numéros en tout.
Entre 1979 et 1986, la revue ÈRE COMPRIMÉE a également proposé quelques histoires de l’anthologie VAMPIRELLA (mais aussi de CREEPY et de EERIE), de manière ponctuelle au milieu d’autres récits de comics de genre horreur et fantastique.
Au début des années 80 également, certaines histoires dessinées par Richard Corben ou par Bernie Wrightson ont eu droit à une publication VF sous forme d’album aux éditions Neptune, intitulés par exemple UNE FEMME BAFOUÉE. On trouve aussi d’autres albums consacrés à Richard Corben avec quelques épisodes de EERIE chez d’autres éditeurs (PROFONDEURS et NUITS BLÊMES chez les Éditions du Triton).
Enfin, une dernière revue anthologique, intitulée FANTASTIK, s’était fait la spécialité de l’éditeur Warren Publishing et a été notre principale porte d’entrée à cet univers pendant toute la première moitié des années 80…

Vintage !!!
See You Soon !!!
