
* AFFAIRE DE FAMILLE *
Chronique de la série TARZAN Marvel Comics – 2° PARTIE
Date de publication : 1977-1979
Auteurs : Roy Thomas (scénario), John Buscema (dessin), puis Bill Mantlo (scénario) et Sal Buscema (dessin) + divers autres artistes pour l’encrage.
232 pages
Genre : Aventures. Fantastique.
Éditeur VF : Neofelis

Inédit, on vous l’dit !
Cet article est la suite du précédent, qui portait sur la série TARZAN au moment où elle fut temporairement récupérée par l’éditeur Marvel Comics, et publiée en VF en 2004 et 2005 dans la collection en trois tomes de l’éditeur Soleil.
Dans la première partie, nous avions noté qu’il manquait à cette collection plusieurs épisodes, principalement les trois Annual (1977, 1978 et 1979), ainsi que les épisodes #24 à 29, les six derniers de la série.
En 2026, l’éditeur Néofélis nous proposait enfin tous ces épisodes inédits, réunis en seul recueil intitulé TARZAN, LORD OF THE JUNGLE : LES ÉPISODES INÉDITS MARVEL.
Nous allons jeter un œil sur ces épisodes, qui sont proposés par Néofélis en version noir et blanc, comme dans les éditions Soleil, ce qui assure une belle continuité de lecture et achève la publication en VF de manière très cohérente.
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YOUNG TARZAN – PIZZAZ MAGAZINE : Des histoires en une page, par Roy Thomas & John Buscema, publiées en 1977 et 1978. Elles sont présentes en bonus (et en VF), à la fin de ce recueil des éditions Néofélis. Ce sont les seules planches en couleur du recueil.


Attention : Dans le recueil Néofélis, toutes les couvertures à l’intérieur de l’album sont reproduites en NB.
1 – TARZAN ANNUAL Vol.1 #1 : TARZAN ‘S FIRTS LOVE (juillet 1977)
Bien que la publicité pour ce recueil ait mis en avant le nom prestigieux du grand John Buscema, ce dernier ne dessine concrètement qu’un seul épisode de cette compilation, c’est-à-dire le premier !
Tous les autres épisodes seront de la main de son jeune frère Sal. Néanmoins, pour accentuer sa présence et miser sur son aura, l’éditeur Néofélis a casé ici et là tout ce qu’il avait sous la main pour meubler le recueil. C’est ainsi que l’on voit, ponctuellement, une planche de la main de John Buscema laissée à l’état d’esquisse ou de crayonnés, s’insérer entre deux épisodes, avant que le recueil ne s’achève sur une douzaine de planches de cet acabit, et enfin sur les huit planches de YOUNG TARZAN – PIZZAZ MAGAZINE, les seules en couleur de toute la compilation.
Cet annual de 1977 est donc à la fois le premier annual de la série et le seul réalisé par l’équipe initiale formée du scénariste Roy Thomas et du dessinateur John Buscema (le duo légendaire de CONAN LE BARBARE), qui s’adjoint ici l’encrage de Steve Gan.
Divisé en deux parties qui se suivent (LE PREMIER AMOUR DE TARZAN et LA FIN DE BUKAWAÏ), il adapte librement les récits d’Edgar Rice Burroughs, comme de coutume sur cette série depuis le début. LE PREMIER AMOUR DE TARZAN est donc tiré de JUNGLE TALES OF TARZAN (1916) et LA FIN DE BUKAWAÏ des NOUVELLES AVENTURES DE TARZAN (1917).

La toute première planche.
Ceux qui ont longtemps fantasmé sur cet annual seront peut-être déçus. Il n’est guère réussi ou, en tout cas, guère palpitant.
Comme il l’avait fait plus en amont dans la série, Roy Thomas revient dans la jeunesse de Tarzan et développe son apprentissage et son adaptation parmi le peuple des grands singes. LE PREMIER AMOUR DE TARZAN mettra mal à l’aise plus d’un lecteur avec cette histoire de premier “crush” entre Tarzan et la guenon Teeka. Un récit qui flirte dangereusement avec la zoophilie ! Heureusement, tout ceci n’est rapidement qu’un prétexte servant à opposer Tarzan à Taug, son rival en amour, et nous offrir un combat de mâles en rut… À la fin, Tarzan comprend qu’il est différent des autres singes et qu’il doit trouver une compagne qui lui ressemble. Ouf, on a frôlé la catastrophe…
LA FIN DE BUKAWAÏ est également issu de la jeunesse de Tarzan. Un épisode qui le voit affronter un sorcier de la jungle, lépreux, qui vit reclus avec un couple de hyènes. C’est un cran au-dessus du précédent segment.
Cet annual vaut surtout parce qu’il nous permet d’admirer une dernière fois les planches de “Big John”, qui multiplie ici les cadrages, les poses et les scènes d’action pour se faire plaisir et pour le plus grand plaisir des lecteurs, qui se régaleront de voir cette déferlante d’hommes en slip et d’animaux sauvages en train de se ruer les uns sur les autres. Un pur festival de vignettes bondissantes !
Comme toujours, le résultat est également tributaire de l’encreur qui vient fignoler le boulot de “Big John” et c’est la plupart du temps une étape décisive. Ici, Steve Gan assure dans la moyenne. On a vu mieux, mais on a aussi vu bien pire !

Archives d’époque (images trouvées sur la toile).


Jusqu’ici, en VF, c’était un fantasme…
2 – TARZAN ANNUAL Vol.1 #2 : THE DAY OF THE DEATH-DANCERS ! (aout 1978)
Et le voici, cet épisode qui a fait fantasmer plus d’un lecteur, surtout lorsqu’on s’est aperçu qu’il n’était pas dans la collection Soleil ! Il faut dire que la couverture (choisie pour illustrer le recueil Néofélis, d’ailleurs) est incroyable dans ce qu’elle promet en matière de mélange entre le récit d’aventures pulp et la fantasy des mondes perdus ! Elle n’est pourtant pas l’œuvre de John Buscema (ni de son cadet), mais de Bob Hall !
On y retrouve le volet fantastique de l’œuvre d’Edgar Rice Burroughs où, comme l‘avait fait H. Ridder Hagarth avant lui, l’Afrique renferme des cités oubliées peuplées de tribus inconnues, de créatures antédiluviennes et de vallées escarpées gorgées de trésors fabuleux.
Le lecteur qui tourne les pages et arrive sur cet annual risque pourtant de faire la grimace. D’abord en constatant que l’équipe créative n’est pas celle qu’il attendait. En effet, ce deuxième Annual est sorti au moment ou la première équipe avait passé le relais et nous trouvons ici le scénariste Bill Mantlo, le dessinateur Sal Buscema (le cadet en question) et l’encreur Fran Mattera. Ensuite à cause de Fran Mattera, justement. Car l’encrage de cet Annual est atroce, tant il fige l’ensemble et frôle l’amateurisme ! Inutile de préciser que, placé juste après l’annual précédent, il souffre gravement de la comparaison en termes de réussite graphique !

C’est pas beau, hein ?
C’est dommage car le récit en lui-même est extrêmement généreux en matière de divertissement épique.
Découpé en trois chapitres (LES DÉMONS DANSANT, SACRIFICE et ALORS VIENT LE SERPENT), il développe une aventure dans le plus pur esprit pulp, gorgée de fantasy et rehaussée par de multiples rebondissements.
C’est de la bande dessinée d’aventure classique, premier degré et naïve. Mais ça ne manque pas de charme en tant que lecture un poil régressive, pour le plaisir de retrouver les sensations de l’enfance et l’émerveillement de la grande aventure, où tout devient possible dès lors que l’on pénètre les vallées inexplorés de l’Afrique profonde et mystérieuse…

Les mystères de l’Afrique au temps des pulps !


Quand Bill Mantlo & Sal Buscema s’installent sur la série…
3 – TARZAN ANNUAL Vol.1 #3 : A NIGHT AT THE OPERA (juillet 1979)
Ce troisième et dernier Annual nous permet de retrouver la nouvelle équipe artistique formée de Bill Mantlo & Sal Buscema, cette fois secondée par deux excellents encreurs : Riccardo Villamonte et Joe Sinnott. Une occasion de remarquer à quel point, cette série en particulier, aura été tributaire de son encrage du début à la fin !
Comme il l’avait fait avec l’Annual précédent, Bill Mantlo nous propose une nouvelle histoire originale, quoique en tout point différente de la précédente !
L’histoire débute ainsi en Angleterre, où Tarzan et sa famille (son épouse Jane et leur fils Jack), renommée Clayton du nom de naissance de notre homme-singe (descendant de Lord Greystoke), assistent à la célébration du jour de Guy Fawkes. Mais divers événements vont ramener tout ce beau monde en Afrique, à la recherche d’une amie anthropologue, disparue dans le fin-fond de la jungle…

C’est tout de suite beaucoup mieux !
Ce récit, lui aussi découpé en trois chapitres, débute dans la civilisation, l’occasion de montrer le héros tel qu’il aurait pu être s’il était né parmi les siens dans son pays natal. Puis il va nous ramener peu à peu vers les mondes sauvages, pour culminer, en allant croissant, vers les aventures de type pulp et la fantasy débridée (avec des hommes-fourmis qui peuvent vous miniaturiser à coup de potion magique !). Ce parti-pris narratif, qui consiste à partir de la réalité quotidienne du lecteur pour s’enfoncer graduellement vers les mondes perdus et sauvages, fonctionne du tonnerre avec les aventures de Tarzan, qui peut passer d’un monde à l’autre avec aisance. On comprend d’autant mieux le principe de cet Annual avec la suite de la série elle-même, à laquelle on va revenir juste en-dessous…

Au royaume des hommes-fourmis, les géants ne sont pas roi…


Les six derniers épisodes de la série.
4 – TARZAN Vol.1 #24 à 29 (mai à octobre 1979)
Nous arrivons à présent aux six derniers épisodes de la série, par le tandem Bill Mantlo & Sal Buscema (secondé par une suite changeante d’encreurs).
Dans le premier article, nous avions vu à quel point le scénariste précédent, David Kraft, avait écrit une série d’épisodes d’une nullité assez désespérante (épisodes #15 à 22). Il avait d’ailleurs été viré au dernier épisode de son run, remplacé par Bill Mantlo, à charge de boucler l’arc narratif de son prédécesseur.
Nous sommes donc ici dans le dernier grand arc narratif de la série, qui voit Tarzan et son épouse kidnappés par un braconnier, lequel exhibe les créatures du monde sauvage dans de grandes soirées mondaines à New-York, en pleine époque de la grande dépression, dans les années 30.
De nouveau, il s’agit d’un récit original qui ne puise pas dans la source littéraire d’Edgar Rice Burroughs à proprement parler. En revanche, l’originalité de cette dernière histoire est qu’elle nous offre une relecture du film LES AVENTURES DE TARZAN À NEW YORK, le dernier film avec Johnny Weissmuller réalisé au sein de la MGM en 1942 !

Quand Sal Buscema se surpasse !
On peut dire que la série s’achève en beauté avec cette dernière et ambitieuse saga. Comme d’habitude, l’ensemble n’est pas exempt de naïvetés et plus d’un passage frôle régulièrement le ridicule et le kitsch consommé. Mais reconnaissons que nous avons là une forme de comics très enlevée, qui force la sympathie par sa fraicheur et sa générosité en matière d’aventures à grand spectacle, bourrée de combats contre des animaux dangereux et de prouesses plus grandes que nature (on a même droit à Jane escaladant l’Empire State Building, dans un écho à KING KONG, où c’est cette fois la belle blonde qui gravit l’édifice !).
Mais l’aspect le plus remarquable concerne le travail de Sal Buscema, secondé respectivement à l’encrage, au fil des épisodes, par Bob Hall (épisodes #24 – 26), Ricardo Villamonte (épisode #27 – 28) et P. Craig Russell (épisode #29). On peut dire qu’il livre ici certaines des plus belles planches de sa carrière, dans lesquelles il donne franchement le meilleur de lui-même, ne s’économisant sur aucun détail. Il apporte incontestablement à ces derniers épisodes de la série TARZAN selon Marvel, une classe indéniable, participant de belle manière à ce voyage au cœur d’un univers pulp, décidément irrésistible et intemporel…

Exemple de crayonnés, par John Buscema (présent dans le recueil Néofélis).
That’s all, folks !!!
