
* L’ANTI Dr STRANGE *
Contenu de l’article : Présentation de la série HELLBLAZER classique
Date de publication : 1988 – 2013 (+ 2019 – 2024)
Genre : Horreur. Fantastique
Éditeur VO : DC Comics. Éditeur VF : Urban Comics

Les meilleurs des meilleurs des meilleurs... (auteurs)
Cet article a pour objet de présenter la série HELLBLAZER JOHN CONSTANTINE (titre complet), ou les tribulations d’un sorcier moderne aux allures de détective privé, perdu dans les rues glauques du Londres moderne…
HELLBLAZER JOHN CONSTANTINE s’est étendue sur 300 numéros de 1988 à 2013, avec un bref relaunch de 12 numéros en 2019 et 11 en 2024.
Soit la série qui a quasiment servi de lancement officiel au label Vertigo de DC Comics (pour les lecteurs adultes et artistiquement exigeants qui souhaitaient, à l’époque, sortir du cadre des super-héros en slip…).

John Constantine : Entre Humphrey Bogart et… Sting !
Au départ, le personnage de John Constantine est, carrément, une création du grand Alan Moore ! L’auteur de WATCHMEN lui offre sa première apparition dans l’épisode #37 de la série SAGA OF THE SWAMP THING en juin 1985.
Dès le départ, Moore dessine la personnalité quasi-définitive de Constantine et en fait une sorte “d’anti-Docteur Strange”, dans le sens où le personnage s’affiche comme un antihéros parfait, qui fume, boit et ne connait pas la langue de bois ! Un magicien, certes, mais avant tout un homme du peuple et de la classe populaire, tout à fait décidé à rester attaché à ses racines.
À l’origine, ce furent John Totleben et Steve Bissette (dessinateurs sur SWAMP THING) qui demandèrent à Alan Moore de leur créer un personnage “à la Sting” (le chanteur du groupe Police, oui), car ils avaient envie d’en dessiner un comme ça…
Juste après cette date fatidique, et c’est apparemment une histoire vraie, Alan Moore mangeait tranquillement un sandwich dans un pub de Westminster (un quartier tout près du parlement de Londres) lorsqu’il aperçut, en levant la tête, un homme en trench-coat défraichi. Le bonhomme lui adressa un clin d’œil en souriant et disparut aussitôt !
Le scénariste, médusé, dira par la suite avoir été instantanément “Constantiné” ! La fiction avait rejoint la réalité alors que Moore venait d’intégrer ce personnage semi-réaliste à la série sur laquelle il travaillait à ce moment là : SAGA OF THE SWAMP THING, donc… Le destin de Constantine était scellé : Il serait un homme parmi les autres, dans les pubs, de préférence…

Il n’apparaît pas sur la couverture, mais John Constantine est né dans les pages de ce numéro de la série SAGA OF THE SWAMP THING
John Constantine est donc un antihéros. Magicien moderne, spécialiste de la magie noire et de l’occulte, il possède un caractère bien trempé qui se caractérise par un style sarcastique et souvent méprisant, empreint d’une certaine cruauté frôlant parfois le sadisme ! Originaire de Liverpool, John est responsable de la mort de sa mère puisque cette dernière meurt en le mettant au monde. C’est en tout cas ce que pense son père, qui ne le lui pardonnera jamais, permettant au fils de réaliser son Oedipe plutôt deux fois qu’une…
Pour le reste, il a une sœur nommée Cheryl et une nièce, Gemma, avec lesquelles il adopte une attitude très protectrice. Il garde également des liens très forts avec les anciens membres de son groupe de punk (et oui, Constantine était un punk dans sa jeunesse !), notamment Chas, qui devient son chauffeur attitré tout au long de la série… Il pratique la magie dès son adolescence, comme un don qui fait de lui un être à part. Il devient par la suite un sorcier extrêmement puissant, mais dont la grande force réside surtout dans la manière dont il possède tout le monde par la ruse !
Car Constantine est avant tout un baratineur de génie ! Versé dans les sciences occultes, le bonhomme va réussir plus d’une fois à déjouer les plans du Diable et de ses sbires en les battant sur leur propre jeu de la ruse et de la tromperie. Blasé, nonchalant, rien ne semble pouvoir l’atteindre ou l’impressionner. Hélas, à chaque fois qu’il gagne un combat contre les adeptes du mal, l’entourage de notre héros y laisse des plumes…

Constantine : un héros pas comme les autres…
En 1986, le monde du comic book connait une véritable révolution historique avec l’arrivée de trois de ses plus marquantes créations : WATCHMEN, THE DARK KNIGHT RETURNS et MAUS. C’est dans le giron de ces œuvres-concept révolutionnaires (et avant tout destinées à des adultes) que l’éditeur DC Comics, via la rédactrice Karen Berger, décide de lancer une série dévolue au personnage de John Constantine, qui semble posséder la stature pour épouser cette nouvelle vague.
En 1987, la série HELLBLAZER est lancée sous la houlette du scénariste Jamie Delano (le premier numéro sera publié en janvier 1988). C’est le début d’une série régulière qui durera jusqu’en 2013. En 1993, le label Vertigo voit le jour (avec Karen Berger à sa tête) et, tout naturellement, récupère HELLBLAZER qui devient l’un de ses fers de lance… À noter que le titre initial devait être HELLRAISER, mais que ce ne fut pas possible étant donné qu’il appartenait déjà à un certain écrivain, spécialiste de l’horreur, nommé Clive Barker…
Avec le scénariste Jamie Delano, John Constantine revient dans son Angleterre natale et n’entretient plus beaucoup de liens avec l’univers des super-héros DC, sinon quelques uns, très occasionnels, avec le Swamp Thing… La série est ouvertement fantastique, voire horrifique, mais elle se distingue tout de même des autres séries du monde des comics par son aspect très cru et réaliste, notamment à travers un traitement social naturaliste inédit qui se frotte même parfois à l’actualité brûlante de l’ère Thatcher. Quel que soit le scénariste qui œuvrera sur la série, elle sera de toute manière le terrain idéal pour dénoncer les ravages du capitalisme sauvage contre les classes sociales les plus faibles…
Jamie Delano explore la vie de son personnage et, durant les nombreux épisodes de son run, lui offre ses origines, constituant toute la mythologie de la série (sans oublier de mentionner la formation de son groupe de punk en 1978 !). Par la suite, le parcours éditorial de la série HELLBLAZER va servir de tremplin à une exceptionnelle génération de scénaristes talentueux, presque tous issus de Grande-Bretagne. Se succéderont ainsi, dans l’ordre, Garth Ennis, Paul Jenkins, Warren Ellis, Brian Azzarello, Mike Carey, Andy Diggle et Peter Milligan !
Bref, se lancer dans la mythologie de John Constantine en général et dans la série HELLBLAZER en particulier, c’est embrasser une période qui réunit, à partir d’Alan Moore, les meilleurs auteurs de comics sur une période de presque trente ans…

Un magicien erre dans les rues trempées de la capitale britannique…
On dresse donc le constat suivant : la série HELLBLAZER a collectionné les auteurs de comics majeurs sur une durée de près de trois décennies. Chacun a apporté sa pierre à l’édifice en interprétant la “Mythologie Constantine” d’une manière personnelle. Ainsi, à la densité poético-mystico-politique de Jamie Delano (#1–24, #28–40, #84, #250), succèdera la densité humaine, existentielle et cynique de Garth Ennis (#41–50, #52–83, #129–133), qui aura tout de même bien égratigné le personnage et son univers en jonchant son entourage de cadavres dont un grand nombre de ses proches, sacrifiés pour la cause…
Paul Jenkins livrera également un très long run (#89–128). Au cours de ces épisodes, la mythologie de John Constantine sera encore approfondie et son passé fouillé de manière à donner encore plus de matière et d’épaisseur au personnage et à son parcours. Jenkins affinera également le décorum de la série en lui injectant une bonne dose de folklore celte, affirmant davantage encore les racines anglaises du personnage. Son run s’achèvera avec… la damnation du héros, qui aura finalement donné son âme au Diable pour sauver son entourage, soit l’inverse du postulat laissé par celui de Garth Ennis !
Warren Ellis succèdera à Jenkins pour un run beaucoup plus court (#134–143), renouant avec le volet horrifique tel que l’avait développé Jamie Delano mais aussi avec une sévère critique du monde du pouvoir telle que l’avait également filée Garth Ennis. Son principal apport consistera à fouiller le passé mystique de Londres afin de tisser une symbiose entre John et sa ville.

Les premiers numéros respectifs des quatre premiers auteurs de la série (Delano, Ennis, Jenkins, Ellis).
C’est Brian Azzarello (#146–174), le premier scénariste américain sur la série, qui succèdera à Warren Ellis. En toute logique, Azzarello sortira Constantine de son habituel décor londonien pour l’emmener aux USA où il l’enfermera dans un pénitencier pour purger une peine de 35 ans de prison ! Évidemment, avec ses talents, John ne restera pas longtemps au fond du trou et profitera de son échappée pour visiter les dessous de l’Amérique. Ce sera sans doute la partie de la série qui se rapprochera le plus de la version initiale d’Alan Moore à l’époque de SAGA OF THE SWAMP THING.
Le scénariste suivant, Mike Carey (de nouveau un anglais), s’installera longuement sur le titre (#175–215, #229). Son run (qui célèbre également le retour du personnage à Londres) ne révolutionnera plus la mythologie interne de la série mais continuera d’approfondir ses constituants essentiels, en insistant notamment sur les dommages collatéraux de l’usage de la magie et sur les répercussions des activités de Constantine sur son entourage.
En prenant son temps, Mike Carey s’appliquera à enrichir le vivier mythologique en s’appuyant sur moult éléments puisés dans les runs précédents (dont un paquet d’anciens personnages), faisant fructifier la richesse de la série.

Les premiers numéros respectifs des cinq derniers auteurs de la série (Azzarello, Carey, Mina, Diggle, Milligan).
Denise Mina, la seule scénariste de la série à n’avoir jamais travaillé sur des comics auparavant (elle est romancière, mais rappelons que Jamie Delano et Paul Jenkins étaient également débutants au poste de scénariste sur cette série, et que Garth Ennis faisait également ses débuts aux USA à seulement 21 ans), enchaine sur un run très court (#216–228). Pendant longtemps, les fans de la série ont volontiers snobé sa prestation, mais avec le recul, nombreux sont ceux qui la réhabilitent en louant un arc narratif plutôt réussi.
Andy Diggle enchaine ensuite sur un run relativement court (#230–244, #247–249), mais qui a fait quasiment l’unanimité en redonnant de l’éclat et du panache à la personnalité du héros. Un arc narratif plein de bonnes idées.
C’est enfin Peter Milligan qui termine la série avec un run extrêmement touffu (#250–300) ! Milligan va imposer au lecteur fidèle de la série un véritable manège à sensation émotionnel, amenant son personnage au bout de son parcours et l’obligeant à assumer toutes ses fautes de parent, d’ami et de sorcier ayant trop souvent joué avec la vie des autres.

Constantine, par Simon Bisley.
Deux autres éléments vont participer à faire de HELLBLAZER JOHN CONSTANTINE une exception dans le paysage habituel des séries à suivre.
Le premier tient à son évolution éditoriale en matière de dessinateurs. Si la série démarre en catimini avec des artistes peu connus et un style graphique très cru (John Ridgway, Richard Piers Rayner, Will Simpson, entre autres), porté par une volonté de se démarquer des autres comics super-héroïques à l’esthétique racoleuse, elle va évoluer et se payer au fil du temps des dessinateurs de premier plan, pour culminer au final sur la prestation exceptionnelle du grand Simon Bisley. Notons Sean Phillips, Marcelo Frusin, Leonardo Manco et Giuseppe Camuncoli parmi les illustrateurs emblématiques de la série dans sa phase la plus populaire, avec la participation ponctuelle de quelques grands noms de la BD, comme Richard Corben, David Lloyd, Dave McKean, Lee Bermejo, Sean Murphy, Danijel Zezelj ou encore Jock. Notons enfin Glenn Fabry et le brillant Tim Bradstreet, qui réaliseront l’un après l’autre une grande série de couvertures, très iconiques.
Le second élément qui distingue notre série est son évolution en temps réel, où le lecteur voit ses personnages vieillir au fur et à mesure que passent les épisodes dans le temps. Le héros atteint ainsi la cinquantaine au terme de sa série et de son parcours !

Constantine, par Lee Bermejo.
Après l’arrêt de la série, le personnage passe dans l’univers des super-héros DC Comics lors du reboot de 2013. Une mauvaise idée, tant les lecteurs habituels d’HELLBLAZER ne sont pas forcément portés sur les comics maintream de super-héros. La série ne dure d’ailleurs pas longtemps.
En 2019, finalement, la série classique reprend sous la houlette du scénariste Simon Spurrier, qui la relaunche là où elle s’était arrêtée, bien qu’elle soit renommée JOHN CONSTANTINE, HELLBLAZER. Simon Spurrier et le dessinateur Aaron Campbell réalisent un premier run (#1 – 12), puis un second en 2024 (JOHN CONSTANTINE, HELLBLAZER : DEAD IN AMERICA #1 – 11). Les fans ont beaucoup aimé cette reprise.
En janvier 2015, Urban Comics entame la collection Garth Ennis présente HELLBLAZER. Ce n’est pas une intégrale de la série HELLBLAZER JOHN CONSTANTINE, puisque l’éditeur français ne publie que les runs les plus populaires, dans le désordre, selon la demande du public. En VF, pour le moment, la série est donc incomplète puisque l’éditeur français n’a toujours pas traduit les runs de Denise Mina, Andy Diggle et Peter Milligan, ni les one-shots scénarisés par Grant Morrison, Neil Gaiman, Eddie Campbell, Darko Macan ou Jason Aaron…
Sur C.A.P, on va faire un peu pareil : On réalisera des articles dans le désordre, en commençant par le run de Garth Ennis…

See you soon !!!
