
– LE HORLA PRÉSENTE –
* FAIRE D’UNE FAIBLESSE UNE FORCE *
– LA SEPTIÈME VICTIME
– LE VAISSEAU FANTÔME
– L’ÎLE DES MORTS
– BEDLAM
Contenu du dossier :
Chronique des quatre films produits par Val Lewton et réalisés par Mark Robson au sein de la RKO
Dates de sortie des films : De 1943 à 1946
Genre : Fantastique, Horreur, Thriller
Sur C.A.P, nous avons consacré plusieurs articles aux films produits par Val Lewton au sein de la RKO. Voici la liste de ces articles :
- La trilogie Jacques Tourneur (LA FÉLINE, VAUDOU, L’HOMME LÉOPARD)
- Les films réalisés par Mark Robson (LA SEPTIÈME VICTIME, LE VAISSEAU FANTÔME, L’ÎLE DES MORTS, BEDLAM) – Vous êtes ici
- LA MALÉDICTION DES HOMMES CHATS
- LE RÉCUPÉRATEUR DE CADAVRES

Les autres grands films produits par Val Lewton. Articles disponibles sur C.A.P (ici) !
Cet article est inscrit dans le cycle dédié aux films d’épouvante que nous appelons “LE HORLA PRÉSENTE”… Un cinéma de la peur suggérée et indicible, telle que Maupassant l’a si bien traduite en littérature, notamment avec son chef d’œuvre : LE HORLA (où ce que l’on ne voit pas est plus effrayant que ce que l’on voit…). Soit un sous-genre à part entière du cinéma fantastique et horrifique qui contient en son sein un panel assez conséquent de films importants.
Nous reviendrons de temps en temps vous présenter d’autres films de la rubrique. Mais chaque chose en son temps. Cet article est concomitant de celui sur la trilogie de films réalisés par Jacques Tourneur, au moment où un producteur pas comme les autres, du nom de Val Lewton, était le chef d’orchestre d’une série de films hors du commun.
Le cinéaste avec lequel Val Lewton travailla le plus fut néanmoins Mark Robson, qui était au départ monteur. il fut à ce poste sur les deux premiers films de Jacques Tourneur (LA FÉLINE et VAUDOU), mais aussi sur LA SPLENDEUR DES AMBERSON, d’Orson Welles…
Le programme :
Niveaux d’appréciation :
– À goûter
– À déguster
– À savourer

LE HORLA en images, avec notamment une illustration de Guillaume Sorel pour son adaptation en bande-dessinée.
Tous les films de la RKO (le studio qui a produit KING KONG ou CITIZEN KANE) qui ont été réalisés sous l’égide du producteur Val Lewton, lorsqu’ils flirtent avec le genre fantastique (soit à peu-près tous !) font honneur à notre rubrique. Ils collent parfaitement au thème développé par Maupassant à travers ses nouvelles fantastiques. À savoir cette frontière ténue entre la folie et le surnaturel. Ou quand le lecteur et le spectateur hésitent entre le réel cartésien et les manifestations surnaturelles, entre l’affabulation et le fantastique (“Y a-t-il vraiment un monstre ? Y a-t-il une manifestation surnaturelle ? Ou tout n’existe pas uniquement dans notre imagination ?”).
Associé à des cinéastes comme Jacques Tourneur, Robert Wise ou Mark Robson, Val Lewton initia toute une série de films marchant sur les traces de Maupassant.
À partir de LA FÉLINE, il y eut ainsi VAUDOU (I WALKED WITH A ZOMBIE) et L’HOMME LÉOPARD (Jacques Tourneur), LA MALÉDICTION DES HOMMES-CHATS et LE RÉCUPÉRATEUR DE CADAVRES (Robert Wise), ou encore LA SEPTIÈME VICTIME, LE VAISSEAU FANTÔME, L’ÎLE DES MORTS et BEDLAM (Mark Robson).
Val Lewton était le maître à penser de l’école de la suggestion, où la peur devait être indicible. Ce parti-pris était né de la nécessité de palier aux impératifs commerciaux de la RKO, que son propriétaire Howard Hughes avait mis dans le rouge. C’est donc le talent combiné de ce producteur et de ses trois réalisateurs qui réussit à transcender les limites imposées par le budget de la production afin de créer des œuvres puissantes jouant sur le hors-champ et sur l’imagination du spectateur, voire des personnages….
Toutes les œuvres de Maupassant qui flirtent avec le fantastique jouent sur ce même terrain : Le personnage est-il face à une manifestation surnaturelle, ou bien cette manifestation est-elle issue de son esprit tourmenté ? Un thème fascinant que l’écrivain mêlera tragiquement à celui de la Folie, cette même folie qui s’emparera de lui peu avant sa mort… Val Lewton va ainsi reprendre la formule, quasiment à la lettre, et l’infuser dans tous ses films flirtant avec le fantastique…


LA SEPTIÈME VICTIME – 
THE SEVENTH VICTIM
Acteurs : Kim Hunter, Tom Conway, Jean Brooks, Elizabeth Russell
Scénario : DeWitt Bodeen, Charles O’Neal
Musique : Roy Webb, avec Gustav Mahler
Année : 1943
Durée : 71 minutes
Le pitch : Mary Gibson, jeune étudiante dans un internat, apprend que sa sœur Jacqueline a cessé de lui payer sa pension. Pire encore : elle aurait mystérieusement disparu. La directrice lui propose alors de devenir l’une des hôtesses de son institut, afin qu’elle puisse gagner sa vie. Déterminée à retrouver la trace de sa sœur, Mary refuse la proposition et part enquêter à Greenwich Village où, peu à peu, elle rencontre les proches de Jacqueline. Son enquête va la mener vers une mystérieuse secte satanique…
Lorsque le film commence, une hôtesse de l’internat dans laquelle Mary vivait jusqu’ici comme dans un refuge, vient la supplier, juste avant son départ, de ne jamais revenir. Car cette hôtesse, qui est jadis partie et qui est revenue se réfugier dans cet institut, n’aura au bout du compte rien connu de la vie. Le spectateur est averti : le film va raconter l’initiation de l’héroïne, et voir si elle est capable d’affronter la vraie vie, ou si au contraire elle n’est pas assez forte, auquel cas elle reviendra se réfugier dans son internat duquel elle ne ressortira plus…
Dès lors, cette histoire de confrontation avec une secte satanique devient la métaphore de ce combat que doivent mener les femmes dans une grande métropole pour réussir à trouver leur voie et réussir leur vie. Le script nous propose de suivre le parcours de plusieurs femmes mais s’attarde surtout sur celui des deux sœurs : L’ainée, magnifique, séduisante, apparemment charismatique, émancipée et inoubliable pour tous ceux qui l’on rencontrée (c’est en tout cas de cette manière qu’elle est présentée au spectateur, qui ne la découvrira réellement que plus tard), a été prise au piège de la fameuse secte satanique, dont elle ne peut plus se détacher sans condamnation à mort. La cadette, à priori fragile, timide, timorée, se montrera capable au final de résister au piège qui s’est refermé sur sa grande sœur. Elle saura trouver son chemin dans la vie…

Avec Val Lewton, vous aurez toujours ces plans incroyables, surtout avec Nicholas Musuraca à la photographie…
Fidèle à lui-même, Val Lewton, qui participe toujours étroitement au scénario sans même y être crédité, s’assure que son film s’articule avant tout sur une bonne histoire. Le reste sera affaire de symboles et, une fois encore, le décorum d’angoisse et de mystère qui définit le film et l’apparente au genre fantastique ne sera au final qu’un bonus et une “mise en ambiance” permettant de jouer sur la métaphore.
Pour parvenir à ses fins, le producteur sait qu’il faudra jouer du contraste entre l’ombre et la lumière et, comme dans LA FÉLINE, il peut compter sur un directeur de la photographie exceptionnel avec Nicholas Musuraca, qui emballe le film d’une magnifique atmosphère de noir et blanc expressionniste.
Mark Robson fait donc ici ses débuts de réalisateur et se calque sur le style de Jacques Tourneur avec qui il avait étroitement travaillé sur sa trilogie horrifique. Il n’est toute fois pas aussi talentueux et, malgré de belles idées de mise en scène (la séquence dans le corridor, où le détective privé chargé de retrouver Jacqueline s’enfonce dans le noir pour y disparaitre, est la plus connue et elle est effectivement très marquante), réalise un film parfois bavard et hiératique qui, malgré d’éclatantes qualités, peine à retrouver le panache et la flamboyance de la trilogie pré-citée, laissant au final un petit arrière-goût d’inachevé.
Au générique, on retrouve Tom Conway qui interprète le même personnage que dans LA FÉLINE. Mais on y trouve avant tout un emblématique trio d’actrices. Mary est interprétée par Kim Hunter, qui jouera Stella dans UN TRAMWAY NOMMÉ DÉSIR d’Elia Kazan et, plus tard, le rôle simiesque du Dr Zira dans les trois premiers films de la saga LA PLANÈTE DES SINGES ! Jaqueline est incarnée par Jean Brooks, que l’on voyait déjà dans L’HOMME LÉOPARD. Quant à l’étrange voisine de Jacqueline, elle aussi suicidaire et probablement tombée dans les griffes de la secte satanique, on reconnait Elizabeth Russell, déjà vue en “femme-chat” dans LA FÉLINE et que l’on retrouvera en vieille fille solitaire dans LA MALÉDICTION DES HOMMES CHATS, également produit l’année suivante par Val Lewton !
Jean Brooks et Elizabeth Russell, des habituées de l’écurie Lewton !
Et quid de cette secte satanique ? Le film joue du début à la fin sur le hors-champ et la suggestion, laissant le spectateur suivre l’enquête sans lui donner beaucoup d’indices. On ne verra donc la grande sœur que furtivement au milieu du film, avant de la retrouver à la fin. Quant à la secte, on n’apprendra également son existence qu’à la toute fin de l’histoire, sans qu’elle soit mise en scène de manière diabolique mais au contraire avec une présentation des plus froidement réalistes, pour bien nous faire comprendre que la menace est avant tout probablement psychologique, un peu comme avec… LE HORLA !
En ces temps troublés où les troupes américaines arrivaient en Europe pour se mesurer aux nazis, cette secte d’adorateurs du diable composée de bourgeois et de vieilles dames endimanchées devait trouver une résonnance certaine.
C’est tout le génie de Val Lewton, auteur des films qu’il produit, que de nous conter ces histoires jouant avant tout sur le non-dit, le non-vu, l’incertitude et la poésie d’une mise en scène construite au départ pour palier à un budget serré, évitant les effets spéciaux tapageurs et les maquillages ostentatoires, pour au contraire installer le fantastique (et parfois, comme ici, l’illusion du fantastique !) dans le quotidien le plus banal de quelques personnes ordinaires…


LE VAISSEAU FANTÔME – 
THE GHOST SHIP
Acteurs : Richard Dix, Russell Wade, Edith Barrett, Ben Bard
Scénario : Donald Henderson Clarke, Leo Mittler
Musique : Roy Webb
Année : 1943
Durée : 69 minutes
Le pitch : Tom Merriam, jeune officier fraichement sorti de l’école navale, embarque sur l’Altaïr, un cargo fameux dirigé par le capitaine Stone, pacha respecté au plus haut point. Alors que Stone promet à Tom qu’ils vont rapidement lier des liens d’amitié, ce dernier commence à trouver qu’il règne à bord une ambiance malsaine. Derrière ses airs affables, le capitaine dissimule en réalité une obsession de l’autorité. Lorsque certains membres de l’équipage commencent à mourir mystérieusement, Tom comprend que son supérieur est loin d’être le chef bienveillant avec lequel il pensait naviguer…
Si l’on devait répertorier les classiques du genre de l’horreur psychologique, LE VAISSEAU FANTÔME se positionnerait facilement en tête de liste. Ici point de fantômes, évidemment. Si le film s’intitule comme cela, c’est pour faire référence aux morts qui s’amoncèlent sur un navire dirigé par un capitaine fou. Avec cette question en tête : Quel serait notre niveau de terreur si l’on devait réaliser que nous sommes livrés à un commandant psychopathe sur un navire en pleine mer, sans possibilité de s’échapper ?
Si l’on pense immédiatement à certains classiques de la littérature marine aux capitaines possédés comme MOBY DICK d’Herman Melville ou LE LOUP DES MERS de Robert Stevenson, on remarque une fois de plus ce choix, de la part de Val Lewton, d’encrer son récit dans un quotidien palpable, ramenant ses personnages, y compris son commandant fou, au rang de personnes ordinaires. C’est peut-être avec ce film que la recette fonctionne le moins bien, malgré le noir et blanc toujours aussi éclatant de Nicholas Musuraca. Car, malgré un suspense bien planté, le tout manque de mystère et de poésie et ne se hisse pas, loin s’en faut, au niveau des autres productions signées Val Lewton comme LA FÉLINE, VAUDOU, LE RÉCUPÉRATEUR DE CADAVRES ou LA MALÉDICTION DES HOMMES CHATS.
Une fois encore, il est probable que Mark Robson demeure un réalisateur mineur et que le film, sous la houlette de Jacques Tourneur, aurait probablement brillé davantage. Le manque de moyens dessert également le long-métrage, privant le spectateur de plans spectaculaires où l’on aurait pu avoir un peu plus la sensation des grands espaces maritimes et de la grandeur de l’océan, comme la métaphore de l’errance qui habite le personnage principal.

Le fou des mers…
œuvre mineure dans la filmographie de Val Lewton, LE VAISSEAU FANTÔME (à ne pas confondre avec le film réalisé en 1941 par Michael Curtiz, avec Edward G. Robinson, intitulé également LE VAISSEAU FANTÔME en VF, mais dont le titre VO est THE SEA WOLF) reste pourtant un bel exemple de la philosophie de son producteur, au style très affirmé. Une scène vaut notamment le détour : positionné sur le pont supérieur, au-dessus de ses hommes, le regard vaguement sadique, le capitaine Stone observe silencieusement deux matelots en attendant que l’un d’entre eux se fasse embrocher par un immense crochet suivant un mouvement de balance. À son lieutenant désemparé, il justifiera son attitude tranquillement, en affirmant qu’en tant que chef sur le navire après Dieu, il a le droit de vie et de mort sur son équipage…
Le rôle du capitaine psychopathe est tenu par Richard Dix, un vétéran ayant réussi le passage du cinéma muet au parlant. Dans le rôle du jeune officier idéaliste, Russell Wade rejoint l’écurie Val Lewton. On le retrouvera dans un rôle similaire avec LE RÉCUPÉRATEUR DE CADAVRES.


L’ÎLE DES MORTS –
ISLE OF THE DEAD
Acteurs : Boris Karloff, Ellen Drew, Alan Napier, Jason Robards Sr.
Musique : Leigh Harline
Scénario : Ardel Wray
Année : 1945
Durée : 71 minutes
Le pitch : En pleine Guerre des Balkans, le général Pherides (Boris Karloff) se rend sur une petite île grecque qui fait fonction de cimetière. Il vient se recueillir sur la tombe de sa femme, mais constate qu’elle a été profanée. Parallèlement, il découvre que les quelques résidents de l’île sont victimes d’une épidémie de peste. À moins qu’ils soient victimes d’une menace bien moins tangible…
L’originalité du projet vient de la fascination qu’éprouvait Val Lewton pour le tableau romantique d’Arnold Böcklin (que l’on avait vu accroché au mur de la résidence principale dans le film VAUDOU). Ainsi, au début de L’ÎLE DES MORTS, c’est une véritable reconstitution en trois dimensions du tableau vers laquelle se dirige la petite barque dans laquelle se trouvent le général Pherides et son ami Oliver Davis. Mais qui est “Caron” ?
Comme tous les films produits par Val Lewton, celui-ci exhale une atmosphère onirique particulièrement envoûtante. Peu à peu, le spectateur se retrouve pris au piège d’un exercice de style qui le met face à ses doutes : Sommes-nous dans le réel ou dans le fantastique ? La dimension surnaturelle est-elle présente de manière littérale ou bien ne se dissimule-t-elle que dans l’esprit des protagonistes du récit, et par extension de celui du spectateur ? Jusqu’au bout, cette ambiguïté demeurera le fil rouge d’une intrigue à la fois extrêmement simple dans le fond, et très originale dans la façon d’aborder le sujet. Soit, une fois encore, le parti-pris d’une épouvante invisible et purement conceptuelle…
Objectivement, le film n’est pas parfait. Sa construction est particulière car, durant une heure, aucune action, ni même aucune véritable tension ne vient nous réveiller de l’atmosphère suspendue et onirique d’un montage particulièrement lent et bavard. La réalisation de Mark Robson souffre toujours de son manque de rythme (sans compter les retouches effectuées par le nouveau cadre chargé de l’unité de production de la RKO, qui ne s’entend pas du tout avec Val Lewton) et ce n’est qu’au bout de ces soixante minutes de dialogues en huis-clos que le film décolle soudain, pour dix minutes d’épouvante cathartique, d’une poésie macabre absolument somptueuse, magnifiée par un noir et blanc expressionniste et des décors de toute beauté.
Une expérience troublante et magnifique pour ceux qui savent dépasser le poids de l’âge dont souffrent les vieux films d’épouvante, afin d’en redécouvrir toute la beauté et la poésie. Car le final de L’ÎLE DES MORTS soutient la comparaison avec les meilleures scènes de LA FÉLINE et de VAUDOU, les deux chefs d’œuvre produits par Val Lewton et réalisés par Jacques Tourneur.

En haut : Le tableau originel d’Arnold Böcklin et sa transposition, dans le film.
Val Lewton avait été engagé à la RKO pour produire des films d’horreur. Mais LA MALÉDICTION DES HOMMES CHATS, LA SEPTIÈME VICTIME et LE VAISSEAU FANTÔME n’avaient guère rameuté les foules. On lui impose alors, à partir de L’ÎLE DES MORTS, la présence de Boris Karloff, star incontestée du genre.
Dans un premier temps, Lewton est désespéré qu’on l’oblige à s’associer avec l’acteur emblématique des UNIVERSAL MONSTERS, dont il déteste l’imagerie gothique avec sa ribambelle de monstres (les Dracula, Frankenstein et autres loup-garous). Heureusement, il va découvrir que l’acteur est du même côté que lui, et les deux hommes vont s’entendre immédiatement à merveille.
Plus précisément, Karloff, homme affable et cultivé, est infiniment reconnaissant qu’on lui offre enfin un rôle humain à travers lequel il peut réellement jouer la comédie, plutôt que d’incarner les monstres mutiques ou même les figures de savant fou sans grandes nuances.
Le contrat prévoyant trois films avec l’acteur, la production enchaine avec LE RÉCUPÉRATEUR DE CADAVRES, d’après une nouvelle de Robert Stevenson, dont nous parlerons dans un dernier article distinct parce qu’il est réalisé par Robert Wise. On va directement passer au troisième…


BEDLAM – ![]()
Acteurs : Boris Karloff, Anna Lee, Billy House, Jason Robards Sr.
Musique : Roy Webb
Scénario : Mark Robson, Carlos Keith
Année : 1946
Durée : 79 minutes
Le pitch : Au XVIIIème siècle, à Londres, un pensionnaire de l’asile Bedlam meurt en essayant de s’échapper de l’institut. Lord Mortimer, un notable admirateur du défunt qui était poète, assiste au drame en venant visiter les lieux. Dépité, il est finalement convaincu de l’accident par Georges Sims (Boris Karloff), le directeur de l’asile. Ce n’est pas le cas de Nell, la pupille de Mortimer, qui déteste d’emblée le personnage de Sims. En enquêtant à l’intérieur même de l’asile, Nell va découvrir que Sims est un sadique qui torture ses pensionnaires. Ce dernier n’hésitera pas à lui tendre un piège afin de la faire passer pour folle, s’assurant ainsi qu’elle finisse à son tour enfermée dans les cachots de Bedlam…
Comme il l’avait fait avec L’ÎLE DES MORTS, Val Lewton (qui participe à la rédaction du scénario sous le pseudonyme de Carlos Keith, le nom qu’il utilisait en littérature !), s’inspire d’un tableau. Ce sera cette fois LE LIBERTIN À BEDLAM, du peintre anglais William Hogarth.
Le film bénéficie des décors et des costumes d’époque recyclés au sein du studio RKO, notamment issus du film LES CLOCHES DE SAINTE-MARIE, réalisé par Leo McCarey en 1945, avec Ingrid Bergman et Bing Crosby.
Pour son dernier film au sein de la RKO, probablement par manque de moyens, Val Lewton prend plus que jamais le genre fantastique avec distance, pour aborder le thriller dans un cadre où se mélangent le film d’époque et le film de prison, renouant un peu avec le décorum du RÉCUPÉRATEUR DE CADAVRES, réalisé juste avant.
Comme dans LE RÉCUPÉRATEUR DE CADAVRES, encore, Boris Karloff compose un rôle ambivalent de vilain à la diction suave et à l’expression matoise, qui dissimule une cruauté qui justifie à elle seule le cadre horrifique du film.
De ce point de vue, BEDLAM, comme LE VAISSEAU FANTÔME, fait partie des productions Val Lewton qui correspondent le moins à la définition du fantastique, mais qui lui sont tout de même apparentées à travers cette ambiance sourde, où l’horreur se trouve en définitive dans l’esprit des protagonistes. N’oublions pas que, dans ses nouvelles fantastiques, Maupassant assimilait toujours l’horreur à la folie, rendant la frontière toujours plus ténue entre le réel et le surnaturel…

Georges Sims : Mieux ne vaut pas être enfermé avec ce type…
Plus tard, Boris Karloff se souviendra de sa période RKO avec une infinie reconnaissance pour Val Lewton. “Val m’a sauvé et m’a rendu mon âme !”, dira t-il, toujours en ayant infiniment apprécié qu’on lui confie enfin des rôles complexes à travers lesquels il pouvait réellement imprimer son talent et son charisme. À revoir le film aujourd’hui, on perçoit à quel point l’acteur semble s’amuser en jouant ce personnage torve et sadique !
De son côté, Val Lewton était un producteur unique en son genre, auteur de ses films, qui participait à toute la phase de création tout en laissant une liberté créative extraordinaire à ses réalisateurs, à ses acteurs et à ses divers artisans. Totalement dévoué à son travail et à la qualité artistique de ses films, il se tuera à la tache, et mourra effectivement d’une crise cardiaque en 1951 à seulement 46 ans. Un homme totalement intègre, consumé par son art, qui aura toute sa vie refusé les compromis, afin de réaliser son rêve.
Val Lewton, notre héros.

LE LIBERTIN À BEDLAM, la peinture de William Hogarth qui a inspiré le dernier film de Val Lewton au sein de la RKO.
SEE YOU SOON !!!
