
– UNIVERSAL MONSTERS 6 –
* LES PLUS GRANDS MONSTRES DE L’UNIVERS ! *
Chronique des films de monstres du studio Universal
6ème partie : Les Deux Nigauds et L’ÉTRANGE CRÉATURE DU LAC NOIR
Date de sortie des films : Années 1950.
Genre : Fantastique, horreur, gothique, parodie.
Nos dossiers sur les films UNIVERSAL MONSTERS :
1ère partie : L’histoire des Universal Monsters + les trois premiers films
2ème partie : LA MOMIE, L’HOMME INVISIBLE, les suites de FRANKENSTEIN et de DRACULA, LE LOUP-GAROU et LE FANTÔME DE L’OPÉRA
3ème partie : Les crossovers !
4ème partie : Les Outsiders !
5ème partie : Les suites de LA MOMIE et de L’HOMME INVISIBLE
6ème partie – Vous êtes ici : Les Deux Nigauds et L’ÉTRANGE CRÉATURE DU LAC NOIR
SOMMAIRE :
- DEUX NIGAUDS CONTRE L’HOMME INVISIBLE
- DEUX NIGAUDS CONTRE LE Dr JEKYLL ET Mr HYDE
- DEUX NIGAUDS ET LA MOMIE
- L’ÉTRANGE CRÉATURE DU LAC NOIR
- LA REVANCHE DE LA CRÉATURE
- LA CRÉATURE EST PARMI NOUS
Niveaux d’appréciation :
– À goûter
– À déguster
– À savourer
Voici la fin de notre dossier sur les films de monstres produits par le studio Universal du début des années 30 aux années 50, plus communément nommés les Universal Monsters.
Après vous avoir chroniqué pas moins de trente-cinq films emblématiques de la série, je vous en propose encore six ! Cette fois-ci, nous allons revenir sur le parcours des « Deux Nigauds », avant de terminer par la toute dernière création du studio en terme de monstres, distribuée dans les salles au milieu des tardives 50’s : une certaine CRÉATURE DU LAC NOIR……


Il revient, et on ne le voit toujours pas…
1) DEUX NIGAUDS CONTRE L’HOMME INVISIBLE – 
(ABBOTT & COSTELLO MEET THE INVISIBLE MAN)
Réalisateur : Charles Lamont
Acteurs : Bud Abbott, Lou Costello, Nancy Guild, Arthur Franz
Scénario : John Grant, Robert Lees, Frederic I. Rinaldo, Hugh Wedlock Jr, Howard Snyder
Musique : Joseph Gershenson
Année : 1951
Durée : 82 minutes
Le pitch : Alors que Bud et Lou viennent de décrocher un diplôme de détectives et qu’ils attendent impatiemment leur première affaire dans leur bureau, un homme accusé de meurtre qui vient de s’évader de prison leur demande de l’emmener discrètement chez sa fiancée. Il convoite le sérum mis au point par l’oncle de cette dernière, qui le rendrait invisible…
Nous avions lâché le duo des Deux Nigauds (c’est comme ça qu’ils sont renommés en France ! Mais avouons que ça leur va comme un gant !) depuis l’ébouriffant DEUX NIGAUDS CONTRE FRANKENSTEIN, où ils affrontaient en vérité les plus célèbres monstres de la collection, c’est-à-dire non seulement le Monstre de Frankenstein, mais aussi Dracula (alors interprété pour la 2nde et dernière fois par Bela Lugosi !) et le loup-garou Larry Talbot (incarné par Lon Chaney Jr pour la cinquième (et également la dernière) fois !). Étant donné que les monstres du studio Universal rencontraient de moins en moins de succès au fur et à mesure que les films les faisaient ressusciter pour s’affronter entre eux, il avait donc été question de les jeter dans un dernier baroud d’honneur en les plongeant dans la comédie noire en compagnie des deux balourds de service du studio, sortes de “Laurel & Hardy au rabais”, j’ai nommé Bud Abbott & Lou Costello.
Le succès du film avait soudain fait réaliser aux producteurs qu’ils avaient encore d’autres monstres à balancer dans les pattes des Deux Nigauds, notamment L’Homme invisible qui avait toujours bien marché sur chacun de ses films (chroniqués dans la 2° puis dans la 5° partie de notre dossier), en partie grâce à ses effets spéciaux révolutionnaires.
Si les gags sont envahissants et pachydermiques (on ne compte plus tous ces trucs ayant hyper mal vieilli comme les chaises qui se dérobent lorsque Lou Costello s’assoie dessus ou les chapeaux qui sautent au-dessus de sa tête en sifflant pour souligner la surprise), on ne peut nier que l’ensemble est tout de même assez bien emballé, avec un scénario plutôt astucieux et moult scènes qui utilisent le concept de l’invisibilité de manière cohérente et inventive.
Comme c’était le cas avec LA FEMME INVISIBLE (réalisé en 1940), ce dernier film de la “série” de L’HOMME INVISIBLE ignore complètement le volet gothique et horrifique de la collection des Universal Monsters pour verser dans la comédie policière, teintée de fantastique. Il fait pourtant référence au nom de Griffin (le premier homme-invisible de 1933 (et l’ont voit un portrait de Claude Rains, son interprète)), assurant une certaine forme de continuité (très relative) avec les autres films.

Un film d’horreur ?
Ce dernier film de la “série” de L’HOMME INVISIBLE entérine donc la fin des grandes figures horrifiques de l’âge d’or du cinéma hollywoodien, qui ne font désormais plus peur et sont donc reléguées une dernière fois dans la parodie, voire dans la comédie pure et simple, avant de disparaitre. Notons que lorsque tous ces monstres classiques réapparaitront au sein du studio Hammer à partir de la fin des années 50, l’Homme-invisible sera le seul qui manquera à l’appel…
En l’état, DEUX NIGAUDS CONTRE L’HOMME INVISIBLE demeure une bonne vieille comédie classique, assez lourdingue mais, en même temps, loin d’être dénuée de charme.


2) LES DEUX NIGAUDS CONTRE LE Dr JEKYLL ET Mr HYDE – 
(ABBOTT & COSTELLO MEET THE Dr JEKYLL AND Mr HYDE)
Réalisateur : Charles Lamont
Acteurs : Bud Abbott, Lou Costello, Boris Karloff, Craig Stevens, Helen Westcott
Scénario : Lee Loeb, John Grant, Sidney Fields, Grant Garett, Howard Dimsdale
Musique : Joseph Gershenson
année : 1953
Durée : 76 minutes
Le pitch : Slim et Tubby (les Deux Nigauds) sont deux policiers américains venus à Londres pour suivre un stage de formation. Exclus de la police pour incompétence, ils se mettent en tête de rechercher le “monstre” qui terrorise la ville, persuadés que s’ils réussissent à l’arrêter, ils seront réintégrés. Lorsqu’ils parviennent à repérer le “monstre” en question et qu’ils se lancent à sa poursuite, réussissant à l’enfermer jusqu’à l’arrivée des policiers, on ne découvre à la place du prétendu “monstre” qu’un éminent scientifique respecté de tous : Le Dr Jeckyll…
Troisième crossover entre les Deux Nigauds et les monstres, et troisième réussite, si l’on reste évidemment bon public, en acceptant cette forme d’humour noir complètement bouffé aux mites, mené par un duo de comiques troupiers pas franchement finauds.
Notons tout de même que la figure de Dr Jekyll & Mister Hyde, toute aussi mythique et gothique soit-elle, n’est pas issue du bestiaire classique des Universal Monsters. Alors qu’elle provient du même vivier classique de la littérature gothique victorienne, adaptée au cinéma dans les années 30 et 40 (en particulier), elle ne faisait jusque-là pas partie du bestiaire des Universal Monsters et, tout comme WHITE ZOMBIE (1931), elle sera traitée initialement par d’autres studios. Dr JEKYLL & Mr HYDE par Rouben Mamoulian (1931 – chef d’œuvre absolu !) sera produit par la Paramount et son remake, Dr JEKYLL & Mr HYDE par Victor Fleming (1941), sera produit par la MGM. Autant dire que ce crossover entre les Deux Nigauds de la Universal et le monstre de Robert Louis Stevenson tenait vraiment de l’exception culturelle !

Les deux nigauds contre… Boris Karloff !
Une fois encore, le staff du studio Universal fait bien le job. Le film est très bien rythmé, trépident, voire quasiment frénétique (combien de fois Lou Costello se casse t-il la figure, apparemment sans doublure ?!), avec un dernier acte complètement dément dans lequel les personnages se lancent à la poursuite de deux Mr Hyde pour le prix d’un, ce nigaud de Costello ayant à son tour consommé le sérum fatidique ! On retrouve d’ailleurs Charles Lamont à la mise en scène, comme dans le film précédent (et comme dans le suivant).
Contrairement à DEUX NIGAUDS CONTRE L’HOMME INVISIBLE, celui-ci retrouve l’atmosphère gothique du cultissime DEUX NIGAUDS CONTRE FRANKENSTEIN, à laquelle le fog londonien et ses ruelles victoriennes conviennent à merveille. Rien que pour les yeux, le film vaut déjà le détour.
La cerise sur le gâteau réside dans la participation du grand Boris Karloff, qui joue le rôle du Dr Jekyll et vient ajouter un nouveau monstre à son palmarès, ainsi que de nouvelles heures de maquillage (pour une fois réalisé par Bud Westmore et non par Jack Pierce, le légendaire maquilleur des Universal Monsters et grand ami de Karloff). Notons que le maquillage est un peu grossier et que le “monstre” ressemble un peu beaucoup à un loup-garou (on retrouve d’ailleurs le même fondu-enchaîné, lors de la transformation, que dans le Dr JEKYLL & Mr HYDE de Victor Fleming et LE LOUP-GAROU de George Waggner, tous-deux réalisés en 1941) !

Deux Hyde pour le prix d’un !
À cette époque, cet immense acteur qu’est Boris Karloff commence à être de plus en plus souvent relégué à des petits rôles, souvent grossiers et muets. Le voir ainsi revenir sur le devant de la scène apparait comme une sorte de baroud d’honneur, ce qui offre au film une valeur supplémentaire : Celui du dernier grand rôle, au sein de la Universal, pour une légende de l’histoire du cinéma fantastique.
Mr Hyde, que l’on voit bondir et grimper au mur comme un animal, est interprété par le cascadeur Eddie Parker, non crédité au générique !
Bref, on ne boude pas son plaisir devant cette comédie gentiment horrifique, généreuse sur tous les points, pleine de références (un musée de cire dont la statue de Frankenstein, reprenant les traits de Karloff, prend “vie” sous l’impulsion de l’électricité !). C’est vieillot bien sûr, c’est lourdingue aussi, mais c’est charmant et étonnamment bien rythmé. Enfin, ça fonctionne du tonnerre auprès des enfants !


3) DEUX NIGAUDS ET LA MOMIE – 
(ABBOTT & COSTELLO MEET THE MUMMY)
Réalisateur : Charles Lamont
Acteurs : Bud Abbott, Lou Costello, Marie Windsor
Scénario : Lee Loeb, John Grant
Musique : Joseph Gershenson, Henry Mancini et divers
année : 1955
Durée : 79 minutes
Le pitch : Les Deux Nigauds exercent cette fois leurs “talents” en Égypte. Attablés dans un cabaret, ils entendent une discussion à propos de la découverte d’une momie sacrée nommée Klaris. Souhaitant offrir leurs services à l’archéologue censé être à l’origine de la découverte, il tombent finalement sur son cadavre. Les assassins font partie d’une secte adoratrice de la momie et ils convoitent un médaillon qui pourrait la ramener à la vie ! Par une série de péripéties impliquant plusieurs belligérants, le médaillon finit par échouer entre les mains de nos Deux Nigauds…
Lorsque l’on tire trop sur une sauce, on finit toujours par l’appauvrir. Dans cet ordre d’idées, DEUX NIGAUDS ET LA MOMIE est le film de trop pour la série des rencontres entre les deux comiques et le bestiaire des Universal Monsters. Le problème ne vient certainement pas des moyens alloués, qui sont plutôt généreux tant les décors sont magnifiques, que l’on contemple la reconstitution des rues égyptiennes, de ses cabarets pour touristes (dans lesquels les numéraux musicaux et les chorégraphies sont particulièrement soignés), ou que l’on parte à la découverte du désert, des ruines et des temples secrets. Le problème, en fait, vient des gags qui sont lamentablement ratés, lourdingues et particulièrement nombreux !
Le duo reprend paresseusement ses gimmicks les plus éculés et en tartine chaque scène. On retrouve de nouveau l’étrange phobie de Lou Costello pour les animaux, qui le font trembler et le rendent muet de panique (on a même le droit, le temps d’une courte scène surréaliste, à l’apparition d’un dinosaure au cœur d’un temple secret !). On retrouve également les chutes et autres cabrioles, qui sont pléthore et systématiques, au point qu’elle perdent complètement leur effet comique à force d’être introduites au forceps quasiment dans chaque plan.

Exotisme et folklore.
La figure de la momie est également pathétique dans son traitement lourdingue (elle ne distille aucun effroi tant elle est bête et elle est tellement inefficace qu’elle en devient totalement inoffensive). Qui plus-est, le maquilleur Bud Westmore ne se fatigue guère en affublant de nouveau le cascadeur Eddie Parker d’un pur et simple pyjama en guise de costume ! Après un Mr Hyde plutôt moyen, Westmore nous offre une momie carrément ridicule !
Notons que ce dernier film n’entretient aucun rapport ni aucune continuité avec la série de la momie de la Universal (chroniquée dans la 5° partie de notre dossier), dans laquelle le monstre s’appelait d’ailleurs Kharis et non pas Klaris (souvenons-nous qu’il était, la plupart du temps, interprété par Lon Chaney Jr).
Dans le rôle de la vilaine Mme Rontru, les amateurs de nanars reconnaitront Marie Windsor, qui tenait le rôle principal dans le film CAT-WOMMEN OF THE MOON en 1953.
Ce dernier opus reste néanmoins regardable, toujours grâce au savoir-faire des artisans du studio Universal qui emballent le tout dans un écrin de toute beauté. Et quoi qu’on en dise, on a beau être mal à l’aise pour les Deux Nigauds qui nous gratifient d’un numéro lamentable tout au long d’une série de péripéties ineptes, on est surpris de se laisser prendre par la main jusqu’à la fin du film…
DEUX NIGAUDS ET LA MOMIE est l’avant-dernier long métrage du duo Abbott & Costello. Ils termineront leur carrière au cinéma l’année suivante. C’est aussi l’avant-dernier UNIVERSAL MONSTER, le dernier étant LA CRÉATURE EST PARMI NOUS que nous allons découvrir plus bas.
En France, nous connaissons uniquement les Deux Nigauds avec les films de la Universal mais, apparemment, ils ont donné le meilleur d’eux-mêmes à la radio et à la télévision, où leurs sketches étaient extrêmement appréciés et, à ce qu’il parait, bien plus fins. Lou Costello tentera une carrière solo mais décèdera d’une crise cardiaque dès son premier film, à l’âge de cinquante-deux ans.


King Kong préférait les blondes. Chacun ses goûts.
4) L’ÉTRANGE CRÉATURE DU LAC NOIR – 
(CREATURE FROM THE BLACK LAGOON)
Réalisateur : Jack Arnold
Acteurs : Richard Carlson, Julie Adams, Richard Denning
Scénario : Harry Essex, Arthur A. Ross
Musique : Henry Mancini, Hans J. Salter, Herman Stein
année : 1954
Durée : 79 minutes
La créature du lac noir est la dernière grande figure des Universal Monsters, bien qu’elle s’écarte énormément des archétypes gothiques du genre, relatifs à une forme de vieille Europe, gangrénée par l’horreur depuis la Transylvanie… On peut ainsi dire qu’il s’agit du premier monstre classique typiquement américain. L’ÉTRANGE CRÉATURE DU LAC NOIR est d’ailleurs l’un des seuls films du répertoire qui ne s’inspire pas de la littérature. C’est à la fois un film d’épouvante et un film d’aventure. C’est un petit film, réalisé par un petit maître, Jack Arnold, qui aura fait le bonheur des fans de cinéma fantastique en leur offrant quatre références des années 50 : LE MÉTÉORE DE LA NUIT, TARANTULA !, L’ÉTRANGE CRÉATURE DU LAC NOIR et L’HOMME QUI RÉTRÉCIT, son chef d’œuvre.
L’histoire est celle d’un groupe de scientifiques qui sillonnent l’Amazonie dans le but de découvrir les origines d’une espèce préhistorique inconnue, humanoïde, entre l’homme et le poisson. Ils feront la rencontre d’un survivant de cette espèce au fin-fond de la forêt vierge, au cœur de ce que les indigènes nomment le Lagon noir...

Qu‘est-ce qu’elle veut la bébête ???
Bien que leur facture soit extrêmement classique, parfois ampoulée, il y a toujours une passionnante toile de fond dans les films de Jack Arnold. L’ÉTRANGE CRÉATURE DU LAC NOIR est ainsi imprégné, tel un ersatz de KING KONG (dont la trame est similaire), des thèmes de la Belle et la bête, de l’anthropomorphisme, du Bon sauvage et du droit à la différence. Lorsque les protagonistes du film se déchirent, c’est toujours à cause des divergences d’opinions quant à ces thèmes humanistes. Ici, il n’y a pas de méchant, mais le docteur Mark Williams refuse d’accepter cette “horrible” ramification de l’homme que représente la créature, tandis que le docteur David Reed éprouve immédiatement de l’empathie pour elle. Au milieu de ces conflits, le monstre s’éprend de la belle assistante tout en succombant, à chaque fois, à ses instincts sauvages en tuant ceux qui se dressent contre lui. Cette animosité laissant en définitive le spectateur choisir son camp, au milieu d’une série de questionnements finalement moins naïfs qu’il n’y parait.

Dans l’eau (notez la métaphore du désir sexuel), puis sur terre…
Le film est resté dans les esprits pour le superbe design de la créature, relativement inspirée des “profonds” d’H.P. Lovecraft (et parait-il de la statuette de l’Oscar hollywoodien !), qui allait générer toute une multitude de monstruosités organiques dans l’histoire du cinéma, jusqu’aux célèbres Aliens belliqueux initiés par Ridley Scott et James Cameron !
Le costume fait encore aujourd’hui son effet. Oh ! Il ne fait plus peur du tout (plutôt sourire, d’ailleurs). Mais il est vraiment impressionnant car ses créateurs ont réussi à trouver l’alchimie entre l’homme et le poisson préhistorique, du genre cœlacanthe ! Ses yeux sont vraiment ceux d’un poisson, sa respiration aussi, tandis qu’il marche comme nous !
C’est encore le maquilleur Bud Westmore qui est censé s’occuper du costume. Or, cette fois, il est surtout épaulé par le fabuleux design de Milicent Patrick, qui dessine entièrement le prototype de la créature, laquelle sera surnommée le Gill-man (“l’homme aux ouïes”). Animatrice, maquilleuse et designer d’effets spéciaux, Milicent Patrick créera ensuite les extraterrestres du film LES SURVIVANTS DE L’INFINI et les hommes-taupes du PEUPLE DE L’ENFER, mais à chaque fois, Bud Westmore fera le nécessaire pour s’en attribuer les mérites, ne créditera pas sa collègue au générique et ira jusqu’à détruire toutes les preuves montrant que ce sont ses créations ! Quelques photographies seront néanmoins préservées (sur lesquelles on peut voir Millicent à la tâche) et, à titre posthume, le labeur de la dame sera réhabilité grâce à quelques fans ayant fait le travail d’investigation nécessaire ! Avouons que le talent de la maquilleuse était nettement supérieur à celui de Mr Westmore, si on compare le Gill-man avec sa momie et son Mr Hyde !

Souvenir inoubliable pour les enfants qui ont connu la Dernière Séance à la TV !
Ceux qui étaient enfants en 1982 ne sont pas prêts d’oublier ce mardi soir à la Dernière Séance d’Eddy Mitchell (le 19 octobre), où le film était diffusé en 3D. Durant les jours précédents, les maisons de presse et les bureaux de tabacs avaient été envahis par une armée de jeunes cinéphiles venus acheter leurs lunettes 3D en carton, avec une visière rouge et une autre bleue ! Car L’ÉTRANGE CRÉATURE DU LAC NOIR est l’un des premiers films en relief (*) de l’histoire du cinéma, le premier ayant été BWANA LE DIABLE, sorti en 1952. Une manière pour l’industrie cinématographique, à l’époque, de tenter de concurrencer l’essor de la télévision !
Si le film parait aujourd’hui très kitsch, il ne faut quand même pas occulter sa valeur séminale : Premier long métrage filmé à moitié sous les eaux, premier film aquatique en 3D (les scènes filmées sous l’eau sont toujours aussi belles), premier monstre organique typiquement américain qui échappe aux classiques de la littérature, richesse thématique à multiples facettes, qui culmine avec celle de la Belle et la bête, sans oublier ces décors naturels de mangrove immaculée, à la fois angoissants et envoûtants, qui remplacent le cadre gothique européen traditionnel par une forme de Southern Gothic. Il y a tout de même largement de quoi nourrir son aura de grand classique, d’autant que le thème musical tonitruant mais extrêmement marquant est une première au sein des Universal Monsters. Parmi les trois compositeurs, on repère d’ailleurs la participation du grand Henry Mancini, le futur compère de Blake Edwards, ici encore débutant…
(*) : Un “film en relief“, c’était l’expression consacrée lorsqu’il s’agissait de qualifier un film en 3D en 1982 !


5) LA REVANCHE DE LA CRÉATURE –
/
(REVENGE OF THE CREATURE)
Réalisateur : Jack Arnold
Acteurs : John Agar, Lori Nelson, John Bromfield
Scénario : William Alland, Martin Berkeley
Musique : William Lava, Herman Stein
année : 1955
Durée : 81 minutes
Le pitch : Tout commence immédiatement après la fin du film précédent. Une nouvelle expédition revient sur les lieux et capture finalement la créature, qui est amenée dans un Oceanarium, en Floride, où elle est étudiée par un couple de scientifiques, Clete (John Agar) et Helen (Lori Nelson).
L’étude et la tentative d’apprivoisement sont compromises du fait que la créature convoite la jeune scientifique. Lorsqu’elle parvient à s’échapper (en créant un véritable carnage au milieu des visiteurs), la créature se met alors à la recherche d’Helen, qu’elle finit par enlever, tuant tous ceux qui se dressent sur son chemin. Clete, avec l’aide des forces de police, part alors à sa recherche…
Le réalisateur Jack Arnold est de nouveau derrière la caméra et c’est le garant d’un spectacle parfaitement rythmé, toujours solidement filmé et dirigé.
Pour le reste, le spectateur a tout de même l’impression de revoir un peu le même film que le précédent, avec les mêmes scènes répétées en boucle. Qui plus-est, le cadre envoûtant des rives de l’Amazonie n’est exploré que lors des premières minutes du film, qui exporte rapidement le tournage vers une station balnéaire au décor beaucoup moins angoissant et dépaysant, où les amourettes et les discussions pseudo-scientifiques interminables ont vite fait d’ennuyer l’amateur de voyages fantastiques…
Heureusement, la dernière partie du film, bien plus enlevée, nous transporte dans quelques paysages de Floride nettement plus exotiques.
Le final est aussi expédié que celui du film précédent, pour une séquelle relativement moyenne, qui laisse présager à son tour une suite, qui va justement arriver…

Notez l’apparition de Clint Eastwood, dans son premier rôle au cinéma (uniquement quelques secondes) !
Dans le rôle principal du jeune scientifique aventureux (Clete), John Agar arbore des traits indiscutablement familiers. Effectivement, le cinéphile aura souvent vu passer l’acteur dans des seconds rôles auprès de John Wayne, par exemple (six films en commun, sous la houlette de John Ford ou Andrew V. McLaglen), puis dans une palanquée de séries-B fantastiques du même calibre que LA REVANCHE DE LA CRÉATURE, comme TARENTULA ! du même Jack Arnold, LE PEUPLE DE L’ENFER (dont on parlait plus haut), LE CERVEAU DE LA PLANÈTE AROUS et tant d’autres. En bref, un acteur fétiche du cinéma populaire !


6) LA CRÉATURE EST PARMI NOUS – 
(THE CREATURE WALKS AMONG US)
Réalisateur : John Sherwood
Acteurs : Jeff Morrow, Rex Reason, Leigh Snowden
Scénario : Arthur A. Ross
Musique : Henry Mancini, Heinz Roemheld, Irving Gertz
année : 1956
Durée : 78 minutes
Le pitch : Une fois de plus, l’histoire commence juste après la fin du film précédent. Une nouvelle expédition traque la créature, qui a migré vers son Amazonie natale. Elle est encore capturée mais, cette fois-ci, le nouveau scientifique qui dirige les opérations a une idée fixe : Faire muter la créature, l’utiliser comme un cobaye et démontrer que l’on peut faire évoluer les espèces, avant de faire évoluer la notre…
Le scénariste Arthur Ross avait quitté le navire (!) après le premier film et il est de retour pour cette troisième et dernière partie de la saga. C’est lui qui avait imaginé le projet et l’on sentait bien que le second film était nettement moins habité, en ne faisant que répéter paresseusement les éléments du tout premier.
Ce troisième opus est clairement découpé en deux parties distinctes. Si la première répète également les mêmes séquences que celle des films précédents (la traque de la créature sous les eaux), la seconde s’en écarte radicalement et propose enfin du neuf en abordant de nouveaux thèmes, tout en faisant de la créature une sorte de martyre, une victime de la folie et de la cupidité humaine, le scientifique en chef n’hésitant pas à la sacrifier pour assurer ses ambitions personnelles, quand d’autres ont su percevoir l’étincelle d’humanité qui était en elle.
La créature a ainsi muté, elle est devenue plus humaine et peut désormais se dresser parmi les hommes, sur terre, tandis qu’elle est devenue incapable d’évoluer sous les eaux, lui interdisant de surcroit de retourner dans son élément originel, en d’autres termes de retourner chez elle…
Jack Arnold cède la caméra à John Sherwood, son principal assistant, qui ne démérite pas au point que l’on ne remarque pas le changement. En revanche, ce troisième film n’est pas tourné en relief comme les deux précédents.
Conçu au départ pour être diffusée dans les drive-in pour un public de jeunes afficionados de films d’horreur (de la série-B, donc), la saga se démarque ici de son objectif premier en accentuant le volet philosophique de son sous-texte tout en renonçant à ses effets clinquants (la 3D). Le public n’ayant pas apprécié ce changement de paradigme, le film déçut et garda longtemps une mauvaise réputation alors qu’en le revoyant avec du recul, il est nettement meilleur que le précédent et véhicule des questionnements passionnants, tout en laissant filer un imparable message écologique.
La créature, plus touchante que jamais, dit adieu à son public dans un final lui aussi beaucoup plus poignant et tragique que les précédents.

Plus que jamais, le monstre est humain (à moins que ce soit l’humain qui est monstrueux…).
L’ÉTRANGE CRÉATURE DU LAC NOIR et ses suites ne connaitront pas de remake. Au cinéma, on reverra le Gill-man dans un kid movie en 1987 (THE MONSTER SQUAD) et le réalisateur Guillermo Del Toro en proposera une déclinaison dans son film LA FORME DE L’EAU en 2017, sans pour autant affirmer une filiation directe avec notre dernier Universal Monster. Entretemps, il y aura eu des créatures amphibiennes relativement similaires, inspirées tout autant des “profonds” d’H.P. Lovecraft, dans deux films de la fin des années 70 : LE CONTINENT DES HOMMES-POISSONS de Sergio Martino et LES MONSTRES DE LA MER de Barbara Peeters.
Dans le domaine des comics, notre monstre connaitra deux déclinaisons : Swamp Thing chez DC Comics, et son homologue Man-Thing chez Marvel, soit deux créatures des marais ! On trouvera également une itération dans la série HELLBOY et son univers partagé avec le personnage d’Abe Sapien, qui apparaitra au cinéma sous les caméras de… Guillermo Del Toro !
Bref, une véritable matrice du genre fantastique, pour une série de petits films qui aura su se tailler la part du lion, au niveau du retentissement, dans l’histoire du cinéma et de la culture populaire…

Bonus C.A.P :
Pour toi cher lecteur, voici la liste complète de la série des
UNIVERSAL MONSTERS
– * DRACULA (1931) with Béla Lugosi + DRACULA – (Spanish version) (1931)
– * FRANKENSTEIN (1931) with Boris Karloff
– * DOUBLE ASSASSINAT DANS LA RUE MORGUE – Murders in the Rue Morgue (1932) with Béla Lugosi
– * LA MOMIE – The Mummy (1932) with Boris Karloff
– * LA MAISON DE LA MORT – The Old Dark House (1932) with Boris Karloff
– * L’HOMME INVISIBLE – The Invisible Man (1933) with Claude Rains
– * LE CHAT NOIR – The Black Cat (1934) with Boris Karloff and Béla Lugosi
– * LE CORBEAU – The Raven (1935) with Boris Karloff and Béla Lugosi
– * LE MONSTRE DE LONDRES – Werewolf of London (1935) with Henry Hull
– * LA FIANCÉE DE FRANKENSTEIN – Bride of Frankenstein (1935) with Boris Karloff
– * LA FILLE DE DRACULA – Dracula’s Daughter (1936) with Gloria Holden
– * LE RAYON INVISIBLE – The Invisible Ray (1936) with Boris Karloff and Béla Lugosi
– *** ALERTE LA NUIT – Night Key (1937) with Boris Karloff
– ** THE PHANTOM CREEPS (1939) with Béla Lugosi
– * LE FILS DE FRANKENSTEIN – Son of Frankenstein (1939) with Boris Karloff, Basil Rathbone and Béla Lugosi
– * LA TOUR DE LONDRES – Tower of London (1939) with Boris Karloff, Basil Rathbone and Vincent Price
– * VENDREDI 13 – Black Friday (1940) with Boris Karloff and Béla Lugosi
– * LE RETOUR DE L’HOMME INVISIBLE – The Invisible Man Returns (1940) with Vincent Price
– * LA FEMME INVISIBLE – The Invisible Woman (1940) with John Barrymore
– * LA MAIN DE LA MOMIE – The Mummy’s Hand (1940) with Tom Tyler
– *** L’ÉCHAPPÉ DE LA CHAISE ÉLECTRIQUE – Man Made Monster (1941) with Lon Chaney Jr.
– * LE LOUP-GAROU – The Wolf Man (1941) with Lon Chaney Jr. and Béla Lugosi
– * LE CHAT NOIR – The Black Cat (1941) with Basil Rathbone and Béla Lugosi
– *** L’ÎLE DE L’ÉPOUVANTE – Horror Island (1941) with Dick Foran and Peggy Moran
– * LE SPECTRE DE FRANKENSTEIN – The Ghost of Frankenstein (1942) with Lon Chaney Jr. and Béla Lugosi
– ** NIGHT MONSTER (1942) with Béla Lugosi
– * L’AGENT INVISIBLE CONTRE LA GESTAPO (1942) with Peter Lorre
– * LA TOMBE DE LA MOMIE – The Mummy’s Tomb (1942) with Lon Chaney Jr.
– * FRANKENSTEIN RENCONTRE LE LOUP-GAROU – Frankenstein Meets the Wolf Man (1943) with Lon Chaney Jr. and Béla Lugosi
– * LE FANTÔME DE L’OPÉRA – Phantom of the Opera (1943) with Claude Rains
– * LE FILS DE DRACULA – Son of Dracula (1943) with Lon Chaney Jr. and Evelyn Ankers
– *** LA FEMME-GORILLE – Captive Wild Woman (1943) with Evelyn Ankers
– ** THE MAD GHOUL (1943) with Evelyn Ankers
– ** CALLING Dr. DEATH (1943) with Lon Chaney Jr.
– ** WEIRD WOMAN (1944) with Lon Chaney Jr. and Evelyn Ankers
– ** DEAD MAN’S EYES (1944) with Lon Chaney Jr.
– *** LA PASSION DU DOCTEUR HOHNER – The Climax (1944) with Boris Karloff
– * LA MAISON DE FRANKENSTEIN – House of Frankenstein (1944) with Boris Karloff and Lon Chaney Jr.
– * LA REVANCHE DE L’HOMME INVISIBLE – The Invisible Man’s Revenge (1944) with Evelyn Ankers
– ** JUNGLE WOMAN (1944) with Evelyn Ankers
– * LE FANTÔME DE LA MOMIE – The Mummy’s Ghost (1944) with Lon Chaney Jr.
– * LA MALÉDICTION DE LA MOMIE – The Mummy’s Curse (1944) with Lon Chaney Jr.
– ** THE JUNGLE CAPTIVE (1945) with Rondo Hatton
– * LA MAISON DE DRACULA – House of Dracula (1945) with Lon Chaney Jr.
– *** LES YEUX QUI TUENT – The Frozen Ghost (1945) with Lon Chaney Jr. and Evelyn Ankers
– ** STRANGE CONFESSION (1945) with Lon Chaney Jr.
– ** PILLOW OF DEATH (1945) with Lon Chaney Jr.
– ** HOUSE OF HORRORS (1946) with Rondo Hatton
– ** THE BRUTE MAN (1946) with Rondo Hatton
– * LA FEMME-LOUP – She-Wolf of London (1946) with June Lockhart
– * DEUX NIGAUDS CONTRE FRANKENSTEIN – Abbott and Costello Meet Frankenstein (1948) with Lon Chaney Jr. and Béla Lugosi
– * DEUX NIGAUDS CONTRE L’HOMME INVISIBLE – Abbott and Costello Meet the Invisible Man (1951)
– * LE CHÂTEAU DE LA TERREUR – The Strange Door (1951) with Charles Laughton and Boris Karloff
– * LE MYSTÈRE DU CHÂTEAU NOIR The Black Castle (1952) with Boris Karloff
– * DEUX NIGAUDS CONTRE Dr JEKYLL & Mr HYDE – Abbott and Costello Meet Dr. Jekyll and Mr. Hyde (1953) with Boris Karloff
– **** LE MÉTÉORE DE LA NUIT – It Came From Outer Space (1953)
– * L’ÉTRANGE CRÉATURE DU LAC NOIR – Creature from the Black Lagoon (1954)
– * LA REVANCHE DE LA CRÉATURE – Revenge of the Creature (1955)
– *** LE CULTE DU COBRA – Cult of the Cobra (1955) with Faith Domergue
– **** LES SURVIVANTS DE L’INFINI – This Island Earth (1955) with Faith Domergue
– **** TARENTULA (1955)
– * DEUX NIGAUDS CONTRE LA MOMIE – Abbott and Costello Meet the Mummy (1955)
– * LA CRÉATURE EST PARMI NOUS – The Creature Walks Among Us (1956)
– **** LE PEUPLE DE L’ENFER – The Mole People (1956)
– **** LA CHOSE SURGIT DES TÉNÈBRES – The Deadly Mantis (1957)
– **** LA CITÉ PÉTRIFIÉE – The Monolith Monsters (1957)
– **** LE MONSTRE DES ABÎMES – Monster on the Campus (1958)
– **** LE DÉCAPITÉ VIVANT – The Thing That Couldn’t Die (1958)
* : Ces 41 titres en caractères gras ont été chroniqués sur C.A.P tout au long de nos 6 dossiers consacrés aux Universal Monsters. Chaque lien vous mènera précisément sur la chronique dédiée au film idoine.
** : Ces 12 titres, jamais traduits en VF, ne sont pas chroniqués sur C.A.P.
*** : Ces 7 titres, traduits en VF, n’ont pas été chroniqués sur C.A.P.
**** : Ceux-ci sont moins des Universal Monsters que des films de science-fiction et certains d’entre eux feront certainement l’objet, à plus ou moins long terme, d’un article distinct consacré, sur C.A.P, aux classiques de la SF…

Nos dossiers sur les films UNIVERSAL MONSTERS :
1ère partie : L’histoire des Universal Monsters + les trois premiers films
2ème partie : LA MOMIE, L’HOMME INVISIBLE, les suites de FRANKENSTEIN et de DRACULA, LE LOUP-GAROU et LE FANTÔME DE L’OPÉRA
3ème partie : Les crossovers !
4ème partie : Les Outsiders !
5ème partie : Les suites de LA MOMIE et de L’HOMME INVISIBLE
6ème partie – Vous êtes ici : Les Deux Nigauds et L’ÉTRANGE CRÉATURE DU LAC NOIR
THAT’S ALL, FOLKS !!!
