
* HALLOWEEN MANIFESTO – 4° PARTIE *
Chronique du quatrième récit dédié à l’univers de Batman par Jeph Loeb & Tim Sale : CATWOMAN À ROME
Date de publication : 2001
Auteurs : Jeph Loeb (scénario), Tim Sale (dessin)
Genre : Super-héros. Thriller
Éditeur VO : DC Comics. Éditeur VF : Urban Comics (anciennement Panini)
Le dossier en 5 parties sur les récits de Jeph Loeb & Tim Sale dédiés à l’univers de Batman :
1. BATMAN HALLOWEEN SPECIAL
2. BATMAN : UN LONG HALLOWEEN
3. BATMAN : AMÈRE VICTOIRE
4. CATWOMAN À ROME (vous êtes ici)
5. BATMAN : LE DERNIER HALLOWEEN

Six jours : Six épisodes !
Cet article est le quatrième d’une série de cinq sur toutes les œuvres réalisées par le tandem Jeph Loeb (scénario) et Tim Sale (dessin) autour de l’univers de Batman. Ce duo d’auteurs a aussi bien officié chez DC Comics que chez Marvel, pour un certain nombre de mini-séries particulièrement réussies et iconiques, transcendées par un style inimitable.
Dans cette série d’articles, nous nous intéressons à la figure du justicier en costume de chauve-souris et aux personnages qui partagent son univers (ici, il sera donc question de Catwoman en particulier). Car, dans l’univers DC, Jeph Loeb & Tim Sale ont également livré une magnifique histoire de Superman, chroniquée dans un article distinct…

Des entrées en matière très… félines !
Le pitch : À la fin de la saga AMÈRE VICTOIRE (DARK VICTORY en VO), Catwoman disparaissait mystérieusement. La belle se rendait alors à Rome, à la recherche de ses origines.
Ce nouveau récit débute au moment de son arrivée dans la ville éternelle où, afin de retrouver la généalogie de sa famille, elle a amené avec elle le Sphinx (Edward Nigma, l’Homme-mystère), expert en énigmes !
Catwoman pense qu’elle est peut-être la fille de Carmine Falcone, le chef de la mafia de Gotham City récemment décédé. Elle souhaite alors rencontrer le parrain de la mafia romaine, Don Verinni, espérant trouver les réponses à toutes ses questions. Mais alors qu’elle parvient à approcher le vieux patriarche, celui-ci agonise sous ses yeux, victime d’un poison portant la signature… du Joker !
Tandis que la mafia l’accuse du meurtre et qu’elle comprend qu’elle est tombée dans un piège, notre héroïne doit trouver le moyen de se sortir de ce marasme, tout en essayant coûte que coûte de trouver la clé de ses origines…

Il en a de la chance, l’Homme-Mystère !
Cette mini-série (intitulée CATWOMAN : WHEN IN ROME en VO) a été réalisée en 2001 et elle fait office de spin-off à la saga DARK VICTORY, puisqu’elle développe le parcours de l’anti-héroïne en répondant à la question que se posaient alors les lecteurs : “Pourquoi Catwoman est-elle partie à Rome ?”.
Jeph Loeb & Tim Sale réalisent donc un récit parallèle qui vient mettre en lumière les arcanes de leur série principale, tout en développant leur mythologie de l’intérieur. Car CATWOMAN : WHEN IN ROME s’imbrique parfaitement dans la trame principale du récit depuis BATMAN : UN LONG HALLOWEEN, en tissant des liens étroits entre la mafia italienne et celle de la famille Falcone, qui sévit entre les murs de Gotham City. Ce n’est donc nullement un simple “bonus”, mais un récit qui nourrit la trame principale d’une saga qui ne cesse de gagner en richesse et en épaisseur…

Vacances Romaines !
Comme à leur habitude, cette mini-série est l’occasion pour les auteurs de citer leurs classiques au rayon cinéma, de s’amuser à créer une œuvre rétro en rendant hommage aux films Noirs et aux films d’aventures urbaines de l’âge d’or Hollywoodien et tout particulièrement de celui des années 50/60.
Si les multiples clins d’œil aux films mettant en scène Audrey Hepburn dans les grandes bobines glamour de l’époque sautent aux yeux, d’autres encore peuvent être repérés.
Jeph Loeb & Tim Sale rendront d’ailleurs hommage à Audrey Hepburn époque DIAMANTS SUR CANAPÉ (1961) dans leur SPIDER-MAN BLEU l’année suivante, mais ici c’est évidemment VACANCES ROMAINES, le film réalisé par William Wyler en 1953 qui est ciblé en premier, quand bien-même Selina (Catwoman, dans le civil) ressemble surtout à la Audrey Hepburn des 60’s. Raison pour laquelle on peut encore fouiller dans les références…
Et on songe alors directement à ces films d’aventures urbaines des années 60, comme LE RETOUR DE LA PANTHÈRE ROSE de Blake Edwards, TOPKAPI de Jules Dassin et surtout à COMMENT VOLER UN MILLION DE DOLLARS, un autre film de William Wyler réalisé en 1966 avec… toujours Audrey Hepburn en vedette ! À ce titre, la longue séquence où Catwoman tente de voler la mythique bague du premier parrain dissimulée sous la Pietà de Michel-Ange, pour l’offrir au fils de Don Verinni afin de prouver sa bonne foi, est une éclatante citation !

Comment voler une bague d’un million de dollars ?
Enfin, impossible de ne pas penser, en voyant Catwoman arpenter les toits de cette ville méditerranéenne, au personnage de Grace Kelly dans LA MAIN AU COLLET d’Alfred Hitchcock !
Comme c’était le cas avec les deux maxi-séries précédentes, le récit se pare ainsi d’une atmosphère de films noirs dans la grande tradition du cinéma américain de la période à laquelle Jeph Loeb & Tim Sale rendent hommage dans leurs travaux dédiés à l’univers de Batman, qu’ils enrobent d’une patine expressionniste qui rappelle également les grandes heures du cinéma baroque (et parfois gothique) de l’époque consacrée, à coup de contrastes clair-obscur.
Comme on l’a vu dans les articles précédents, les auteurs cisèlent ainsi une œuvre postmoderne en mêlant leurs récits à toute une batterie de références qui n’est nullement gratuite dans le sens où elle opère au contraire du liant dans l’esprit du lecteur, véhiculant toute une série de thèmes issus du film Noir qui nourrissent et apportent de la profondeur à leurs récits.

Catwoman se prend pour Grace Kelly dans LA MAIN AU COLLET !
À maintes reprises, afin de nous transporter au cœur de la “ville éternelle”, laquelle se dévoile sous ses atours mystérieux et grandioses, Tim Sale nous fignole de splendides tableaux qui n’appartiennent qu’à lui, d’où surgissent quelques décors saisissants : Duel de “chattes” dans le Colisée (où Catwoman affronte Cheetah, qui n’est pas une guenon, mais une sorte de “femme-panthère”, d’ordinaire une ennemie de Wonder Woman), cambriolage au sein de la Basilique St pierre (où le joyau se trouve donc dissimulé sous le socle de la Pietà de Michel-Ange) ; cette escapade à Rome tient ses promesses et nous fait voyager dans la cité mythique pour un résultat teinté d’une délicieuse note exotique !
Et cerise sur le gâteau : Tim Sale dessine une Selina Kyle sexy en diable, dans le plus pur esprit des pinups de l’époque, une fois encore celles des 50’s et des 60’s. Miaou !

En art, rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme.
Notons également les couvertures conceptuelles qui situent l’action dans le temps (un épisode étant dévolu à une journée, les six épisodes s’étalant sur une semaine, du lundi au samedi !) et qui s’inspirent du peintre René Gruau, un artiste romain ayant traversé toute la seconde partie du XXème siècle. Gruau travaillait tout particulièrement dans le milieu de la mode, notamment pour Dior (avec lequel il avait contribué à lancer le New Look d’après-guerre), pour le magazine Vogue et enfin pour les cabarets parisiens (le Lido, le Moulin Rouge et le Casino de Paris), dont il a créé toute l’esthétique durant plusieurs décennies !
Une fois encore, Tim Sale, qui saisit ici l’occasion de mettre en lumière tout le glamour d’une époque, montre qu’il fait partie de ces dessinateurs de comics qui ne s’inspirent pas que de leurs pairs au sein d’un seul et unique médium, mais qui ouvrent au contraire leur champ d’inspiration à tous les autres et notamment à ceux des arts plastiques (tout comme le faisait avant lui Barry Windsor Smith, par exemple). Résultat : un style qui possède ce petit quelque chose d’universel, tout en imposant une signature immédiatement reconnaissable, entre mille. La postmoderne attitude…
Pour terminer, mention spéciale au travail de Dave Stewart sur la mise en couleur, qui ajoute aux aplats de noir de Tim Sale de superbes aquarelles fauves (et oui parce que Tim Sale est… daltonien !).
Encore un grand moment de bande-dessinée.

À gauche Tim Sale. À droite, René Gruau.
See you soon !!!

Merci pour cette analyse !
J’avais bien aimé ce court (comparativement) récit à une Amère Victoire qui m’était tombé des mains à l’époque de Semic. Peut-être pour l’élégance d’une Selina « Hepburn » plus expressive que le taciturne millionnaire de Gotham. Etant un ignare en termes d’art pictural, je te remercie de partager (en plus de ces comparaisons toujours expertes avec les influences cinés) les inspirations picturales de ces superbes couvertures.
Et merci à toi pour la visite !
Amère Victoire t’était tombé des mains ??? Mais comment that’s possible ? 😱
Faut le relire ! Faut le relire ! 😃 (je dis ça mais même moi je ne l’ai pas encore relu. Par contre je l’ai épluché/feuilleté/admiré à fond à l’occasion de ces articles)
Comme Pour Daredevil yellow, j’en ai surtout un souvenir graphique (ça suffit largement d’ailleurs).
si je chipote, Loeb fait sa recette habituelle (1 épisode/1guest) qu’il va balader de projet en projet
Merci à toi de mettre en lumière les clins d’œil cinématographiques qui sont le socle esthétique ce cette mini…
Merci pour les infos concernant Gruau
C’est vraiment de haute volée
Là encore il faut que je le relise
Alors par contre j’ai prévu un dernier article pour le DERNIER HALLOWEEN mais… j’ai pas encore lu ! 🫣
Moi non plus
Hi Hi Hi
Ah que coucou tout le monde !
Jé bien lu tout ton article et… Mama mia ! Je suis enseveli sous les références !!
M’étonne pas que leur tambouille à eux-deux (Loeb & Sale) te parle autant : avec ta culture Ciné et ton bagage professionnel, il y a là de quoi over-stimuler ta production d’endorphines OUARFF !
Tu explicites clairement tout l’intérêt vrai de cette mini-série et, évidemment, grâce au déroulé archi-détaillé de ton analyse, j’en perçois ainsi la validité de tes arguments envers elle.
Fatalement, ne possédant pas ces références (ou alors de façon très diluée), je ne peux appréhender le travail du duo qu’à la hauteur -très raz de terre !- de mes habitudes de lecteur « sauvage » : absolument premier degré et très brut de décoffrage.
J’ai bien aimé lire ce récit sans prétention mais, de mon point de vue, tellement ciblé dans sa nature « d’hommage » à un genre bien particulier (le Policier suranné et Romantique Hollywoodien début Vingtième siècle !) , que je n’y ai pas retrouvé de quoi alimenter mon appétit pour l’autre genre promis par les couvertures (et l’éditeur, of course !) : le Super-Héros intemporel.
Les choix d’écriture réduits aux seuls monologues et/ou dialogues qui te font qualifier ces récits « d’adulte », m’enlèvent à moi pas mal de l’intérêt purement littéraire du Comic-Book, en supprimant une part d’atmosphère induite spécifiquement par les mots, et à laquelle j’ai toujours bien fonctionné, ayant grandi avec. À contrario, j’avoue que ces incessants Ping-pongs informatifs entre protagonistes me saoulent très souvent, même quand ils brillent d’intelligence et de réflexion. C’est encore une formule relativement moderne qui, à l’origine, a aidé à décupler le rythme de l’action sur les planches mais, devenue à présent quasi dominante, je lui trouve une tendance à « amincir » l’émotion dégagée par l’histoire, en forçant les personnages à vocaliser leurs ressentis quand on pourrait directement être en rapport avec ceux-ci via quelques phrases choisies écrites en encart -et qui ne soient pas leurs réflexions en cours.
Pour ce qui est de l’aspect purement graphique du travail de Tim Sale, malgré tout son talent véritable à mettre en scène et l’élégance de son trait, je reste un peu sur ma faim quant aux proportions et à l’expressivité de ses personnages (trop cartoony pour moi) et le rendu relativement figuratif de tout le reste : matière et décors, rien n’accroche mes yeux.
Mais je reconnais sans problème la valeur purement laborieuse et très authentique de leur création -et pas seulement sur ce titre, d’ailleurs !- ; ils évoluent simplement loin de mes affections d’amateur de Comics de Super-Héros.
Merci de ton retour, Bruno !
Et merci de détailler ainsi ton ressenti. On voit bien à quel point chaque lecteur possède sa grille de lecture et, une fois de plus, je suis bien obligé de prendre conscience que la mienne reste la mienne, et qu’elle est loin d’être universelle. Manifestement, en tout cas ici, tout ce que j’aime, tout ce qui me touche et tout ce qui me stimule est à l’opposé de ce que d’autres lecteurs recherchent et de ce qui les fait vibrer. C’est ainsi.
Je confesse aussi que, bien que je n’ai lu quasiment que ça pendant environ 20 ans (entre le début des années 2000 et la fin des années 2010), histoire de parfaire ma soif de culture populaire et de culture tout court, je suis obligé de reconnaitre que je déteste le genre super-héros, en fait. Je ne l’aime que lorsqu’il contourne son propre genre pour devenir autre chose, c’est bien la preuve que je ne l’aime pas dans sa version « pure ».
Mais c’est pas grave ! L’important c’est que ça m’a permis de découvrir le genre d’oeuvre que je défends ici, et plein de copains avec qui en discuter ! 🙂
Rassure toi (… Quoi que ?!) : il y a plus absurde que de se cultiver longtemps via un genre de lecture avant de s’apercevoir qu’elle ne nous convient franchement pas -ou très peu. La curiosité, même gratuite ou influencée par les modes ou le milieu, porte en elle sa propre valeur : l’esprit s’ouvre. J’en connais qui se sont usés les z’oeils et les crayons (et les nerfs, surtout !) sur des forêts entières de papier pendant toute une vie, avant d’enfin réaliser consciemment que le médium qu’ils avaient choisi pour s’exprimer (et qu’ils placent presque au dessus de tout le reste, sinon la chanson/musique !) ne leur apporte aucune forme de satisfaction, sinon les retours sympathiques de quelques amateurs.
Il est toujours un peu difficile de faire le tri, entre l’envie et le besoin : c’est le temps qui passe qui, à force de portes qui claquent (ou de poings, d’ailleurs…) dans la tronche fini par nous réveiller. Mais les habitudes sont (rountudju !) difficile à secouer.