
* LATIN LOVERS *
– SALUDOS AMIGOS – 1942
– LES TROIS CABALLEROS – 1944
Contenu de l’article :
Chronique des films SALUDOS AMIGOS & LES TROIS CABALLEROS, produits par Walt Disney au début des années 40
Genre : Animation, documentaire, comédie musicale.

Après PINOCCHIO et FANTASIA, voici les 12 films produits par Walt Disney dans les années 40. Notons quatre films qui ne sont pas sortis au cinéma en France : LE DRAGON RÉCALCITRANT, VICTOIRE DANS LES AIRS, DANNY LE PETIT MOUTON NOIR et LE CRAPAUD ET LE MAÎTRE D’ÉCOLE.
Cet article portera sur deux films produits par Walt Disney au début des années 1940 : SALUDOS AMIGOS & LES TROIS CABALLEROS.
Ce sont deux films hybrides qui comportent à la fois des points communs et des différences. On peut néanmoins les placer dans une continuité à travers laquelle il forment une sorte de diptyque.
Nous allons explorer la genèse de ce que l’on considère aujourd’hui comme les sixième et septième “classique d’animation” des studios Disney (on appelle “classique d’animation” les longs métrages incluant majoritairement des scènes animées), deux œuvres pour le moins étranges, que l’on peut trouver parfaitement datées ou au contraire assez fascinantes à redécouvrir aujourd’hui…
AU PROGRAMME :
- 1. SALUDOS AMIGOS
- 2. LES TROIS CABALLEROS
Niveaux d’appréciation :
– À goûter
– À déguster
– À savourer


1) SALUDOS AMIGOS – 
Réalisateur : Norman Fergusson, Wilfred Jackson, Jack Kinney, Hamilton Luske et Bill Roberts
Acteurs : Fred Shields et Frank Graham (Narrateurs), Clarence Nash (Donald Duck), José Oliveira (José Carioca).
Scénario : Ted Sears, Bill Cottrell, Webb Smith
Musique : Charles Wolcott, Edward H. Plumb et Paul J. Smith
Chanson AQUARELA DO BRASIL écrite par Ary Barroso et interprétée par Francisco Alves
Année : 1942 (première sortie en France en 1947)
Durée : 42 minutes
Au début des années 40, le studio Disney se porte plutôt mal. Ses deux précédents longs métrages d’animation au cinéma, PINOCCHIO et FANTASIA, n’ont pas remporté un gros succès ; la seconde guerre mondiale oblige l’industrie cinématographique à ralentir son rythme de production et la faillite pointe le bout de son nez. Des tas de projets sont à l’état d’ébauche et l’on peine à finaliser plusieurs films, à la fois par manque de moyens et à la fois car leur production n’est pas à la hauteur d’un film de longue durée. L’idée consiste alors à sortir des compilations à moindre coût à l’intérieur desquelles on peut recycler tous les films n’ayant pas pu donner le potentiel d’un long métrage. À part DUMBO qui réussit à sortir tout seul (il ne dure pourtant qu’une heure et souffre d’une production assez faible) et BAMBI (qui reste l’exception au niveau de la richesse de la production à cette période), les autres films sont compilés. Ce sera le cas par exemple du DRAGON RÉCALCITRANT (1941) qui sera intégré à un docu-fiction, en compagnie d’autres courts métrages.
C’est également à ce moment-là que vont émerger les longs métrages mélangeant animation et prises de vues réelles, également fondés sur le principe de la compilation, où LE DRAGON RÉCALCITRANT, SALUDOS AMIGOS (1942) et LES TROIS CABALLEROS (1944) vont s’imposer comme un véritable laboratoire d’expériences diverses.
L’introduction de SALUDOS AMIGOS montre Walt Disney en personne, en train de monter dans l’avion avec son équipe, en partance pour l’Amérique latine. Car le film (dont le titre signifie “Bonjour les Amis” en espagnol), propose de visiter les différents pays du sud de l’Amérique sous la forme d’un mélange entre le documentaire (filmé avec des autochtones en chair et en os) et des courts métrages d’animation liés à chaque pays visité, le tout lié par une voix-off qui nous sert de guide tout au long du voyage. À noter que le film ne dure que 42 minutes, ce qui en réalité le place dans la catégorie des moyens métrages, alors qu’il est pourtant considéré comme un long métrage !
La bande annonce d’époque.
Le concept de ce premier film hybride est très intéressant dès lors que l’on remet les choses dans leur contexte :
Le 7 décembre 1941, le Japon bombarde Pearl Harbor et, le lendemain, les États-Unis entrent officiellement dans la Seconde Guerre mondiale. S’ensuit une très vaste entreprise de propagande destinée à motiver le peuple dans la perspective de soutenir l’effort de guerre. Dans cette optique, le cinéma va rapidement devenir un outil de premier plan et c’est toute l’industrie qui s’y met, à la fois par patriotisme mais aussi parce que c’est parfois le seul moyen de sortir la tête de l’eau et d’éviter la faillite !
Il faut se rendre compte qu’avec le conflit mondial, les États-Unis perdent le lien avec un nombre considérable de pays constituant leur marché habituel, dont le Japon et la totalité de l’Europe occupée. Se tourner vers l’Amérique latine, c’est à la fois l’occasion de nouer des liens avec une terre voisine et de créer un marché jusque-là inexploité.
La mission est donc double, pour un Walt Disney qui, au départ, n’apprécie guère le principe qu’on lui impose plus ou moins gentiment : Favoriser la “Politique de Bon Voisinage” (the “Good Neighbor Policy”), tout en étendant le marché de l’industrie du cinéma à de nombreux pays voisins. Parti en mission diplomatique avec une équipe d’animateurs (et la garantie d’une aide financière de l’état pour ses prochains longs métrages…), Walt Disney doit ainsi inciter les pays de l’Amérique latine à adhérer à la lutte contre le nazisme (car les nombreux allemands qui ont déjà fait le voyage dans les pays d’Amérique du Sud ont un peu favorisé une certaine forme de “tolérance” à la notion de fascisme !), tout en profitant de l’occasion pour les séduire avec son cinéma hollywoodien. Le résultat se fera sous la forme d’un film ventant l’exotisme des pays visités, mélange de documentaire et de petites comédies d’animation. Ce sera donc SALUDOS AMIGOS.

Voyage en Exotica…
Lorsqu’ils visitent les pays ciblés (le Pérou, la Bolivie, l’Argentine, le Chili et le Brésil), Walt Disney et son équipe en profitent donc pour observer les coutumes autochtones et les particularités exotiques, afin d’y puiser de nouvelles sources d’inspiration et d’effectuer un maximum de croquis et de créations en vue de leur prochain long métrage.
SALUDOS AMIGOS va donc se présenter sous la forme d’un documentaire en plusieurs parties, chaque segment consistant à présenter les us et coutumes d’un pays -ou d’une région- visités, suivi d’un court métrage d’animation inspiré par le documentaire. Le personnage de Donald Duck est naturellement introduit pour représenter une sorte de caricature du touriste américain venu visiter les pays d’Amérique latine, puisque son langage est de toute manière assez incompréhensible et donc universel !
Au final, le film est divisé en quatre parties intitulées respectivement VISITE AU LAC TITICACA (LAKE TITICACA en VO, qui fait la liaison entre le Pérou et la Bolivie), PEDRO, L’AVION POSTAL (PEDRO en VO, qui se déroule au Chili), DINGO, VACHER ARGENTIN (EL GAUCHO GOOFY en VO, pour l’Argentine) et LE CARNAVAL DE RIO (AQUARELA DO BRASIL en VO, pour le Brésil).

Donald, touriste au lac Titicaca. Pedro, le petit avion postal du Chili. Dingo, el gaucho ! Donald et José Carioca, dégustant la cachaça à Rio.
Passons sur les passages de pur documentaire, qui sont à la fois génériques et un peu datés (mais pas inintéressants), pour s’intéresser aux séquences d’animation.
VISITE AU LAC TITICACA est l’occasion d’un morceau de bravoure typique des courts métrages Disney, durant lequel Donald et sa monture (un lama burlesque) doivent franchir un pont suspendu à des centaines de mètres au sommet de la Cordillère des Andes. Si cette première séquence est amusante sur le principe de montrer la caricature d’un touriste propulsé dans un environnement extrêmement différent de ses habitudes de citadin, il n’entretient que peu de liens avec le premier documentaire.
PEDRO, L’AVION POSTAL est tout aussi déconnecté de son documentaire que le précédent. Visant un public enfantin, il met en scène un petit avion effectuant sa première mission de transport dans un environnement également extrême. Charmant et inoffensif, ce court métrage apparait avec le recul comme le prototype des objets animés – et surtout des véhicules – qui deviendront plus tard un thème à part entière du film d’animation, on pense évidemment à la série de films produits par le studio Pixar, CARS et PLANES en tête de ligne.
L’équipe Disney s’est attaché à ce projet en ayant en tête de réaliser ensuite un long métrage entièrement consacré aux avions. Ce sera au final le film VICTOIRE DANS LES AIRS (1943), principalement destiné à soutenir l’effort de guerre !
Le très burlesque passage du pont suspendu dans VISITE AU LAC TITICACA !
Dans DINGO, VACHER ARGENTIN, Walt Disney et son équipe se focalisent sur l’art des “Gauchos”, ces cowboys locaux qui semble faire la fierté de l’Argentine. Si l’on connait LE DRAGON RÉCALCITRANT (le film précédent du studio) et son court métrage COMMENT FAIRE DE L’ÉQUITATION, on peut très vite s’apercevoir du recyclage tant cette troisième séquence animée de SALUDOS AMIGOS en propose quasiment un copié-collé !
On ne boude toutefois pas son plaisir si l’on apprécie les pitreries souvent surréalistes de ce personnage, assurément le plus burlesque jamais créé par ce grand visionnaire qu’était Walt Disney.
Le plat de résistance de SALUDOS AMIGOS demeure son quatrième et dernier segment, avec la visite de Rio de Janeiro et la découverte d’un tout nouveau personnage venu incarner le Brésil et donner la réplique à Donald : Le perroquet José Carioca.
Ce personnage, second “héros” du film après l’incontournable Donald Duck, est né conjointement de l’inspiration des dessinateurs du studio et d’une volonté de séduire les brésiliens, toujours à travers cette mission de les convertir au “Good Neighbor Policy” et par extension à la lutte contre le nazisme ! Ce n’est au final qu’une anecdote, tant le personnage est immédiatement devenu populaire. On le verra dans son pays natal au sein d’un nombre incalculable de bandes dessinées et il fera son retour dans bon nombre de productions Disney aux USA.
José Carioca : le roi du samba !
Cette dernière séquence se focalise sur les arts brésiliens, sur le samba et sur le mythique carnaval de Rio. Elle se conclue par AQUARELA DO BRASIL (qui donne son titre au segment), la tout aussi mythique chanson (l’une des plus reprises du gigantesque répertoire de la musique brésilienne) écrite par Ary Barroso et interprétée dans la version que l’on entend dans le film par Francisco Alves.
Cette ultime scène d’un film très court est un enchantement pour peu qu’on sache remettre les choses dans leur contexte et apprécier les œuvres surannées. Elle se hisse au niveau de FANTASIA dans une version plus populaire musicalement, donc bien plus légère et, au final, bien trop courte ! Le mot “FIN” vient ainsi interrompre le film à son meilleur moment et insinue un réel sentiment de frustration. Heureusement, à l’époque, la suite fut programmée dans la foulée…
La plus poétique et plus jolie scène du film est également la dernière…


2) LES TROIS CABALLEROS – 
(THE THREE CABALLEROS)
Réalisateur : Norman Fergusson (réalisateur principal), Jack Kinney, Clyde Geronimi et Bill Roberts (séquences d’animation) ; Harold Young (prises de vues réelles)
Acteurs : Sterling Holloway (le Narrateur), Clarence Nash (Donald Duck), Joaquin Garay (Panchito Pistoles), José Oliviera (José Carioca). Dans leur propre rôle : Aurora Miranda, Carmen Molina, Dora Luz et Carlos Ramírez
Scénario : Homer Brightman
Musique : Charles Wolcott (superviseur), Edward H. Plumb et Paul J. Smith
Année : 1944 (première sortie en France en 1948)
Durée : 72 minutes
Deux ans après la sortie de SALUDOS AMIGOS, le public pouvait donc découvrir LES TROIS CABALLEROS, la suite du film précédent, qui se proposait d’explorer les pays (ou les régions) d’Amérique latine que l’on n’avait pas encore vues.
Ce second opus lève néanmoins le pied sur le volet documentaire, tout en poussant plus loin les interactions entre les acteurs en chair et en os et les personnages animés, versant avant tout dans la comédie musicale joyeusement débridée.
Le principe de nous montrer des scènes documentaires présentant la vie des autochtones, comme dans SALUDOS AMIGOS, a donc été abandonné. Ce sont cette fois des acteurs (et des artistes) locaux qui jouent directement dans le film auprès des héros animés, les fameux Trois Caballeros, respectivement Donald Duck (qui apparait ponctuellement du début à la fin, puisque c’est lui qui, en ouvrant une boite de cadeaux d’anniversaire, introduit chaque séquence), José Carioca (qui effectue son grand retour après le film précédent) et Panchito Pistoles, un coq mexicain (inédit) venu compléter le trio puisque toute la dernière partie du film, la plus longue, va être consacrée à plusieurs régions du Mexique, le grand pays que l’on n’avait pas visité dans SALUDOS AMIGOS.
La bande annonce française d’époque (qualité fluctuante)…
Le film, qui tourne donc autour du cadeau de Donald, lequel puise dans une boite moult surprises qu’il peut projeter à l’aide d’une caméra (et plus le film va en s’avançant, et plus ça devient n’importe quoi…), se divise donc lui aussi en plusieurs séquences, avec une autre nouveauté par rapport au précédent : Dans LES TROIS CABALLEROS, chaque séquence est toujours axée sur un oiseau, sorte de fil rouge qui lie (de manière plus ou moins logique…) tous les éléments entre eux.
En réalité, le film est divisé en deux parties, lesquelles sont également divisées en plusieurs segments…
– Dans la première partie, Donald visionne une bobine intitulée ÉTRANGES OISEAUX et nous sommes invités à admirer plusieurs courts métrages, chacun étant consacré, comme on peut le deviner, à un oiseau différent à chaque fois :
1) LE PINGOUIN À SANG FROID (COLD-BLOODED PEINGUIN) : Pablo est un pingouin qui vit en Antarctique et qui ne supporte pas le froid. Son rêve est de partir vivre en Amérique latine et il va tout faire pour le réaliser…
1.5) Ce court métrage est suivi d’un autre dessin animé dans lequel on découvre toute une série d’oiseaux plus ou moins inspirés de la réalité vivant en Amérique du sud, une occasion (un peu vague) de visiter d’autres pays comme le Paraguay ou la Colombie. Il est particulièrement mémorable pour son introduction de l’aracuan, un oiseau farfelu au chant complètement délirant, qui reviendra plusieurs fois dans d’autres films produits par Walt Disney, le plus souvent en compagnie de Donald (on retrouvera notamment Donald, l’aracuan et José Carioca dans un segment du film MÉLODIE COCKTAIL en 1948).
Ce premier segment, charmant sans être inoubliable, est néanmoins tout à fait agréable.
L’aracuan, une vedette !
2) L’HISTOIRE DU GAUCHITO VOLANT (THE FLYING GAUCHITO) nous emmène en Uruguay (encore un pays que nous n’avions toujours pas visité) et nous raconte l’histoire d’un petit garçon, apprenti gaucho, qui découvre l’existence d’un petit âne ailé et qui décide de participer à la course des gauchos. Il s’agit d’un court métrage qui rappelle un peu celui sur le petit avion postal dans SALUDOS AMIGOS, avant tout destiné à un très jeune public et finalement intégré au film de manière opportuniste.
– La seconde partie du film opère un virage à 180 degrés en ramenant José Carioca sur le devant de la scène. À partir de là, le film prend un tournant surréaliste qui ne va cesser d’aller croissant, les héros se transformant au gré d’une suite de scènes délirantes où la musique prime sur le scénario et où tout part dans tous les sens. Les personnages peuvent dès lors entrer dans un livre et voyager aux quatre coins de l’Amérique.
1) On commence par retourner au Brésil, mais cette fois dans l’état de Bahia, pour une série de numéros musicaux se déroulant au sein des rues pittoresques de la baie de Salvador (ou la baie de tous les saints). Ceci est très mal expliqué dans la VF, où les traducteurs croient que Bahia est une ville !
L’introduction de ce segment se déroule sur le même principe que celui d’AQUARELA DO BRASIL dans SALUDOS AMIGOS, mais cette fois au son de la chanson NA BAIXA DO SAPATEIRO (renommée BAIA), encore écrite par Ary Barroso mais interprétée par Nestor Amaral. Doux et mélancolique, ce segment est peut être encore plus envoûtant que celui d’AQUARELA DO BRASIL.
Nous nous retrouvons ensuite dans ces fameuses rues pittoresques où Aurora Miranda (la sœur de la grande Carmen Miranda), qui joue une vendeuse de gâteaux, vient à la rencontre de nos deux oiseaux. Elle est bientôt rejointe par une armée de danseurs, le temps d’un premier numéro musical (OS QUINDINES DE LAIA) où les acteurs en chair et en os dominent la scène, puis d’un second (LE RÊVE DE DONALD / DONALD’S SURREAL REVERIE), où tout s’inverse, l’animation reprenant ses droits et revenant au premier plan en incluant les acteurs.
OS QUINDINES DE LAIA
LE RÊVE DE DONALD / DONALD’S SURREAL REVERIE
2) À la fin de la séquence brésilienne, le livre se referme et nous sommes de retour chez Donald, qui peut ouvrir son dernier cadeau. Surgit alors Panchito Pistoles, le coq mexicain qui manquait au trio pour former les trois Caballeros.
Après être revenu un bon quart d’heure au Brésil, le film va entièrement consacrer sa dernière demi-heure au Mexique. C’est un sacré déséquilibre quand on prend conscience que nous sommes passés dans d’autres pays comme l’Uruguay, la Colombie ou le Paraguay, parfois quelques secondes au détour de la séquence des étranges oiseaux ! Une drôle de manière de nous faire voyager en Amérique latine…
Si José Carioca était déjanté, ce n’était rien en comparaison de Panchito Pistoles, personnage complètement déchainé ! Celui-ci se propose de nous faire découvrir les us et coutumes de son pays et ce serait un euphémisme que de décrire la dernière demi-heure du film comme une avalanche de scènes surréalistes !
À bord d’un tapis volant, nos trois héros filent dans le livre et atterrissent respectivement à Mexico, Vera Cruz et Acapulco. Ici encore, les visites ne sont que des prétextes afin de mélanger oiseaux et pinups (au milieu desquelles se détachent respectivement les chanteuses Carmen Molina et Dora Luz), qui interagissent dans une sorte de comédie musicale informelle, ou tout est prétexte à des gags dès lors que nos oiseaux (et en particulier Donald) désirent approcher au plus près des belles mexicaines…

Des oiseaux (un peu trop) sensibles au beau sexe…
Ce qui semble avoir le plus intéressé l’équipe du film est de pousser le plus loin possible les effets de mélange entre les prises de vues réelles, les dessins, les acteurs et les éléments animés. D’où cette suite de numéros musicaux psychédéliques qui apparentent cette partie du film à une sorte de FANTASIA sous acide !
À l’arrivée, le coup de production s’est envolé, LES TROIS CABALLEROS a coûté beaucoup plus cher que SALUDOS AMIGOS et a donc rapporté beaucoup moins d’argent en conséquence ! La troisième compilation prévue et dédiée à l’Amérique latine, qui devait s’intituler CUBAN CARNIVAL, est donc abandonnée.
Il reste ces quelques morceaux de bravoures dont certains passages sont encore bluffants aujourd’hui, notamment cette scène où des pinups en bikini sur la plage d’Acapulco propulsent Donald avec une serviette comme s’il faisait du trampoline !
La virée sur Acapulco Beach et le vertigineux coup du trempoline !
Notons, pour terminer, que ces deux films sont sortis à l’époque en Amérique latine avant leur sortie américaine, afin de faire honneur aux pays visités (et les inviter à adhérer à la Politique de Bon Voisinage) !
En France, ils sortiront après la fin de la guerre, respectivement en 1947 pour SALUDOS AMIGOS et en 1948 pour LES TROIS CABALLEROS.

Épilogue
Ces deux films, qui forment une sorte de diptyque, peuvent avoir mal vieilli et ne possèdent probablement pas le charme d’autres grands classiques ayant bénéficié d’une production bien plus ambitieuse, comme avant avec BLANCHE NEIGE, PINOCCHIO, FANTASIA (et pendant avec BAMBI), ou après avec CENDRILLON, ALICE AU PAYS DES MERVEILLES, PETER PAN, LA BELLE ET LE CLOCHARD, etc.
Rappelons une fois encore qu’ils ont été produits à peu de frais afin de renflouer le studio, qu’ils demeurent des produits de commande au sein de la 2nde Guerre Mondiale, dans une période où le studio Disney choisit de sortir des compilations de courts métrages et des hybrides à cheval entre le documentaire et la fiction, justement pour atténuer les budgets de production et éviter la faillite.
Avec ce postulat en tête, on peut se laisser charmer par le résultat, qui constitue un laboratoire extrêmement créatif d’expérimentations cinématographiques, sachant que nous avons-là les premiers longs métrages de ce genre, qui mélangent animation, prises de vue réelles, fiction et documentaire.
À l’heure où s’écrivent ces lignes, le nom “Disney” est un peu devenu un gros mot dans la sphère bienpensante et le fait d’entendre des tas de critiques à charge sur les films issus du studio est aujourd’hui une banalité, même au rayon des classiques. Parmi ceux-ci, SALUDOS AMIGOS et LES TROIS CABALLEROS figurent parmi les plus malaimés et, avec le temps, soulèvent de plus en plus de mépris et de critiques de fond. Si l’on reproche au premier sa trop grande superficialité au niveau des connaissances rapportées quant aux pays visités, s’attachant uniquement aux clichés et proposant une caricature de leurs us et coutumes (un peu à la manière des Dupondt dans les aventures de TINTIN, lorsqu’ils revêtent – soi-disant – les accoutrement des pays exotiques dans lesquels ils essaient de passer inaperçus !), le second choque aujourd’hui les nouveaux vertueux avec le personnage de Donald et sa libido exacerbée. Certes, ce comportement hystérique n’est pas de très bon goût et dénote avec l’évolution des mœurs. Il nous appartient une fois encore de savoir recontextualiser les choses car, dans les années 40, la mode était totalement dévolue au phénomène des pinups et il était complètement admis qu’elles puissent à ce point déchainer les passions puisque c’était le but et un moyen de gagner sa vie comme plus tard les stars de la téléréalité et les bimbos des réseaux sociaux. À chaque époque ses incongruités…
Dans la continuité d’AQUARELA DO BRASIL, la merveilleuse et envoûtante scène dédiée à Bahia…
Le but premier de ce diptyque aura été politique et commercial. Les USA souhaitaient étendre leur empire économique à l’Amérique latine et tout aura commencé ici. N’empêche que, suite au succès de SALUDOS AMIGOS, la chanson AQUARELA DO BRASIL va instantanément devenir un hit planétaire et le monde va progressivement s’ouvrir à la musique brésilienne. On verra alors des tas de gens rejoindre le continent sud américain en rêvant de trouver l’Eldorado…
Dans la décennie suivante, les États-Unis vont continuer sur leur lancée et chercheront eux aussi à inonder le Brésil de leur musique et plus particulièrement de leur jazz. Du mariage entre le samba et le jazz va alors naître un tout nouveau courant musical venu du Brésil, qui va à son tour conquérir le monde. Ce sera l’ère de la bossa nova et nous vous contons cette aventure dans cet article…
Ces films auront, quoiqu’il en soit, une descendance considérable dans les domaines artistiques du son et de l’image. Musicalement, ils lanceront une passion sans borne pour les musiques latines et ultra-marines qui durera plusieurs décennies avec les modes successives du boléro, du mambo, du cha-cha-cha, du samba, du calypso, de la bossa nova et plus largement de l’exotica. Le hit AQUARELA DO BRASIL traversera le temps et reviendra de manière chronique, en ayant au passage inspiré le chef d’œuvre de Terry Gilliam, son film BRAZIL réalisé en 1985…
Dans l’histoire du cinéma, ils vont inaugurer le mélange entre les prises de vues réelles et les personnages animés qui prendront leur essor dans l’histoire du cinéma, jusqu’à tout emporter de nos jours avec la technique de la motion capture.
Deux petits classiques qu’il est bon, malgré leurs défauts dans le fond et dans la forme, de réévaluer à leur juste valeur…
THAT’S ALL, FOLKS !!!
