
* HALLOWEEN STYLE *
Chronique du film : SLEEPY HOLLOW
Réalisateur : Tim Burton
Acteurs : Johnny Depp, Christina Ricci, Miranda Richardson, Christopher Walken, Michael Gambon, Casper Van Dien, Michael Gough, Christopher Lee, Jeffrey Jones, Ian Mc Diarmid, Lisa Marie, Martin Landau, Ray Park, Richard Griffiths
Scénario : Andrew Kevin Walker et Kevin Yagher, d’après la nouvelle LA LÉGENDE DE SLEEPY HOLLOW de Washington Irving
Musique : Danny Elfman
Date de sortie : 1999
Durée : 105 minutes
Genre : Fantastique, horreur, gothique

SLEEPY HOLLOW (LA LÉGENDE DU CAVALIER SANS TÊTE) est réalisé en 1999. C’est le huitième long-métrage de Tim Burton (ainsi que sa troisième collaboration avec l’acteur Johnny Depp). C’est une période un peu spéciale pour lui puisque le film est réalisé en 1999, entre MARS ATTACKS ! (1996) et LA PLANÈTE DES SINGES (2001), soit deux de ses films les moins représentatifs de sa signature si particulière.
Pourtant, SLEEPY HOLLOW est un film totalement burtonnien, car il s’agit ni plus ni moins de la déclaration d’amour du réalisateur adressée au cinéma horrifique de sa jeunesse, auquel il voue un véritable culte et une passion sans limites.
La bande annonce vintage.
LA LÉGENDE DU CAVALIER SANS TÊTE selon Tim Burton, voilà de quoi alimenter les fantasmes de tout cinéphile amateur de contes gothiques dans la grande tradition des fêtes d’Halloween !
Au départ, il y a le livre de Washington Irving (publié en 1820). Et puis le dessin animé de Walt Disney (un moyen-métrage couplé avec une autre adaptation (LE VENT DANS LES SAULES de Kenneth Grahame) intitulé LE CRAPAUD ET LE MAITRE D’ECOLE) réalisé en 1949. Pour les américains, cette histoire de cavalier sans tête qui s’en prend à celles des pauvres ères dans la petite commune de Sleepy Hollow est une véritable institution, indissociable de la fête des morts !
Comme mentionné plus haut, SLEEPY HOLLOW est un film burtonnien en diable, et pas qu’un peu ! C’est le film avec lequel il va pouvoir citer tout le cinéma horrifique de sa jeunesse, principalement celui des années 50 et 60. À cette époque, un trio de pays (les États-Unis, l’Italie et la Grande-Bretagne) produit une impressionnante série de films d’horreur profondément gothiques, peuplés de goules et de vampires (mais on peut également ajouter l’Espagne, le Mexique, voire l’Allemagne et le Japon s’il faut citer tous les pays qui produisent beaucoup de films d’horreur à la même époque !). Aux États-Unis, ce sont les films de Roger Corman. En Italie, les films de Mario Bava et d’une poignée de réalisateurs transalpins. En Angleterre, enfin, ce sont les productions de la Hammer Films, qui reprennent les grandes figures de la littérature horrifique (à commencer par FRANKENSTEIN S’EST ÉCHAPPÉ et LE CAUCHEMAR DE DRACULA).

Tim Burton cite ses tableaux préférés, dont LA JEUNE FILLE À LA PERLE de Vermeer.
En bas : Une incroyable galerie de vieilles gueules du cinéma fantastique !
SLEEPY HOLLOW est donc une succession de tableaux qui rendent tour à tour un hommage flamboyant à ces films représentatifs du cinéma fantastique et horrifique d’une époque toute entière, qui s’épanouissaient dans une somptueuse matérialisation graphique, tantôt dans un noir et blanc expressionniste inspiré des classiques des années 30, tantôt baignés d’une gamme de couleurs vives aux contrastes tout aussi appuyés. Dans cette volonté de brosser des tableaux, on trouve même des toiles de maître puisqu’au détour de certaines images, Buron reconstitue ouvertement l’univers visuel de Johannes Vermeer, notamment la célèbre JEUNE FILLE A LA PERLE.
Durant 105 minutes, le spectateur est livré à des compositions picturales aussi splendides que ténébreuses, d’une perfection esthétique rarement atteinte sur un écran de cinéma, le tout rehaussé, comme d’habitude, par la musique funèbre et lyrique de Danny Elfman.
Et puisqu’il s’agit d’un film d’horreur, Burton et son équipe n’hésitent pas à traiter cet élément de manière frontale, livrant une saisissante série de scènes gores, d’une noirceur contrebalancée, juste ce qu’il faut, par un humour tout aussi noir…

Les incroyables tableaux de maître du film lui-même.
Notez le pont couvert, une constante burtonienne.
Beaucoup de critiques ont vu dans SLEEPY HOLLOW une très belle mise en forme, digne d’un travail d’orfèvre, mais ont reproché à Tim Burton une toile de fond plutôt légère, à travers laquelle le réalisateur ne laissait percer que quelques unes des thématiques récurrentes que l’on retrouve dans la plus-part de ses films. À bien y regarder, il y a pourtant beaucoup d’éléments intéressants. Il y a tout d’abord le déploiement de certains de ses motifs visuels principaux (la spirale, l’arbre décharné), ainsi que le pont en forme de passage. Il y a ensuite le thème principal de Burton, celui du marginal esseulé (le personnage interprété par Johnny Depp, lunaire et incompris de ses supérieurs, traumatisé par une enfance épouvantable). Mais il y a surtout une nouvelle thématique qui reviendra sans cesse dans la suite de sa carrière : celle de l’absence, ou du déni du “père”.
Cette réflexion sur la recherche d’une paternité complexe et volatile se double constamment, chez notre cinéaste, d’une volonté de marquer sa filiation avec toute une galerie d’artistes de l’histoire du cinéma de genre, en particulier de certains acteurs. À ce titre, SLEEPY HOLLOW est sans doute le film qui réunit la plus incroyable galerie d’acteurs issus de notre “inconscient fantastique collectif”. S’y bouscule ainsi, autour du duo vedette constitué de Johnny Depp et Christina Ricci, un panel à la fois éclectique et cohérent : Chritopher Walken, muet, réduit à sa plus simple expression terrifiante, y est étonnamment traité comme une icone minérale après son role volubile dans BATMAN, LE DÉFI. Christopher Lee, le Dracula immortel de la Hammer, se retrouve affublé, le temps d’un seul plan lui aussi iconique, d’une paire d’ailes ténébreuses. Michael Gough, également rescapé de la Hammer, retrouve Tim Burton pour la troisième fois après son rôle d’Alfred Pennyworth dans BATMAN et BATMAN, LE DÉFI. Ensuite, c’est le défilé d’acteurs emblématiques avec trois transfuges de la saga HARRY POTTER, Michael Gambon, Richard Griffiths et Miranda Richardson (qui interprèteront respectivement le Pr Dumbledore, l’oncle Vernon Dursley et Rita Skeeter dans la saga du petit sorcier à lunettes) ; puis nous avons Jeffrey Jones, acteur burtonien récurent (BEETLEJUICE, ED WOOD), Martin Landau qui apparait furtivement, le temps de nous rappeler qu’il composait un Béla Lugosi extraordinaire dans ED WOOD ; et enfin Ian McDiarmid, indissociable de son rôle de méchant ultime dans la saga STAR WARS, j’ai nommé l’Empereur Palpatine ! Ajoutons-y Lisa Marie, alors compagne de Tim Burton qui apparait dans chacun de ses films et Casper Van Dien, qui à l’époque venait de tenir le premier rôle dans STARSHIP TROOPERS et TARZAN ET LA CITÉ PERDUE.

Et comme si ça ne suffisait pas, il y a aussi Christopher Lee et Christopher Walken !
Quant au scénario de SLEEPY HOLLOW, l’accuser d’une certaine vacuité sous prétexte qu’en soignant ses compositions picturales avec maniaquerie, Tim Burton et ses scénaristes ont un peu délaissé la toile de fond devient dès lors un non-sens, tant les éléments constitutifs de sa filmographie y sont réinjectés avec beaucoup de cohérence. Et puis le script n’est pas si mal, certes classique (une sombre histoire de vengeance teintée de sorcellerie), mais qui recèle de belles résonnances sur l’opposition entre la raison et le surnaturel (un policier qui réfléchit plus que les autres se retrouve opposé à un meurtrier sans tête !), avec une réflexion tout à fait intéressante sur la frontière entre la science et les croyances. Ichabod Crane (Johnny Depp) est un enquêteur aux méthodes rationnelles, à la pointe de la technologie et en avance sur son temps. Il sera néanmoins confronté au surnaturel, obligé ainsi de redéfinir les fondements de son existence, jusqu’à replonger dans un passé enfoui dans les limbes de l’oubli. Ce sera finalement l’amour d’une sorcière qui lui permettra d’évacuer tous les cauchemars qui le tourmentaient jusqu’ici…
Soit, en définitive, une toile de fond tout à fait adaptée au traitement iconique, gothique et ténébreux du réalisateur, même si elle a tendance à être parfois éclipsée par ces tableaux noirs et baignés de brumes…

Un autre pur motif burtonien : L’arbre des morts !
Mais la plus grande réussite de SLEEPY HOLLOW réside peut-être dans son état d’esprit, au carrefour des cauchemars et des contes de fée. Avec un sens de l’alchimie unique, le réalisateur parvient à faire converger toutes les influences relevées plus haut dans une œuvre-somme où se retrouvent tous les éléments que l’on aime dans les fêtes d’Halloween, lorsque les obsessions morbides qui sont les nôtres sont transformées en fête cathartique, où la beauté lugubre de ces images gothiques devient si parfaite qu’il est possible de s’en délecter, d’en rire et d’en apprivoiser les noirceurs.
En définitive, tout cela n’est pas si mal pour un film souvent qualifié d’œuvre mineure dans la filmographie de son auteur, non ?

De la Universal à la Hammer, toute l’histoire du cinéma gothique et horrifique classique…
That’s all, folks !!!
