L’ÉGÉRIE DU GOTHIQUE ITALIEN
Contenu du dossier :
Chronique de six films gothique italiens avec Barbara Steele
Date de sortie des films : 1960 à 1965
Genre : Fantastique, Horreur, Gothique
Cet article sera consacré à Barbara Steele, véritable icône du cinéma fantastique. Il ne s’agira toutefois pas de retracer sa carrière de manière exhaustive, mais plutôt de suivre le fil de quelques-uns de ses rôles les plus marquants. L’occasion, à travers les films dans lesquels elle s’est particulièrement illustrée, de faire une petite incursion dans l’univers du cinéma gothique italien.
Niveaux d’appréciation :
– À goûter
– À déguster
– À savourer

PROGRAMME
- LE MASQUE DU DEMON
- L’EFFROYABLE SECRET DU DR. HICHCOCK
- LE SPECTRE DU PROFESSEUR HICHCOCK
- DANSE MACABRE
- LE CIMETIERE DES MORTS-VIVANTS
- LES AMANTS D’OUTRE-TOMBE
Barbara Steele est une actrice britannique devenue indissociable du cinéma gothique italien des années 1960. Pourtant, ce n’est pas dans le cinéma de genre qu’elle espérait faire carrière. Elle a longtemps considéré avoir quelque peu compromis son parcours en acceptant des rôles dans des films d’horreur, alors qu’elle aspirait davantage au cinéma d’auteur ou aux romances. Ces choix furent d’ailleurs parfois source de tensions sur les tournages. Avec le recul, l’actrice a cependant appris à reconnaître la valeur de cette filmographie et à l’assumer pleinement. Elle évoque aujourd’hui ces films sans mépris, consciente qu’ils ont largement contribué à faire d’elle une figure inoubliable du cinéma fantastique.

Si un regard pouvait tuer…
Et peut-on vraiment blâmer les réalisateurs qui ont perçu en elle un potentiel pour ce genre ? Barbara Steele est certes une belle femme, mais elle possède surtout un visage singulier. Ses pommettes saillantes, ses immenses yeux profonds et son large sourire qui dévoile toute sa dentition, lui permettent de passer avec une étonnante facilité de la beauté à quelque chose de beaucoup plus inquiétant.
C’est précisément cette beauté vénéneuse et cette présence si particulière qui ont marqué le cinéma gothique italien. Revenons sur quelques-uns des films qui ont contribué à faire de l’actrice une véritable icône du genre.

1) LE MASQUE DU DEMON (1960) 
Le premier grand succès de Barbara Steele, celui qui la fera connaître en Europe et l’imposera comme l’une des grandes figures féminines du cinéma fantastique italien, est le célèbre LA MASCHERA DEL DEMONIO de Mario Bava, plus connu en France sous le titre LE MASQUE DU DÉMON.
Le pitch : La sorcière Asa Vajda (Barbara Steele), suppliciée au XVIIe siècle au moyen d’un masque à pointes cloué sur son visage, lance une terrible malédiction avant de mourir. Deux siècles plus tard, le professeur Kruvajan (Andrea Checchi) et son assistant Andrej Gorobec (John Richardson) provoquent accidentellement sa résurrection lorsqu’une goutte de sang tombe dans son cercueil, ce qui suffit aux forces maléfiques pour reconstruire lentement son corps. Va alors commencer un véritable cauchemar pour les habitants du château des Vajda, et notamment pour la princesse Katia, qui ressemble étrangement à la sorcière (également interprétée par Barbara Steele.)
Pour son premier véritable long métrage en tant que réalisateur, Mario Bava livre un film qui doit énormément à son expérience de directeur de la photographie et de spécialiste des effets spéciaux. LE MASQUE DU DÉMON est avant tout une extraordinaire réussite visuelle. Chaque décor semble conçu comme un tableau gothique : le château, le cimetière, les cryptes, les forêts noyées dans la brume ou encore cette impressionnante séquence du carrosse noir traversant la campagne constituent autant d’images qui restent durablement en mémoire. Difficile d’ailleurs de ne pas penser que Tim Burton s’en est inspiré pour son SLEEPY HOLLOW, tant la parenté esthétique est évidente.

Des tableaux gothiques splendides
Le choix du noir et blanc, probablement lié en partie aux contraintes budgétaires, se révèle finalement particulièrement judicieux. Bava exploite magistralement les contrastes entre ombres et lumières et retrouve l’atmosphère des grands films expressionnistes allemands. La photographie donne ainsi aux décors une dimension irréelle, tandis que les jeux d’ombres sur les visages renforcent constamment leur aspect inquiétant.
Le film reste également célèbre pour plusieurs effets spéciaux particulièrement audacieux pour 1960. Dès son introduction, la mise à mort d’Asa avec son masque hérissé de pointes marque les esprits par sa brutalité. Plus tard, les effets de la lente recomposition de son visage restent terriblement efficaces et contribuent à l’atmosphère macabre. Le film possède ainsi une dimension graphique assez surprenante, même si Bava privilégie généralement la suggestion et l’ambiance à l’horreur purement démonstrative.

Résurrection d’un visage modelé pour le cinéma de genre
Barbara Steele constitue évidemment l’autre grande réussite du film. Pour son premier grand rôle dans le cinéma fantastique, elle interprète deux personnages radicalement opposés qui lui permettent de jouer sur différentes facettes de sa présence à l’écran. En Asa, elle se montre inquiétante, séduisante et presque hypnotique, tandis qu’elle apporte à Katia davantage de fragilité et d’innocence. Bava exploite admirablement son physique singulier à travers le clair-obscur : ses grands yeux, ses traits anguleux et son visage expressif semblent littéralement sculptés par les ombres. Le film permet à Barbara Steele de s’imposer immédiatement comme figure féminine emblématique du cinéma gothique italien. LE MASQUE DU DEMON marque ainsi le véritable point de départ de sa carrière dans le fantastique et constitue une introduction idéale au genre.

Mince, est-ce Asa ou Katia dans le cercueil ?
Reste que, malgré toutes ses qualités, je ne considère pas ce film comme le chef-d’œuvre absolu que certains voient en lui (ou alors seulement visuel). Son intrigue, très librement inspirée de la nouvelle VIJ de Nicolas Gogol, demeure assez linéaire et certains passages souffrent d’un rythme un peu mou. À mes yeux, l’intérêt du film réside donc avant tout dans son esthétique, sa photographie et son atmosphère, bien plus que dans les surprises de son scénario. Cela n’empêche évidemment pas LE MASQUE DU DÉMON d’être une œuvre essentielle à découvrir, ne serait-ce que pour admirer cette magnifique galerie de tableaux gothiques.
À noter que le film a bénéficié en France d’une belle édition HD chez Sidonis Calysta en 2022, qui permet de redécouvrir le film dans d’excellentes conditions.
Après ce film, Barbara Steele fera une incursion rapide aux USA dans le film LA CHAMBRE DES TORTURES de Roger Corman en 1961, avant de revenir au gothique italien.

2) L’EFFROYABLE SECRET DU DR. HICHCOCK (1962) 
Ce film met en scène le docteur Bernard Hichcock (Robert Flemyng), un médecin ayant mis au point un anesthésiant capable de ralentir considérablement les battements du cœur. Il détourne cependant cette invention de son usage médical pour assouvir ses fantasmes morbides : il aime plonger sa femme dans un état proche de la mort afin de se livrer à des jeux sexuels nécrophiles. Une nuit, il lui administre une dose trop importante et provoque accidentellement sa mort.
Des années plus tard, Hichcock se remarie avec Cynthia (Barbara Steele) et revient vivre dans son ancien manoir. Rapidement, la jeune femme est confrontée à d’étranges phénomènes et à des apparitions qui semblent indiquer que la première épouse du docteur pourrait être revenue d’entre les morts.
Ce qui étonne tout de suite dans ce film, c’est évidemment son sujet. En 1962, évoquer aussi clairement la nécrophilie dans un film d’horreur est particulièrement audacieux. Freda ne peut évidemment pas montrer frontalement les pratiques du docteur (et puis bon…tant mieux en fait), mais les suggère suffisamment pour que le spectateur comprenne la nature de ses fantasmes. Le film établit ainsi une association particulièrement malsaine entre érotisme et mort. C’est toutefois aussi là que se trouve sa principale limite. Alors que son point de départ laisse entrevoir un film réellement dérangeant sur les obsessions du docteur, Freda reste relativement prudent. La nécrophilie demeure essentiellement suggérée avant que le récit ne bascule progressivement vers une histoire beaucoup plus classique de maison hantée et de revenant. Le film semble donc hésiter entre le portrait d’un homme pervers et un récit gothique traditionnel. On comprend les raisons de cette retenue évidemment, mais le thème perd forcément une partie de son impact et ne semble plus si important dans le scénario.

Entre folie, perversion et revenants
La mise en scène permet heureusement à Freda de compenser ces quelques faiblesses scénaristiques. Le cinéaste joue constamment sur les contrastes entre les différents lieux : le luxueux manoir, l’hôpital moderne et surtout la crypte macabre envahie de toiles d’araignées. Cette opposition entre modernité et décors gothiques renforce l’impression d’étrangeté et rappelle constamment que le film se situe à la frontière entre science et surnaturel.
Le traitement de la couleur est également particulièrement intéressant. Freda utilise des dominantes rouges et bleues pour certaines scènes, donnant aux images une apparence irréelle et expressionniste. Loin de rechercher un rendu naturel, ces couleurs semblent traduire les émotions et les états psychologiques des personnages. Cette utilisation expressive de la photographie annonce l’esthétique très colorée que l’on retrouvera dans les films en couleur de Mario Bava, voire même dans le giallo.

Le film a son lot de décors lugubres et de squelettes
Tous ces artifices visuels contribuent à installer une véritable atmosphère de cauchemar. Le manoir devient progressivement un espace oppressant dans lequel Cynthia semble perdre ses repères. Barbara Steele s’en sort toujours très bien même si cette fois-ci son rôle est davantage celui d’une victime. Elle apporte au personnage de Cynthia une fragilité qui contraste avec l’univers malsain dans lequel elle se retrouve plongée.
L’EFFROYABLE SECRET DU DR. HICHCOCK reste donc surtout remarquable pour son atmosphère et sa mise en scène. Son sujet, particulièrement osé pour l’époque, aurait pu donner un film plus transgressif, mais Freda finit par rejoindre les conventions du film de revenant. Cela n’en reste pas moins une belle curiosité du cinéma gothique italien, portée par une excellente Barbara Steele, même si le film reste un peu « le cul entre deux chaises ».

3) LE SPECTRE DU PROFESSEUR HICHCOCK (1963) 
Infirme et passionné de sciences occultes, le docteur John Hichcock (Elio Jotta) vit avec sa jeune épouse Margaret (Barbara Steele), secrètement amoureuse du docteur Charles Livingstone (Peter Baldwin), son assistant. Les deux amants vont alors comploter pour assassiner Hichcock et récupérer sa fortune. Après le meurtre et l’enterrement du docteur, d’étranges phénomènes commencent à se produire dans la demeure. Margaret et Charles vont progressivement avoir le sentiment que leur victime est revenue les hanter.
Un an après L’EFFROYABLE SECRET DU DR. HICHCOCK, Riccardo Freda retrouve Barbara Steele dans LE SPECTRE DU PROFESSEUR HICHCOCK. Malgré son titre et le retour du nom Hichcock, il ne s’agit absolument pas d’une suite : le docteur John Hichcock n’a aucun rapport avec le personnage du film précédent. Il ne s’agit sans doute que d’un hommage au maître du suspense Alfred Hitchcock. Et c’est d’autant plus pertinent pour ce film.
Le scénario repose sur une idée savoureuse : ceux qui sont confrontés au revenant sont les criminels. Leur peur vient donc autant de la menace surnaturelle que de la possibilité de voir leur propre machination s’effondrer. Quant au spectateur, il ne craint pas réellement pour la vie de Margaret et Charles : il assiste plutôt, avec une certaine cruauté, à la destruction progressive de leur entreprise criminelle. Le principe évoque LES DIABOLIQUES de Clouzot, avec ces meurtriers qui deviennent prisonniers de leur culpabilité et ne savent plus s’ils sont victimes d’une vengeance surnaturelle ou d’une machination bien réelle. L’ambiguïté demeure suffisamment longtemps pour que l’on se demande si Hichcock est réellement revenu d’entre les morts ou si quelqu’un cherche à rendre ses meurtriers fous. Le film met toutefois un peu de temps à démarrer, mais gagne nettement en intérêt une fois le meurtre accompli.

Un thriller surnaturel (ou pas ?) en quasi huis clos
Freda reprend les grands codes du gothique (manoir lugubre, couloirs obscurs, apparitions et phénomènes inexplicables) tout en les exploitant avec suffisamment d’inventivité pour multiplier les scènes marquantes. Le décor, pourtant limité, est somptueux et possède une élégance qui évoque les productions les plus raffinées de la Hammer. Le travail sur la lumière est particulièrement soigné : Freda joue avec les ombres, les éclairages inquiétants et les zones plongées dans l’obscurité pour rendre le manoir franchement peu accueillant.
La musique participe tout autant à cette atmosphère. Elle ne se contente pas d’accompagner les images et devient même un élément narratif à travers la mélodie de la boîte à musique, qui accompagne la plongée progressive de Margaret dans la peur et la paranoïa. Le film possède ainsi une identité visuelle et sonore très forte.

De belles images
Barbara Steele constitue évidemment l’autre grande réussite. Après avoir incarné une victime terrorisée dans L’EFFROYABLE SECRET DU DR. HICHCOCK, elle joue ici une femme située de l’autre côté du miroir. Margaret est calculatrice, infidèle et meurtrière, mais son assurance se fissure progressivement lorsque les événements lui échappent. L’actrice interprète très bien cette transformation, passant de la froide détermination à l’angoisse et à la paranoïa.
Ce qui impressionne aussi, c’est la densité de scènes mémorables au regard des conditions de production. Selon Barbara Steele, le tournage n’aurait duré que dix jours. Une durée assez incroyable quand on voit le résultat : Freda tire énormément d’un décor limité et enchaîne les images gothiques fortes et les scènes particulièrement brutales, comme un meurtre au rasoir, le tout porté par une superbe photographie.

Atmosphère de méfiance
Et contrairement à un simple récit moralisateur où les criminels seraient punis de manière prévisible, Freda réserve au spectateur une conclusion plus surprenante et particulièrement sadique. Le dénouement joue habilement avec les attentes du spectateur et apporte une dernière touche de perversité à l’histoire.
LE SPECTRE DU PROFESSEUR HICHCOCK est sans doute moins original que L’EFFROYABLE SECRET DU DR. HICHCOCK, mais Freda utilise parfaitement les codes du genre et signe un mélange efficace de thriller hitchcockien et de gothique italien.
Soulignons que le film a longtemps souffert d’une diffusion dans des copies délavées très médiocres. Il aura fallu attendre la restauration 4K réalisée par Severin Films, éditée aux États-Unis en 2026 en 4K UHD/Blu-ray, pour que LE SPECTRE DU PROFESSEUR HICHCOCK puisse enfin retrouver l’éclat visuel qu’il mérite.

4) DANSE MACABRE (1964) 
Le journaliste Alan Foster (Georges Rivière) fait le pari de passer la nuit du 1er novembre, jour de la fête des morts, dans le château de Lord Blackwood. Selon la légende, personne n’en serait jamais ressorti vivant. Comme on peut s’y attendre dans ce genre de film, le pari va rapidement tourner au cauchemar. Foster découvre qu’il ne sera pas seul dans l’immense demeure et rencontre notamment deux mystérieuses jeunes femmes : Elisabeth Blackwood (Barbara Steele) et Julia (Margarete Robsahm). Très rapidement, les certitudes du journaliste commencent à disparaître. Les occupants du château semblent tour à tour vivants ou morts, tandis que les événements auxquels il assiste prennent une dimension de plus en plus irréelle.
DANSE MACABRE d’Antonio Margheriti est sans doute, à mes yeux, le meilleur film avec Barbara Steele et l’un des plus beaux représentants du cinéma gothique italien des années 1960. S’il n’atteint pas la perfection visuelle du MASQUE DU DÉMON, son intrigue se révèle en revanche plus originale et joue avec une remarquable efficacité sur les frontières entre réalité, rêve et surnaturel. Le film entretient constamment le doute : les personnages sont-ils des revenants, des vampires ou de simples êtres humains pris au piège d’un étrange cauchemar ? Margheriti cultive volontairement cette ambiguïté et transforme le château en un véritable espace hors du temps, où la réalité semble progressivement se dissoudre.

Éh mais y’a un monde fou dans ce château…

…ou pas ?
C’est précisément cette atmosphère, à la fois effrayante et profondément hypnotique, qui fait la grande force du film qui ne se résume pas à un sempiternel récit de vengeance d’outre-tombe mais développe une histoire d’amour impossible entre un homme vivant et une femme qui semble bien être un spectre. Le film baigne également dans une sensualité morbide, notamment à travers une scène érotique saphique, assez osée pour l’époque. Loin d’être gratuite, elle participe à cette impression de désir interdit, de fascination et de décadence qui imprègne le château. Tout concourt ainsi à créer un univers à la fois romantique et macabre.

Rêve, fantômes ou folie ?
Barbara Steele est particulièrement mémorable dans ce film parce qu’elle échappe ici aux rôles qu’on lui attribue habituellement dans le gothique italien. Elisabeth n’est ni une simple demoiselle en détresse ni une femme machiavélique : son personnage est beaucoup plus mystérieux et mélancolique. Elle sait que sa relation avec Alan ne peut avoir d’avenir, mais cherche malgré tout à échapper à la destinée qui semble la condamner, comme les autres habitants du château, à revivre éternellement les mêmes événements, la même histoire, la même…danse. Cette idée de cycle sans fin donne tout son sens au titre du film. Les personnages semblent prisonniers d’un monde situé entre la vie et la mort, et le château devient ainsi une sorte de purgatoire où les frontières entre les morts et les vivants disparaissent. Antonio Margheriti exploite parfaitement cette atmosphère étrange. Le film possède une photographie très travaillée et surtout une ambiance onirique mémorable.

Intrigues romantiques et trahisons passées qui se rejouent
DANSE MACABRE est donc pour moi une véritable réussite et probablement le film avec Barbara Steele le plus marquant. Il réussit à mêler horreur gothique, romantisme et fantastique sans se limiter au simple récit de vengeance. Son atmosphère onirique et son histoire d’amour impossible lui donnent une personnalité qui le distingue nettement de nombreux autres films du genre.
Margheriti réalisera ensuite un autre film gothique, I LUNGHI CAPELLI DELLA MORTE (Les longs cheveux de la mort), rebaptisé chez nous LA SORCIÈRE SANGLANTE. Évoquant fortement LE MASQUE DU DÉMON, le film reprend l’histoire d’une sorcière condamnée au bûcher dont la malédiction se manifeste des années plus tard à travers sa descendance. Correctement réalisé et doté de quelques belles images, il reste toutefois plus conventionnel et ne possède ni la splendeur visuelle du MASQUE DU DÉMON, ni l’atmosphère envoûtante de DANSE MACABRE. Il apparaît donc plus anecdotique.

5) LE CIMETIERE DES MORTS-VIVANTS (1965) 
Albert Kovac (Walter Brandi), clerc de notaire, se rend chez Jeronimus Hauff afin de régler une affaire. Mais Hauff vient de mourir. Albert fait alors la connaissance de sa fille Corinne et de sa veuve Cleo (Barbara Steele), avant que plusieurs événements ne l’empêchent de repartir. Il découvre que le défunt nourrissait un intérêt pervers pour l’occultisme, notamment pour les victimes de la peste autrefois « soignées » dans un lazaret dont les ruines servent de fondations à la maison. Un enregistrement sur gramophone lui apprend que Jeronimus serait parvenu à entrer en contact avec les esprits de ces pestiférés. Une enquête policière s’ensuit pour déterminer si Hauff est réellement mort, sa tombe étant découverte vide. Plus troublant encore : parmi les cinq personnes présentes le soir de sa mort, deux sont décédées depuis dans d’étranges circonstances. Les trois autres semblent avoir de bonnes raisons de s’inquiéter.
LE CIMETIERE DES MORTS-VIVANTS de Massimo Pupillo (dont le titre français racoleur est complètement à côté de la plaque) est un film assez méconnu et plutôt mal aimé (même par son réalisateur, moins habitué au cinéma qu’aux documentaires), alors qu’il s’est révélé être une bonne surprise pour moi.
Le film mêle en effet les éléments fantastiques à une intrigue policière, avec une atmosphère qui rappelle davantage un récit teinté de mysticisme à la Jacques Tourneur que les productions gothiques italiennes les plus démonstratives. Que ce soit à travers une mystérieuse mélodie chantée par une petite fille inconnue, une utilisation astucieuse des décors lugubres et des manifestations surnaturelles jouant davantage sur la suggestion, le tout participe à cette sensation de mystère intrigant qui donne envie de suivre l’intrigue. La scène avec la voix de Hauff tout droit sortie du gramophone résonnant dans la demeure lugubre, rappelle même EVIL DEAD et son magnétophone réveillant des forces occultes. Comme quoi cette idée astucieuse évitant à un personnage de réciter bêtement des incantations mais se laissant surprendre par un enregistrement, avait déjà été explorée.

Un enregistrement qui réveille des forces occultes, et autres phénomènes énigmatiques
La mise en scène peut manquer un peu de punch, mais tout le film s’émancipe justement des codes trop classiques du genre. Et c’est ce qui en fait la force, dès l’instant où on accepte ce parti pris non-spectaculaire mais cohérent. En effet, la menace à l’œuvre est invisible et immatérielle. Ses manifestations sont indirectes, avec par exemple un cœur dans un bocal se remettant mystérieusement à battre. Et toute l’intrigue tourne autour d’un personnage énigmatique qu’on ne verra jamais et qui, paradoxalement, fascine par son absence. Il semble avoir la capacité d’exercer ses pouvoirs sur les morts depuis l’au-delà. On pourrait même rapprocher ce parti pris d’une nouvelle de H.P Lovecraft. L’indicible, l’inexprimable si chers à l’écrivain de Providence est en effet à l’œuvre ici puisque jamais les forces occultes ne nous seront montrées.

Jeronimus Hauff se résume à une silhouette de dos quand il est vivant, et une voix dans un miroir par delà la mort
Lorsque ces forces se manifestent pour le climax final, le réalisateur utilise de nombreux plans en vue subjective, et seuls les personnages du film semblent voir s’approcher un danger avant d’être frappés, non par des êtres de chair, mais bien par la peste ! Comme un touché mortel de la part d’une présence invisible. Peut-être que ces choix étaient dus aux restrictions de budget mais on s’en fout ! Les limitations techniques permettent parfois à un réalisateur de privilégier la suggestion et l’inventivité plutôt que les effets spectaculaires. Ici, elles contribuent même à préserver le mystère : en ne montrant pas les manifestations surnaturelles, le film laisse davantage de place à l’imagination du spectateur. Le résultat fait qu’on ne peut mettre un visage sur les manifestations surnaturelles et c’est une sensation très inhabituelle et bienvenue dans un film.

La menace invisible frappe
Le tout n’est pas exempt de défauts, hélas. Certaines scènes de meurtres/suicides sont peu crédibles dans la façon dont elles ont eu lieu, le casting et la direction d’acteurs sont moyens, la résolution finale assez abrupte laisse des questions en suspens, mais l’horreur suggérée se montre convaincante. Barbara Steele tient ici un rôle plus secondaire, mais elle apporte une nouvelle fois sa présence particulière au film en incarnant une garce maléfique comme elle sait si bien le faire. C’était cependant une période de sa carrière où elle en avait ras le bol de tourner dans des films d’horreur et ce n’est clairement pas son meilleur rôle.
LE CIMETIERE DES MORTS-VIVANTS (dont le titre correctement traduit 5 TOMBES POUR UN MÉDIUM est quand même beaucoup plus classe !) est donc une œuvre imparfaite, mais bien plus intéressante que sa réputation ne le laisse penser.

6) LES AMANTS D’OUTRE-TOMBE (1965) 
L’histoire est celle du professeur Arrowsmith (Paul Muller), une sorte de professeur Frankenstein qui cherche à produire un élixir de jouvence et qui, en bon scientifique obsédé, délaisse sa femme (Barbara Steele). Celle-ci le trompe donc avec un amant mais se fait prendre. Les deux amants sont alors torturés et assassinés par le mari. Après leur mort, il décide d’épouser la sœur (et héritière) de son épouse, Jenny (jouée également par Barbara), une femme fragile psychologiquement et internée dans un hôpital psychiatrique. Qu’importe ! Ça n’arrête pas Arrowsmith qui veut sa fortune avant de tenter de la faire crever de peur en la torturant psychologiquement. Mais Jenny semble communiquer avec l’esprit vengeur de sa sœur.
La faiblesse de ce film est hélas son scénario. On pourrait passer outre la classique intrigue de vengeance (surtout si on ne regarde pas ce film à la suite de tous les autres) si le réalisateur Mario Caiano n’avait pas voulu multiplier les sous intrigues pour en sortir quelque chose d’original. Un effort certes louable mais un peu raté. L’histoire de l’élixir de jouvence qu’il teste sur son assistante (la belle Helga Liné grimée en vieille dame) semble un peu inutile et plombe le rythme du film. Elle justifie juste la complicité du docteur avec cette femme âgée qui veut retrouver sa jeunesse et qui le soutient donc dans son entreprise d’assassiner sa femme et son amant. On retrouve ainsi un peu le même défaut que dans L’EFFROYABLE SECRET DU DR. HICHCOCK : le film possède une idée intéressante mais semble hésiter entre plusieurs directions. Ici, le savant fou et son élixir de jouvence, l’histoire de vengeance et le récit de possession finissent par se mélanger sans toujours former un ensemble parfaitement cohérent.

Le duo criminel du docteur et son assistante (jouée par Helga Liné, une actrice abonnée aux seconds rôles de nombreuses séries B italiennes)
Heureusement, le film se montre beaucoup plus convaincant sur la forme. Caiano soigne son atmosphère gothique et n’hésite surtout pas à aller assez loin dans la violence. Certaines scènes de torture sont particulièrement brutales pour l’époque et permettent de mesurer la véritable monstruosité d’Arrowsmith. Derrière son apparence de scientifique respectable, Paul Muller compose un personnage froid, sadique et profondément odieux. Barbara Steele est très convaincante dans ses deux rôles. Et c’est surprenant quand on sait qu’elle en avait assez des films d’horreur à ce stade. Contrairement au film précédent, elle se donne à fond dans ce film (et si ce n’est pas le cas, ça ne se voit pas). Elle parvient à donner une personnalité distincte à l’épouse assassinée et à sa sœur Jenny, même si la fragilité psychologique de cette dernière entretient une ambiguïté intéressante : est-elle possédée par l’esprit de sa sœur ou est-elle simplement en train de sombrer dans la folie ?

Le retour d’une beauté macabre
Mais c’est surtout son apparence qui marque les esprits. Son maquillage est particulièrement réussi. En termes d’icône gothique, son apparence dans ce film remporte sans conteste la palme pour moi. Son visage tuméfié à moitié masqué par ses longs cheveux noirs lui donne un air de revenante très charismatique.
LES AMANTS D’OUTRE-TOMBE n’est donc pas le meilleur représentant du gothique italien de cette période et son scénario trop chargé l’empêche d’atteindre le niveau des meilleurs films du genre. Mais son atmosphère, ses scènes de violence et surtout le charisme de Barbara Steele en font malgré tout un film qui vaut le coup d’œil.

Bon ok, plus tout à fait si belle…
LE MOT DE LA FIN :
Ceci conclut notre tour d’horizon. Pour dire un mot sur les prestations de notre chère actrice, je dirais que Barbara Steele livre des performances tout à fait satisfaisantes. Il faut toutefois rappeler que le jeu des acteurs de cette époque était souvent plus théâtral qu’aujourd’hui, raison pour laquelle je m’attarde rarement sur leur talent. Sans être l’actrice du siècle, et alors même qu’elle n’appréciait guère de tourner dans ce type de films, Barbara Steele met néanmoins du cœur dans ses rôles et ne se montre jamais avare en hurlements ou en ricanements maléfiques.
Je la trouve d’ailleurs plus convaincante lorsqu’elle incarne des femmes vicieuses et maléfiques plutôt que des victimes. Et pas seulement grâce à son physique singulier, mais aussi parce qu’elle savait jouer de cette présence inquiétante que les réalisateurs lui ont conférée. Elle parvient ainsi à dépasser un peu l’image de scream queen à laquelle elle reste pourtant associée.

Bouh !
Beaucoup de cinéastes ont pris plaisir à l’enterrer pour mieux la faire revenir à la vie. On peut comprendre la frustration qu’elle a pu ressentir en étant souvent réduite à son physique, mais c’était le sort réservé à beaucoup d’actrices de l’époque. Sa singularité lui aura au moins permis d’obtenir des rôles de femmes fortes et d’antagonistes charismatiques dans un cinéma où elles étaient encore trop souvent cantonnées au rôle de potiches en détresse. Et c’est finalement ce qui aura fait d’elle une véritable icône dont l’image reste aujourd’hui encore indissociable du gothique italien des années 1960.

Mon affiche hommage

Je viens de revoir DANSE MACABRE en HD. Je ne l’avais pas revu depuis de nombreuses années. La restauration vaut le coup, mais enfonce aussi la comparaison avec LE MASQUE DU DÉMON, que DANSE MACABRE ne soutient définitivement pas en matière d’esthétique.
Il est complètement fou ce film, avec un script toralement surréaliste ! Par contre la réalisation de Margheretti est quand même assez limitée. Il y a pas mal de plans qui ne sont pas terribles et dont on se dit qu’ils auraient été magnifiés par un autre réalisateur de la trempe d’un Bava ou d’un Argento (notamment le jeu des miroirs ou celui des portes qui s’ouvrent et se ferment toutes seules). Ça reste quand même une valeur sûre pour fêter Halloween !
Oui c’est sûr sur la forme c’est pas du Bava. Mais le script est chouette, plus prenant qu’un Masque du démon par exemple qui est magnifique mais à la trame scénristique très simple et prévisible.
C’est clair qu’un script comme ça dans les mains d’un Bava et t’avais un des meilleurs gothique italiens.
Grr…c’est déjà trouvable la version restaurée ? Moi je dois attendre le 3 décembre pour le coffret. Et d’ailleurs le truc n’apparait même pas sur le site d’Artus. Bizarre. A se demander si ça va vraiment sortir.