
* POSTMODERN ATTITUDE – 1° PARTIE *
Chronique de la première mini-série de super-héros Marvel réalisée par Jeph Loeb & Tim Sale : WOLVERINE/GAMBIT – VICTIMES
Date de publication : 1995
Auteurs : Jeph Loeb (scénario), Tim Sale (dessin)
Genre : Super-héros. Thriller
Éditeur VO : Marvel Comics. Éditeur VF : Panini Comics
Le dossier en 5 parties sur les super-héros Marvel par Jeph Loeb & Tim Sale :
1. WOLVERINE & GAMBIT (vous êtes ici)
2. DAREDEVIL JAUNE
3. SPIDER-MAN BLEU
4. HULK GRIS
5. CAPTAIN AMERICA BLANC

Couverture VO à gauche. Couverture VF à droite.
Cet article est le premier d’une série de cinq sur les œuvres réalisées par le tandem Jeph Loeb (scénario) et Tim Sale (dessin) autour de l’univers des super-héros Marvel. Ce duo d’auteurs a aussi bien officié chez DC Comics que chez Marvel, pour un certain nombre de mini-séries particulièrement réussies et iconiques, transcendées par un style inimitable.
Cette série d’article est par ailleurs complémentaire des articles (à venir) sur l’univers de Batman et sur celui de la mini-série LES SAISONS DE SUPERMAN, également dédiés à la collaboration de nos deux auteurs, chez DC Comics.

Marvel VS Jack the ripper…
WOLVERINE/GAMBIT – VICTIMES est une mini-série en quatre épisodes réalisée en 1995. À ce stade de leur carrière, les deux compères ont déjà œuvré ensemble chez l’éditeur DC Comics (CHALLENGERS OF THE UNKNOWN – inédit en VF- et les BATMAN HALLOWEEN SPECIAL). Mais il s’agit ici de leur première participation (en tandem) à l’univers des super-héros Marvel, plusieurs années avant les “récits colorés“ dont nous allons parler dans les parties 2 à 5 de notre dossier.
Le pitch : À Londres, à l’époque contemporaine, de nouveaux meurtres sont perpétrés sur des jeunes femmes. La presse parle du retour de Jack l’Éventreur !
Rémy Lebeau, alias Gambit, aperçoit sur un journal le nom d’une victime, qu’il semble avoir connu. Il se rend alors à Londres afin de mener sa propre enquête sur les assassinats. Très vite, il va découvrir que le meurtrier est peut-être quelqu’un qu’il ne connait que trop bien, et qui n’est autre que son co-équipier des X-men : Wolverine !
Les deux mutants sont alors décontenancés car, si Wolverine n’a aucun souvenir des événements récents, Gambit, de son côté, commence à subir d’inquiétantes hallucinations…

Une mise en page qui a la classe…
Ce qui frappe dans cette mini-série, en plus de ce scénario sibyllin, c’est le découpage des planches. Tim Sale réalise ici un travail incroyable et parvient à contrebalancer le récit sinueux par une mise en forme séquentielle d’une pureté impressionnante, parfaitement lisible, où plane parfois l’ombre de Frank Miller !
On se souvient alors de cette époque (le milieu des années 90) : Les dessinateurs (genre Jim Lee, Alan Silvestri, Andy Kubert, voire ce sacré Rob Liefeld…) nous livraient des planches “in your face” bourrées à craquer, où les multiples personnages aux muscles hypertrophiés s’empilaient dans un découpage proprement illisible, les vignettes se diluant dans un entassement foutraque d’onomatopées, de phylactères, de soliloques et autres bulles de pensée ! Personnellement, je ne parviens jamais à trouver le courage, aujourd’hui, lorsqu’il s’agit de relire ces comics estampillés 90’s.

Exemple typique d’une planche de X-men estampillée 90’s (par Jim Lee). Heu… Quelqu’un a le mode d’emploi ?
Il convient ainsi de remarquer que WOLVERINE/GAMBIT – VICTIMES marque une sérieuse longueur d’avance sur son époque en ce qui concerne le terrain du découpage et de la mise en forme séquentielle. D’une inventivité totale (le récit étant commenté en voix-off par Gambit sous la forme de soliloques en forme de cartes à jouer !), la construction des planches parvient ainsi à tirer le récit vers le haut, en développant une narration très “impressionniste” (parce que le lecteur se laisse porter par la poésie des images), hautement créative, et toujours limpide !
On peut aussi trouver, contrairement à votre serviteur, que les deux écoles sont bonnes (et ce découpage “à la Miller” date même d’avant les années 90). Toujours est-il que d’un point de vue créatif, Tim Sale fait un sacré beau boulot…

Le mélange idéal de la créativité et de la simplicité…
Étant donné que ce travail commence à dater sérieusement, il n’est pas exempt de naïvetés et l’on retrouve les pénibles contraintes éditoriales de l’époque (chaque épisode commençant par une laborieuse répétition, avec rappel des événements précédents et description des personnages).
Les mutants impliqués souffrent également de leur look daté et ridicule (voire infantile), alors que le récit en lui-même est paradoxalement très adulte (et assez violent).
Comme un seul homme, le duo signe chaque introduction des épisodes avec un logo sur lequel on peut lire “scénario et dessin : Jeph Loeb & Tim Sale”, témoignant ainsi de l’osmose établie entre les deux artistes, qui abordent leurs créations de manière conceptuelle comme un seul et unique auteur…

Un seul logo pour deux auteurs !
Soyons sincères : Pour les fans, ce récit n’apportera strictement rien à la continuité de ses deux personnages principaux. Il est évident, avec le recul, qu’ils n’ont été choisis que parce qu’à l’époque ils étaient extrêmement populaires et l’on sent bien que si cette mini-série était réécrite aujourd’hui, on pourrait très bien la raconter avec deux autres personnages complètement différents.
C’est donc plus l’exercice de style qui prévaut ici, plutôt que l’attachement à une continuité. Mais c’est aussi, finalement, ce qui sauvera peut-être ce travail de l’oubli au bout du compte, lorsque la dite continuité n’intéressera plus les générations suivantes, qui rechercheront plutôt les récits d’exception. Car ici c’est davantage la forme qui l’emporte sur le fond et, comme on le dit souvent, c’est moins l’histoire que l’on raconte qui est importante, que la manière de la raconter…
Pour leur prochain travail au sein du monde Marvel, les deux compères vont passer au niveau supérieur et initier une ligne éditoriale originale en imaginant, sur la base d’une couleur différente à chaque fois (comme quoi les super-héros emblématiques de la Marvel sont tout de suite plus chamarrés que ceux de Gotham City !), plusieurs mini-séries exceptionnelles.
Ils embrasseront alors l’acte postmoderne afin d’offrir des relectures à la fois rétro et intemporelles, et non simplement “modernisées”.
La nuance est importante, mais nous en reparlerons…

L’ombre de Frank Miller plane sur… le découpage des planches !
See you soon !!!

Merci pour cette lecture !
Avec le recul, c’est vrai que cette histoire fait un peu répétition d’Un Long Halloween, avec la plongée dans la folie d’un type défiguré… Il y a aussi pas mal d’emprunts à la saga Hannibal Lecter avec Gambit dans le rôle de Will Graham, le comic book empruntant la scène du héros s’assoupissant dans l’avion, laissant les photos de scènes de crime à la vue de tous.
Mais je ne sais pas pourquoi, je retiens surtout les séquences oniriques du comic book.
Oui tu as raison. Ces séquences oniriques font tout le sel de cette mini, le reste étant vraiment anecdotique.
Je fais ici comme les auteurs : Un article pour m’échauffer. Les autres, qui arrivent dans les prochains jours, je les ai complètement repensés par rapport à la version Bruce Lit, et quasiment entièrement réécrit. En tout cas considérablement remaniés et complétés.