
* BON CHIC BON GENRE *
Le cinéma de genre de Jacques Tourneur :
– LE PASSAGE DU CANYON
– LA GRIFFE DU PASSÉ
– LA FLÈCHE ET LE FLAMBEAU
– LA FLIBUSTIÈRE DES ANTILLES
– RENDEZ-VOUS AVEC LA PEUR
– LA BATAILLE DE MARATHON
– LE CROQUE-MORT S’EN MÊLE
– LA CITÉ SOUS LA MER
Chronique de huit films de genre réalisés par Jacques Tourneur
Dates de sortie des films : De 1946 à 1965
Genre : Western, Polar, historique, Swachbuckler, Fantastique, Péplum, Comédie d’Horreur, Aventures

Une affiche imaginaire d’un film de genre par Jacques Tourneur, concoctée par ©Matt
Cet article est consacré au grand Jacques Tourneur.
Sur C.A.P, le truc c’est la culture de genre. On s’intéresse ici en particulier à tout ce qui tourne le dos au naturalisme et qui épouse au contraire des genres bien définis, ou à tout le moins une ambiance qui nous sort de notre quotidien banal, si tant est qu’il le soit.
Depuis ses débuts en tant que réalisateur de longs métrages au sein du studio RKO (le studio de KING KONG), auxquels nous avons déjà consacré un dossier, Jacques Tourneur a épousé le cinéma de genre et sa filmographie en explore un grand nombre. Il était donc tout à fait logique d’y consacrer un nouveau dossier.
Le programme :
- LE PASSAGE DU CANYON
- LA GRIFFE DU PASSÉ
- LA FLÈCHE ET LE FLAMBEAU
- LA FLIBUSTIÈRE DES ANTILLES
- RENDEZ-VOUS AVEC LA PEUR
- LA BATAILLE DE MARATHON
- LE CROQUE-MORT S’EN MÊLE
- LA CITÉ SOUS LA MER
Niveaux d’appréciation :
– À goûter
– À déguster
– À savourer

D’autres films de genre de Jacques Tourneur, que nous aurions pu ajouter à notre sélection.
Avec ce nouveau défi, le plus difficile a été de ne garder qu’un film par genre tellement il y a de la qualité. Par exemple, s’il était évident de choisir LA GRIFFE DU PASSÉ pour le film noir, il était frustrant de ne pas en mettre d’autres (car dans le genre polar, notre réalisateur a excellé à plusieurs reprises !). Idem pour le western par exemple. Et puis dans cet exercice (“un seul film par genre”) il y a certains films mineurs qu’il faut donc mettre aussi, puisqu’ils sont les seuls dans leur genre, aux dépends d’autres films meilleurs, qui se disputent le même genre.
Au final nous retiendrons huit films, en “trichant” parfois un poil afin qu’ils figurent dans des genres différents…


1. LE WESTERN : LE PASSAGE DU CANYON – 
– CANYON PASSAGE – 1946
Acteurs : Dana Andrews, Susan Hayward, Brian Donlevy, Ward Bond
Scénario : Ernest Pascal d’après le roman CANYON PASSAGE d’Ernest Haycox
Musique : Frank Skinner
Durée : 92 minutes
Le pitch : 1856, dans l’Oregon. Logan Stuart, un ambitieux colon qui rêve de monter un commerce de convoi de marchandises, doit faire la liaison entre Portland et Jacksonville. Son meilleur ami, George Camrose, en profite pour demander à Logan de lui ramener sa fiancée, Lucy Overmire.
Dès l’arrivée à Jacksonville, nous découvrons la vie des colons, tout ce qui peut unir une petite communauté qui tente de se construire un havre de paix, mais aussi tout ce qui peut la diviser, d’autant que les indiens, qui vivent sur le territoire, craignent qu’on leur vole leur terre…
Dans les bonus du coffret DVD consacré au film par l’éditeur Calysta, on peut entendre le réalisateur Bertrand Tavernier vanter la modernité du film de Jacques Tourneur, qui est à la fois le premier western réalisé par ce dernier, son premier film en couleur et sa première grosse production avec des acteurs renommés (le très pondéré Dana Andrews mais aussi et surtout la pétillante Susan Hayward, alors au faite de sa popularité). Tavernier avance notamment que LE PASSAGE DU CANYON est pour lui le premier véritable western moderne de l’histoire du cinéma, dans le sens où il vient redistribuer toutes les cartes du genre consacré.
Le cinéphile qui découvre le film pour la première fois sera étonné par son aspect volontiers contemplatif, parfois bavard mais surtout atypique, qui prend souvent les atours et le rythme d’un feuilleton, qui pourrait très bien se poursuivre après le générique de fin, tel le pilote d’une série TV. De ce fait, un premier visionnage en dilettante risque d’être déceptif pour le spectateur de passage, là où de multiples visionnages viendront au contraire enrichir son expérience et ses liens avec ce film unique en son genre, surtout pour l’époque.

Le Far West, comme si on y était…
Jacques Tourneur et son équipe opèrent en réalité une véritable déconstruction du Western, en contournant systématiquement les codes du genre et en ignorant constamment, de manière presque provocante, sa forme linéaire habituellement construite sur un canevas basé sur le thème de la vengeance, de la mission ou de la lutte du bien contre le mal.
Lorsque Jacques Tourneur travaillait étroitement avec Val Lewton au sein de la RKO, les deux hommes, qui participaient toujours à l’écriture du scénario (même s’ils n’étaient pas crédités à ce poste), avaient pris pour habitude à ce que le dit-scénario fonctionne au-delà du genre ciblé. Par exemple, à propos du film LA FÉLINE, Val Lewton disait : “Une histoire d’horreur doit, avant tout, être une bonne histoire, même sans l’horreur. (…) Nous envisagions chaque scène avec son élément horrifique, mais également sans celui-ci. Si l’on remplace les éléments surnaturels par la folie, le scénario tient encore debout”. Cette orientation est reprise à la lettre par Jacques Tourneur avec LE PASSAGE DU CANYON, qui s’attache avant tout à raconter une histoire et décrit la vie d’une communauté qui tente de s’installer sur une terre sauvage, à la fois paradisiaque et hostile. La caméra colle aux personnages aussi bien dans leur quotidien le plus simple que dans leur affrontement avec leurs ennemis ou avec… les éléments.
La principale originalité du film tient à son approche de la conquête de l’Ouest, qui prend en compte les détails et les relations entre les hommes et la nature. Ainsi l’introduction du film, d’une complexité probablement inouïe à monter à l’époque, suit Logan dans son arrivée au cœur des rues de Portland lessivées par une pluie diluvienne, le héros devant traverser les ruelles boueuses sans s’y empêtrer, comme la métaphore que l’on retrouve dans le titre, entendu que jamais les protagonistes ne devront littéralement traverser un canyon ! Plus loin dans le film, on voit les personnages traverser d’amples forêts ancestrales et y affronter leurs ennemis, sans jamais réussir à atteindre leurs objectifs tant ils sont écrasés par cette nature intimidante, à l’intérieur de laquelle ils ne deviennent que d’infimes créatures dérisoires, noyés dans les éléments.
Ce sens du détail sera le même lorsque l’on retrouvera les colons dans leur habitats et dans les lieux de rencontre (saloons, commerces), que l’on voit se construire sous nos yeux et à l’intérieur desquels la reconstitution est d’une extraordinaire minutie, chaque objet, chaque accessoire, chaque bibelot étant l’objet d’une attention extrême.

Une peinture réaliste de la vie des colons américains.
Cette approche réaliste est d’autant plus originale qu’elle n’est jamais non plus naturaliste, car le réalisateur prend systématiquement le parti de l’enluminure, sons sens de l’image dépeignant toujours les scènes à la manière d’un peintre impressionniste. On retiendra par exemple la scène nocturne où les indiens font irruption en plein milieu de la célébration d’une noce, alors que la communauté des colons s’arrête soudain de danser en même temps que les musiciens lâchent leurs instruments. Le plan suivant montre alors les indiens surgir lentement de la forêt, la lumière des flammes les nimbant d’une couleur rouge à la fois flamboyante et menaçante. Un peu plus loin dans le film, un parti-pris similaire interviendra lorsque le personnage d’Henry Bragg, principal antagoniste du film (interprété avec force par l’incontournable Ward Bond), sera poursuivi par les indiens au cœur de la forêt, la végétation automnale rouge enserrant toujours un peu plus le fugitif.
Jacques Tourneur truffe par ailleurs ses plans d’un grand nombre de symboles, qui doublent le récit d’une réelle profondeur émotionnelle. Ainsi ce fer à cheval porte-bonheur qui orne l’entrée de la maison que les colons viennent de construire pour le couple de jeunes mariés, sera le dernier élément que l’on verra lors de la scène où la maison sera mise à feu et à sang…
Notons aussi ces personnages et ces dialogues finement dessinés, chaque second rôle ayant ses moments pour exister. On se souviendra du rôle du barde, qui chante ponctuellement dans le film en lui offrant constamment un sous-texte, figure que l’on retrouvera plus loin dans LA FLÈCHE ET LE FLAMBEAU.
Toutes ces qualités intrinsèques ne sautent pas au yeux lors du premier visionnage du film si l’on se laisse déconcerter par la déconstruction que le film opère sur le genre western. Jacques Tourneur détourne tellement les codes qu’il semble parfois nous conter une anti-aventure (on pourra être aussi surpris que la première fois que l’on découvre LES BIJOUX DE LA CASTAFIORE, l’album des aventures de TINTIN, tant la structure habituelle du western n’est jamais abordée). La scène attendue d’affrontement au pistolet entre le héros et son pire ennemi se transforme ainsi en une bagarre à main nue d’une hallucinante violence réaliste dans une première scène, puis en fusillade annihilée par la trop grande place de la nature dans la suivante. Mis à part le héros et son ennemi, les autres personnages échappent la plupart du temps au manichéisme primaire, tandis que les affrontements se déroulent avec une horreur extrême, même lorsqu’ils sont en hors-champ, femme et enfants se faisant massacrer comme cela a certainement dû être le cas dans la réalité.
Il y aurait encore beaucoup à dire sur ce chef d’œuvre méconnu, que l’auteur de l’article vous recommande chaudement, ne serait-ce que pour profiter de sa peinture grandiose de l’Oregon en pleine période de la conquête de l’ouest, de ses extraordinaires paysages et de sa photographie inégalable, ainsi que de ses personnages très attachants, où l’on comprend que l’on finit parfois par commettre les pires actes lorsque les événements, autant que les éléments, mettent les hommes à rude épreuve.


2. LE FILM NOIR : LA GRIFFE DU PASSÉ – 
– OUT OF THE PAST – 1947
Acteurs : Robert Mitchum, Jane Greer, Kirk Douglas, Rhonda Flemming
Scénario : Daniel Mainwaring, James Cain et Frank Fenton, d’après le roman BUILD MY GALLOWS HIGH de Geoffrey Homes
Musique : Roy Webb
Durée : 68 minutes
Le pitch : Jeff Markham (Robert Mitchum), un ancien détective privé, vit incognito dans une petite ville car il est recherché par le caïd Whit Sterling (Kirk Douglas), qui l’avait jadis chargé de retrouver sa maitresse en fuite. Lorsque l’un des sbires de Sterling retrouve la trace de Jeff, il est temps pour notre homme de révéler son passé trouble à sa fiancée, tout en essayant de payer ses dettes.
Un long flashback nous apprend alors que Jeff, qui avait réussi à retrouver Kathie Moffett (Jane Greer), la maîtresse de Sterling, était tombé amoureux de la fugitive, partie avec 40 000 dollars dérobé au caïd…
Sera-t-il possible pour Jeff d’échapper aux griffes du passé ?
LA GRIFFE DU PASSÉ est le premier film Noir de Jacques Tourneur et c’est à la fois le plus beau, l’un des plus beaux de l’histoire du cinéma et l’un des films fondateurs du genre.
Notre réalisateur avait déjà frôlé le genre trois ans avant avec ANGOISSE (EXPERIMENT PERILOUS), son treizième long métrage, mais il s’agissait davantage d’un thriller hitchcockien comme le maître en faisait à l’époque (on songe par exemple à REBECCA ou aux AMANTS DU CAPRICORNE). Avec LA GRIFFE DU PASSÉ, on entre de plein pied dans le film Noir et on on lui apporte toutes ses composantes, sans la moindre exception :
Loser damné et magnifique, intrigue retorse aux multiples intrigants, alternance d’ambiance pastorale et urbaine de bas fonds et de luxe bling bling, esthétique expressionniste avec ses clairs obscurs contrastés à l’extrême, fumée de cigarette, femme fatale, gangsters impitoyables, engrenage irréversible… Tout y est, définissant le genre tel qu’il était né seulement cinq ans auparavant avec LE FAUCON MALTAIS de John Huston, avec Humphrey Bogart, d’après un roman de Dashiell Hammett, sachant que LA GRIFFE DU PASSÉ sort la même année que LE GRAND SOMMEIL de Howard Hawks, de nouveau avec Humphrey Bogart (et avec Lauren Bacall), d’après Raymond Chandler, le second écrivain emblématique du genre dans sa version littéraire séminale (et définitive).

La quintessence du film Noir…
En revoyant le film aujourd’hui, on prend conscience du mythe qui se développe sous nos yeux avec l’envol de deux jeunes acteurs appelés à construire la légende Hollywoodienne et ses archétypes de bad boys romantiques avec rien de moins que Robert Mitchum (déjà dans son enveloppe définitive de “cool attitude” nimbée de virilité exacerbée (si le prototype du rebelle qui s’exclame “I don’t care” vous dit quelque chose, c’est d’ici qu’il vient)) et Kirk Douglas (qui tire son épingle du jeu en composant un rôle de méchant très charismatique). On va tout de même insister en notant que c’est ici que Robert Mitchum dessine son personnage d’anti-héros caractéristique de sa carrière.
Dans son rôle d’enlumineur, Jacques Tourneur est comme un coq en pâte, d’autant qu’il retrouve ses complices de la RKO avec lesquels il avait tant brillé sur sa trilogie fantastique : À savoir Roy Webb à la bande-son et surtout Nicholas Musuraca au poste de directeur de la photographie, lequel emballe tout simplement certains de plus beaux plans de l’histoire du cinéma en peaufinant cette esthétique expressionniste qui fait la marque du film Noir.
Comme de bien entendu, Jacques Tourneur est encore brillant dans ses choix de mise en scène et la séquence la plus célèbre du film n’est pas une scène de fusillade entre gangsters, mais une scène d’amour. Une scène d’amour Noir, dans laquelle le héros est en fait la proie de la véritable antagoniste du récit, laquelle le prend au piège de ses noirs desseins. Pour illustrer la chose, le réalisateur va isoler ses personnages sur une plage où ils vont se retrouver entourés de filets de pêche. Le spectateur averti aura compris le concept : La belle a pris sa proie dans ses filets ! Et le pauvre héros, loser magnifique mais néanmoins damné, est désormais dans un sale pétrin…
Le film est extrêmement riche en symboles et la séquence de la plage n’est qu’un exemple de ses multiples niveaux de lecture formels. Plus loin, la scène dans laquelle les amants se réfugient dans une cabane en pleine tempête, lorsque la porte s’ouvre sous la force du vent et des éléments déchainés, annonce la première relation sexuelle des personnages et scelle leur destin !

L’art d’indiquer au spectateur que le personnage a été pris dans les filets de la femme fatale…
Le scénario est entre autre l’œuvre de Daniel Mainwaring, écrivain et scénariste à succès qui sera souvent mal loti à Hollywood, notamment lorsqu’il rédigera le scénario du film de SF L’INVASION DES PROFANATEURS DE SÉPULTURES en 1956 et qu’il sera accusé de communisme ! Ami d’Humphrey Bogart (dont il fut l’attaché de presse) et de Robert Mitchum (comme quoi tout se tient), il porte un regard très pénétrant sur un genre qu’il a fortement contribué à développer au cinéma comme en littérature.
Mais, une fois encore, le film ne serait pas ce qu’il est sans la patte de Jacques Tourneur qui, comme à son habitude, nimbe son récit de zones d’ombres et de non-dits qui le hissent à de vertigineux sommets oniriques. Le bonhomme est incroyable : À chacun de ses films, fut-il ancré dans la banalité pure et simple du quotidien, le spectateur sent la présence de quelque chose d’indicible, comme si le surnaturel, ou, à tout le moins le mystère au sens noble du terme, trainait dans les parages. Ainsi les personnages de LA GRIFFE DU PASSÉ sont toujours à l’affut d’une présence mystérieuse, comme si quelque chose rôdait autour d’eux et représentait un danger littéralement indicible…
Le résultat est envoûtant, voire traumatisant puisqu’il définira le genre, qui gardera toujours cette dimension de mystère en le tenant à distance de toute approche naturaliste, pour lui préférer au contraire une patine extrêmement connotée. Celle du film Noir, donc.
Gardons le mot de la fin pour Jane Greer, la femme fatale ultime : Elle fut malheureusement l’égérie du nabab Howard Hughes et elle ne s’en remettra pas. C’est l’ultime symbole fort de LA GRIFFE DU PASSÉ : Un cinéma hollywoodien qui brillait aussi parce qu’il était le reflet de se propres turpitudes…


3. LE FILM MÉDIÉVAL : LA FLÈCHE ET LE FLAMBEAU –
– THE FLAME AND THE ARROW – 1950
Acteurs : Burt Lancaster, Virginia Mayo, Nick Cravat, Robert Douglas
Musique : Max Steiner
Scénario : Waldo Salt
Durée : 88 minutes
Le pitch : Au 12° siècle, dans le Piémont, des châtelains chefs de guerre venus de Germanie sèment la terreur en imposant leur joug à la population.
C’est dans le village où vit le populaire chasseur Dardo (Burt Lancaster) que sévit le Marquis Alessandro de Granazia, qui a épousé Francesca, l’ancienne maîtresse de Dardo. De cette liaison passée, le fier chasseur a conservé la garde de son jeune fils Rudi. Une légitimité à présent contestée par Francesca et son nouvel époux. Ce conflit familial va très vite mettre le feu aux poudres, donnant l’occasion au marquis de mettre le village à feu et à sang.
Réfugié dans les montagnes avec certains des villageois parmi les plus combattifs, Dardo prépare la révolte contre la dictature…
Notre troisième choix, puisé dans le genre du film médiéval, est une sorte de relecture du mythe de “Robin des bois”, transposé dans l’Italie du 12° siècle. Le rôle principal est interprété par Burt Lancaster, secondé par son ami d’enfance Nick Cravat qui, comme dans LE CORSAIRE ROUGE (CRIMSON PIRATE) tourné deux ans plus tard, interprète le rôle d’un muet (puisque l’acteur possédait un accent de Brooklyn tellement prononcé, qu’il ne lui était pas possible de parler dans un film d’époque !).
Le film reste célèbre en grande partie pour les numéros de voltige réalisés par les deux acteurs, qui recyclaient ainsi un spectacle d’acrobates qu’ils avaient monté dans leur jeunesse.
Réalisé à l’aube des années 50, dans de splendides décors récupérés depuis le tournage du célébrissime LES AVENTURES DE ROBIN DES BOIS avec Errol Flynn (quand on vous dit qu’il s’agit d’une transposition !), LA FLÊCHE ET LE FLAMBEAU est une perle du film de cape et d’épée de l’âge d’or hollywoodien. Naïf, poétique, parodique, le film possède un merveilleux sens de l’équilibre qui, au-delà de son aspect suranné, lui a permis de franchir la barrière du temps.

La scène finale, avec moult combats et autres acrobaties, rivalise avec les plus grands classiques du genre consacré. L’ensemble est magnifié par le sens de l’image du réalisateur, qui s’associe de nouveau avec un directeur de la photographie de premier ordre, à savoir Ernest Haller, au même poste sur AUTANT EN EMPORTE LE VENT ou encore LA FUREUR DE VIVRE.
Derrière le spectacle familial, il est par ailleurs possible d’observer une toile de fond pas si naïve qu’elle en a l’air. Abordant le thème du divorce et de la difficile tâche de garder son enfant lorsque l’on est un homme (en tout cas à l’époque), le script de Waldo Salt distille également un virulent réquisitoire contre la dictature.
Fort de son expérience dans le domaine du fantastique et de la suggestion (citons encore la trilogie LA FÉLINE / VAUDOU / L’HOMME LÉOPARD), Jacques Tourneur insuffle à son film une ambiance à la lisière du conte de fée, le destinant à échapper à toute interprétation historique. On retrouve une fois de plus cette originalité qui fait la marque de fabrique de notre réalisateur, qui installe le campement des héros dans les ruines antiques d’un ancien temple romain sous un clair de lune leur offrant une véritable résonnance mythologique. Le spectateur ne songe ainsi jamais à regarder les scènes sous un quelconque angle réaliste, et accepte toutes les fantaisies d’un script par ailleurs fortement axé sur la parodie, offrant à ces aventures pittoresques une classe qui vient l’emporter sur la nature naïve de l’héroïsme de pacotille, tel qu’on pouvait l’observer dans les autres films du genre (on peut encore savourer aujourd’hui ce festival de bons mots et cet art consommé de la dérision philosophique, à travers le personnage du ménestrel, qui fait écho au barde du PASSAGE DU CANYON !).

Acrobaties et tir à l’arc.
À l’arrivée, LA FLÊCHE ET LE FLAMBEAU s’impose comme un conte médiéval à la symbolique éternelle, filmé dans un décorum féérique que n’auraient pas renié les frères Grimm, le destinant ainsi à franchir le poids de l’âge afin de briller au firmament des grands classiques du cinéma. Un spectacle enchanteur dominé à la fois par un metteur en scène exceptionnel, ainsi que par un acteur au faite de sa gloire, qui réussit à imposer sa personnalité et son art du spectacle.
En bref, un véritable film d’auteurs, déguisé sous la forme d’un divertissement flamboyant et inoffensif…
Je dédie cette partie de l’article à mon père, car LA FLÊCHE ET LE FLAMBEAU, qu’il était allé voir à sa sortie au cinéma quand il était un petit garçon, est l’un de ses films préférés. La transmission, c’est important…


Aperçu Captain !
4. LE FILM DE PIRATES : LA FLIBUSTIÈRE DES ANTILLES – 
– ANNE OF THE INDIES – 1951
Acteurs : Jeanne Peters, Louis Jourdan, Debra Paget, Thomas Gomez, James Robertson Justice
Musique : Franz Waxman
Scénario : Philip Dunne, Arthur Caesar
Durée : 81 minutes
Le pitch : Au temps de la piraterie. Le capitaine Anne Providence commande le Sheba Queen, un bateau pirate qui terrorise les mers des Caraïbes. Anne a été formée depuis son enfance par le redoutable Barbe Noire, qui voit en elle à la fois une fille et un égal.
Un jour que le Sheba Queen détruit un navire anglais, le capitaine Providence épargne Pierre François La Rochelle, un jeune français prisonnier des anglais, qui cache dans sa poche la moitié d’une carte au trésor. Celui-ci affirme que la seconde moitié de la carte se trouve à Port Royal, un port anglais situé en Jamaïque.
Anne tombe rapidement amoureuse de Pierre François, au point d’affronter Barbe Noire en personne lorsque ce dernier vient affirmer qu’il s’agit d’un traître. Mais effectivement, lorsque le Sheba Queen accoste à Port Royal et qu’il part soi-disant en quête de la carte, Pierre François s’empresse en réalité de prévenir les anglais qu’il a réussi à attirer le capitaine Providence dans leurs filets. Car il était à leur solde depuis le début, tandis que son épouse, Molly, l’attendait aussi à Port Royal !
Folle de rage et de jalousie à l’idée de cette double trahison et profondément amoureuse, Anne va alors exercer sa vengeance…
LA FLIBUSTIÈRE DES ANTILLES est à la fois dans la lignée du PASSAGE DU CANYON et de LA FLÈCHE ET LE FLAMBEAU, dont elle réunit toutes les qualités et en amène encore de nouvelles.
Au premier, notre film de pirates reprend la magnifique caractérisation des personnages et monte encore le curseur sur l’étude des caractères sans la moindre concession : Ici, aucun personnage ne tombe dans le manichéisme et, rien que sur ce terrain, le film est d’une incroyable modernité en dessinant une poignée de protagonistes qui luttent pour survivre à un endroit et à une période du monde extrêmement cruels.
Au second, LA FLIBUSTIÈRE DES ANTILLES reprend la flamboyance du swashbuckler (le film de reconstitution historique mêlant les genres d’aventure et de cape et d’épée), les virtuoses scènes d’affrontement et la richesse féérique du décorum, en montant là aussi le curseur sur le volet spectaculaire de l’action avec de très impressionnantes batailles navales.

Si tout le décorum classique de la piraterie y passe avec ses mers des Caraïbes, ses ports coloniaux et ses îles exotiques, ses grandes figures pittoresques et ses affrontements de navires par canons interposés, le film est bien entendu d’une grande modernité, et ce malgré un aspect aujourd’hui fortement connoté et suranné (1951, quand même !). Car en plus de cette caractérisation des personnages échappant à tout manichéisme primaire, il offre avant tout son premier héros de capitaine pirate féminin à l’histoire du cinéma. Un personnage très fort, ambigu et tourmenté, davantage une anti-héroïne qu’une figure héroïque au sens classique du terme. Impitoyable, impétueuse, capitaine sans peur, Anne Providence demeure néanmoins humaine et faillible et elle n’hésitera pas à sacrifier sa relation privilégiée avec Barbe Noire, ainsi que sa vie et celle de ses hommes, lorsque son cœur l’emportera sur sa soif de vengeance. Un magnifique personnage de femme héroïque, profond, inédit et d’une grande richesse, interprété à fleur de peau par Jean Peters, alors au faite de sa gloire, que l’on reverra dans de grands films au cour des années 50, notamment auprès de Marylin Monroe dans NIAGARA, de Marlon Brando dans VIVA ZAPPATA ! ou de Burt Lancaster dans BRONCO APACHE.

On le voit bien, à cette époque Jacques Tourneur transforme en or tout ce qu’il tourne (!), alignant les grandes réussites dans une multitude de genres cinématographiques différents. Il est temps pour lui de renouer avec le genre qui a lancé sa carrière et marqué d’une pierre blanche l’histoire du cinéma hollywoodien : le Fantastique.
Je dédie affectueusement cette partie de l’article à ma grand-mère, dont c’était le film préféré. Une famille décidément sensible au cinéma de Jacques Tourneur…

LE HORLA PRÉSENTE :

5. LE FANTASTIQUE : RENDEZ-VOUS AVEC LA PEUR – 
– NIGHT OF THE DEMON – 1957
Acteurs : Dana Andrews, Peggy Cummings, Nial McGuinnis, Maurice Denham
Musique : Clifton Parker
Scénario : Charles Bennett, Hal E. Chester, tiré de la nouvelle CASTING THE RUNES de Montague Rhodes James
Durée : 95 minutes
Le pitch : En Angleterre, le Dr Julian Karswell est à la tête d’un culte démoniaque. Il élimine ses ennemis en levant sur eux une terrible malédiction, qui prend la forme d’un démon de l’ancien temps. Jusqu’au jour où un psychologue américain nommé John Holden, adepte des théories cartésiennes qui ne croit pas en la magie, se dresse sur son chemin. Qui l’emportera, de la raison ou du surnaturel ?
Ce cinquième film de notre dossier consacré à la filmographie de genre selon Mr Jacques Tourneur est inscrit dans le cycle dédié aux films d’épouvante que nous appelons “LE HORLA PRÉSENTE”… Un cinéma de la peur suggérée et indicible, telle que Maupassant l’a si bien traduite en littérature, notamment avec son chef d’œuvre : LE HORLA (où ce que l’on ne voit pas est plus effrayant que ce que l’on voit…). Soit un sous-genre à part entière du cinéma fantastique et horrifique qui contient en son sein un panel assez conséquent de films importants.
Tout comme il l’avait fait dans ses autres films fantastiques, le réalisateur met en scène un récit conceptuel, dans lequel l’élément surnaturel demeure la plupart du temps hors-champ, de manière à ce que le spectateur hésite sans cesse entre le réel et l’imaginaire. De ce point de vue, la réalisation de Jacques Tourneur est brillante et les scènes d’anthologie ponctuent le film de leur puissance d’évocation, comme celle où le Dr Karswell déconcerte son ennemi incrédule en provoquant soudain une tempête en pleine campagne. Ou encore celle dans laquelle Holden hypnotise un adepte du culte de Karswell, qui lui révèle la teneur de la malédiction, avant de se défenestrer…
Hélas, comme tous les fans le savent, le producteur Hal Chester remonta lui-même le film et ajouta les images du démon, une marionnette absolument grotesque. Jacques Tourneur tenait absolument à ce que ce monstre n’apparaisse que furtivement à la fin, de manière à ce que les spectateurs se demandent s’ils l’avaient réellement vu. Mais Chester ajouta son joujou un peu partout : Au début du film, ruinant ainsi tout le suspense et l’ensemble du travail du réalisateur afin d’installer une terreur croissante ; lors du dénouement à l’heure de la malédiction fatidique, ainsi que sur l’affiche du film et même dans la bande-annonce, où on le voit abondamment !

Un monstre ajouté au montage par un producteur qui aurait mieux fait de lire Le Horla…
(Ce n’est pas un spoiler, on le voit dès le début !)
Quoiqu’il en soit, RENDEZ-VOUS AVEC LA PEUR demeure un grand classique du cinéma d’épouvante. Ceux qui le découvrent aujourd’hui doivent l’appréhender en toute connaissance de cause, prenant les apparitions du monstre au second degré, afin de profiter de l’atmosphère magique et envoûtante de l’un des plus beaux films fantastiques de son époque. Car le film sort en 1957, au même moment que FRANKENSTEIN S’EST ÉCHAPPÉ, le film de la Hammer qui reprend les grandes figures du fantastique, cette fois en Europe et en couleur. RENDEZ-VOUS AVEC LA PEUR est d’ailleurs tourné en Angleterre, comme les films de la Hammer, ce qui constitue une étape dans la carrière de notre réalisateur (même s’il y était déjà venu en 1951 à l’occasion d’un polar intitulé L’ENQUÊTE EST CLOSE), et une exception dans l’évolution du cinéma fantastique, qui passe alors majoritairement à la couleur à cette même époque.
On se souvient qu’au moment où Jacques Tourneur réalisait ses premiers films fantastiques avec le producteur Val Lewton, l’idée forte était de se démarquer des autres films d’horreur de la même période, à savoir ceux que l’on appelait les Universal Monsters, qui alignaient également Dracula, Frankenstein et autres momies & loup-garous, pour leur préférer un cinéma de la suggestion, où l’on ne voyait quasiment jamais les monstres, laissant notre imagination faire le travail. En réalisant RENDEZ-VOUS AVEC LA PEUR au moment où ces monstres effectuent leur grand retour, en Angleterre où ce retour prend son essor, est une incroyable coïncidence. Elle entérine en tout cas la force et l’originalité de notre réalisateur, toujours aussi éclatante en cette fin des années 50.

Toujours ce sens de l’image dément !


6. LE PÉPLUM : LA BATAILLE DE MARATHON – 
LA BATTAGLIA DI MARATONA – 1959
Co-réalisateurs : Mario Bava et Bruno Vailati
Acteurs : Steve Reeves, Milène Demongeot, Alberto Lupo
Musique : Roberto Nicolosi
Scénario : Ennio De Concini, Augusto Frassinetti, Bruno Vailati, Alberto Barsanti, Raffaello Pacini
Durée : 82 minutes
Le pitch : Dans la Grèce antique, au temps la guerre contre les Perses, le valeureux Philippidès, vainqueur des jeux olympiques, prend la tête de la garde d’Athènes. Il va déjouer le complot ourdi par Théocrite, un fourbe aristocrate qui tente de redonner le pouvoir au tyran Hippias, réfugié chez les Perses…
Voici venir le tournant de la carrière de Jacques Tourneur, à qui on va proposer de plus en plus de productions mineures qui ne l’enchanteront guère, et sur lesquelles il va finir par s’user.
Parti en Yougoslavie pour filmer LA BATAILLE DE MARATHON, péplum italien comme il en pleuvait à l’époque, notre réalisateur est censé réaliser le film en dix semaines. Extrêmement démotivé par la médiocrité de la production (et dire que dans le même temps on produisait BEN HUR dans le même genre !), Tourneur réussit à peine à boucler toutes les scènes de dialogue. Lorsque son contrat arrive à sa fin, notre homme préfère carrément se retirer du projet plutôt que de renégocier la suite ! C’est la déception générale, d’autant que Jacques Tourneur avait été engagé à la demande de Steve Reeves, la star du film qui l’admirait profondément, et que le directeur de la photographie était carrément Mario Bava, le meilleur dans sa partie…
C’est Mario Bava qui passe finalement à la réalisation, tandis que Bruno Vailati, le producteur et scénariste du film, s’y met lui aussi lorsqu’il s’agit de finaliser la bataille navale finale !
Cette déconvenue aura eu le mérite de lancer la carrière de réalisateur de Mario Bava, qui accepte de prendre la relève de Jacques Tourneur à la condition qu’on le laisse ensuite réaliser son film d’horreur, le cultissime MASQUE DU DÉMON.

Cuir, toge et slip : l’ABC du péplum italien…
Si le péplum est à la mode en cette fin des années 50 (c’est l’époque de BEN HUR mais aussi des DIX COMMENDEMENTS de Cecil B DeMille et de SPARTACUS de Stanley Kubrick, entre autres !), LA BATAILLE DE MARATHON fait partie du cinéma bis italien et, forcément, pâtit d’une production au rabais à coup de décors en carton-pâte, de batailles aux figurants filmés de près pour que le spectateur croie qu’ils sont des milliers alors qu’ils ne sont que quelques dizaines, d’effets spéciaux calamiteux et de dialogues à rallonge pour meubler le tout.
Jacques Tourneur, qui a donc filmé tous ces dialogues, a fait ce qu’il pouvait avec sa finesse habituelle tout en se heurtant à la médiocrité du scénario, rédigé de manière opportuniste par une armée d’artisans habituels de l’industrie cinématographique italienne, afin de produire un péplum cheap se donnant des airs de superproduction.
Quand on repense à ce qu’avait réussit à faire Jacques Tourneur avec LA FLÈCHE ET LE FLAMBEAU, on ne peut que regretter qu’il ait été engagé sur un péplum italien plutôt que sur une production américaine, sachant qu’un film comme BEN HUR avait lui-même été tourné en Italie, mais produit par Hollywood. Forcément, un réalisateur de sa trempe ne pouvait qu’être refroidi par l’expérience. Hélas, ce n’était que le début…
Étonnamment, le film obtint un très beau succès partout où il fut distribué, notamment en Italie et aux USA. Il trône aujourd’hui parmi les classiques du genre péplum italien, sans pour autant faire briller le nom de notre réalisateur, qui entame ici la fin de sa brillante carrière.


7. LA COMÉDIE HORRIFIQUE : LE CROQUE-MORT S’EN MÊLE – 
– THE COMEDY OF TERRORS – 1963
Acteurs : Vincent Price, Peter Lorre, Boris Karloff, Basil Rathbone, Joyce Jameson
Musique : Les Baxter
Scénario : Richard Matheson
Durée : 80 minutes
Le pitch : À la fin du XIXe siècle, dans une petite ville de la Nouvelle-Angleterre, l’entreprise familiale de pompes funèbres d’Amos Hinchley (Boris Karloff) est au bord de la faillite à cause de son gendre Waldo Trumbull (Vincent Price), un alcoolique égoïste et fainéant dont la principale activité consiste à recycler l’unique cercueil de l’entreprise en le déterrant après chaque enterrement, avec l’aide de son assistant Felix Gillie (Peter Lorre), lequel est secrètement amoureux de sa femme.
Lorsque John F. Black (Basil Rathbone), le propriétaire des murs de l’entreprise menace tout ce beau monde d’exclusion, faute de loyer impayé, Trumbull y voit l’opportunité de créer son futur client…
Après avoir réalisé des épisodes de la série-TV NORHWEST PASSAGE avec George Waggner (le réalisateur du LOUP-GAROU, un film estampillé UNIVERSAL MONSTERS que Tourneur détestait !), qui seront remontés pour former deux longs métrages qui sortiront au cinéma, Jacques Tourneur revient concrètement sur une production cinématographique en 1963 au sein du studio American International Pictures. Ce studio est resté fameux pour le cinéma de genre car, dans les années 60, il va entre autres produire une série de films d’horreur d’un nouveau style, en puisant dans le répertoire des écrivains américains, notamment dans celui d’Edgar Alan Poe. C’est là que le réalisateur Roger Corman va nous offrir une magnifique suite de huit films inspirés de l’univers d’Edgar Poe, en compagnie d’une bande d’acteurs spécialisés dans le film d’horreur et de quelques écrivains emblématiques du genre fantastique, à commencer par le grand Richard Matheson (on y trouvera également le directeur de la photographie Floyd Crosby (le père du musicien David Crosby !) et le compositeur Les Baxter).
Après avoir produit moult films d’horreur sérieux, le studio AIP (pour les intimes) va s’essayer au sous-genre de la comédie horrifique. En 1963 sortent donc LE CORBEAU de Roger Corman, d’après Edgar Poe, et LE CROQUE-MORT S’EN MÊLE, sur un scénario original de Richard Matheson (qui avait lui-même rédigé celui du CORBEAU), deux tentatives d’humour noir sur fond de décor gothique, dominées par un casting déchainé de légendes du fantastique.

Au trio formé par Boris Karloff, Vincent Price et Peter Lorre, qui nous avait régalé sur LE CORBEAU, vient s’ajouter la présence de Basil Rathbone, qui cabotine à son tour avec une jubilation certaine. L’amateur salive à l’avance à l’idée de découvrir un film qui concentre un tel nombre de talents et de légendes du cinéma de genre. Il en sera pour ses frais, car le film est très décevant !
Que les acteurs s’éclatent avec une bonne humeur communicative (à part Karloff, très diminué) n’est pas suffisant pour palier à la vacuité de l’ensemble : Scénario vaseux, dialogues qui semblent le plus souvent improvisés ; le film est surtout plombé par un humour lourdingue à coup de gags tarte à la crème d’un niveau extrêmement médiocre, qui reviennent en boucle !
Le spectateur le plus indulgent (c’est le cas de votre serviteur) pourra néanmoins passer un agréable moment du fait que l’ensemble est joli à regarder, grâce notamment à la superbe photographie aux couleurs flamboyantes et aux décors gothiques du plus bel effet, et bien évidemment du fait que le numéro des acteurs vaut à lui seul l’effort du visionnage. Mais la malédiction se poursuit pour Jacques Tourneur, qui semble s’ennuyer sur les projets qu’on lui confie, tant ils ne sont pas à la hauteur.


8. LE FILM D’AVENTURES À LA JULES VERNE : LA CITÉ SOUS LA MER –
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– THE CITY UNDER THE SEA / WAR-GODS OF THE DEEP – 1965
Acteurs : Vincent Price, David Tomlinson, Susan Hart, Tab Hunter
Musique : Stanley Black
Scénario : Charles Bennett, Louis M. Heyward
Durée : 85 minutes
Le pitch : Au début du XXème siècle, le jeune Ben Harris découvre le corps mutilé d’un pêcheur sur une plage de Cornouailles. Il court alors prévenir les habitants du manoir qui surplombe la côte et, le même soir, la jolie Jill est enlevée par un étrange mutant mystérieusement arrivé dans la demeure. En compagnie d’Harold, un invité de Jill témoin lui aussi du drame, Ben va découvrir qu’un passage secret mène à une grotte sous-marine à l’intérieur de laquelle s’étend une véritable cité évoquant l’Atlantide disparue. C’est au cœur de cette cité que la capitaine Hugh, apparemment immortel, leur explique qu’une explosion volcanique va bientôt détruire son royaume…
Pour son dernier film, Jacques Tourneur rempile au studio AIP et retrouve Vincent Price, qui joue cette fois le rôle du capitaine Hugh. Ici aussi l’affiche prête à rêver, jouant sur un canevas semblant nous promettre un mélange entre deux des pièces maitresses de Jules Verne : VOYAGE AU CENTRE DE LA TERRE et 20 000 LIEUES SOUS LES MERS, voire le film ATLANTIS, TERRE ANGLOUTIE de George Pal, sorti quatre ans plus tôt. Quant au script, on se base encore sur Edgar Alan Poe (le poème THE CITY IN THE SEA), comme dans la série des films de Roger Corman.
Le première partie du film est d’ailleurs prometteuse, tant elle permet à notre réalisateur de filmer de superbes décors, qu’il peut sublimer en jouant sur les ombres et les lumières comme il aime tant le faire avec sa maestria coutumière. C’est hélas bien peu pour meubler un film de 85 minutes, à partir du moment où l’on commence à percevoir qu’il lui manque un réel scénario ! Car une fois les enjeux posés (les habitants d’une cité coupée du monde jouissent de l’immortalité tant qu’ils restent sous la mer, mais comprennent que leur royaume est sur le point d’être dévasté par une irruption volcanique), il n’y a plus rien à raconter et l’on est à peine arrivé à la moitié du film…
Les scénaristes ont manifestement décidé que la seconde partie serait dominée par l’action, les héros tentant de sauver l’héroïne (qui a été kidnappée pour sa ressemblance avec le grand amour perdu du capitaine Hugh). Dès lors, l’ennui et l’embarras vont envahir le spectateur le plus indulgent (ce qui est encore le cas de votre serviteur), tant la production n’a pas les moyens de ses ambitions et tant le script s’échine à ne rien nous raconter d’autre qu’une lutte entre trois clampins et à peine plus de mutants sous-marins en costume caoutchouteux. Le film devient alors interminable et les dites scènes de lutte sont tellement brouillonnes et médiocres que c’est tout l’édifice qui s’écroule avant même la destruction programmée de la fameuse cité.

Au final, Jacques Tourneur détestera le résultat et mettra un terme à sa carrière de réalisateur international. Il tentera de monter un dernier projet en France sans succès et décèdera en 1977 à l’âge de 73 ans.
Pour le reste, LA CITÉ SOUS LA MER est avec le temps devenu un film d’aventure “à la Jules Verne” extrêmement mineur, mais qu’on peut néanmoins apprécier pour son charme suranné de petit film de genre flirtant avec le nanar sympathique. On peut tout de même regretter qu’un maître du cinéma de la suggestion de la trempe de Jacques Tourneur n’ait eu que ces deux projets foireux au sein d’un studio comme l’AIP, tant leur approche et leur vision du cinéma étaient similaires.
Dans le rôle d’Harold, le sidekick qui se trimballe avec sa poule apprivoisée (!), nous aurons reconnu David Tomlinson, qui jouait dans plusieurs production Walt Disney et qui interprétait la même année le rôle du papa Banks dans MARY POPPINS.
Notons enfin la présence de ces hommes-poissons qui rappellent un peu le Gil-man de L’ÉTRANGE CRÉATURE DU LAC NOIR mais aussi et surtout les Profonds de la nouvelle d’H.P. Lovecraft : LE CAUCHEMAR D’INNSMOUTH. C’est la seconde fois qu’un film de l’AIP approche l’univers de Lovecraft après LA MALÉDICTION D’ARKHAM de Roger Corman, et que l’on mélange cet univers avec celui d’Edgar Poe. On reste toutefois sur du cinéma bis et le manque de moyens alloués est flagrant dès que l’on voit ces mutants d’un peu trop près. Mais on peut dire aussi que c’est ce qui fait son charme…
THAT’S ALL FOLKS !!!

Béh j’en ai pas vus beaucoup à part RENDEZ VOUS AVEC LA PEUR (très bienà, LA FLIBUSTIERE…(très bien aussi), et LE CROQUE MORT S’EN MÊLE (hélas effectivement un peu plombé par un humour mal maitrisé, et malgré de super acteurs. Ce n’est pas du Blake Edwards, il y a même des bruits de cartoon malvenus)
Truc amusant : je pensais que le personnage de Anne dans LA FLIBUSTIERE était inspiré de Anne Bonny, une réelle pirate féminine de l’époque de Barbe Noire. Au même titre que Mary Read, ou la chinoise Ching Shih (dont il faudrait que je refasse l’article sur la BD la concernant)